CHANT DE L'AMANT
« Fille du soir, étoile luminense, élève-toi resplendissante sur les vertes collines du BéDal ! Que ton aspect réjouisse la vierge que j'aime, et lui présage le retour de son amant! »
« O doux chantre des nuits! ma bien-aîmée^ penchée sur le bord de sa couche , écoute tes accens. Redouble les éclats de ta voix mélodieuse ; qu ils enchantent son oreille et lui présagent le retour de son amant ! » ^
« Esprits légers qui vous jouez sur les fleurs, quittez le sein de la prairie; agitez; autour d'elle vos ailes fréfliissantes -, que vos parfums inattendus , portés à ses sens ravis , lui présagent le retour de son amant ! >>
« Murmures de la fontaine, bruits lointains des forêts , doux présages d'amour envoyés .par les fées , parlez au cœur de la vierge que j'aime , et annoncezlui le retour de son amant !
Aux premiers accords , Idôïne a recoimu Théodemir. Elle était préparée aux prodiges; mais celui-ci surpasse toutes ses espérances. Elle remercie à la fois son père et l'amour; dans le ravissement que lui cause la douce bar* monié y elle reste immobile et retient son souffle. Ses mains compriment les battemens précipités de son cœur; son regard est.plein de bonheur , et 9 dans lexcès de sa joie, ses larmes roulent comme des perles sur son sein et sur ses bras d'albâtre. Peu a peu la voix s'affaiblit , la mélodie s'éloigne, elle s'éteint enfin comme le
278 LA VIERGE D'ARDUÈNi.
murmure des zéphyrs dains les roseaux de la fontaine. A cet instant un doux sommeil secoue ses ailes sur la vierge; son front s'abaisse, ses yeux se ferment y le sourire erre encore sur ses lèvres , et des songes brillans enchantent son repos.
Théodemir a regagné sa retraite, et cherche sur la couche que lui a préparée Sulmina, le délassement à ses fatigues.
La druidesse ne se livre point au sommeil :
cette nuit est celle qui a vu naître la fille de Diciomar ; et Sulmiba , à qui le culte des déesses-mères est sacré, leur doit un sacrifice solennel. Elle renouvelle les cérémonies saintes qu on fit au moment où Idoïne vit le jour '^ Elle s'enferme dans le lieu le plus secret de sa demeure. Là, elle se couronne de verveine, afin de se rendre les déesses favorables; elle pétrit trois gâteaux de farine d'orge , et les fait cuire sous la cendre. Lorsque le jFeu les a colorés, elle les dépose tout brùlans sûr une table où elle a dé}à placé trois rayons de miel, trois vases pleins de lait et trois flambeaux de cire.
Voulant connaître la destinée du jeune heVos, elle joint à ces offrandes celle du glaive brisé et du bouclier aux abeilles. La druidesse allume ensuite un trépied; elle jeté dans la flamnie des baies de genièvre , de la laine^ d'agneau noir et des branches de sélage*^ plante saèrée que sa main gauche a ravie à sa droite^ lorsque naguère elle la recueillit au lever de l'astre du chien ; prononçant enfin les paroles magiques dont la puissance évoque les fées y elle se retire en marchant à reculons dans le coin le plus obscur de la salle ^ où elle implore à voix basse la protection des fées pour les deux êtres qui lui sont si chers.
A peine est -elle agenouillée, qu'un vent léger circule dans la salle; un doux murmure parvient à son oreille ; elle entend le bruit aérien que font les déesses en acceptant l'offrande ; le trépied pétille y la flamme des flambeaux s'agite ; de doux parfums se répandent en nuages. Bientôt l'obscurité et le silence annoncent à Sulmina que les fées se sont retirées. Elle rallume sa lampe. O surprise! tous les
28o LA VIERGE D'ARDUÈNE.
dons ont disparu^ et aVec eux le glaive et le paTois d'aznr. La druidesse, accoutumée à interpréter les augures^ voit dans cet événement la protection des dieux et l'inteniion qu'ils ont de veiller aux destinées du héros et de la vierge d'Arduène **.
