CHANT DES CHASSEURS
c( Alcis ''*, toi qui, dans les Gaules, reçois des honneurs divins, sous le nom de Cernunos, saisis tes -javelots , enfle les sons du cor , effroi des chevreuils de la montagne ! secoue les colliers dW suspendus à tes cornes rameuses ! *' x>
« La chasse commence ; guide nos pas, ô Alcis, dieu des chasseurs ! » *
<c Entends-tu les cris perçans de nos lices ardentes ? elles t^adressent leurs v<^ux \ préserve-les des cornes de Furocli , du boutoir des sangliers, et des larges pieds de l'élan , forcé dans sa retraite ! Epargne nos lévriers et nos dogues fidèles. )> « O Âlcis, dieu des chasseurs! )>
<c Montre-nous les traces des hètes fauves; rends iautile la fin^se de leur odorat ; jette la terreur au sein de leur retraite. Amèqe la proie dans Fenceinte environnée de toutes parts d'un double cercle de chasseurs -, que sa légèreté lui devienne fatale ; fais qu'elle tombe dans le piège préparé. ^' )>
a O Alcis, dieu des chasseurs ! »
(( Si tu écoutes nos vœux « dieu cher à nos forets , nous te consacrerons les dons de la victoire ^^. Nous ornerons ton sanctuaire des bois palmés de Télan, des hautes ramures du cerf; et, déposées sur les branches de tes chênes, dix tètes de bisons se consumeront lentement par les feux du soleil et les glaçons des hivers ^. Un diadème d'or entourera ton front ^^ et tes cornes rameuses , auxquelles
2o6 LA VIERGE D'ARDDÈNE.
nous suspendrons lés précieux colliers de nos lévriers vainqueurs ^, »
« La chasse commence^ guide nos pas , ô Alcis^ dieu des chasseurs! »
Cependant le mouarque et sa suite sont arrives dans la forêt : on détache les limiers y qui vont quêtant la voie ; le sou des cors les srnime. Les hôtes des forêts^ effrayés de leur approche^ quittent leur retraite; les guerriers se dispensent et poursuivent la proie. ,
L'ardent Théodemir a découvert le gîte d'un de ces onagres précieux par une peau bigarrée *'. Il s'élance à sa poursuite. L'animal blessé d'un trait rapide y fuit dans les profondeurs de la forêt, et entraîne le héros sur ses traces. Théodemir s'enfonce dans des fondrières où jamais le pied de l'bomme n'a pénétré. Mais l'onagre disparait à ses regards ; et y comme par enchantement, rien ne lui rappelle sa voie. Théo-demir s'arrête incertain. XJn rocher, couvert de mousse , laisse échapper de ses flancs une onde jaillissante : le héros épuisé par uqe longue
course^ vient s y désaltérer; tout-à-coup, la nuit succède au jour; la terre frémit sous ses pas ; des voix prophétiques se font entendre et glacent d'un effroi inconnu^ son cœur magnanime. Un vent impétueux courbe lès arbres avec violence : tout annonce la présence d'une divinité. Mais peu à peu le calmç renaît; une lumière brillante éclaire la forêt ^ et le jeune Gaulois voit devant lui, à rentrée du rocher , une femme majestueuse.
Son vêtement noir étincelle d'étoiles ; soU écharpe d'azur, brillante de figures mystérieuses y soutient une faucille d'airain ; son front est couronné de verveine ; une de ses mains s'appuie sur une haste d'or ""^ , et l'autre porte un rayon de miel, a Fils de la Gaule, tlit-elle d'une voix sévère, quelle puissance te retient ici loin de tes amours , loin des lieux où s'écoula tOTi enfance? Sais-tu que Diciomar touche aux portes du palais d'Hêla ? Sais-tu que tes plus chers amis sont menacés de l'esclavage , et qu Arduène est près de subir le joug? Les fils de Rome ont enveloppé les
ao8 LÀ VIERGE D'ÂRDUÉNE.
