YOUS I
« Dieux du carnage^ de la terreur et de la mort, voici!... votre offrande se prépare. Vaillant Camulus ^ nous te dévouons les coursiers aux crins flottans. Un trophée d^armures te sera consacré, 6 divin Tentâtes ! Génie des fleuves , vous recevrez Tor dans vos ondes ! Le sang des captifs rougira tes autels, Hésus, dieu fort! dieu terrible ! »
« Oiseaux des funérailles, vautours affamés de carnage, qui suivez les traces des héros, accourez! La proie immense s^appréte ^ venez ^ repais« sez-vous ! »
A cet instant Thëoâemir donne le signal de l'attaque ; les guerriers impatiens du combat , tombent sur Fennemi avec furie. Le Romain étonné rappelle son antique courage ^ et les vieux soldats de César cherchent ïe souvenir de leurs victoires '^. Trois fois ils soutiennent
LIVBE DIXIÈME, 337
l'attaqi2£ impétuçose , trois foie leiir$ cohortes sont entofSffMS, lU sarrept leurs r^ngSy jporteot des yefix inquiets vers leurs aigles et font des prodiges ^ valeur ; mais si le Romain combat pour la gloire , Le Gaulois combat pour \^ pa^ trie f pour la liberté! et celui que ces deess^ inspireot, doit vaincre tous les obstacles I
Après une lutte opiniâtre y les fils de &|arf sont vaincus ; ils traversent un marais à la hâte et fuient devant ces barbares qu'ils noqnmaiçat par dérision un peuple de diasseiu^, h^ Oau-^ lois poursuivent les fuyards; ils massacrent tout c^qui tombe sous leurs mains vengeresses.
L ennemi s'arrête au bord d'ua lac profond 1 la forêt embrasée protège s» droite. Sa gauche seule .est accessible : c'est là qme Y alérius cherche à rallier ses troupes* Mais bientôt ses gardes avancées viennent Favert^rqu une partie de l'armée gaidoîse s'est déployée derrière les collines et le tient ipvesti sur ce point* £n effet 9 Yoran, Salsk^ Aruord» Isimar^ dont la blessure était légère , s'ov^nçaut par des chemins secrets^ tandis que Théodemir dirigeait
3S8 LA VIERGE D'ARDUÈNE.
la principale attaque sur le front des ennemis , étaient parvenus à leur couper toute retraite.
Cependant la nuit approchait. Maître da chatnp de bataille y Théodemir fait cesser le carnage et placer'le camp ; des feux sont allumés sur toute la ligne qu'occupe Tarmée victorieuse , et la vigilance veille autour de l'enceinte •
C'est alors que les femmes gauloises exer« cent les saintes fonctions qui leur ont valu l'amour et la vénération des peuples. Elles se sont. emparées des guerriers tout sanglans. et leurs mains délicates lavent les nobles blessures reçues au champ d'honneur. Entourées de l'appareil des doideurs^ces femmes magnanimes conservent seules un front paisible. Leur bouche sourit et leur voix caressante inspire le courage et l'espoir. La divine Ëgra ^^, et Bélisana la bienfaisante y montrèrent à leurs mères les herbes enchantées qui guérissent les atteintes du glaive. Fières de cet héritage y et rappelant tous. leurs souvenirs, les Gauloises écra3ent entre deux pierres la blanche achil^
lée y l'àche odorante^ le rumexaux véiaes san^
glaates y lactëe azurée^ le jaune hyperioum et
la fleur de jovis j aux suc& onctueux^ dont les
feuilles éternelles et lesbouquets rosés se* plai-
sent à croître sur le chaume des cabanes. Elles
appliquent ces plantes, savantes sur les plaies
profondes ; et par des chants magiques elles
arrêtent le sang et calment les soulSrances ^^:
Pendant la bataille , ces mères courageuses , '
ces vierges intrépides j se sont avancées dans la
mêlée. C'est là qu'elles ont ravi à la mort plus
d'une victime» Quand un guerrier frappé d'un
coup funeste-j^yaît les genoux^ pleines d'au^
dace elles couraient au milieu des armes étin*
celantes y soutenaient le guerrier chancelant y
l'enlevaient au sol poudreux y et remportant à
l'écart, étanchaient son sang et lui présen-^
taient dé salutaires breuvages; proprés à ra--
nimer ses forces^
' O fenmies des temps antiques, dignes en
effet des adorations de nos ancêtres , que vos
filles dégénérées sont loin d'un tel héroïsme I
Faibles et timide», elles peuvent 4^>pi!ine y
â4o Là VIERGE D'ARbUÈNE.
croire Unt c^ veiHus leur :i>^raififeiit çig^Mi^ ^qujÇ3 ! '
Mw^ gufs 4i^^ie7 Nos.pliis80Îol^veAtale&^ liée» y aiwi que iIiqs m€ien9Q$ droid^tas , i«R çuUe dies ^iitels,> me ,aqii6 ^pi^éMOteiitti^Ues {Mt ÇQÇQre^le ^^tade aqgu^e de Ja fiénéy da^sa^ voir 3 çoiisolant rinforione elt apaisaiat la^iaii^ leur? Ah I ce» fepnf^iejfi Idien^faiiftAtes, dauéet djiQp ii[ei:tu9whum^iiie9.sQiU imcor&di^riGraa-
^ooneur dopjc |l -U nation à <]iii viagi jem^ cli^.Q*Qat .pu,ra.Tir:9es v^rjbM^iprimiilivef! Hou-» o^ur au^ |>raaj^iA^ digOAi /de lœ sB0JII ^i»rieiu»! *.'
Apcè^ asirpir pointa ^h sSkt^té du camp H au^ he$oii:^4^. br^v^ ^niisçusit àQn$ lm>n ordres, les icbe^ se r^aimept prè$ de Tbé/Qide* ipir* U^TA^^jeul ne jviraU ppi«<t* Lef fueiviecs déclarealf[a^l les avait quittée j9tV4Dil k l^laîfié pouf .qwmt^ ^Wfiç dewc d^ sii^m une posiÛQa ph^ ^.vaat^ge^^e. BipntM» les Gaaloi»
lenvojé^ à la reqher,db^ du ^s de Tordal ae ^l^oi ^ ia jkoQlp »t U dpuleiirise
peignentrsiir leurk irîsagesw L'an deuK pcMe- ]% psrole":' c'^ D'a{ii«r toi! .'oj^i^êsi^^ iltu^îre- ^héo^ denrir'^ nous^ avons ' par oowû^kstsmmiie^ Bénady ks^bmsr^t lesi vdlomiq|ii^|!0iiîtai^ ^os-vmà ont faitenTendite à plii)5ir^tti1s^r:ôpric»i^ ki5iioiii d'Isomi. A iKiaoriëPsW^çatuli-effdàTe <pii g&ràBk'!dcfiréag)igegYiibiiais^V'Wd^t^u<lè filsf ée TordaJ' et lis^ pocÀîfai^dii^rduèaë pnetidrë la; route àu$<mmp ridmMnw BiMiUtil' du^i<ëcit dii xnencenaièevnè^ pouvant' drt>ii^é 'if thnt de li^ libedé^ aou9r«gagiiknisrnDsrligtie8^orsqtt^à' dâs^ 'iBHiee'ëgidé^' desdetisc^oamps^^inoûi^ivtm^sfdeait &ri€sr javielinto plabtees «n terrey sûpportôttt ée^taètesisangJktaèei Nous^pproisltotisi O^pecf
se distingue par une che^êfate^ àrd^irté ; l'ati^-
tttoy an^tigteiet^ "^ér&U^^tpprm^ uw dindème
-d'or* eaiiacéi dce* feuilles deidi£iie;'s& longue
bâriHy Umicfae^y^ flottfifrui a») gré^ deS' vents y est
soaiUée desaeget'de' poussière ^ - ■■'
' lue guemer^ s& tmt : l^^issismlllée' a reconnu
Te druide et llimbitieux Isarn. tTindlg^iatibn
que cause leur trahison n'çst point beupér^e
34a LA VIERGE D'ARDUÈNE.
par la pitié :que devait iasinrer un sort auM funeste. L^s Gjanlois abhorrent les traîtres; leurs mains y guidées par la justice , eussent eUesrrnaèmès puni Jes' transfuges du dernier supplice [fi]^ si'le ciel n'«eùt prévenu leur ¥en-« geance. Un noble courroux se manifeste dans tous lès rangs. L'horreur qu inspiré cette infamie rebaûssei^faore la gloire de Théodemir. jLes gueri!iens^!{dèins. d'enthousiasme > lui décernent à Teiivi lêtitrede libérateur. L'un d'eux «écrie : tr Qu'atténdons-nous ? Guidés par le vaillant Théodemir^ nous avons vaincu les oppresseurs de la Gaule : la victoire n est-elle pas la voix des dieux ? Qu'il soit notre roi ! -^ Qu'il soit notre roi! »> répètent .avec transport les enfaos d'Arduène. ';
Soudain y on appwte un bouclier.d'airain ^^ ; les chefs y placent le héros; et, l'élevant à la vue de toute l'armée^ le proclament souverain. Les guerriers font bruire leurs armes; les femmes ^ montées sur les charriots.qui servent de ■ ■ ■ ■ I ■ Il I »
[a\ On pend à un arbre les traîtres et les transfuges* {}Taçite,)
retranchemens 2 répondent aux acclamations, par descrisd'allégresse. Des milliersde. flammes s'agUçnt dans les airs; cesbrillans signaux transmettent au loin Taçuonce des événemens du jour ^ et les élans de la joie publique portent le trouble, et la consternation dans le camp ennemi.
Qi;ielqi^es captifs échappés à leurs gardiens vont, encore augmenter Teffroi des Romains.
Témoins de la solennité qui.accompagna 1-éléyatipa.de Théodemir et des ordres émanés de son nouveau pouvoir, ces guerriers racontent que^des signaux vont, cetie^nuit même, porter dans tcmte la Gaule le bruit de leijr défaite ^^. Us peignent avec Texagéralion , compagne de ta peur ^ les forces dff s ^ Gaulois , l'babileté de leurs chefs et les ds^ngers de la situation présente. :. t, .
' Valérius , découragé d'un, revers qu'il croit le résultat de la perfidie du druide , assemble so^ conseils Dn;isus lui a donné l'ordre de ména^ ger ces peuples, et de les séduire plutôt que de les subjuguer. Il craint .que leur premier
344 l'A VIERGE D'ÂRDUËNE.
anccès ti'exdte une rérolte générale. Placé en» tre des fbrèts impraticables ^ un marais dange-* feux 6r nae armée ticioriente^ il remet âa ven-^ géante a d'autres tenlpa et *e détertoine li offrii^ là paix* « -
Ce fut alors tqfoe h, justice des dieux éclata par un de ces grands exemples qu elle se plaft k donner ^Quelquefois & la terre ^ afiti é^ i^etenir les faibles y dVpouyanter les méchàns et de punir les coupables.
Iisarn et le druide , impatiens de cbÉKJure avec l'ennemi de la palirie le traité d^alKànce qui doit satisfaire Tambition de tous deuxV s^étàient retrouvés au sentier des trois chênes ; mais le^ Savantes manœuvt^s de lliéodemir avaient dé-
joué leurs projets : toutes les issues étaient gar^ dées. Le druide et son complice, forcés de faire un long détour dans la forêt y ignorant le résultat de l'acAoti -y ti^étaient arrivés que fort tard au camp romain. A la vue de la Saye gauloise y une fureur vengeasse saisit les soldais de Valériùs ; il* se précipitent sur les traîtres', auxquels ils attribuent leur défaite. Sans pitié
pour k jeuaesse dlearn^ sans rtspect pour la proléssioii èa dmidei ik ks nu^saorent tous deux sans ëéouler iMtrs prières; et^ dans n Yresse de la colère y ils expMent h la vue des deux camps les têtes des coupables.