(0 JLes habitans âHJJsbie. ] « Les Vbienà , du temps de Cësar , habitaient la rive droite du Rhin ; mais vaincus par les Celtes leurs voisins , ils obtinrent d'Auguste d'être transplantes sur la rive gauche , oii ils bâtirent la ville de Cologne. » ( Note des Comment, de César, )
(2) Ses foudres dans les deux, ] « Jupiter était le tuaitre du tonnerre. On le révérait dans les Gaules sous le nom cle Tarants , parce que ce dieu disposait à son gré de la foudre ; taran est l'expression dont on se sert en Bretagne pour parler de la foudre et du tonnerre. » ( Orig, celtiques et bugesiennes; tome II , pag. 167. )
(3) D'un chêne majestueux, ] « Les Celtes, adoraient Jupiter sous la forme d'un chêne. Il paraît que le dieu, Vodan , adoré des Germains comme une de leurs divinités du preBdier ordre , était le Jupiter querque^ tulanus des Romains.
» Cependant d'autres auteurs font l'application du mot p^odan à Mercure , et croient qu'il était aussi révéré sous ce nom et sous cet attribut en Germanie. »» ( Origines celtiques et kugesiennes ; tome II ^ p. i68. )
(4) Le guide des voyageurs, ] «Les Gaulois recon-
5i8a NOTES
naissent trois sortes de Mercure. Le premier était Mercure marchand. On le représentait presque nu et sans sexe ; sa statue tenait une bourse de la main droite ^ de la gauche un caducée grossièrement fait ; elle avait sur la tête une sorte de calotte ou bonnet bizarre qui tenait lieu du petase, d'où sortaient deux espèces d'oreilles toutes droites à la place d'ailerons. Telles étaient les statues de ce dieu , trouvées sur la montagne de Framont en Lorraine.
M L'autre Mercure des Gaules était Ogmhis : sous ce nom on le regardait comme le dieu ou le symbole de l'éloquence , l'inventeur des arts , le guide des voyageurs , et le dieu qui présidait aux chemins. C'est peutêtre en partie pour marquer ces deux qualités qu'on lui donnait la massue d'Hercule et la peau de lion; parce que le préjugé populaire avait pu faire croire que c'était lui, et non Hercule, qui avait été par le monde pour assurer les chemins et les purger de monstres et de brigands. Ces attributs pouvaient en effet lui convenir, en qualité de guide et de protecteur des voyageurs : titres que toutes les nations lui donnaient, et qui leur faisaient croire qu'on encourait l'indignation de ce dieu , quand on refusait de mettre dans le bon chemin les voyageurs égarés. » ( Dont Martin ; tom. P', p. 337.)
« Le troisième Mercure des Gaulois , était Mercure infernal^ ou Teutatès; car il semble que les Gaulois ne donnèrent le nom de teutatès à Mercure, qu'en tant qu'il était pris pour F^luton leur père, que César appelle Dis paîer, » ( Peiron ; Antiquités des Gaulois ^ et Dom Martin , tome !•' , p. 337. )
(5) Vantique Isarnorr, ] « Ce temple a communiqué
sçn nom à un village qu'on a bÂti tout autour et qui subsiste encore dans le Bugey sous le nom à^Isarnore, On y voit quelques restes de temple : les plus considérables consistent en trois colonnes de marbre qui sont encore debout ; deux^ ont trente-cinq pieds de hauteur et treize en grosseur ; l'autre sur la même grosseur n'a que vingt -cinq pieds de hauteur. L'architrave du temple était aussi dans son entier , et portait une inscription. » ( Guicheron ; Histoire de Bresse , etc. ; première partie , p. 7. )
(6) Contre les Titans. ] « Les Gaulois honoraient encore Mercure sou§ le nom à'Ogmius ; ce mot signifiait rancien , car le mot ogmios exprime un sillon , et par métaphore , les rides du visage. Il portait comme Hercule la massue et la peau de lion , parce qu'après le combat des géants, Hercule ayant érigé douze autels aux dieux , au nombre desquels était Mercure , consacra ses armes et en particulier sa massue , à ce dieu surnommé Poljrgius ,.en action de grâces de sa victoire , et de ce qu'il était sorti sain et sauf d'un combat si périlleux. »» (Pausanias ; Lilius Giraldus , et Religion dts Gaulois ; tome P' , page 3 1 1 . )