Ga^ilois comme d'ans un rets , et leurs divisions ont achevé leur ruine. Pour • la seconde fois le superbe vainqueur imprime survie front de ce peuple y un sceau infamant [a]. Hâte-toi; cours sauver Arduène. Le ciel réserve d'éclatantes destinées à cetle nation. Innombrables enfans sortis de la même ruche ^ continua-t«elle après un moment de silence ^ puissiez-vous imiter les abeilles industrieuses; ne souffrez rien d'étranger parmi vous; soyez unis comme elle^: rien ne pourra vous résister [6]. » Après ces mots y la brillante vision s'évanouit ^ le jour reprit sa clarté accoutumée , et Tbéodemir en^r tendit les cris des chasseurs envoyés à sa recherche.
Tout plein du souvenir de cette scène merveilleuse^ le jeune Gaulois.se présente à Mar-» comir avec un visage .rêveur. Le monarque l'interroge^ et Théodemir avoue que le plus
[a] Le cens ëtabli par Drusus.
[6] Si les Gaulois ëtaiejit unit , rien ppe saurait leur résister. ( César y Ut. 4* )
eirdent désir de revoir sa patrie s'est emparé de son ame, « Va, dît le roi sycambre; je ne m^oppose point à tes vœux ! Sans doute un dieu t'inspire cette pensée : et qui peut résister aux dieux ? Je veux que mille de mes plus fidèles guerriers t'accompagnent ; que cent chariots chargés de mes dons , rappellent à ton souvenir le vieux Marcomir. En songéant aux liens damilié qui nous unissent^ souviens-toi , mon fils , que Tétendard de la liberté '^ flotte au milieu de nous. Si Tennemii ose forcer ta paisible retraite , envoie-moi le Cran-tara, mystérieux signal des batailles ^' ; le Sycambre partagera avec joie et tes dangers et ta victoire. » Il dit et rentre dans ses demeures.
Ses ordres sont donnés : la première aurore éclairera le départ des Gaulois et de leur noble escorte. Le monarque veut lui-même veiller à ces apprêts, et les lueurs blanchissantes de Taube le trouvent ordonnant à ses esclaves de placer sur les chars les dons superbes
qu'il destine au héros. Ce sont des vases d'ai-
raia propres à faire bouillir les viandes ; des trépieds d'argent d'un travail précieux; des coupes de même métal , qui jadis circulèrenl autour des tables romaines : trophées glorieux enlevés aux ennemis. Le monarque y joini cent peaux d'ours noirs, doublées de pourpre ; un nombre égal des précieuses fourrures du bison et de Falcée, dix manteaux d'hermine, et autant desajes bigarrées, de pelleteries apportées d'un océan inconnu [a].
A ces magnificences, Marcomir ajoute des dons plus rares encore : ce sont des armes formidables ; de longues framées ; des haches à deux tranchans , et des épées recourbées , dont la blessure est mortelle.
Par l'ordre du roi sy cambre^ les gardieos de ses nombreuses établesont amené cent couples de jeunes taureaux; autant de blanches génisses , dont les mamelles fécondes se remplissent deux fois le jour; mille porcs engraissés avec soin, et un nombre pareil de brebis,
[a] Tacite.
toutes chargées 4e leur épaisse toison. Le monarque n oublie point les esclaves et les dogues nécessaires à la conduite de ces troupeaux , ni les urnes remplies de cervoise et d'bydromèle^ liqueurs destinées à réparer les forces des guerriers. Sa tendre amitié n'a rien omis de ce qui pouvait flatter les goûts ou l'orgueil de sou jeune hôte.