"Valérius feiut d'ignorer cet excès : on se sert de l'infâme^ on se réjouit de sa punition. Le Romain envoie vers Tbéodemir deux guerriers précédés d'un héraut portant l'olivier et les bandelettes sacrées. Attiré peut-être par le désir de voir le jeune barbare dont la renommée publie la magnanimité^ mais pour assurer le succès de la négociation ^ Valérius quitte les marques de sa dignité et se joint à ses envoyés. Ib parviennent au camp des . Gaulois et font part du motif qui les amène.
Aussitôt y Tbéodemir fait avertir les chefs qui formeront désormais le sénat de la nation. LfCS bardes ^ les eubages et les autres interprètes des dieux sont appelés au conseil qui se^^^dra à l'heure solennelle où la nuit ^ sur son char, est au milieu de sa course. Leur cœur saigne douloureusement de la perfidie de Hemdal. Us
sont sans pontife , car la race do druide est éteinte et ils ignorent encore sur qui tombera leur choix. Toutefois y sans ambitiou personnelle^ ils écartent ces penaers, et^ tout entiers au sort de la patrie y ils remettent à un temps plus paisible les intérêts du sacerdoce*
FiN DU LIYRB DIXIÈME»
as
DU LIVRE PIXIÈME.
<Vf
(i) Je ouR la seconde J'ois. "] « Drusas ayant fait un cens ou dénombrement avec plus de rigueur que le premier^ cette flétrissure de seniiude irrita les Gaulois de telle sorte quelles villes voisines du Rhin se révoltèrent, tournant leurs yeux et tendant les bras vers le pays de la liberté. En'e&t, les Sycambrçset leurs alliés, croyant que ce mécontentement serait général , se mirent aux champs pour le hâter. » (Mézerai ; Histoire d0 France nuani C/ww/ livre i, page 78.)
(a) N'j- parurent pas. ] « L'an 736 de Rome , Auguste envoya Drusus dans les Gaulés' pour arrêter les courses des Sycambres. On craignait uti remuement de la part des Gaulois à cause du dénombrement que Fempereur faisait faire de leurs bien». Il semble méihe que les peu^ pies voisins du Rhin avaient pris les armes, afin qu'on ne les surchargeât pas de tributs ; mais Drusus eut assez de prudence et d'ascendant pour pacifier toutes choses ; il sut engager d'houneur les principaux du pays à concourir avec lui à la dédicace d'un autel fameux , qu'î^ dédia à Auguste , dans la ville Lyon 011 il invita tq/is les plus considérables des Gaules ; la dédicace s*ef fit
le premier août , et soixante peuples y envoyèrent ^enr» 4éputés , y firent inscrire leurs noms et y dédièrent chacun une statue qui représentait leur province.
» Les peuples de Trêves, Metz et Toul y parurent sans doute , ntaift rbîatajfre^.iv'eiv fait pas- mention. » ( Dom Calme t ; Histoire de Lorraine; tome I.)
(3) De ces contrées, ] « Auguste avait huit légions dam les Gaules: quatre dan» la su p é rieure, aux eiivirons de Mayence , quatre dans l'inférieure , dont deux à Bonn pour servir de barrière aux Germains et de brides aux GAulois.
» La légiau était composée de six mille. Cantassins et trois cents cbe:Yaiui ^ sans c^oaijfiet le^ï^valetA de l*armée et le& ssjercenairies. » ( Bis faim de France javof^jt Clovis; livre l, page ]^4
i^y Une parité fdk &i;/M^.]: <v Flek'u^.liîst^drim ladu^ cn^écrivaAt ki.^a«TBè^e:6tMir,.eite*le»eaaéo«ts<H» am* Itjkaîres qne plut dCuoft'-finslte*v«Jm{iliaur eacffç«iOOBtfft dès peuples indomptabletV«^Lesrçaverf|«Sy dît-il ,«aep- ». vaient de reiraitesi ^uj^ j^quttains,^ il les fit fermer; « JUs. for/ksi affraieAt.un. aaile ^x Morinfens-^ il les 6t y», emjbr^t^er ;. on peut dire même que oVst à la lueur des » iuçeouiies qu'ii cnarchait auikconqpjâtes. » (^ Henry; Beçhercl^ ^rçhéolpig^'qfiiea diidégcrimeru des Basses^ Algies,) ,
^ Tfeffrojrabhii? ekmteùf^.J « Lcp Gaulois^ n'arllaient jftmeis' atr coiiibfiif q'ti'éivdlâaDiaiirWlouaivgos^dn ienn 1^0», poftii* s>ticf)tit<»^' euto-^tné^QM» , et se porter à miter lecrr vafeui^'. 'Qlilfrnd^ ib éOaient sur le peint d'eéi venie atii^ mains ,'ou aïéme pend«fnt 1« cha4eur du combat, ils poussaient â<e grand» erîs , pour porter la
DU LIVRE IMXIÈHE. 349
terrewr '0t^lé trouble dans le cœnr^cles easeoist. Le tmHfS'ies Greos r^i^od au van des •Gaulois ; il-eiprime la vigueur et 4« promptitude avec iaifuelle 00 court au combat , car les -Gaulois -s'y préparaienft par-de grande eliquelîa dWraes. » (fiesjFchife. Giié par l'auteur de /a Religion des Gaulois.)
(6) Sont enpré^enceJ] « Lorsqu'ils sont rangés en bataille et gu*ils attendent l'ennemi, ils demeurent assis , soit pour^e reposer , soit pour marguer une plus grande assurAnce ; à cet effet, ils portent avec eux des fascines sur lesquelles ils s'asseyent. » {César ^ liv. 8.)
(7) £ie chant de ^guerre,'} « Les Ge^lles, les Scandiiia>* Tes , les Germains et les Gaulois ne combattaient ja* mais sans avoir près de ieurs 4rapeai» leurs berdei^ La verve de ceux-ci s'écbaivffait à la vue detant d'ev** ploits. Ils peignaient avec "vëritë les &its béroïquei dont ils avaient été les témoins. Qet poënaei étaient appris par les enfans; devenus eoldats, ik Jes chantaient dans les jnaisous ^ à table , dans ies marches , sur le chaoyp de bataille ; mais^ quan^ 1<^ bardes euxmêmes chantaient en js'aacompagpant de la lyre , ]fi respect pour leur personne ajoutait à leur voix tant de charme , ils avaient sur les guerriers un empire si grand', qu^ls allumaient ou calmaient ^ leur gré leur courage, fis précipitaient les coups des combattans , ou ^ bien ils arrêtaient les bras levés pour frapper. Cette influence jfles bardes était méritée : leur morale était pure ; ils ne louaient que ce qui était louable. Us eici-* taient à la pratique de toutes les vertus guerrières et de tous les devoirs de l'humanité ; tous les hommes 'vaillans et bienlaisans'étaîdat leora héros! On I'a sou-
35o NOTES
vent observé : la Doésie et l'harmonie enflammaient le courage. La gloiVe du soldat était le. génie qui enflammait le barde : ainsi s'alliaient dans les camps, la harpe du barde et le fer du guerrier. » ( Histoire de Vadmi' nistration de la guerre y par Xavier Audoin ; tome I, page 125.)
w L'influence des bardes sur l'esprit des Gaulois était telle que le premier soin dont s'occupa le féroce Edouard âpres la conquête du pays de Galles , fut de réduire au silence des voix qui auraient pu un jour réveiller dans ses nouveaux sujets l'idée de leur ancienne indépen- • dance. Tous les infortunés bardes gallois périrent par le dernier supplice ; Edouard les fit étrangler. L'ame pénétrée de douleur s'indigne au récit d'une telle atro* cité ; mais elle s'élëve par la contemplation des vertus qui la provoquèrent ! ... Cet assassinat politique fut con^ sommé Tan 1284. » {Origines gauloises àelAtouT'd'kuvergue; page 159O
(8) Sur leurs boucliers. ] u Les Gaulois chantent, dansent , et frappent leurs boucliers les uns contre les autres à la vue de l'ennemi , pour marque d'intrépidité et de valeur. » ( Tite^Lis^e ; liv. 38. )
(9) Leur blonde chevelure. ] « Ils vous diront que des lermens et des vœux solennels les liaient au culte de la Victoire ; que leur devise était vaincre ou mourir \ que leurs plaisirs et leurs jeux étaient dans les batailles, et que dans les combats ils ne portaient, au lieu de ci^sques , que des couronnes de fleurs. » {Justin y liv. 4> Florus j liv. 12 ; Athénée , liv, 4; cités par M. Marchangy , Gaule poétique , tome I", p. 38. )
« Les Gaulois, pour montrer l'assurance a^ec la^
DU LIVRE DIXIÈME. 35i
quelle ils marchaient an combat, et le mépris qu'ils avaient de la mort, ne portaient pour tout casque , dans un jour de bataille , qu'une couronné de fleurs. » ( Histoire de 'la vie privée des Français ^ par Legrand D'Aussi ; tom. II , p. i4S. )
(lo) Le sombre Jrminsul. ] >» Les Saxons adorent le sombre Irminsul , qui d'une main agite son étendard, et porte dans l'autre une épée et des balances , em*^ blême des hasards des combats. » { Eginhard ^ Le^ laboureur ; cités par Marchangy , Gaule poétique , 1. 1 , pag. 214. )
« Eginhardqui accompagna Gharlemagne dans toutes ses expéditions et ses conquêtes au-delà du Rhin , re^ marque que l'on voyait encore de soUi temps, dans plusieurs contrées de la Germanie , des pierres colossales nommées Irniinsul ,^sur lesquelles le soleil était représenté sous la forme d'un homme à demi-nu , avec la tête rayonnante ; et que ces mémef pierres étaient l'objet de la vénération des Germaine. Le moine Yitikind regarde ces monumens runîques comme des effigies de Mars. » ( Origines celtiques et bitgesiennes ; tome II , p. 161. )
« Il y avait un temple à Mersbnrg 011 les Germains adoraient une idole qu'ils appelaient Irminsul. La montagne oti était ledit temple a été appelée Ëresberg. Aucuns l'interprètent la statue de Mercurequia été appelée JErmes ; mais Mars a obtenu l'honneur , tellement qu'il •est aujourd'hui appelé Mersburg. Aucuns exposent Irminsul statue publique. On peut conjecturer qu'elle a été appelée Irminsul , comme le refuge commun et franchise de tous ; et le Mars commun , qui est incertain en guerre et longuement douteux, pour ce qu'on ne
35a HOTES
sait de quel côté doit être la victoire. Son effigie était armée de pied-en-cap , tenante en sa main une enseigne de guerre , en laquelle était peinte une rose , qui est une fleur bientôt venue # ^t bientôt abattue : ainsi est-il de Tissuë des guerres. En la seoestre était une balance pour peser la fortune douteuse des combattans^ laquelle se tourne bien aisément d'un côté ou d'autre. La poitrine n'était point armée , mais avait la figure d'un ours qui représente le courage félon des combattaus , qui ne peut être effrayé. Au bouclier il y avait un lion qui domine sur les autres bétes , et montre une impétuosité invincible pour les grandes prouesses. Le champ auquel cette statue se tenait debout, était semé de fleurs , pour ce qu'il n'y a rien qui ioit plus a^éable aux gens de |^rand cceur que se montrer vertueux en bataille. » ( Cosmographie uni" verseUe de Sébastien Munster; folio Ç07 1 éditi<m de i552. )
(11) Camubis d*eu des. ] « Quoique nous venions de dire que ûsmidus est le véritable Mi^rs de nos ancôtres , nous ne prétendons denner k celte proposition qu'autant d'étendue que les inscriptions le permettent , et il est constant qu'à s'en tenir aux inscriptions, il n'est guère que Reims et son canton ou l'on puisse assurer que Mars était reconnu sous le nom de Cétmulu^. Cette opinion sera bien plus recevable 9 si l'on a ^ard aux trois sortes de langues qu'on parlait dans les trois, diverses parties des Gaules : ce qui faisait qu'une même chose devait être appelée d'une manière , dans un coin des Gaules , et autrement ailleurs. » ( Religion des Gaulois ; tome V , p. 49^* )
(12) D*un astre radieux, ] « De tous les malheurs
possibles ^!e réfuë da chant ftinéraîre était regarde comme le jpltts -terrible ; des chants du barde dépendait non-seulement leur réputation dans ce mondé , mais encore leur félicité dans l'autre. Cette persuasion ne pouvait man<|uér d'avoir une heureuse influence sur leur conduite , puisqu'elle les excitait sans cesse à des actions nobles et généreuses. » (Note des poésies Erses ; traduction de Hill. )
(i3) « Mais semblable au point.brillant qui part de l'Orient , tu t'élëves dans les airs , tu vas rejoindre les ombres de tes ajeux , tu vas t'asseoir avec eux dans le palais du tonnerre. Un nuagedomine la colline de Cona; ses flancs azurés touchent au firmament; ils'élëve audessus de la région oii soufflent les vents : c'est là qu'est la demeure de Fingal. Le héros est assis sur uh trône de vapeurs : sa lance aérienne est dans sa main ; son boucher à demi couvert de nuages ressemble à là lune , quand la moitié de son globe est eâcô^e plongé dans l'onde et que l'autre luit faiblement dans la campagne. Les amis de Fingal sont assis autour de lui sur des sièges de brouillards ; ils écoutent les chants d'Ullin ; le barde touche sa harpe fantastique, il étèfvesa faible voix , etc. » ( Berrarthon , poëme d'Ossîàn. ) ^
« La description de ce palais idéal est poétique et conforme aux opinions du temps. » ( Note de M. Letourneur. )
(i4) De leurs victoires, ] « Les soldats d'Octave n'étaient plus ceux de César; la prospérité les avait amollis , en même temps que ce.grand capitaine s'était appliqué à exclure des camps l'antique amour de la l^atrie. On en peut juger par le dépit que Inaù^fesia la
354 îsOTES
dixiëme légion révoltée , lorsque le geBëral feignant de la licencier , affecta de donner aux soldats la qualification de cilojens. L'orgueil national avait déjà fait place aux préjugés soldatesques, aussi cherclie-t'-on vainement désormais de ces traits immortels de grandeur et dévouement qui illustrèrent si long-temps les légions romaines , pour lesquelles le )oug de la discipline militaire devenait insupportable , et le titre de citoyen un outrage. » ( Hisl. des guerres des Gauioîs en Italie j par le général Jubé ; tome V' , p. 63.)