« Ogmius, ou l'Hercule gaulois, à qui la crédule antiquité érigea des autels, fut aussi connu sous le nom de Tentâtes, c'est-à-dire père des hommes. » ( M. de Grave ; République des Champs-Elysées. )
{']) Pour voler sur ses pas."] « Les Gaulois appellent en leur langue Hercule Ogmius , et lui donnent une figure extraordinaire. C'est un vieillard décrépit et chauve ;'le peu de cheveux qu'il a sont tout blancs ; il est tout hâlé et ridé , comme sont nos vietix, hauton-
a8i NOTES
iiiers : on le prendrait volontiers pour Garon , on du moins pour tout autre qu'Hercule. A\ec cela , si l'on considère sa peau de lion, sa massue dans sa main droite, son carquois et son arc dans sa gauche, il a tout l'air d'Hercule. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que ce vieillard tient attachées par l'oreille une multitude de personnes. Ces chaînes sont d'or et d'amhre ; et , quoique ces chaînes soient fines et déliées , nul ne veut les rompre ou les quitter ; personne ne résiste et ne fait effort pour ne point marcher ; au contraire , les captifs gais ^ alertes et pleins de joie , suivent comme à l'envi ; et leur empressement fait que les chaînes sont lâches , ce qui marque qu'ils ne souffriraient qu'à regret d'être déliés. Le peintre ne sachant oii attacher le hout de ces chaînes , puisque les deux mains d'Ogmius étaient occupées l'une à tenir la massue , l'autre à tenir l'arc , à représenté percé le bout de sa langue , par ou il fait passer les chaînes de tous les captifs vers lesquels Ogmius se tourne avec un doux souris. {Dialogues de Lucien , cités par Dom Martin ^ tome I , page 3o5.)
(8) Ses longues tresses.'] « Les femmes gauloises dont les historiens vantent la beauté , la sagesse et la fécondité, étaient recherchées dans leurs ajustemens : elles étaient, ainsi que les hommes, fort attachées à leur chevelure dont elles avaient le plus grand soin et dont elles faisaient leur principal ornement. La plus grande punition qu'on pût leur infliger était de les leur couper. » {Histoire de Chartres; par Chevardj tome I*', page 79.)
(9) appuyée sur sa harpe.] Ce n'était pas seulement
les bardes qui jouaient de la harpe ; les poésies Ërses nous offrent plus d'une fois les vierges d'Èrin , dont les blanches mains voltigent sur les cordes, en chantant des hymnes d'amour ou de douleur :
tt Cachée dans un bocage, Roscrana chantait, et sa M main blanche voltigeait sur sa harpe. J'entrevis cette » beauté ; elle était semblable à un esprit céleste à » demi enveloppé dans^son nuage. » (Ossian , poème de Temora , chant 40 *
« Nos héros sont assemblés dans Selma , dans ce pa- » lais maintenant en ruines ! Un chêne embrasé res* » plendissait au milieu d'eux, sa lueur éclairait leurs » visages ; la coupe passait de ntiain en main avec sa » liqueur réjouissante ; les bardes chantaient, et la » douce main des vierges tremblait sur l^s cordes de la » harpe. » ( GauL^ poëme d'Ossian , tome IIL)
« Son langage était comme le son de la harpe daus » les blanches mains de la fille de Toscar, etc. » (Id,)
J'ai déjà cité, plus d'une fois les poésies d'Ossian à l'appui de cet ouvrage. Nous avons si peu de détails sur les mœurs intérieures des Gaulois, que tous nos écrivains ont été forcés de rechercher , dans les usages des étrangers, ceux^que les historiens avaient négligé de nous faire connaître. A cet égard , les chants traditionnels des Scandinaves et des anciens Calédoniens , peuvent nous fournir de quoi remplir cette lacune , et cette opinion se fonde sur les relations intimes qui existaient jadis entre tous ces peuples primitifs.^ Lès druides visitaient fréquemment l'Angleterre , dit César, afin d'y étudier les rites de la religion druidique , lesquels s'y observaient avec plus de sévérité que partout ailleurs.