Ces soins divers ont occupé son ame; ils en avaient écarté, pour quelques instans, l'importun regret qu'il éprouve de voir s'éloigner lé jeune Gaulois. Mais au moment de la séparation y il cède à l'impul&ion de son cœur y et entraînant Théodemir dans le lieu où reposent ses armes : K Jeune homme, lui dit-il d'une voix émue^ contemple ces boucliers d'azur^ semés d'abeilles d'or, et ces glaives à deux tranchans : ils sont ceux de mes pères* Reçois dans ton sein un secret qui n'est connu que des dieux et de moi. Un fils.... il serait de ton âge.... Un fils a été ravi à ma tendresse par l'ordre des destinées ! Un bouclier fut son berceau, et la moitié d'un
glaive le jouet de son enfance. Ces marques belliqueuses peuvent le faire reconnaître. O jeune homme ! grave dans ta mémoire le sou* venir de ces pavois^ reçois en dépôt cette arme mutilée. Si dans tes voyages tu trouves le pos« sesseur de l'autre partie de ce glaive rompu y s'il offre à tes yeux le bouclier aux abeilles^ il est mon fils.... Mais jure-moi , si tes recherches ont été vaines y de me rendre ce gage de ma confiance ^ quand l'année aura achevé son cours. »
w Je te le jure , mon père , s'écrie le héros; je reviendrai moi-même remettre en tes mains ce dépôt sacré y ou te présenter ton fils i un doux pressentiment m'avertit que les dieux me destinent à consoler ta vieillesse. »
Il dit, prend avec respect le tronçon du glaive^ et tombant aux pieds du vieillard^ il embrasse ses genoux vénérables; Marcomir le relève y le seire avec transport sur son sein y lui fait signe de s'éloigner y puis se
LIYRE SIXIÈME. ai 3
détourne lui-^même pour cacher son attendrissement.
Le jeune guerrier rejoint ses compagnons.
Impatiens du départ y ils agitent leurs lances^ et quittent enfin la terre de l'hospitalité.
(ï) i\ESTA-T-iL cinq cents hommes, ] « Le territoire des Nerviens s'étendait des rives de la Meuse jusqu'à la mer ; Cambrai en était la capitale. Les Nerviens , après avoir enfermé leurs femmes, leurs enfans et leurs vieillards , dans un lieu entouré de marais inaccessibles , se postèrent sur la Sambre et attendirent les Romains. Un moment leur valeur et leur audace jeta César dans un grand embarras , et il fallut tout le génie et le sang-froid de ce grand capitaine , pour réparer le désordre et ramener la victoire sous ses étendards ; elle fut sanglante : ce combat anéantit , pour ainsi dire , la race et \e nom des Nerviens. Les femmes et les vieillards cachés dans les marais apprirent bientôt que les vainqueurs n'avaient plus d'obstacles à surmonter, ni les vaincus d'espérance à concevoir; ils députèrent à César , et se rendirent à discrétion. Les envoyés , dans le récit de leur désastre, dirent que sur;six cents sénateurs^ trois seulement avaient échappé à la destruction générale, et que de soixante mille combattans , il en restait à peine cinq cents en état de porter les armes. » ( César \ liv. 2, pag. 73.)
TTOTES DU LIVRE SIXIÈME. ai5
(i) Toute la naiion, ] « César campait autour de la forteresse des Adua tiques. Ceux-ci, vers minuit, firent s^ne sortie , et attaquèrent les légions romaines. César avait ordonné d'allumer des feux en cas de surprise : il fut bientôt averti parce signal. Les troupes des forts voisins accoururent. Les Barbares , malgré le désavan-^ tage de leur position , quoique assaillis de traits lancés des tours et des retranchemens , se défendirent en he* ros qui se reposent uniquement sur la bravoure , et pour qui elle est la dernière ressource ; on en tua quatre mille ; le reste fut repoussé dans la place. Le , lendemain , les Romains y entrèrent après en avoir enfoncé les portes ; César vendit tous les habitans , qui ^ d'après un état fourni par les acbeteurs , s'élevaient à soixante-trois mille. >» ( Commentaires de César; liv. 4* )
(3) Leurs défaites. ] « Plus d'une foîs'Ies peuples de la Gaule Belgique se réfugièrent au-delà du Rhin , chez les Sycambres toujours prêts à accueillir les fugitifs. » (il/d!2^rai, livre premier. )
(4) Les vaisseaux sur les ondes. ] « Les Menapiens et les Morins étaient deux anciens peuples de la Gaule Belgique , célèbres par leur courage et leur industrie. Ils occupaient les pays situés entre la Meuse , l'Escaut ^ la Sambre et l'Océan britannique. Boulogne , Tournai , Ipres, Courtrai^ Yalencienne et Terouane aujourd'hui ruinée , étaient leurs principales villes. » ( Note des Commentaires de César. )
Tout le monde connaît les toiles et les dentelles de Flandres. *
(5) Ont perdu F intelligence. ] M. de Grave croit avoir trouvé l'antique et fabuleuse Atlantide dans la
2 lé NOTES
Hollaade ou la Gaule septentriouale. Ce qu'il j a d^ certain , c'est que des Hpllandais fort instruits m'ont donné , sur diffërens mot» de cette langue , les mêmes ëtymologies que celles sur lesquelles M. de Grare ap* {^ie ses assertions. Si M. de Grave se trompe , da moins il intéresse par ses aperçus ingénieux.