(i5) La divine Egra, ] u Ëgra était la déesse de la lué* decine , et c'étaient les femmes qui pansaient les blessés.
» Egra conduit les filles des Scandinaves aux lieux déserts j où fleurissent les plantes qu'elles doivent appliquer aux blessures, w (Marchangy; Gaule poétique -^ tomel, page 262.)
(16) Calment les soujDrances.l «JLes noms vulgaires de ces plantes sont : la mille-feuille , Fâche ou herbe aux coupures j le sang de dragon y r herbe aux charperttiers , le millepertuis et la joubarbe.
Le peuple les regarde encore conune vulnéraires et leur attribue de grandes vertus.
(17) De ce titre glorieux."] Il est sans doute digne de remarquer que la France seule donne ce beau spectacle à l'humanité ; on assure qu'il n'existe de sœurs hospitalières dans aucune antre contrée.
{1%) Sur un bouclier d^ airain J\ <i Quand ils élisaient un roi , ils l'élevaient sur un bouclier et le promenaient ainsi parmi le camp. » {Histoire de Lorraine^ par dom Calmet; livre 3, page 125.)
(ij^) De leur défaite^] «; Aussitôt qu'il arrive quelqua
cbow d'extraordinaire dans les Gaules, ses habitaos s'en avertissent par des cris redoublés qui sont entendas d'un lieu à autre, si bien que ce qu'on avait fait à Or-léans au lever du soleil fut connu vers huit ou neuf heures du soir en Auvergne. » {Commentaires de César; tome I, page 189.)
« L'invasion des Bretons fut sue dans toute la Gaule au moment oii ils commencèrent à l'exécuter , car les Gaulois allumaient des feux sur les montagnes , et , par le nombre de ces feux et l'épaisseur de leur fumée , ils donnaient des avis plus vites que des oiseaux. » {Arcadie, page 144.)
356 LA VIBKGE IKAfiDUtHB.
■■BaBMHBBlta
V Apparition} — VAvfnir.
CsPENDAifT Tbéodemir, tout entier aux vastes pensées qui l'agitent^ cherche la solitude et sort de lenceinte du camp. Non loin de là, entre deux collines y s'éleuH la vallée funé* raire , lieu redoutable où les enfans d'Arduène déposent les cendres sacrées des morts. C'est là que s'arrêtent les pas du héros. La cime aiguë des sapins projette sur les tombeaux des ombres fantastiques; le bruissement des feuilles desséchées 9 le murmure plaintif de la cascade^ semblent la voix prophétique des fantômes.
Sans troubler la récrie du jeune monarque , ces sons aériens ont ému son ame. Partagé lentre les souvenirs du pa9sé, \» soins du
présent et le* inquiétudes de TaYenir, il jette devant lui un regard préoccupé. Du haut d'une roi^he escarpée entourée de cbénes vénérables^ se préciphe une source Kmptde; Ses flotâf^ blancbis d^écume^ répandent dân^ les airs une pâtissière humide. Tout^à-^coup^ ô surprise!
ces^ vapeiâ^ se condensent et prennent des foMties anin^ës : debout sur les eaux bondis^'
sautes et cotttme sur tin^* trône dVgent, s'élè^ vent, appuyées l'une sur rautré^ trois figures itiaîestueuses. Là première ^ à demi-Hrouverte d'un voile diaphane 9 laisse toir sa roBe de' pourpré rattachée d'une ceinture d'or et' cbarg^e de figures hiéroglyphiques y dont les faovnnie^ ont depuis long-tbmps perdu la con^ naissance; elle porte un rouleau à moitié dé«^ ployé. La seconde se rep08le.sùr ses compagnes; utie couronne dé chêne presse est chevelure en désordre; la douleur et la fierté contractent' s^ belle botiche; son eeil^ fatigué de pleursy se towne vers la troisième : dandignes en«traves^ compriment ses pieds^^ et ses bras^ portent les marques sanglantes des fers aux-
356 Lk VIERGE D'ARDUÈNE. .
quels elle a voulu se soustraire. La dernière enfin ^ couverte d un voile épais , se dérobe k tous les regards. Immobiles et muettes encore^ les trois déesses atts(cheut leurs yeux attentifs sur le jeune héros. , •. ; -
a Vainqueur des. Qippc€iissçur^ de la patrie^ dit enfin la déesse non voilée ,^ rassure ton am,e magnanime. Tu vois devant toi les redoutables destinées; Urd, Veraiida^.Skuld, sont nos noms mystérieux ^ 6n(iblèmes . des temps [a]. Ta mémoire posscKU les souvenirs delà première; ma voix ya Vinstcuire.^ et les secrets de la dernière te seront dévoilés^
I) Tu as bumilié Tinsolence des tyrans de la Gat^le, continua ladée^e ; que cette yictoire te suffise. Ton peuple est libre encore; hâtetoi de le soustraire au joug qu'on lui apprête. Abandonnez la tgrre de la patrie^ réfugieasvous dans les vastes forêts de Geripanie; Hercinie vous offrira un asile '. Emportez avec vous le plus cher de tous les bieips^ la liberté.
■^««■■Ji»ii ——III <■* I *■ ■■■É
[à] Le p>s&é i,le pfésent et rav^nir. ;. ^
Transtiieti^e ce généreux -sérltiment à vos enfâiis;' et qiiând les tem{>s 'seront accomplis y ils dhassètxmt sans jretoar i'étranger de cette tc^re sa^îpéè;
»'>i Toi, ma sœur , dit-ellè à la déesse voilée, moiv(i^-^toiUôiAeèiHière'àû-4iéi*os, et que toii a^écl ^Qpkétique lui: serve de leçon dans la
• A 'CJ6s itibts rartiplë- draperie qui* cattvrait la divine Skuld, s'entr'ouvt*é ; sa main la 'soulève afvecletttetir, et laisse vôîr à'Thébdemir atteïitif ^ toÉté ' la^ stature: de i'aùgâstè dfv^lfé :' sa robe / Mgtfrrée dt éëuléttrs éblàtâiïïes'^oti Sombres ^ é^t serrée j^arti^e isgrafife tôillantév A meWe^'^uSë . te ' vè*lè • mystérieux s'écarte; Timpàtie^t' giiferirifer découvre une taille céleste ^ et des proportions diyiùesl II voit etifin la ra-' die0Se' figure toute eiitière. Son front, couronné de lauriers éternels , est ceint d une lame d or ,^8ur laquelle isonl écrite en feUx étoiFes les mots ^sacrés ^honneur^ poériê. La main de la déesse s^'apfMÎesur un boikclier immense , disque éblouissant fot'mé d'un acfer incorruptible;
w VKKE B'ABDUËNE.
maio soQtieQt à la fois dcschatoes > «.lècsy des.palnies et des Ijres , des dîaw:> €l des fooeto. veogencs. Soudain la lerieuse Sknld agite le disque éclatant , nn r;»jon lumineux en jaillit et frappe les jeux du héros. J^ cet in^nl sa. vue inlérienre est débarrassée des nuages terrestres ipd Tofibsquaient; et fixant son avide regard sur f acier fati4iqjif , il v^it la longue soite.dee siècles se dérQuler dpv^pt lui* «
p. abord se présentent à sa vue Jes temps qui vont si^i^r^ sqn 4épâurt die b Qmk- Il voit sa.nalioo gçiiéreqi^e. et. les fils de:4es fils en-fiU|nmçi;.;di^^ kor Jt^^i^ les peiqple^ . înnosftbrabjes de ces vastes coolréeci. \l les. voit toqr kJfiW vaii\que^iUF& et* vaincus ;: mw les- défaites ipémes excitenV leur vengeance 9 edlenr sang cimente^ le paciç saiiit qii'ils ont formé contre l'eniiçmi com^qn *. .
, |\..votts voit firilJer à Tenvi, héros immortels qui , semblables k des astres radienx ^ ranimâtes plus d'une f^ les lospéiiances de la paJbçielToi, le pFemier^ vaiUant Arminius ;
loi qui^ méditant kiiig-^teBips ia perte deir légions d'Auguste 9 ana endormir afrec adresscf la prudence de leurs chefs \ Tea amis sont avertis; les glaiveasontaiguiséS| tous les ch^ mins sont gardés^ et ,* terrible, tu te préei^ pitea Sinr Te^nemi qui tant d»: Ibis vers» le saog des peuples»ûnre8 : , Va lui raria ces aigka 4W^ désopfnaîs L^emblème dé la plus brave de tea nations ^ , et les < mes sanglantes d» UiUniatus garderont, long-lempa les souveaira de ta victoire. .
Tbéodemir voit a divecses cepriaaa les Gau^ les^ auKqudlea lea tyrans, fatigués dé tant^de valeW) doQoèreot lé surnom de QuepaUeuses ; il les voit sebvankr ppsur repousser le joug odieux qui pèse sur elles. Tour à tour l'in»* pétueux Sacrovir, le couragivax Floraa ^ s»^ sisse:nt.t(n fervengeur» Généreux Yîndex! une fatîile erreur' te ravit à leapoin d& k nation t mais H la vo)x deilarenofmiiée qui proclame t^s spccès i Je paniiûMJle Kéron a pili; et si la Gaule ne recueille pas lie fruit de ta noble
36a LA VIERGE D'ARDCÈNE.
treprise, du moins elle applaudit a la joie dix monde délivre de son tyran ^.