Après la conquête des Gaules , de nombreuses tribus se réfugièrent dans ces îles : témoin la colonie gauloise qui peupla le pays de Galles dont ^es babttans parlent encore aujourd'hui un dialecte qui est , dit-on , l'ancien celtique ; les Firbolges, ou Belges, qui s'emparèrent de rirlande sous le règne de Fingal , les Calédoniens dont le nom Cael-don signifie en langue gallique Gaulois des collines.
Après la persécution exercée par les empereurs contre le culte des Gaulois , leurs druides cherchèrent un refuge dans les îles d'Iona ; ils en demeurèrent les maîtres jusqu'au sixième siècle , et il est probable qu'ils portèrent dans cette contrée leurs chants , leurs croyances et leurs merveilles. Ossian en parle dans vingt endroits de ses poëmes ; il les présente toujours conuue des hommes inspirés de la divinité; et, quoique étrangers, ils paraissent jouir d'une haute estime parmi ses compatriotes.
« Va , Ferchios , va trouver dans son rocher le vé- » nérable Allad ; sa demeure est dans un cercle de » pierre. Il saura nous apprendre en quels lieux est » Gelchossa. » (Ossian , poème de Fingal y chant 5.)
« Allad était un druide. Ossian l'appelle enfant du rocher, parce qu'il demeurait dans une caverne. On croyait alors que les druides avaient des connaissances surnaturelles. » {Note de M, Letoumeur,)
«< Sous ce rocher de Clona habite Clonmal , le roi des N harpes. L'âge a blanchi ses cheveux ; une onde pure )» serpente autour de sa grotte; au-dessus de sa tête, » on voit s'élever une forêt de chênes; le bruit de nos » armes frappe ses oreilles tandis que sa pensée sonde » les abîmes de l'avenir. » (Temora, chant 7. )
M II paraît , dit Macpherson , par la vie retirée de ce personnage, que c'était un ancien druide. Le titre de roi des harpes ne détruit pas cette supposition , car on sait que les bardes étaient une classe de druides. » {Noie de M. Ij€ tourneur,)
M Fils de l'étranger., habitant de la caverne silen«n cieuse , est-ce le vent qui murmure dans tes bois? Ëst- » ce le son de ta voix qui frappe mon oreille? Le tor- » rent gronde , mais j'entends aussi des accens mélo- M dieux. Chantes-tu les héros dé ta patrie? chantes-tu » les esprits du ciel , habitant solitaire du rocher? » Étranger y tu habites ici une terre couverte de héros; » chante quelquefois la gloire de ces morts célèbres , » et leurs ombres légères viendront se réjouir autour » de toi! M (Ossian j poème de la bataille de Lora,)
« Ce poëme est adressé à un culdée , ou barde so~ litaire, qu'on croit être de la race de ces druides gaulois, réfugiés en Ecosse après Tédit de Tibère. {Noie de M. Hill, traducteur d* Ossian.)
« Pourquoi ne m'as-tu pas dit qu'il devait* périr , » triste habitant du rocher? Tu voyais dans l'avenir le » jeune héros nageant dans son sang^ et tu ne l'as » point dit à Comala. » ( Ossian , poème de Comala , tome I.)
« Sans doute il existait encore quelques druides au commencement du règne de Fingal , et Gomala en avait consulté un sur l'événement de la guerre contre Caracalla ; elle l'ajppelle enfant du rocher^ parce que, l'ordre des druides étant détruit , ceux qui restèrent se retirèrent dans les rochers et les cavernes. (Note de M, Letourneur.)