« Nous Terrons, >» dit son éditeur au commencement de l'ouvrage que je cite, « pourquoi une nation placée sous un ciel inconstant , plus souvent rigoureux que doux , et sur un sol plus avare que généreux , a pu être la première , industrieuse et agricole'; parce qu'elle a senti qu'avec des efforts et de la constance , elle pouvait réparer les torts, du sol et du climat. Par la même cause , cette nation située aux embouchures de plusieurs grands fleuves, et bornéie par la mer, est devenue promptement habile dans la navigation , et, pour le devenir, elle a étudié les astres. Ses progrès dans l'astronomie furent rapides, à Taide de ses longues et brillantes nuits tl'hiver.
»Nous verrons encore comment, ayant à lutter sans cesse contre le débordement de ses fleuves d'une part , et de l'autre contre le courroux de l'Océan, elle a porté si loin l'art des constructions hydrauliques , et est parvenue à dompter le moins domptable des élémens , et même à envahir une partie de ses domaines , au profit de l'agriculture , ce qui se continue encore de nos jours dans les mêmes contrées. Enfin cette nation à laquelle la nature n'accordait rien gratuitement ; mais aussi ne refusait rien à son labeur , éprouva le besoin de se placer sous leur égide ; de resserrer les liens de son association , par des institutions religieuses, morales et conservatrices. Alors^ ainsi constituée sous l'in-
fluence d'un gouvernement ferme , cette nation étendit son commerce et ses relations industrielles, sur tout l'univers conna ; elle y propagea ses arts , ses principes et ses connaissances. Sa longue prospérité influa su%sa population ; elle devint surabondante, et reflua sur d'autres contrées : il se fit de nombreuses émigrations, et des colonies se portèrent sur différens points du globe. Quelques sages des autres nations vinrent s'éclairer chez ce peuple de sages : ils sollicitèrent et obtinrent la faveur d'être initiés aux mystères de son culte , et ils retournèrent dans leur patrie , fiers de connaître les principes de ce peuple religieux et aimé du ciel. Mais le temps qui détruit tout , les révolutions naturelles et politiques qui entraînent tout avec elles , n'ont plus laissé , après des siècles nombreux , entre les Atlantes , les nations qui étaient contemporaines et nous, que d'immenses débris dans lesquels il faut fouiller avec sagacité et avec prudence. » {Rép, des Champs-'Ély'^ sées } M. de Grave j tom. I*', pag. 27. )
(6) D'une antique splendeur, ] « Les îles de V Hélium, qui ont été le théâtre de toutes les merveilles décrites par Homère, s'appellent encore de nos jours, sans qu'on y fasse attention , îles fortunées. Le nom de Zélande ne vient pas , comme on le croit , de Zée , mer , mais du teuton Zel , le même que Zélig , fortuné ; en même temps que Heiligh est l'équivalent de saint , mystérieux, etc. » (Rép, des Champs ~ Éljrsées ; tom. P', pag. 61 ; de Grave.)
(7) Des Bouches de r Hélium,] <« Le Rhin , qui se perd aujourd'hui dans les sables , un peu au-dessus de Leide, avait autrefois deux embouchures : l'une nommée F/e-
2i8 NOTES
çufftj l'autre Belfum. Pline et d'antres auteurs, notta en ont donné les noms et les descriptions Hëlîum était le bras du Rhin , appelé aujourd'hui la grande bouche de^a Meuse. » {Rép. des Champs-Elysées ; par M. de Grave; lom. I*', pag... ) »
(8) A une contrée de VAsie.l « La Pbrygie d'Asie. Plusieurs auteurs ont trouvé beaucoup d'analogie entre celle-ci et la Frise d'Europe. Ils ont cru que la Frise était une colonie de cette Phrygie. On a des raisons de croire, au contraire, que les Phrygiens doivent le nom de leur pays et leur civilisation aux Bardes idéens de la Frise gauloise. » {Extrait de la Rép, des Champs-^
Èljrsées ; M. de Grave ; tom. I , pag. igS.)