Tu lui succèdes 9 valeureux Civilis! Germaia de ;uaissattcci et Gaulois par le cœur ?; tu recommences la lutte sanglante qu'avaient déjà entreprise Classicus et le vaillant Tutor ^; tu )ore$ les sermens les plus saints de v^ncre ou de përir^ et le fér ne dépouillera point ta tète auguste y que Je sang romain n'^t baigtié le soi natal affranchi. Les dieux entendent tes superbes vœux 9 et t'accordent un gage éclatant de la victoire; l'incendie du Capitole éclaire la scène du monde ^^ ses flammes s'élèvent jusqu'aux cieux. A cette vue , les peuples secouent leurs cliaioes!*Velleda^ vierge inspirée, a|>rédit tes succès ^"^ : les légions romaines éperdues fuient de toutes parts'; encore un effort > et. la patrie est libre K..* Mais Todieux génie,' qui tant de fois causa la perte de ces belles coptrées^ rend inutile le courage de ses libéraienirs : Kdivisioii règne parmi le&cbôfs^ et la Uaule ' reprend ses fers !
- LIVRE (WîSÈWffi;- * 363
Il ne TOUS appartenait pas> Gjfuloîsdëgé-nérës , de rendre à la pairie sa première splendeur : il faut des m^ios libres du joug de l'or et des honneurs pçur soutenir l'étendard de l$t liberté y et le front empreint des stygmatips de lesclavage ;pûirte mal son chapeau de flet^t^I'i C'est aux iils de Sîgovèse, aux fiers- enfânéd^s'^ Sjrcambres k]ué cet honneur est réservé! " En vain y pour conjurer leur haine et* asservir Ïê^' courage.> les maîtres du mondé leur offrent itê', trésors et toutes les délices d^- Rome "; *fes Germains sourient avQC dédain /D'une main^' ils reçoivent For, qu'ils attacbent'à leursarbres -"
sacrés; et de Tautre^ agitant lents- longu^Sf framées y ils en menacent ieurs éternels ^nne-*' mis. Leur inaction , achetée par des dons si superbjes, est lelrepos du Kon y qui puise difhs le. sommeil des forpesnonvalbs et une soif de * carnage plu&acdénle. Bientôt lees tribus guerrjàses. se .réveillent, et l-aigle im^iérieux baisse ' ^nfin |ià tête huniiliée; il fuit tes ailes éployées devant.d umombrafales pewpladfss qui ^ se levant pourte demîèrefdis, Iraverséiitaiidaciensement
364 ^i YtSAÔt S^ASdOÈinE.
le fleuve paternel^ si loagr temps asservi; pé* nèiréni dans la Gaule et s*y établissent ^ malgré les forteresses 9 leurs remparts de Ser, et lei légions des em^pereurs 'K
Le grand Pbaramond parait; Tépée ven^ tts» cft les fera recourbés de Tangon étincèlenl siip ses fiers étendardé '^. L^s Francs
redirent dans leur héritage , et les as des an^ tijipa#s Celtes rebâtissent les demeures de leurs pf rto y sous Fombrage sacré d' Ardnène ^.
Mais' no vous hAtez pas tant^ valeureux des* cçndans de Théodemir, ne remettez point la redoutable épée dans le fourreau : des bordes p^^esque sauvagesf envient votre eùnquéte ; le doux ciel de la. France les «ppelle , comme les viipeurs embaumées du miel attirent des mul'titHdes d'insectes dévora teurs. Un barbare, à la tété de ses innombrables phalanges^ a fran^ cbi les ondes du Bbin : seuoblable au rapide fl^au qui briffe sur faire les, gerbes entassées , de mêmâle^'&foufiliè Atèila brise et d^ierse devant lui les ^ peufdes épéuvantési Les campeignes sont dévastées, les citas. sont en flam*-.
mes ^ les vierges de Lutèce frémissetit. Le barbare approche à pas de géant ; il se dit envoyé par la colère céleste. Q^i sauvera la ptitrie de ce vaste incendie ? **
O nymphes des Gaules ,' fées protectrices!
vos promesses ne $eront point vaines I En ces* sant d apparaître parmi nous , vous continuerez d'animer nos vierges de vos inspirations géné*reusesl... IJne simple bergère, Geneviève, rassure les peuples éperdus : Le superbe pa$-^ sera comme une ombre y dit sa voix prophétique ; invisible à ses j^ eux. y la cité reine sera préservée , et V orgueil du barbare expirera dans les champs catalaurdques ''•
Le ciel accomplit Toracle de la céleste fîUe^ et les en fans de Lutèce la proclament leur protectrice.
Mais voici la suite des rois à la longue che* velure. Les lois se forment , les cités s'édifient ^; des routes nombreuses traversent le royaume. Déjà les paisibles ab^illeç remplacent sur les enseignes de la nation le^f armes meur*
366 LA VIERGE D'ARDUÈHE.
trières [a]. Une femme inspirée proclame un Dieu juste y humain , auquel plaît un cœur pur et de simples prières. Clovis triomphe en son nom de tous ses ennemis; et^ courbant sa tête altière^ le Sjcambre maudit les dieux de la terreur 'et bénît celui de Clotilde *'.
Ici d'obscurs nuages dérobent à Théodemir les temps sinistres qui suivent ces jours mémorables '9 ; mais bientôt un rayon plus vif les dissipe. Il voit un homme d'une taille majestueuse s'asseoir sur un trône d'or [è].
Son front est ceint d'une double couronne; ses mains portent à la fois le sceptre et Tépée, et semblent n'en pas sentir le poids ; la pourpre des Césars le décore ; les perles et les pierreries de l'Inde éclatent dans toutes les sailes de son palais. Un ver industrieux, apporté t[e rOrienl, vient suspendre ses globes d'or ^ux mûriers de la Provence ; les vierges de
[a] Voir la note ii du livre g.
[^] Charlemague.
Lugdune [a] ea développent les fils merveilleux y et de riches étoffes^ nuancées de mille coulears^ naisseat sous leurs doigts habiles. Tous les arts accourent à la voix du monarque^ et font éclore autour de lui leurs prodiges.
A cette vue, le cœur du généreux Théodemir tressaille : sans doute le bonheur et la gloire de sa nation, sont assurés à jamais!... O douleur ! un léger mouvement de la divine Skuld a suffi pour faire évanouir le brillant tableau. De funestes images lui succèdent r la patrie, partagée entre des -loups furieux, va succomber dans celte lutte sanglante ; une nouvelle espèce de druides, altérant par d'indignes terreurs la raispn du fils du grand Charles ''', osent porter une main hardie sur son frpnt sacré, et le dépouiller de celte chevelure ondoyante , apanage des rois [6] • C'en est fait, la barbarie impose de nouveau sur la France ses voiles funèbres et son sceptre de
[a] Lyon.
[b] Louis le dçbo^iQaire.
|>Iomb ; trois siècles passent comme des morts ensevelis dans de tristes linceuls.
Cependant la flamme du génie n'est point entièreoient éteinte ; cachée sous la cendre , elle n attend que le souffle généreux d'une ame noble et fière, pour se ranimer et briller d'un nouvel éclat. Un jeune roi s'assied sur le trône antique de Pharamond. La candeur est sur son front , Téquitié dans son cœur; son nom^ aussi doux que les fleurs qui lui servent d'emblème'y e^t Lois le saint , le juste , le vénérable. Arbitre entre les rois conrune entre ses sujets, son règne est celui de la justice ; un chêne vénérable abrite de son ombre l'auguste et simple tribunal où chaque aurore il vient lui-même veiller aux intérêts de ses peuples. Remettant aux mains dune mère prudente [a] le gouvernail de l'État , il conduit sous un prétexte pieux les peuples demibarbares aux rives du Nil , dans la patrie des sciences et des lumières ; et, satisfait d'avoir
[a] Blanche de Cas tille , déclara régente.
donné à son pays des plantes précieuses et des arts utiles [a], il meurt sans regret sur la terre étrangère.
De cette époque , la gloire française ne s'obscurcira plus^ et chaque siècle fournira de nouveaux alimens à sa céleste flamme. En vain un étranger^ un odieux insulaire, précédé par d'horribles léopards, prétend asservir la patrie à son joug détesté. En vain un monarque insensé [è] , auquel les crimes d'une mégère ont ravi la raison , ouvre à l'ennemi les portes de nos noÛes cités. En vain la marâtre, oubliant le fils de son amour ^ pose l'antique diadème de nos rois sur le front débile de l'Anglais. En vain la France abattue gémit sous les pieds des soldats d^ Albion : des rangs du peuple, du sein des forêts de la Lorraine^ s'élève une jeune héroïne. O Jeanne d'Arc! qui t'a révélé ta noble mission? qui
\d\ Quelques auteurs ont donné ce prétexte aux croisades de Louis IX.
\V\ Charles VL
370 LA VIERGE FARDUÈNE.
a donne à ton ame le mâle courage des hëros?
C'est la haine pour l'étranger; c'est l'amour de la patrie.
Seule au milieu de ses vallons y inquiète des bruits de guerre qui parvenaient jusqu'au hameau qu'elle habite^ la simple fille sent son coeur se remplir d'une ardeur belliqueuse. Qui consul tera-t-elle? A qui fera-t-elle part de se& desseins ? Le mépris et la raillerie accueillent ses timides questions.. • C'est à Dieu seul^ c'est à la vierge des grands chênes ^ qu eUe adressera ses vœux secrets et ses véhémentes prières. Plus d'une fois, cédant au charme impérieux qui l'attire , elle s'est approchée de la fontaine redoutable que visitent les génies des forêts ; aux rayons de la lune y l'intrépide villageoise a vu leur troupe aérienne se jouer autour des chênes ""'• Us ont attaché sur elle leurs regards^ et Jeanne n'a point frémi; elle a entendu leurs concerts et recueilli leurs paroles fugitives... Us l'ont appelée par son nom, et son cœur magnanime a répondu : Me voici !...
Émue, mais inspirée par ces visions célestes^
h vierge Lorraine plante sa houlette dans la plaine^ dit adieu à ses troupeaux^ el vêtue encore de ses simples habits , elle va se pré-* senter au brave et fidèle Baudricourt. L'aspect des soldats n'intimide point la bergère : les anges l'accompagnent ; elle suit la troupe guerrière jusqu'à la cité fidèle où le roi attendait des secours. Là^ Dieu lui-même prend soin de justifier la noble fille. Ses yeux brillent du feu du courage ; sa main soulève l'épée avec dextérité ; toutes ses paroles sont des oracles , et chacune de ses actions un prodige. Charles lui confie l'élite de ses guerriers. Aussitôt elle re vêt^ sur sa robe de laine y une cuirasse éblouissante ; un casque de fer ombragé d'un panache couvre son front délicat; la forte épée fleurdelisée étincèle à son côté ; sa main porte un étendard qu'elle agite dans les airs. Elle marche à la tête des héros ^ parvient à Orléans^ repousse l'odieux étranger ^ lui fait prendre la fuite ^ le poursuit et crie à ses compagnons d'armes : CoureZf^sus ! Dieu les a Iwrés à vos
37a LA. VIERGE D'ARDUÊNE.
moins. La victoire couroûne ses généreux çfforts» La tâche de l'héroïne est remplie: qae lui importe les flammes du bûcher et la rage de ses bourreaux ? ** La patrie victorieuse Fa proclamée sa libératrice^ et la postérité reconnaissante couvrira de palmes et de fleurs son tombeau et le lieu qui la vit naître '^
Cependant ce siècle est marqué par de nouveaux miracles. Désormais elles ne périront plu8% les nobles pensées de ces êtres privilégiés^ que le ciel envoie quelquefois à la terre. L'histoire reçoit des mains de i'industrie des tablettes mouvantes qui, se multipliant des milliers dé fois, propagent partout les découvertes utiles aux hommes, et le souvenir des actions vertueuses. Un pouvoir secret, invisible, attire vers le pôle l'aiguille vacillante , qui tournant dans un cercle mystérieux , trace de nouvelles routes au sein des mers. Un hardi navigateur donne à sa patrie un monde nouveau ; il en rapporte des trésors inconnus.
Le héros gaulois voit sortir des ruines de Rome la gracieuse peinture ^ fertile en merveilles.