Le souvenir de ces temps héroïques s'évanouit peu à
a88 • NOTES
peu parmi nous. La longue servitude que nous imposèrent les Romains y la persécution druidique , une reli^ gion nouvelle, tout concourut à en effacer la mémoire. Ces traditions y au contraire, se concentrèrent au sein des montagnes de la froide Ecosse. Idolâtre jusqu'au septième siècle , elle conserva ses bardes jusqu'au règne du féroce Edouard III ; mais si depuis lors la harpe d'Ossian fut condamnée au silence, les simples habitans des montagnes en conservèrent la ipémoire. On peut donc emprunter à ces chants antiques les usages de nos ancêtres , que la poésie a sauvés de l'oubli , ou ceux qui à cette époque étaient communs à tous les peuples celtes.
(lo) Du cygne blessé^ « Au rapport de tous les habitans de TÉcosse occidentale , les cygnes sauvages qui fréquentent leur pays en hiver, et qui différent spécialement des cygnes apprivoisés , rendent quelques sons mélodieux en de certaines occasions ; mais surtout lorsque deux de leurs troupes viennent à se rencontrer , lorsqu'ils sont blessés , et au moment de leur départ , car ce sont des oiseaux de passage. Leur chant a même un nom particulier dans la langue gallique , ce qui ne serait pas si la chose n'avait aucun fondement dans la nature. Il existe dans la même langue une chanson appelée le chant ducj-gnCj dont l'air et les paroles sont une imitation de la mélodie de cet oiseau. >» {Note de DàrgOj poème d'Ullin; traduit^ de l'anglais, parHille.)
{il) Sa radieuse Jîgure.^ Les apparitions ne causaient pas toujours de l'^roi; elles étaient quelquefois l'annonce d'un événement heureux.
M Penchez-vous du sein de vos nuages , ombres de
» m€S pères? Écarte? de von» la terreur el le» feux <^uî * »> TOUS eavironaent ; recevez le béros qui expire à cette » heure; préparez sa rohe de bpouîHard et sa lance » de nuages ; places à son c6té un météore à demi » éteint sous la forme de son épée , et qu^^il s'o^ffre sou»^ » des traits aimables , afin que sa Vue paisse réjouir >» ses amis. »• (Ossia» ^poêMe de Darihuia^ tome ÎTI.)
« Paix étemelle aux axb^ d^ btéres, dit CtfcUttlin; N leurs actions furent éclatantea <i^aB8 les daifgfers : que » leurs ombres erre»! autour et moi portée» sur les » nuages. A leur aspect, mon ame sentira croître seo » courage. Mais toi , ]S(oïna ! viens à mes yeux sur ua M rayon de la lune ; viens près de ma fenêtre pendant » mon sommeil ; {'oublierai la guerre et ses alarmes » pour ne songer qu'aux loisirs de la paix. » (Pssian , /H)èf?ic^ £?& FfVi^â/, chant premier.)
« On croyait alors , et c^st encore l'opinion des mon-* tflgnards d'Ecosse, que les âmes des morts erraient autour de leurs amis «t qu'elles leur apparaissaient k la veille d'un grand événement. » (Note de M. Letour^ neur, )
(12) Des cœurs* tendres. ] « Quand le soleil fait place k la nuit , Fréga , déessç de l'air et de l'amour , répand sur la bruyère des larmes d'or plus odojantes que l'ambre de Goartande, plus brillantes que les vers luisans des mousses de Fionie.
» Le Scandinave suit ces chemins rayonnans, et arrive au pied des tours oiiVara , déesse des sermens, allume un flambeau conducteur. >» (Marchangy ; Gauh poétique ; tome I*' , p. 2û5. )
Frega ou la fee aux larmes d'or , était l'amie , la protectrice des cœurs tendres. ( Yoyec V£dda, )
ago NOTES DU LIVRE HUITIÈME.
