Histoire de sainte Térése^ ouvrage cité, 1. 1, p
c'est une nuit à passer dans une mauvaise hôtellerie, voilà tout. O mes filles, ne désirons point vivre à notre aise. »
Elles ne vécurent certes pas à leur aise celles de ses filles qui participèrent aux fondations de ses monastères. Sainte Térèse nous en raconte l'histoire dans le livre des Fondations qu'elle écrivit de 1573 à 1582 sur l'ordre de ses confesseurs. On ignorerait la plus grande partie de ses luttes en négligeant cet ouvrage qui, au point de vue historique, est le plus captivant qu'elle ait laissé. Sa vie, durant plusieurs années, fut traversée de perpétuels combats ; si le découragement parfois abattit sa vaillance, elle se montra supérieure aux événements et resta dominée, en dépit des destins contraires, par un dessein grandiose : couvrir de citadelles de prières le sol de l'Espagne. Avec quelle émotion on la suit dans ses voyages à travers toutes les provinces, avec quel intérêt on s'associe aux obstacles qu'elle rencontre, avec quel plaisir l'on goûte
les traits naïfs et les épisodes charmants qu^elle rapporte 1 Si ces chevauchées évoquent parfois certains romans d^aventures, elles font le plus souvent songer à quelque croisade douloureuse et passionnée. Sainte Térèse excite encore notre admiration par la manière dont elle observait la règle monastique pendant ces courses à travers TEspagne ; Ribera nous fait connaître comment elle se comportait en ces circonstances : «... Pour qu'on fût plus recueilli dans la route et pour n'être gêné en rien par ceux qu'on rencontre dans les voitures publiques, elle en prenait une particulière ; et quelquefois celle-ci n'était qu'un chariot couvert. Dès qu'on était monté en voiture, on reprenait les exercices religieux qu'on suivait au couvent : une petite sonnette en indiquait le commencement et la fin et une horloge de sable en marquait la durée. On gardait le silence aux heures qui y étaient ordinairement consacrées. Les religieuses, les ecclésiastiques, les domestiques
même qui étaient du voyage le gardaient aussi ; et quand ces derniers, gens peu accoutumés à se taire, l'avaient gardé fidèlement, la sainte les en récompensait en leur faisant donner quelque chose de plus à leur repas, ou en argent. Si la sainte était obligée de le rompre, elle le faisait en peu de mots, d'une manière agréable, assaisonnant toujours ce qu'elle disait de quelques paroles de piété, charmant ainsi pour tous ceux qui l'accompagnaient les ennuis et les fatigues du voyage... Lorsqu'on descendait de voiture, les religieuses baissaient leurs voiles, afin de n'être vues par personne... Si l'endroit où l'on devait s'arrêter était pauvre et qu'il n'y eût pas assez de chambres séparées, la sainte faisait faire des séparations avec des couvertures tendues, afin que les religieuses fussent toujours en particulier. Le matin elle se levait la première afin d'éveiller les autres, comme le soir elle se couchait la dernière, afin de surveiller tout. La petite colonie menait toujours
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avec elle un prêtre qui les confessait, leur disait la messe et les communiait. En voyageant de cette manière, il leur était égal de s^arrêter dans un endroit ou dans un autre, puisqu'on suivait partout les exercices religieux. Durant qu'elle était en route, Dieu se plaisait à inonder son âme de biens et de consolations. Elle était profondément recueillie et ne perdait pour ainsi dire pas un instant la vue de Dieu * . »
Sainte Térèse dans ses voyages affirme encore ses qualités d'organisatrice et prouve que cette vie nomade était incapable de la distraire de ses contemplations. Telle fut, durant de longues années, Fodyssée qu'elle a vécue et soufferte ; elle nous Fa racontée dans un livre qui captive étrangement, parce qu'il constitue pour nous comme les mémoires héroïques d'une sainte.
Pour achever de la connaître intus et in