Un homme dont le nom est celui d'un être céleste , présente aux yeux ravis de l'antique Italie 9 les figures animées des anges ^ et fixe sur la toile les souvenirs fugitifs de la beauté. Un art divin , la sainte et sublime poésie, retrouve la lyre d'Homère. A ses accens, tous les arts, charmes de la vie, a éveillent. Leur troupe enchanteresse traverse les monts glacés et vient s'acclimater dans les champs de la France. Les viciées de la Duranca entendent avec surprise de nouveaux scaldes moduler sur ses rives, dea chants mélodieux ; ils célèbrent tour à tour la patrie^ les dieux et l'amour. Cea combats pacifiques rappellent ceux des frais bocages de la Sicile, où la flûte à deux tuyaux , la coupe de bois de hêtre, lu lampe d'argile, étaient le prix offert aux accords des simples bergers. Plus superbe que Syracuse, l'antique Capitole de.Tûtosa voit accourir dans son sein des rois et des
374 ^ I^A VIERGE D'ARDUÈNE.
princes rivaux de gloire ^ qui^ délaissant un instant leurs sceptres pesans y viennent se mêler à la foule nombreuse des trouvères et des sirventes y chantres harmonieux.
Une vierge célèbre , la noble Isaure^ apprête les dons charmans qui doivent décorer le triomphe de la lyre : trois fleurs de nos climats^ la douce églantine^ l'odorante violette, et le souci, emblème des cœurs malheureux y couronneront tour à tour le vainqueur. Mais afin que ces fleurs participent à Timmortalité des chants divins dont elles sont le prix y l'or et l'argent , ciselés par une main savante, empruntent leurs contours délicats, s'élèvent en tiges, s'arrondissent en calices et se découpent en feuillages.
Heureux le tendre fils ou l'amant timide ^ dont les doctes veilles obtiendront ces gages précieux de la victoire ! Symboles de respect et d'amour, ils orneront le front maternel ou le sein de là beauté.
Plus puissant que le dieu des batailles, le génie des arts change la face de la France.
L'antique Lutèce, cite superbe ^ fécondée par lai, enfante chaque jour de nouveaux prodiges. Qui pourra décrire ta grandeur^ 6 siècle de merveilles? La langue grossière de nos aïeux est devenue sonore et facile : elle se prête aux grâces y à l'innocent badinage ; elle prononce avec solennité les austères devoirs des rois ; se plie aux lois de l'harmonie , et redit ave;c clarté les discours de la sagesse.
Nos rapides vaisseaux portent dans cent contrées les produits éclatans de notre indusi* tarie, et nous rendent en échange ies précieux végétaux , les plantes sa/utâires ^ justes tributs de l'admiration étrangère. Bival de Toiseau des augures, l'homme ose enfin s'élancer dans les plaines de l'air , et dérober, la foudre au dieu des tempêtes. O patrie! que manquet-il à ta gloire , à ta prospérité ?
Le siècle se termine*. «. mais avec ses der* niers jours un sombre orage s'est amassé.
Peuple infortuné ! où courez-vous épouvanté?
Quel délire vous saisit ? Pendant le sommeil du chef , vous avez touché à l'outre mysté-
3j(i LA VIERGE D'ARDUÈNE.
rieu$e qui tenait les vents renfermés : le vaisseau est en danger... C'en est fait, le pilote est massacré ! tous veulent s'emparer du gouvernail ; ils s'y précipitent , et c'est sur des monceaux de cadavres qu'ils parviennent à goûter quelques momens le souverain pouvoir. Le tràne, les autels sont renversés; des torrens de sang abreuvent la terre ; l'étranger attentif médite notre perte ; il assemble contre nous ses cohortes. La patrie désolée envoie la jeunesse aux combats^ et reste seule sans défense , le front couvert de voiles funèbres , Qxposée aux coups d'un assassin qui. se dit son apptii^ Stupide et féroce , tel est le tyran : à lui seul il réuqtit tous les vices des plus crueis aiutnaux. Son imagination délirante crée un dieu de la terreuf , et dans son zèle exécrsible^ il lui offre des hécatombes humaines. O France ! faut-il te voir périr au plus haut point de ta splendeur, à l'aurore de ta liberté ? Qui te délivrera du monstre qui dévore tes entrailles? Divinités des Gaules, avex-vous fui pour jamais ? Parmi tous les honunes qui tremblent
sous le tiouvean Galigula^ nen est -il donc aucun qui y le cœur animé d'une juste fureur^ se lève pour venger la patrie ?;. Non, cest à toi , jeune Cordai, qu'est réserve cet in* signe booneur. Belle, attrayante, tu caches avec soin le vaste dessein que ton ame ahière a conçu. Ton sourire, tes grâces trompent les satellites du tyran: ; à ton aspect il a frémi.' Exaltée par le saint amour de ton pays, tu plonges , sans pâlir, dans son sang , le fer vengeur que ta main avait apprêté.
A cet instant, la liberté se retève, et jette un eri formidable. Les tyrans Tont entendu;»
c'est en vain qu'ils espèrent prolonger leurs triomphes impies, leur règne sanglant et leur culte insensé. A l'aspect de la déesse, ils veu-^ leqt.fuîr, leurs pieds ehancelans les trahissent : c'en est fait , ils sont vaincus. Nos armées victorieuses balayent nos frontières des ennemis conjurés; la victoire amène enfin la paix. Les chefs-d'œuvre des arts, prix glorieux df3 leurs nobles, conquêtes, ornent la pompe triomphale. Tout un peuple enivré accourt
au-devant des dieux de la Grèce y des dieux du Capitule. Le Louvre^ dont le nom seul dit la splendeur^ commencé sous tant dé rois, s'a* chève enfin par les mains de la, gloire. Cest sous les dômes de ce nouveau Panthéon y qu'exposés à l'admiration publique , ces augustes tro^ phées recevront les hommages de l'univers.
Lutèce est la reine du monde : des fontaines jaiHissantes rafraîchissent ses places et ses rues populeuses; des ponts merveilleux , illustrés par des noms éclatâns, traversent la Seine , et de solides remparts contiennent ses eaux profondes; les temples 9 les palais se relèvent; leurs brillantes coupoles étincèlent dans les airs. Au-dessus de l'un d'eux resplendit une étoile, emblème de la récompense que la patrie accorde à l'honneur, au génie; récompense auguste, qui réunit par des nœuds fra* ternels tous les cœurs vertueux.
Les étendards enlevés aux ennemis ornent à la fois l'antique basilique, le temple des lois, la demeure des guerriers et le séjour somptueux des monarques.
Foraiée du bronze des nations^ une colonne s'élève. Les trophées des vaincus décorent sa base majestueuse; sur son fut colossal^ une main savante a gravé la longue histoire de nos conquêtes : monumentsacré^ qui portera jusqu'aux siècles à venir le nom et la gloire de la France ! A ce moment Théodemir^ fatigué d'une longue attention^ tourne son regard sur la belle Véranda : elle paraissait sourire et oublier ses maux. Le jeune héros reporte de nouveau les yeux vers le disque magique ; mais la vénérable Skuld avait laissé retomber ses voiles. i< O déesse! » s'écria Théoden()ir avec regret. Souçiens-toi ! dit la première des immortelles. Agis ! dit la seconde. Espère ! murmura la troisième.
Le jeune monarque se précipite sur la terre ^ et recueille en son cœur les paroles des destinées : il relève les yeux; le divin spectacle avait disparu.
rnr du uyre oitziême.
(i) Vous offrira un asile,'] « Il y a des auteurs qui a'effoTcent de prouver que les Français n'étaient autre chose que des Gaulois même qui revenaient d'au*delà du Rhin oii ils étaient passés autrefois. Et de ceux-là,' quelques-uns, comme Bodin , l'entendent de ces Gau* lois qui étaient allés en Germanie , Iong'«>temps avant Jules César ; mais les autres prétendent que c'étaient de ces peuples des Gaules que Jules César et Auguste avaient laissés libres ^ lesquels, depuis, fuyant la vexation insupportable des publicains et des gouverneurs, se seraient retirés parmi les Germains , généreux vengeurs de la liberté; et que là, conservant aussi chèrement que la vie leur nom de libres {c^est francs en langue tudesque), ils auraient toujours, depuis, fort harcelé les oppresseurs de leur première patrie, et fait de continuels efforts pour y rentrer. » (Mézerai, livre a.)
(2) Contre V ennemi commun, ] « Tantôt vainqueurs, tantôt vaincus , assaillans ou assaillis , jamais découragés ni rebutés y les Francs ont même attaché à leurs
NOTES DU XIVRE ONZIÈME. 38i
défaîtes un caractère de grandeur et d'illustration. »- ( État de la Gaule au cinquième siècle , par Foumel ; tome I , page 3o5.)
(3) La prudence de leurs chefs.] « Un jeune Allemand nommé Arminius , d'une naissance distinguée, d'une valeur reconnue , plein de sens et d'esprit , se sentit animé d'une noble ardeur de rendre la liberté 4 sa patrie. Il profita de la négligence de Yarus , qui commandait les légions de Germanie , pour exécuter son dessein. Aidé de quelques amis , il prend son tenoips et dispose tout pour la réussite. Yarus en fut informé par un nommé Ségeste , mais ne tint compte de l'avis. Arminius et les conjurés prirent si bien leur temps que l'armée romaine , une des plus vaillantes y des mieux disciplinées et des plus expérimentées qui fût dans l'empire , fut enveloppée des ennemis et égorgée sans pouvoir se défendre. Yarus, voyant qu'il ne pouvait Sauver ses troupes, se pefçd le cœur d'une épée ; les Germains le déchirèrent, coupèrent sa tête et la por^ tëreat k Marobodus , roi des Marcom ans. ïl j eut trois légions , trois corps de cavalerie et six cohortes de per^ dus. On prétend que c'est la plus grande perte que les Romains aient éprouvée dans les pays étrangers, après cell« de Crassns. » ( yelleïus Paterculus ; liv. a. )
{^) De tes nations. 1 « Les premiers Français, élite des nations guerrières au-delà du Rhin , réunissant toutes les qualités des autres peuples, chargèrent à la fois leurs enseignes du lion , de l'aigle et du dragon. L'aigle , qui plane sur l'univers et voit tout à ses pieds, convenait également et aux légions romaines qui avaient asservi l'univers , et aux peuples appelés à renverser la
puissance de Rome. Et ce signe fut conquis bien avant que sa puissance lui fdt enlevée. Lorsque Octave envoya contre les Germains Quintilius Varus , avec les trois légions dont la valeur était la mieux reconnue, Amunius, chef de la tribu des Saxons , les attendit dans une embuscade, les défit , leur enleva deux aigles , et aussitôt les Germains placèrent sur leurs étendards deux aigles adossés l'un à l'autre , trophée que Charlemagne , vain* queur de l'Occident , reporta sur Técu de France , mais que ses successeurs se laissèrent arracher avec l'Empire. » {Histoire de VcULmimstraiion de la guerre; tomel, page io3.)
(5) Le courageux Fhrus.'] « L'an ai de Jésus-Christ, sous le règne de Tibère , une grande révolte souleva de nouveau les Gaules. Les tributs et les dettes dont les peuples étaient accablés en furent la cause ou le prétexte. Julius Florus de Trêves , et Julius Sacrovir d'Autun, furent les auteurs de la rébellion, w (Tacite; livre 3, page 90.)
(6) De son tyran.] « Deux chefs distingués , Florns et Sacrovir, essayèrent d'affranchir leur pays; ils échouèrent , et toujours dignes de leur patrie , ils ne voulurent point survivre à tant d'inutiles efforts.
» Le généreux Yindex eut un sort semblable, après avoir cependant provoqué par sa révolte la mort de Néron , et bien mérité de l'humanité. » ( Histoire des guerres des Gaulois en Italie ; tome I , page 66.)
(7) Gaulois par le cœur.] « Claudius Givilis était le plus illustre des Bataves ; il profita du mécontentement de ses compatriotes , pour se venger des affronts qu'il avait reçus des Romains , car il avait été mis dans les
fers , d'abord sous Néron , et enfin sous Galba , ou il avait été en danger de perdre la, vie. Le souvenir de ces injures et les dispositions de ceux qui l'entouraient lui firent concevoir l'espoir d'affranchir sa patrie du. jougdesRomains.w (DomCalmet; Histoire de Lorraine.)