(i3) OU Idoine vit le jour. ] « A certains jours da Tanaée et à la naissance de leurs enfans , les Gaulois avaient grande attention de dresser une table dans une chambre écartée , et de la couvrir de mets et de bouteilles avec trois couverts et de petits présens, afin d'engager les mères y c'était ainsi qu'ils les nt>mœaient , à les honorer de leur visite et à l^ur être favorables. Voilà l'origine de nos contes de fées. »( 5/.- Foix ; tome II , p. 9&. )
(i4) Ces détails sont puisés , pour la plupart, dans les superstitions quise pratiquent encore parmi le peuple des campagnes.
VOEuf anguinum ; — Les Pompes religieuses ; —
L'Assemblée du peuple.
jLâ. nuit s'écoule , nuit heureuse que les joies de la patrie ont désormais consacrée ! Le j our marqué pour rassemblée du peuple a paru.
Hemdal a reçu Théodemir au lever de Taurore ; la froideur de son accueil a confirmé tous les soupçons du guerrier. En efiet , le druide a vu avec dépit l'arrivée du jeune héros > et de ses compagnons d'armes. Il redoute leur mâle courage et leur ardent amour de l'indépendance ^ sehtimens dont le fils adoptif de Diciomar a jadis donné plus d'une pretuve.
Hemdal a promis Idoïne à l'impétueux Isarn^ quoiqu'il n'ignore point les droits que Théodemir possède sur le cœur de la vierge : droits
3ga LA \IEHGE FARDUÊNR
que les dernières paroles du monarque expi-^ rant semblent ayoîr confirmés. Cependant son \ alliance avec les Romains est certaine; Isarn^ enchaîné par ses promesses ^ doit signaler ainsi le premier exercice de sa puissance : de ce pacte dépend le succès des espérances du druide. Il pense qu appuyé par les Romains^ rien ne pourra s'opposer à son élévation. Il voit déjà son front orné des marques du souverain pouvoir. Quelles craintes poiurraient le troubler ? Un enfant obscur ^ élevé par la pitié du vieux monarque , et qui ne doit qu'à cette adoption le rang et la faveur dont il jouit ^ osera-t-il renverser ses vastes plans ? Puériles inquiétudes! Hemdal se rassure; toutefois joi* gnant la perfidie à la prudence^ et pour mieux assurer la réussite de ses desseins^ il eovoie un esclave aifidé f porteur d'un message secret^ vers le chef des cohortes romaines qui sont campées à Minérica sur les bords de la Sure '• Cette même nuit^ Isam^ efirajé du retour inattendu de son rival , accourt à la demeure du druide ; il cherche une nouvelle sécmité
dans les promesses qoe lui fait Hemdal.« Quelle taine terreur t agite? lai dit Tinsidieux pontife; les dieux ne se sont-ils pas prononcés en ta faTeur? qtt'as-tu donc à redouter ? est-ce cette^ troupe indisciplinée que ton riyal appelle ses amis ? n'auras-tu pas pour toi le suffrage de tes guerriers , et le mien qui t'assure celui des iinsBortels ? Présente^toi sans crainte à rassemblée ; et pour te concilier la protection céleste et la faveur populaire y reçois de moi ce présent ; il est ioestimaUe. Eflablème des plus profonds mystères , qu'il soit aujourd'hui le gage de ta prospérité : dès cet instant les hommes ni les dieux ne pourront te résister. '»
Il dit, et remet à Isam encore éperdu l'œuf imguimtm qui ^ né de la bave impure des serpens^ doit préserver celui qui le porte des feux du tonnerre ^ de la fureur des eaux , des morsures envenimées y et assurer enfin le succès de toutes ses entreprises. Cet amulette auquel le Gaulois attadie un grand prix, avait été recueilli par Hemdal lui-ménae, dans les arides rochers des monts Celtiques : périlleuse tenta-
294 LA VIERGE D'ARDDÈNE. ^
tive, qui fait partie des épreuves par lesquelles les druide^ exercent le courage de leurs élèves. Instruits^ par la connaissance qu'ils ont des astres^ du temps où ces reptiles se rassemblent , ils se rendent aux lieux fréquentés par leur troupe immonde. Lorsque dans leur fureur les serpens ont formé Tceuf merveUleux, ils poussent d'horribles sifflemens dont la force le soulève. Les druides attentifs à cet affreux spectacle > s'avancent alors : l'un d'eux reçoit dans une saie blanche l'œuvre magique y avant qu'elle ait touché la terre; un coursier rapide est préparé ; l'initié s'i^lance sur lui y et armé d'un glaive pour sa défense y il fuit ^ empor- -. tant la précieuse conquête jusqu'à ce que les eaux secourablés d'un fleuve le dérobent à la
poursuite deô reptiles '.