(g) « Les draps de Frise ont joui d'une grande répn* tation jusqu'au seizième siècle. Les habitans de ce pays avaient trouvé le secret de tisser de l'or dans ces étoffes ; le camp du Drap«-d'Or leur doit son nom et son éclat. » {Latour^d^ Auvergne ^ pag. 36 )
(10) De la forêt de Césienne. ] « Les Teucières et les Vsipiensy à qui les Sycambres avaient donné un refîige et des terres pour habiter , depuis que Jules César les avait chassés de la Belgique , se joignirent à eux comme étant leurs dépendans, et incorporés dans leur cité. Aussi firen^ les Frisons ^ tes Cauces^ les Suhs^es ^ les CKérusqueSy les Cattes^ les Bructhres ^ les Tubanies^ les Ansivariens , les Cimbres et plusieuts autres peuples. » ( Mézerai , Hist, de France avant Claris , liv. I. ') Voyez pour la situation respective de tous ces 'peirples^ Mézerai , livre i ^pag. 74 , et la Géographie comparée de M. Mentelle.
(1 1) Par leurs divines inspirations, ] « If y arait alors
DU LIVRE StXiÈME. 219
dani \e pays de Bructhres , une fille de eotte nation nommëe Yéllëda , qui possédait un grand pays et se mêlait de prédire l'avenir, ainsi que beaucoup d'autres filles en Allemagne ; elle avait acquis depuis péfu une grande réputation , ayant prédit la défaite des légions romaines , et les avantages remportés par les Gaulois et les Bataves sur leurs ennemis. Les Allemands ont un grand respect pour ces sortes de devineresses ; ils les regardent même comme des divinités ; celle-ci demeu-* rait seule au haut d'une tour. » (Mézerai , Hist, de France avant Clovis^ liv. 2. ) « Les Germains prennent quelquefois les filles de leurs ennemis en 6tage. Ils croient qu'il y a dans ce sexe quelque chose de plus saci-é, de plus divin , de plus propre à prédire l'avenir, ils ne méprisent ni leurs avis, ni leurs prédictions. On vit parmi eux des femmes adorées comme des déesses , témoin: Véllëda , Arinia, Alcena, Akima. » {Dont Calrnet^ tome I, pag. 71 ). « Les Germains faisaient encore plus , car ils déféraient à quelques femmes toute l'autorité civile et politique. ^^ ( Tacite ^ liv. 4 > ch.62. )
(12) Du dernier supplice. ] « Le premier remuement de ces peuples ligués ensemble , dura près de 3o ans , et donna bien du mal à Auguste et à ses lieutenans ; mais ce fut peu de chose , jusqu'en l'an de Rome 7 36. Cette année là , les Sy cambres , les Chérusques et les T'cwcrôre* attachèrent en croix, ou , selon Florus, brûlërent vingt centurions des Romains, qu'ils trouvèrent de-là le Rhin, levant des impôts et traitant l3éjà les Germains comme leurs sujets ; puis s'étant obligés par ce meurtre , comme par un serment solennel, à* leur faire la guerre , ils la commencèrent avec une si forte
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espérance delà victoire, qu'ils avaient par avance partagé le butin : les Chérusques devaient avoir les che* vaux ; les Suëves, l'or et l'argent , et les Sycambres , les captif. En effet , ayant passé la rivière , ils enve~ loppèrent la cavalerie romaine qui venait contre eux, et poursuivant leur pointe, donnèrent jusqu'au gros de l'armée que commandait Marcus Lollius, et lui tail* lërent en pièces toute la cinquième Légion. » ( Mézeraî; Hist. de France ; liv. i , pag. 96.)