(8) Le vaillant Tutor,'] Les succès de Givilis entraînèrent dans son parti , les Trëvoîs , les Langrois , les Nerviens et les Tongres. Trois seigneurs gaulois, Tutor ^ Classions et Sabinus , se rangèrent avec lui. Ayant tenu une assemblée clandestine à Trêves , ils se servirent des soldats mutinés pour débaucher les légions qui aimaient mieux leur obéir qu'à Yespasîen ; en conséquence , Glassicus fit tuer Yocula par un de ces factieux : après ce coup , il entra dans leur camp avec les omemens impériaux , et reçut le serment , non pour lui , mais pour l'empire des Gaules. Les légions que Givilis avait , pour la seconde fois, assiégées dans Vétéra, se rendirent aussi , après avoir souffert les dernières extrémités de la famine ; il en massacra tous les officiers, hormis quelques-*uns qu'il envoya en présent à Velieda , Toracle de cette guerre. La ville de Gologne obtint avec peine sa grâce 9 par l'intercession de cette même fée ; mais tous les camps des Romains qui étaient sur cette frontière furent démolis à la réserve deMayence et deVindisch» (Mézerai ; Histoire de France avant Clovis ; livre 2.)
(g) La scène du monde» ] « Les généraux du gruel Vitellius commirent de si grandes cruautés dans les Gaules , qu'ils réveillèrent encore Taudace de cette nation valeureuse , et fournirent à l'illustre Givilis un prétexte honorable pour faire reprendre aux Gaulois^ leur attitudemenaçantCi dans le même tenips queTin-
cendie du Capîtole semblait présager Tentière déca«dence de l'empire romain. Mais après deux campagnes pleines de faits militaires et d'actions d'éclat, la )a* lousie divisa les Gaulois et contraignit Civilisa recevoir ]a paix. » ( Histoire des guerres des Gaulois en Italie ; tome !•' , p. 66. )
( I o) j4 prédit tes succès. ] « Tacite parle d'une nommée Velleda, druidesse de la nation des Bructëres. Elle était vierge , et pour s'attirer un plus grand respect , elle demeurait invisible à ceux qui venaient la consulter ; elle demeurait 4ur le haut d'une tour. Un de sesparens lui proposait ce qu'on désirait savoir d'elle , et rap* portait ses réponses, comme les oracles d'une divinité.
» Elle eut beaucoup de part à la guerre que les Bataves joints à ceux de Trêves et aux peuples d'outre- Rhin , firent aux Romains au commencement du règne de Vespasîen. On la rendait arbitre des plus importantes affaires ; elle prédit même la défaite des légions romaines , et les généraux lui faisaient part de ce qu'ils avaient pris sut l'ennemi. » ( Religion des Gaulois , Dom Martin; tome IL )
» (il) Que cet honneur est résemé. ] « Ambigat , roi des Celtes , était contemporain de Tarquin l'Ancien. Il régnait sur la même étendue de pays qui compose aujourd'hui la monarchie française , en y joignant toute la Flandre. Bourges était la capitale de ses États. Son peuple' était si nombreux , que les provinces en étaient, surchargées. Il fit publier qu'il voulait envoyer Sigovèse et Bellovèse , fils de sa sœur , établir des colonies dans les pays oii les dieux et les augures les condui-
raient. Trois cent mille de ses sujets, Ters l'an 600 ATant Jcsus-Girist , suivirent ces jeunes princes. Bellavèse franchit les Alpes et s'établit le long des rives du Pô. Sigovëse traversa la foret Hercinie , entra dans ia Bohèiâe ; il laissa une partie de son armée et alla avec le reste terminer ses courses entre l'Elbe et le Weser«ur les bords de l'Onéan. Quelques auteurs prétendent que les Semnons dont parle Tacite et qui étaient les plus puissans parmi les Snëves , descendaient de ceux du pays de Sens ( Sennonensès ) , qui avaient suivi Sigovëse : ce sont aujourd'hui les Saicons. » ( Note de Saint-Foix; tome III , p. 85. )
« La première demeure des Francs était sur les bords et au-delà du Rhin vers Mayence, ens'étendani vers le |[K>rd et les emboochnres de ce fleuve dans l'Océan, dans la Westphalie , le pays de Hesse et quelques États voisins ; on doute si c'était une nation particulière y on un amas de différens peuples réunis et ligués ensemble poui* conserver leur liberté , car on comprend souvent sous le nom de Francs , les Sjrcambres , les Saliens , les Auuaires , les Bructeres , les CMmaves , les Chérusques et les Cauces, » (Dom Calmet; Histoire cii^iie duLor^ raine ; liv. 3 , p. i24- )
u Un des peuples Germains qui furent déplacés par l'irruption des barbares , fit la. conquête des Gaules; c'était les Francs issus des Gaulois que Ségovèse avait conduits dans la foret noire , et dont une partie s^était établie entre le Mein et l'Elbe. » ( Histoire de la nation Jrançaise ; Dom Martin ; tome. I , p. 4<>> )
« Divers témoignages prouvent que les Francs faisaient partie de la nation des Suèves et qu'ils habitaient les deux rives de l'Elbe^ jusqu'à son embouchure : or
les Suèves et les Francs étaient originairement des Gaulois qui étaient venus terminer leurs courses dans cette contrée. Ainsi les Francs, en conquérant les Gaules sur les Romains , ne firent que rentrer dans la patrie de leurs ancêtres. » ( St.-Foix ; Evsais sur Paris; t. II, p. 85.) (12) Toutes les délices de Rome» ] « Alexandre Sévère chercha tous les moyens de faire la paix avec les barbares ; il leur envoya des ambassadeurs en offrant de leur fournir toutes les choses dont ils avaient besoin et de leur donner autant d'or qu'ils en pourraient demiander* » ( Hérodicn ; liv. 6. .)
(i3) Les Légions des empereurs, ] »< Quelques tribus des Francs faiblement armées , sans cavalerie , sans machines de guerre, sans- discipline , abordent une contrée hérissée de fer , affrontent ses triples murailles et les forteresses que Yalentinien fit élever sur les rives du Rhin, pour rompre les courses des barbares ; attaquent des armées/ composées des Romains, vainqueurs du monde, et des Gaulois , jadis vainqueurs des Romains: mais aussi , qui peut arrêter ceux qui meurent en souriant ; ceux dont les orateurs Ëumënes , Nazaire , Libanius, nous ont raconté des choses incroyables , et que Sidonius ApoUinaris regardait comme une race supérieure à celle des autres hommes ? » ( Tacite; Agathias , liv. ï ; Am,m.ien Marcellin ; Fournel , Etal de la Gaule au cinquième siècle , etc. Cités par Marchangy ; Gaule poétique ; tome I, p. i43. )
{i^ Sur ses fiers étendards. ] « l'enseigne nationale des Celtes était une épée nue ; celle des premiers Francs,* trois fers de lance. » ( Saint-Foix; Essais sur Paris ; tome IV, p. 195. )
(i5) L* ombrage sacré d^Arduene.] « De ces divers ta-
bleaux et de cette similitude dans les mœurs des Gauset des Francs , il résulte la conviction que ces derniers en venant des bords du Weser , et en se jetant sur les champs arrosés par le Rhin et la Moselle , ne faisaient que revenir sur les terres que leurs ancêtres avaient cultivées. » ( Histoire des guerres des Gaulois en Italie ; tome I , page 70. )
(16) De ce vaste incendie. "l k Attila entra dans les Gaules à la tété de deux cent mille combattans. Il conduisit ses soldats au confluent du Necker, et leur fit passer le Rhin sur d'innombrables bateaux qui couvraient la surface du fleuve. Un grand nombre de villes fuirent saccagées. A Reims , l'évéque fut massacré à Tautel. L'armée des barbares s'avançait au milieu du carnage et de la désolation. Attila , précédé par le fer et la flamme , s'annonçait pour être le fléau de Dieu / il détruisit Metz ; des bords de la Moselle marcha vers la rivière d'Yonne , qu'il passa près d'Auxerre , et, d'intelligence avec Sangibantis , roi des Alains , établit dans cette partie son armée dans la campagne et marcha sur Orléans. » {Histoire de la nation française; page 75.)
« Attila, roi des Huns usait de ces titres dans ses lettres : Attila , fils de Mundizic , issu de la lignée du grand Nimbrod y natif d'Engade ; par la bénignité divine j roi des Huns , des Goths , des Daniens , la crainte du monde et le fléau de Dieu. » (Cosmographie universelle àeSé^ bas tien Munster ; folio io63, impression de i552.)
(17) Les champs catalauniques,'] « Dans ce temps, vivait à Paris sainte Geneviève que sa piété, son esprit et ses mœurs ont rendue célèbre; elle était fille du seigneur de Nanterre , et se fit connaître principalement lorsque
Attila vint dans les Gaules. On craignait pour la TÎlle de Paris ; la frayeur avait gagne les habitans : ils voulaient transporter toutes leurs richesses. Geneviève assembla les principales dames et blâma hautement cette imprudente résolution. « Nous attirerons, disait^elle , » l'attention de l'ennemi ; adressons des prières au » ciel y et reposons-nous sur la Providence du soin de » nous préserver des barbares. » On suivit le conseil de sainte Geneviève, etParis ne fut point assiégé. Une autre fois , Childéric attaquait la ville de Paris; les habitans souffraient la famine : sainte Geneviève , par son courage et son adresse , fît entrer un convoi par la rivière. Le roi Childéric lui-même en conçut de l'admiration pour elle , et lui accorda la grâce Se plusieurs personnes condamnées à mort. Elle obtint, sous le règne suivant, de faire bâtir sur la montagne une église qui porta son nom. M (Histoire de la nation française ; page loo.)
(i8) Celui (ie ClotildeJ] « La.victoire de Tolbiac assu-« rait le. repos de^.Gaulçs contre de nouvelles iuvasioQs. Glovis revint à Reims )ouir de sa gloire. A la prière de Clotildç , saint Remy le disposa à recevoir le baptême. Glovis assemblason armée, et dit aux soldats qu'il allait remplir sa promesse faite sur le champ de bataille, de suivre le culte du Dieu qui les avait rendus victorieux ; les soldats répondirent par des acclamations et manifestèrent le désir d'embrasser la même religion que leur chef: saint Remy voulut rendre cette cérémonie pompeuse et imposante.
» On choisit la veille du jour de Pâques 496. J-^e peuple remplissait les rues , les places publiques et les avenues du temple. Toute la ville était dans l'ivresse de la joie, devoir entrer dans le sein de l'Église le jeune.
prince qui vetiait de remporter une si heureuse et si importante victoire. De riches tapisseries paraient les murailles de l'église, illuminée de toutes parts. Les prêtres, revêtus de leurs habits sacerdotaux, accompa* gnaient saint Remy , qui paraissait rayonnant de la majesté du Dieu dont il était le ministre. Clovis, suivi de ses guerriers et de tout l'appareil militaire , marchait au milieu des grands de sa cour , couvert des or* nemens royaux , et distingué par ses longs cheveux flottans sur ses épaules. Les voûtes du temple retentissaient de'^ants harmonieux; mille parfums s'eihalaient dans les airs. Saint Remy vit à ses pieds la fierté royale et tout l'éclat dont brillait Clovis ; le monarque fléchit devant le ministre des autels* Humilie^toi ^ Sjr^ camhre , lui dit saint Remy au ijaoment de verser sur sa tête l'eau du baptême; brdie désormais les faux dieux que iu adorais , et adore le Dieu dont tu as ravagé les temples, n ( Histoire de la nation française ; page 1 19.)