Ce talisman que le[druide conservait comme un souvenir de ses jeunes années , est entouré d'un cercle d'or chargé de figures mystérîeuses ^ Le superstitieux Isarn le reçoit avec transport , le cache sous sa robe y et conçoit de présomptueu^s espérances.
LIVÉE IfEUVIÊMÈ. igS
A peine le soleil avait pénétré daiSs les frais Talions de Phaemanie, que les habitans da Pagus, ceux des vallées envitofinantes, et toutes les tribuff^ qui. reconnaissaient le pouvoir de Dicioaiar , se rassemblent sur une bruyèr'é non loin de Jeurs simples demeures. Les chênes d'Arduèue abritent la place demi --circulaire destinée au conseil. Les guerriers arrivent de toutes parts ; leurs armes étincelantes ont été fourbies pour la féte^. Les vieillards couverts de longs manteaux se placent sur des sièges de mousse préparés -pour eux dans l'enceinte; à leurâf pieds sont les prudentes matrones, les épouses belliqueuses et les vierges sacrées, auxquelles les dieux révèlent parfois leurs obscurs décrets ^.
Le son des cors et des trompettes ^ annonce r^rivée des jeunes guerriers ?. Le fier Isarn parait le premier. Il est vêtu d'une robe de pourpre bordée d'hermine; son large baudrier est enrichi de figures d or ; une chaîne de même métal suspend à son cou sa longue épée; de riches bracelets {Pressent ses bras
Sg6 U VIERGE VlAVCÈSE.
nerveux ?K.Soa casque ^ forme de la défaille d un sanglier monstrueux , a pour cimier ua noir corbeau aux ë^es étendues f ^ui , le bec eatr ouvert > semble aapirer le carna^. Son bouclier carré est enduit et coloré d un cioabre éclatait. Il balance d'ua air superbe aa forte lance, dont langonj doubleoieul re-* courbé , préseiHi^ la lame d'uQ glaive y urne au dard acéré dune flècbe ^. Suivi de ses ainia^ \e fiis de Tordal se place à la droite du conseil* A rapproche des guerriers chasseurs , qui n'ont encore rien fait pour la patrie ^ le peuple observe uns profond silence ; mais en f oytfit paraâtre le beau Théodemjr et ses braves.^ à Taspect 4e celui dont il a vu l'enfance croitre et se développer dans les demeures royales ^ il fait éclater ses transports. Le jeune héros s'avance a la tête de sa troupe belliqueim^; son regard j doux et fier tout à la fois, se repose avec coniiance sur tout ce qui l'eiîtoure. Ses blonds cheveux retombent en tresses o&doj^antes; un cercle à^ot les retient captivelt et orne son front '*• Une chlamjde azurée ^
{Muneiaée d'dïeiUes d'or^ oable prà^iit de Marcemir^ s'attacke à «6 Uandiei épaales ^*; un ridie collkr, khà manière gadknM , contre sa latige poitrine ; Tiae céittUire d'airain sou*' û&Êki aa Bâche de pierre, înatrcimeat de mort qui lui fot donné par us roi de h trilm Sa« lienne. Le fer de cette aorme eat remplacé par le précseex giaKle de l'orient^ dont Ita conieur est cdie de ïsmet des mers; sa dtti*elévj6nrpasse celle de lacief , des veinies d'argent sèrpén-» tent sur sa anrface* Celte hadie y k denx trancfaans, est enchâssée dans l'or le pios pur; n& «lancW d'ivoire sert à la -soulever; et «ne forte cfaajkie la suspeiad aux flânes du héros "• LesdeuSL rivaiiix sonat en présence. La pépntatton de gloire qne«Vst acquase Théodèmir^ lai a ^gné l'amour de ses compaArioti^ : 4 la troupe nombreuse de «es amis, s'est réunie ttue fouie de guerriers déjà îUusvres. A la £•- ▼ersité des armes et des étendards , ou croi**
rait voir une armée formée des peuples frè*ws **. Le taureau celte *^y les grues, sjrmliole diî courage "^j le navire suève, les abeilles
2g8 LA VIERGE D'AKDUÈNE.