(i3) Au farouche IrminsuL ] « Le fameux peuple des Sycambres avait , au couchant , le Rhin , environ trois milles depuis Cologne jusqu'à trente milles audessous ; au midi, le cours de la Sigue^en langage da pays Sieg , d'oii ils avaient pris leur nom; au nord une ligne tirée de l'endroit oii le Rhin se fourche , au lien oii est la petite ville de Lunen , au comté de la Mark , et au levant une autre ligne depuis la source de la Lippe à celle de la Sigue. Gela comprend aujourd'hui le duché de Berg, le comté de la Mark , la partie orientale du duché de Clèves , qui est de-là le Rhin , la partie de Westphalie qui appartient à l'archevêché de Cologne , la partie occidentale de l'évéché de Paderborn. » (Mézerai; Hist, de France aidant Clovis ^ liv. i. ) Irminsul ou Mars, était adoré à Mersbourg, capitale des Marsaques , peuples voisins des Sycambres.
(i4) Puis s^ésfanouit dans les airs, ] « Marcomir commençait à civiliser les Francs ; il leur apprit à se fortifier et à défendre leurs villages et leurs châteaux contre les assauts des brigands. On raconte qu'il eut un songe qui annonçait les destinées de la France. Il vit un fantôme qui avait trois têtes de différens animaux , dont l'une, semblable à celle d'un aigle, surpassait les deux
DU LIVRE StXIÈME. 221
autres ; soudain ces trois têtes disparurent , le fantôme fut remplacé par la figure d'un guerrier couronné d'un diadème d'or , et portant dans ses mains le sceptre et l'épée. Une femme instruite dans la science clés druides expliqua cette vision : les trois têtes désignaient trois races qui devaient régner sur les Francs.»
Tarant, Ann. de France, donne cette explication et cite à l'appui des monumens de la ville de Wurtzbourg. D'autres ont attribué ce songe à un ayeul de Marcomir. » (Hist. de la nation française y parDamartin, pag. 5o.O « Marcomir I" eut une vision nocturne, par les prestiges de Ta^ophé^esse Akima,qui lui fit voir un monstre à trois têtes : la première d'un aigle , la seconde d'un lion , la troisième d'un crapaud ; lequel monstre lui dit, parlant par le bec de l'aigle : Marco^ mirj caput meum progenies tua superabitj
llf arcomir , un jour sera Que ce qui de toi naîtra Aux pieds ma têta foulera.
M Et le prince expliquant cet augure en faveur de trois royaumes que sa postérité s'assujettirait au temps à venir , se détermina à s'approcher plus près de ces nations. » (Voyez TVasthaldj Hunidaldy Tritheime et Raphaël Volateranus. )
(i5) Et V adresse de leurs- phres, ] «c JiCS Gaulois et les Germains dressaient ^ pour la chasse , des chiens fameux pour la force et l'adresse qu'ils tiraient de leur naissance, car ils venaient ordinairement d'un loup et d'une chienne. Les colliers qu'on leur faisait porter étaient bien travaillés , et avaient assez l'air de bra-
celets. » (Aristote^ Pline y cités par Dom Martin , tom.'II, p. 95. ) '
(16) Vuroch farouche, ] « Il y a aussi des taureaax sauvages qui sont un peu moindres que^des éléphans , mais semblables du reste aux autres , et d'une force et vitesse extraordinaires ; de sorte qu'il y a peu d'hommes ou d'animaux qui pussent échapper à leur rencontre. La jeunesse s'endurcit à la chasse de ces bétes, et garde leurs cornes par vanité , comme une marque de valeur. Elles sont différeiites de celles de nos taureaux, tant pour la grandeur que pour la figure , et sont recherchées avec grand soin pour boire dans les • festins, après avoir garni d'argent l'ouvertare. » ( Commentaires de César \ liv. 6, p. 173.)
(17 ) A V allure du cerf. ] « Dans la forêt d'Hercynie, 4it César , il y avait une espèce de bœuf qui avait l'allure d'un cerf ^ mais n'avait qu'une corne qui lui sortait du milieu du front à égale distance de ses oreilles. Il ajoute que cette corne était plus droite et plus longue que celles des bœufs ordinaires. » ( Dom. Martin ; tom. II, pag. io4*)
César a sans d ou le décrit ainsi la licorne, et il est probable que c'est d'après l'ancienne tradition de son existence , que la figure de cet aniihal fabuleux orne encore aujourd'hui la plupart des armoiries allemandes et françaises.