(19) Ces jours mémoraàles,'} « J'arrive à des temps de malheurs et de a-imcs. Des trahisons, des parjures, des meurtres , des vengeances , des enfans égorgés , des fils révoltés contre leurs pères , des xiWes détruites de fond en comble ; les habitans transportés en esclavage dans d'autres contrées ; des tortures nouvelles ingénieusement inventées ; la calomnie triomphante ; l'innocence et la vieillesse traînées au supplice ; la guerre civile ; la lanaine ; la peste ; le ciel arm^ contre la terre ; tous les fléaux réunis pour accabler les hommes : voilà le tableau de la France après Clovis. » (Histoire de la nation
française; page ï490 '
(20) Du grand Chartes, ] Cepend'arit , quelques sei-
gneurs et quelques evéques ayant reconnu que les Frati* çais commençaient à être touchés de pitié pour leur ancien empereur y et appréhendant d'être sévërement punis s'il remontait sur le trône, s'avisèrent de Fen exclure entièrement en le dégradant et le condamnant à se mettre en pénitence publique. Ebbon , archevêque de Reims, son frère de lait et son compagnon d'école, fut le principal auteur et promoteur de ce conseil.
» La forme de cette dégradation fut telle : les évêques lui ayant remontré ses fautes , il envoya quérir son fils Lothaire, et, en leur présence , se réconcilia avec lui. Après , on le conduisit dans l'église de Saint-Mard de Soissons , oti , prosterné sur une haire devant l'autel , il confessa qu'il avait été cause de grands maux et troubles dans la ^rance ; et ^ les évêques l'ayant exhorté de dire publiquement ses crimes , il les déclara selon récrit. qu'ils lui en avaient donné, puis il présenta ce papier aux évêques qui le posèrent sur l'autel ; ensuite . ils lui détachèrent sa ceinture militaire , ils le dépouillèrent de ses habits séculiers et le revêtirent de celui de pénitent qu'on ne pouvait jamais quitter lorsqu'on l'avait pris. » ( Mézerai; Abrégé chronologique de VHisioire de France \ tome T , page 3340
(21) Autour des chênes,'] « Quand on fit le procès à la Pucelle d'Orléans , les docteurs lui demandèrent pour première question si elle n'avait pas connaissance de ceux qui allaient au sabbat avec les fées , ou si elle r^a^ vait pas assisté aux assemblées tenues à la fontaine des fées proche Domprein et autour de laquelle dansent les malins esprits.
» Le journal de Paris, sous GharlesYI et Charles VII, prétend qu'elle avoua qu'à l'âge d« dix-sept ans elle
pu LIVRE ONZIÈME. 391
allait souvent malgré son père et sa mëre , à une belle fontaine au pays de lA>rraine , laquelle elle nommaii bonne fontaine aux fées notre seigneur, » (Note des Fabliaux rectieiMis -pair M. Legrand*d'Aussy, tome I, page 76,)
« On voyait des curieux gravir la montagne à laquelle Domremy est adossé^ pour voir où était jadis l'arbre des dames , des fées , le beau mai ; d'autres visitaient la fontaine aux rameaux , si renommée du temps de Jeanne. Il était amusant d'écouter les conversations des bons villageois. Sans elle, disaient-ils , nous ne serions pourtant pas Français, mais esclaves des Anglais : elle valait plus que tous les gros d'alors, puisqu'elle a fait seule ce qu'ils ne pouvaient tous ensemble. » {Narrateur de la Meuse ^ le i5 septembre 1820.)
(22) La rage de ses bourreaux.] Je ne donne pas ici de détails historiques sur l'auguste fille à qui la France dut sa liberté ; le nom de Jeanne d'Arc , célébré par des lyres harmonieuses , est devenu populaire ; les honneurs que lui décerne aujourd'hui la patrie rajeunit sa gloireetla rend plus éclatante. Si la foi sainte qui jadis animait cette femme magnanime ne trouve plus parmi nous d'imitateurs, au moins pouvons-nous dire avec un noble orgueil : <c De nos jours celle quisauvalapatriedu joug de l'étranger n'eût pas trouvé parmi nous un traître pour la vendre et des bourreaux pour la brûler ; elle eût trouvé dans chaque Français un vengeur, et^ au pied de ce trône qu'elle défendit , la gloire et les honneurs qu'il rend aujourd'hui à sa mémoire. »
(23) Qui la %fit naître,'] Un tardif , mais éclatant hom-
3q^ notes
mage, vient d^étre offert au ftoiiyenir de cette femme célèbre à qui Pantiquitë eût élevé des autels ; à rezem^* pie des anciens qui consacraient des monumens d'utilité aux héros bienfaiteurs de la patrie , c'est par des monumens de bienfaisance qu^on honore le berceau de Jeanne d'Arc: une fontaine publique supportant l'image révérée de la vierge lorraine , une école gratuite d'enseignement mutuel pour de jeunes filles , établie dans la simple demeure oii elle reçut la vie, tel est l'hommage à la fois touchant et glorieux rendu à l'héroïne nationale.
Le 10 septembre i8ao , une fête destinée à célébrer l'inauguration de ces monumens, réuoit dans les prairies de Domremi toute la population de ces contrées et les députations de plusieurs villes. Celle d'Orléans^ en rappelant un souvenir glorieux , donnait encore quelque chose de plus solennel à cette fête civique. Après les discours d'usagé , les chant» , les danses , les festins et les jeux commiencèrent , et d'unanimes acclamations portèrent jusqu^aux nues le nom et la gloire de Jeanne d'Arc.
Tous les journaux ont rendu un compte assez fidèle de cette solennité. Je ne répéterai pas leurs récits; je rapporterai seufement un fait que je n'ai lu que dans le Narrateur de la Meuse. Ce fait est d'autant plus intéressant qu'il consigne un primitif hommage rendu par des braves à celle qui jadis , après de cruels revers, ramena sous nos drapeaux la victoire fugitive. La pre^ mièrc légion de la Manche , passant à Domremi avant la fête, désira contempler les nobles traits de l'illustre guerrière et rendre hommage à sa mémoire. Le buste a été d«ce<tt vert a<ses regards; alors , les tambours ont
DU LIVRE ONZIÈMJB. SgS
batta au champ , le corps a présenté les armes , et les drapeaBX se soat incliaés derast l'héroïne ; la musique a joué des airs nationaux. Les habitans y dont les yeux étaient pleins de larmes d'attendrissement, se sont jetés au cou des militaires. Le colonel de la légion a remis au directeur des travaux une plaque en cuivre sur laquelle on lit :
A Jeanne d'Arc, La r** légion de la Manche.
Le & septembre 1820.
« Cette plaque a été placée au-dessous de la statue érigée sur le pont de la Meuse. » {Extrait du Narra^^ teur de la Meuse ^ le i5 septembre 1820.)
3g4 LA VIERGE D'AROUÈNE.
La Résolution ) ~ Le Départ', ^^U Adieu.
Après la disparutloa des déesses du destin ^ d'autres prodiges attendaient le héros. Il Yoit devant lui la belle Ardoïna, qui, avec un divin sourire , lui présente Idoine ; Sulmina raccompagne. La fée d'Arduène porte dans ses mains le bouclier d'azur aux abeilles d'or et le glaive rompu du Sycambre. c< Fils de Marcomir y dit la déesse y reçois de mes mains et ton épouse et les marques glorieuses de ta naissance. Les fées des Gaules te dérobèrent jadis aux tendres soins de ton père. Il fallait que ton enfance s'écoulât au sein de ta patrie primitive^ afin d'y puiser l'amour des tiens, et d'obtenir celui d'une Gauloise, libre encore
du joug des Romains. Les destinées sont accomplies ; le sang des oppresseurs a coule ; l'épée du Sycambre est sortie du fourreau.
Elle comnience y continua-t-elle avec un accent prophétique et les yeux élevés vers le ciel^ elle comnfience la lutte terrible qui ne doit finir qu'à la chute de Tempire de Rome '. Une première victoire est le présage des triomphes que les siècles doivent amener.
Ainsi Ton voit un fleuve dont la source inconnue serpente 9 faible , silencieuse , entre les coteaux déserts , grossi dans sa course par les eaux des plaines et des montagnes, parcourir, majestueux, cent contrées diverses ; illustrer les empires et les cités qu'il arrose, et porter enfin à la mer des ondes fameuses et un nom révéré. O peuple magnanime ! semblable à l'oiseau merveilleux qui renaît de ses cendres, ta gloire est immortelle! --Jeune héros, ajoute Ardoïna en s'adressant à Théodemir, Marcon^ir, instruit par nos révélations, attend son fîls. Hàte-toi, fuis la terre de l'oppression, arrache ton peuple à l'esclavage : ainsi Font
ordonné les dieux ! Conservez dans vos cœurs le sentiment dune fîère indépendance^ jusqu'au jour marqué où tous les enfans de la Gaule rentreront dans le sein de la mèrepatrie ! n
La déesse a dit : plaçant la main d'Idoïne dans celle du héros 9 elle les unit y tandis que Sulmina dépose à leurs pieds les armes du Sycambre.
Théodémir ne peut en croire ses sens ; il touche avec respect ces insignes sacrés; et dans un muet ravissement, il porte un regard enivré sur Idoïne. Lee pleurs de joie qui coulent sur les joues de la vierge , lui attestent quil n'est pas le jouet d'un songe. Il presse contre son cœur sa jeune épouse, et toàibant avec elle aux pieds de la fée d'Arduèné: « O déesse ! s'éqrie-t-il enfin avec une pieuse exaltation, tes ordres me sont sacrés, je les exécuterai, et tes bontés ne sortiront jamais de mon souvenir I
Dans ce moment un épai^ nuage <d>scurcit le disque de l'astre des niuls ; et quand ses
doux rayons éclairèrent de noaveau la contrée, le ooble couple ne vit plus près de lui que la vénérable druidesse : Ardoïna^ à la faveur des ombres, s'était dérobée à leurs yeux. 4
L'heureux Théodemir souteiïant la trern*blante Idoine , se hâte de rentrer dans le camp, et Sulmina les suit.
La lueur d'un immense bûcher éclaire l'enceinte où le conseil est assembla. Les chefs attendent l'arrivée de leur roi ; son absence leur causait quelque inquiétude ; mais bientôt Théodemir paraît et leur présente la fille de Diciomar. A cette vue, les guerriers font éclater leurs joyeux transports j le héros commande leur attention, et leur parle en ces
termes : « (jompagnons de ma gloire , voilà la
fille de Votre roi ; une divinité bienfaisante vient de la remettre en mes mains et me confie son bonheur. O vous qui m'avez accordé les n^mes droits sur votre sort, guerriers, vieillards, peuple généreux, écoutez ce que les dieux m'ont révélé :
» Vous avez combattu yaillamment ; mais nos ennemis sont innombrables ; leurs légions couvrent la Gaule entière. Pour réparer l'af-, front que nous leur avons fait subir , ils précipiteront leurs cohortes dans cette contrée ^ naguère si paisible. Nous comptions sur Talliance de nos frères : vain espoir I Subjugués par le tyran ^ ils s'uniront à lui pour nous anéantir.
>i Déjà la ville consacrée aux déesses-mères ', oubliant son antique et saintie origine y Divodure a reçu les Romains dans ses murs.
Elle s'honore de leur être soumise^ et ses vierges travaillent jour et nuit pour teindre et tisser les laines destinées aux vêtemens des vainqueurs ^
» Trêves exerce et dresse pour eux ses coursiers rapides ^ ; les habiles ouvriers de l'ancienne Bibracte [a\ polissent leurs brillantes cuirasses; la cité de Durocortum [3] forge
[a] Autun.
[b] Reims.
leurs épées ; Samarabriva [a] enrichit d'or leurs boucliers échancrés^ et la belle Argentoréum [6] y assise au bord du Rhin y garde leurs vastes arsenaux ^. Toutes les cités des Gaules quittent leurs vénérables noms pour porter celui d'un empereur. Enfin ^ opprobre éternel ! les peuples avilis se font honneur d'oublier la langue de la patrie y pour apprendre celle de l'odieux étranger ^. L'ennemti emploie tour à tour contre nous la ruse^ l'audace, la force et la séduction : encore un peu de temps, et tout ce qui nous reste de sacré nous sera ravi sans rétour. Le pouvoir et la richesse de nos druides excitent l'envie de Rome : elle est impatiente de s'en emparer et de faire régner ses préteurs à la place dé nos rois ?. Un seul frein la retient encore : la crainte de la puissance mystérieuse de nos prêtres. Mais, en attendant, cette dominatrice des nations déverse le mépris et la rail-
— ^— — — ■ ^ <—■■—■— —il— —*i^— Mi— —— „ I I I I ,.iW— ■ Il I I
[a] Amiens.