du Sycambre *^, peints sur les enseignes ^ flottent et brillent dans les airs. Les lances^ ornées de banderoUes^ les longues framées '?, à- laide desquelles le guerrier franc s'élanee sur rennemi^ la faaiche salienne, les boucliers teuctères et les pavois des Arduénens se confondent entre eux. Isarne voit ce spectacle avec envie; il lance des regards furieux à son rival 9 et les traîtres qui raccompagnent se décèlent par l'audace de leur contenance.
Bientôt des sons plus graves annoncent le saint corlége dès ministres de la religion. Quarante bardes y vêtus de blanc , portant dis har«* pes et des cithares harmonieuses , s'avancent à pas lents; ils chantent les louanges des héros immortels. Après eux viennent les cubages et la foule nombreusedesinitiés, portant des branches de chêne entrelacées de verveine; des cein* tures. flottantes serrent autour de leurs reins leurs robes de lin; la piété ^ le recueillement décorent leur front modeste. Les vacies, troisu me classe des druides^ portant les instrumens du sacrifice^ entourent le victimairequi Conduit
le sanglier^ offrande agréable aux dieux ^^.
Le druide ^ le majestueux Hemdal , parait enfin; il s'est paré de toute la pompe sacerdotale : une longue tunique de la plus pure
blancheur entoure sa taille que Tâge na point encore courbée : un vaste manteau , enrichi de bandes ^ de pourpre , est retenu sur ses épaules par une agraffe précieuse ; une ceinture blanche suspend à son côté la faulx d'or destinée à récolter le gui salutaire ; sa barbe blanche descend en ondoyant sur sa poi-^ trine '& ; des bandelettes étoilées pressent sa chevelure hérissée , et le feuillage révéré du chêne forme sa couronne *** ; une de ses ùiaîn^^ porte la marque distinctive de sa dignité , le sceptre d'or , surmonté d'un croissant " ; l'autre , plus élevée, expose à la vénération publique le rameau sacré dont le nom seul est respecté^ le gui aux fruits d'or^ au feuillage immortel 9 auquel les élémens obéissent ^ et dont l'aspect redoutable fait fuir les fantômes ".
3oo LA l^ERGE D'ARDDÈNE.
Aux côtfis de Jfeoidal, savaoce tmlideme&t la royale fMrpbdme : sa pileur et n touckante candeur û&ot la parure de aa beauté; Fespoir «îleocieux qui briUe dans ses yenz d'azur, dûoae à aop cbarmaiit risage un caractère ineffable de {candeur et de méhucolje. Graîuiîve, elle n'a point encore toumë son regard Y-ers Tami de son enfance; elle redoute de se trabity et, pour dérober à des yeux jaloux^ et aiême à ceux de son amaut , le trouble qui l'agite 9 elle ramène sur son front le voile qui parait sa Iréte céleste.
Mais le cortège a pris place. Le pontife trempe le saint rameau dans l'eau lustrale, et bénit le peuple. La Ticlime est amenée à lautel ; les eubàges allument la flamme sacrée :
Vodeur du sacrifice monte Ters les deux.
Rangés sur une émineoce ^ les bardes font résonner les cordes mélodieuses, et leurs voix réunies commencent Thymne à Hercule, dont la nation se plak à chanter les louanges dam les plus grandes solennités.