(18) De dagues et de )a\^elots, ] « Les Gaulois avaient deux portes de chasses : l'une de plaisir , oii ils poursuivaient les animaux timides ; l'autre périlletise , qui demandait autant de force que d'adresse. Us invo*
DU LIVRE SîXTÈME. aaî
quaient Diane pour la première ;, et Getnunos pour la secpude. >» ( Dom Martin ; tom. II , p. 98. )
(10) Plus délicieuse, ] « Les Gaulois , pour faire une •chasse plus heureuse , se servaient de flèches empoî- «onnées avec le suc d'un fruit ressemblant à une co)rniche corinthienne que portait un arbre semblable à un fifi^uier ; ils frottaient aussi leurs dards d'ellébore , et d'une herbe qu'ils appelaient bélenion. Ils retiraient deux avantages de «e poison : car, outre qu'il ne leur en arrivait jamais aucun mal , ils assuraient leur proie et avaient le plaisir d'en trouver les chairs plus tendres et plus délicates. » (Strabon; liv. 4* )
(20) Alcis. ] « VAlcis des Naharvales , tribu suëve, était le Cemunos des Gaules. On l'invoquait à la chasse des bétes fauves pour être garanti de leurs cornes , griffes et défenses ; car , pour ne parler que de l'élan , ses coups sont si rudes, que des pieds de derrière il brise les arbres^ et de ceux du devant il perce les chiens, les loups et les chasseurs d'outre en outre. » ( 01a us Mag. ; Bist, du Nord^ liv. 2. )
(21) «Le Cemunos des bas-reliefs de la Cathédrale de Paris, a de grandes oreilles de satyre , et des machines qui paraissent des anneaux passés dans se% cornes. » {Dom Martin ; tom. II , p. 83.) ^
(22) Dans le piège préparé, } « Les élans étaient très-communs alors dans les Gaules^ au rapport d« Pausanias. Les Gaulois se plaisaient fort à cette chasse , et ils s'y portaient avec d'autant plus d'ardeur qu'elle était difficile ; car d'un coté , cet aninial ^tait d'une légèreté extraordinaire , et de l'autre , son odorat était si fia , qu'il sentait de fort loin les approches des
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hommes , sMchappait aussitôt et se retirait dans le fort des bois, oii il était à couvert des insultes des chasseurs; ce qui fait dire à Pausanias qu'il n'était pas au pouvoir de l'homme de prendre un élan , quand on n'en voulait qu'à lui seul. C'est pourquoi les Gaulois , pour ne point manquer leur chasse , entouraient un espace de mille stades, et s'avançant tous ensemble , en gardant chacun leur rang, ils prenaient toutes les bétes qu'ils avaient enveloppées , surtout Télan , à m.oins qu'il n'eût quelque fort ou tanière , oii il put se retirer ,et se dérober aux yeux des chasseurs. Au reste les Gaulois n'avaient que ce seul moyen de le prendre. » ( Aeligion des Gaulois-, tome II , liv. 3 , page 89. )
(23) Les dons de la victoire, ] « Le bas-relief, chargé de l'inscription suivante, Cemunno^^ représente le dieu Pan , portant deux espèces de cornes. On remarque deux anneaux passés dans ces cornes qui ressemblent assez à d|:s bois de daim.
» Ceci est peut-être une allégorie qui a rapport au goût que les Gaulois prenaient à chasser ces animaux ; les anneaux sont des couronnes d'or ou d'autre métal , dont ces peuples couronnaient leurs divinités. Ce dieu parait avoir été adoré par les .Gaulois comme le maître des forêts, et invoqué par eux avant d'aller à la chasse des bétes fauves, exercice pour lequel ils avaient beaucoup de goût. Ils portaient cette passion si loin , qu'à leur retour ils faisaient des espèces de marches triomphales, portant les têtes des animaux qu'ils avaient forcés et tués. Ils les attachaient ensuite aux portes de leurs maisons^ ainsi que nous avons vu les garde-chasses clouer à leur porte les oiseaux de proie qu'ils avaient tués. Cet usage remonte fort haut ^ car on sait que le^
Grecs, au retour de la chasse, offraient à Diane une