[6] Strasbourg. ^
4oo LA VIERGE D'ARDDÈNE.
lerie sur nos divinités; et son Panthéon^ on-vert aux dieux de toute la terre , reste fermé pour ceux de la Gaule *•
» Plus d'une fois les Cimbres et les farouckes Teutoa. «virent .0. co,.»é« , n,.is ^oin, cruels que les Romains , ils nous laissèrent nos lois, nos dieux et notre indépendance. Que veulent les soldats de Rome, fils dégénérés du dieu des batailles ? Jaloux d une liberté qu'ils croient digne deux seuls, ils prétendent nous imposer une étemelle servitude. Cest dans ce but que leurs légions parcourent la terre; et si vous ignot^ez ce qui se passe dans le reste du monde, jetez les yeux sur cette Gaule narbonnaise que, par leurs séductions, ils ont détachée du faisceau de la grande alliance; voyez -la asservie aux bâches des licteurs, privée de ses droits, de ses coutumes, et réduite à ignorer si elle est gauloise ou romaine. O mes compatriotes I subirez - vous tant d'infamie ? Non ! écoutez ce que m'inspire l'intérêt de notre nation, son bonheur, sa gloire peut-être ? Quittons ces Hieux près
d être subjugués ; transportons dans les forêts des Sycambres nos enfans^ nos armes et notre plus cher trésor^ la liberté! Chassée du reste de l'univers par les soldats d'un peuple corrompu^ cette sainte déesse s'est réfugiée audelà du Rhin : c'est là que , dans l'enceinte des vallons sauvages^ elle a pour compagnes et pour gardiennes la pauvreté y l'innocence ^ la frugalité^ la pudeur '•. Joignons notre fierté^ notre courage à tant de vertus ! fuyons la honte de l'esclavage! un peuple généreux donna jadis ce grand exemple. Les fils de Massatius , désespérant de briser le joug imposé par leurs vainqueurs ^ résolurent d'abandonner la terre natale et de se créer une patrie au-delà des mers. Ils emportèrent leurs pénates et leurs arts; ils dirent adieu au doux pays de la Grèce "^ et nos côtes hospitalières leur offrirent un asile. Imitons de si beaux mo« dèles y les dieux souriront à nos efforts : terre ne peut nous manquer pour y vivre ou pour
y mourir ". Vous avez juré au vénérable
IKciomar de virre libresr ; guerriers , vous tiendreas vos sermens I »
Les Gaulois applaudissent au discoor» de Tkéodemir ^ et témoignent leur adhésion par de bruyantes clameurs.
Les envoyés romains sont introduits ; gardés "jusqu'alors hors de Tenceinte, ils n'ont pu entendre que les acclamations guerrièrea.
Les compagnons deValérius portent la parole^ ei proposent 9 au nom du peuple- roi , une alliance avec les babilans d'Arduène. Ils s^attachent h faire ressortir les avantages qui peuvent résulter pour ces derniers, d^une union fondée sur la valeur et la bonne foi ; ils leur offrent pour exemple le sort des Gaules narbonnaise et celtique. Leur discours insidieux serait persuasif pour une nation moins jalouse de ses droits ; mais il tst sans cbarme pour les agrestee babîtans des foréta.
Thëodemir, qui a lu dans les regards de rassemblée, laisse parler l'orateur sans IIih* terrompre. Dès qu'il a cessé, le héros, avec la
fierle d'un Syeambre et loulé U majesté d ua voi des Gniilea^ lui «dresse ces paroles :
tt Retourne, guerrier, vers celui qui t'en*- Kfole^ et dift-*lu a Les Gaulok victorieux bai&* seni la poîate de leur êpée ; ils ne frapperont point %tB cohortes que le dieu des combats uvail livrées à leurs mains; ooais ils abhorrent toute alliance avec l'oppresseur de la patrie : leur firont superbe ne saurait supporter le î^og. Les vrais enfans de la Gaule préfèrent Texil à la honte , la mort à Finfamie. Libres encore, ils abandonnent la terre souillée par l'esdava^, et vont chercher ailleurs l'indopendance et la liberté.
n Que les passages nous soient ouverts ju8«qu au Rhiu : voilà nos seules conditions. »
u Je les accepte , magnanime Théodemir , 6*écrie tout«-à-rcoup Valérius y touché de cette grandeur d'an» ; j'ai voulu voir par moi-même celui dont la valeur a résisté à nos armes. Je suis Valérii» , je le dis sans crainte : la noblesse de vos sentimens m'est un garant de
ma s&reté au milieu de vous I
4o4 LA VIERGE D'ARDUÊNE.
» Que ton noble dessein s'accomplisse ; les ordres les plus précis Yont être donnés pour l'ouvrir la route et protéger ta marche jusqu^au fleuve. Rome perd en vous un ennemi aussi généreux que redoutable. Il lui eût été plus doux de vous conquérir par ses bienfaits; mais les dieux ^ qui disposent de toutes choses ^ t'ont sans doute inspiré cette résolution ; qu elle soit * exécutée selon tes désirs. » Il dit , et se retire vers les siens , en admirant la noble contenance des Gaulois.
Cependant la nuit s'écoule dans des soins divers; les guerriers se séparent et portent les ordres du monarque. Les uns s'occupent à rassembler les armes et les chars; les autres, dispersés dans les environs , amènent les troupeaux y douce richesse des enfans d'Arduène.
Le vigilant Théodemir est partout ; il envoie dans la cité chercher les vieillards , les enfans et les esclaves restés pour garder les cabanes. Tout le Pagus «st averti de la résolution prise par les chefs de la nation , et les préparatifs qu'ont faits les habitans , dans l'incertitude des
ïiIVRE DOUZIÈME. 4o5
éréaçmens^ leur permettent de se rendre avec promptitude aux. ordres du roi.
A peine Taurore rougissait Thorizon^ que tout le peuple est rassemblé : les chars y les coursiers ^ les bagages y sont prêts au départ ; les conducteurs, vêtus de sayes azurées y tiennent en main les fouets retentissans dont la poignée est ornée de franges de cuir *' : Théodemir et Idoïne, debout sur une éminence, contemplent cette scène , dun œil attendri.
Les anciens de la nation et le cortège sacré des ministres de la religion, entourent les jeunes souverains. Chaque guerrier est armé; chaque mère retient près d'elle ses nombreux enfans ; les jeunes Gauloises relèvent leur longue chevelure, et la ceignent encore une fois des fleurs de la terre natale.
Soudain , le peuple inspiré par leur exemple , coupe avec respect des branches de chêne et se forme des couronnes de leur feuillage sacré. A cette vue, le doux instinct de la patrie parle violemment à leurs coeurs émus ; un gémissement éclate parmi les vierges ; les
4o6 LA VIERGE ÏTARDOÈNE.
Tieillards contemplent la tef ne evîec tristesse : elle ne pressera pas leurs os , as mourront sous un ciel étranger !
Idoine tourne ses jeux en pleuns sur la eon- Irëe où repose son père; elle étend ses bras vers la vallée des morts , et un crî dédiîranl s'échappe de son sein : « O cendres de nos ayeux ! dit-elle avec un long sanglot , favt-^ vous laisser seules ^ à la merci de nos persécuteurs ? Peut-être , pour ravir l'or et l'airain qui vous entourent*^, titi vil esrfave oserft violer votre asile Sacré ; peut-être le pied d'un insolent vainqueur dispersera-t-îl vos nobles poussières, et , troublant la paix de vos tombées révérées , fera-t-îl rouler ses cliars et paître ses coursiers dans cette vallée 'qiie la piété
vous avait consacrée î Mais non , cbères
et saintes reliques , continue Idoïne animée du plus pur enthousiasme ; vous nous suivrez dans la terre de l'hospitalité î vos ombres vénérées accompagneront nos pas , et sous les chênes de la nouvelle patrie vous recevrez un culte liéré4itaire et les hommages de nosSs! ••
O femmeê y sxnrez-moi ^ «'écrie la pieiise çr^ phetio^ ; vierges *de8 Gaules^ oubliez le soia de vos parures ! que vos maMis ianoceiiles^ chargées de <^s .augustes drépouillies , dédaignent tout antre «trésor ; et que nos tyrans y nous vpjant traverser leurs cohortes ^ frémir sent à la vue de ^s trophées de la naorf ^ ar^ raché;^ à leur impiété, n
A cet accent filial^ à c^ r^ards inspirés y tputeS'^ femmes s'élancent et se rendent en i£oule aa vallon où «sommeillent; les pères de la nfition. IdoJinç et sfm iépou^Jeç aocompagoent; les prêtres les siijl^ei^t. 1^:^ po^r la premier^ fois, leur^s nuii^ ^ainte^ent sacrilèges <, on^ vr^nt. les tert^^f çp^sacuré^ ; ils en retirent les urnes qui conservent au milieu des parfuxnEs,, Içs cçnd^S et les ossenuens des aneèlr«s. La iîUe d^ DÂcioQsar f pçoit des eubages j||e Vi^fse fui;iér^ire fui depuis ipeu de, jours reposait 4f|is )a lom})e jqyale; £Ue l'arrose de reli^ giçuS|ÇS larmes; et l'entourant de - son voile » elle le presse avec nespect contre sonvein. Déjà ,s0p.afiie>généceuse reprend courage; il semble
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que ces vénérables restes, ealevéfr à la profit nation , aient rompu les derniers liens qui Fattâchaient à la contrée où elle reçut là vie !
c( O Théodemir! dit-elle à son époux, de ce moment je suis digne de toi. Tu seras ma patrie^ je te consacre mes jours, et tous deux nous ferons le bonheur de ce peuple ^ partout où la volonté des dieux nous conduira. »
Ces paroles , prononcées avec exaltation par la vierge naguère si timide, sont recueillies parla multitude. Elle écoute avec raviteëment sa jeune souveraine , dont le courage et les sentiniens lui promettent im si doux avenir; et Théodemir, en la pressant sur son cœur, remercie secrètement les dieux dé tant de félicité.
Bientôt un char, attelé de blancs taureaux , s'arrête au pied de la colline; les roues, le timon et le ' joug de Tattelage sànt récouVerts de lames brillakites qui , par un art que le divin Volcanus *^ enseigna aux seuls Gaulois, ont pris au feu lapparence et la solidité de Fargënt le plus pur '^. Ce char, couvert de molles
fourrures y est décore de guirlaDdes : les enseignes conquises sur l'ennemi l'ombragent, et lui prêtent leur parure étrangère. Il est destiné àia' fille des rois; Idoïne y monte, tenant l'urne paternelle entre ses- bras. Les vierges, lé front cdnt de fleurs, portant ainsi qu'elle les cendres sacrées, entourent le char; les mères, leseu^^fans, doux espoir de la nation, les bardes et les vieillards, forment le saint cortège; et les guerriers, couronnés de feuillages, suivent en chantant des hymnes : on dirait les pompes religieuses d'un pèu^e libre, célébrant au sein de la paix les solennités de ses dieux domes^ tiques.
Cependant, le jeune monarque a pris jdace aux côtés de la belle Idoïne; la fidèle Sulmina est à leurs pieds : c'est ainsi que ces heureux époux, suivis de leur noble escorte , s'avancent yerÀ les régions qui doivent servir d'asile à un peuple trop fier pour reconnaître un maître '^
En montant sur le char, Théodemir a donkié le signal du départ. Un cri prolongé perce les
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nues ; liberté I patrie ! ces mots sacrés font retentir les forêts. La marche cororoence.
Les bardes ont accordé leurs harpes ; leur gra^e et toocbanie harmonie ioniieot la yoix des vierges ^ dès guerrier^ y des chasseurs et des ▼ieillards, qui^ tour à tour^ adresaeat l^m il U pairie.