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par ce cri : « Mourir ou souffrir, tels doivent être nos désirs. » Chaque élan, chaque crise sont autant de manifestations de sa personnalité. Toutes ces douloureuses inquiétudes constituent un enseignement et une psychologie. Sainte Térèse nous émeut quand elle expose ses détresses ; elle souffre parce qu'elle s'écarte des voies où chemine Thumanité, c'est la rançon de sa sainteté ; tout héros ne porte-t-il pas en son cœur un tourment éternel ?
Humbles commentateurs, nous ne comprenons pas toujours ni ses coups d'ailes, ni ses prétendues chutes. La raison en est au voile qui nous cache les régions perceptibles à ses yeux de voyante. Serions-nous assez téméraires pour taxer de folie ou d'obscurité celle à qui Dieu ménageait des entretiens ? Sainte Térèse parle souvent une langue que nous n'entendons point, n'étant pas élus de la cité céleste. En relatant ses états d'âme sous l'inspiration divine, elle oubliait parfois de
s'adresser à la terre. Mais Tobscurité n'est pas fréquente en son œuvre qui apparaît surtout claire et logique. Si nous Fétudions avec une telle ferveur, c'est à cause de cette métaphysique qui jette une lumière inconnue sur ridée de Dieu, car nous ne saurions nous éprendre d'une mystique que le premier venu se hausserait à paraphraser. Nous la louons en vertu de sa profondeur qui nous étonne et nous ravit comme nous admirons l'océan à cause de ses abîmes qui émerveillent tout en frappant d'épouvante.
Quand on pénètre dans le panthéon des mystiques, de nobles figures attirent le regard; des hommes d'une grandeur fortement accusée arrêtent le passant ; des noms illustres sont creusés dans le marbre. — Il y a des apôtres, des docteurs, des moines, des vierges : saint Jean TÉvangéliste, saint Denys TAréopagite, saint Bernard, sainte Angèle de Foligno, Tauler, Henri Suso, saint Jean de la Croix, saint Pierre d'Alcantara, Louis de Blois, Jeanne de Matel, Marie d'Agreda, Catherine Emmerich, Ernest Hello. C'est là assurément une phalange inspirée, formée de tous ceux qui parlèrent de Dieu ; mais sainte Térèse, en écrivant ses traités sur l'oraison.
ne semble-t-elle pas descendre du Sinaï ? — En édifiant une somme incomparable qui a renouvelé les œuvres ascétiques dans leur fonds et dans leur forme et où tous les aspects de la mysticité sont étudiés, sainte Térèse mérite la couronne de prince des mystiques.
Ses écrits seront toujours lus et le temps n'effacera point au fronton du temple les titres de ses livres inscrits en lettres d'or qui resplendissent même dans la nuit.
Après avoir soumis à l'analyse les principaux écrits de sainte Térèse, Ton n'hésite pas à affirmer que l'oraison était le principal souci de son existence. Cependant si la mysticité s'insinue dans ses actes et pénètre sa vie, elle ne la prend pas tout entière; la sainte s'adonne avec ardeur à la réforme, aux fondations des Carmels, aux divers travaux qui réclamaient son intervention. Elle apparut comme un administrateur hors de pair, cette vierge qui trouvait de telles délices dans la contemplation. Elle se révéla aussi apte aux
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Spéculations abstraites qu^à la gestion de ses intérêts. La plume d'or qui écrivait le Château de Vâme savait aussi rédiger des lettres d'affaires et raisonner sur les questions d'argent. Jugez-en par ce qu'elle dit à dom Laurent : (t II faut vous dire que votre argent est venu â propos pour me débarrasser de certains scrupules. Car dans toutes ces fondations il se présente souvent des difficultés que je ne manque jamais de communiquer aux jurisconsultes de l'endroit où je me trouve. Quoique je tâche d'être exacte et que ce soit pour le bien, je me reproche néanmoins d'être quelquefois un peu trop généreuse pour les honoraires de ces consultations ainsi que pour certaines petites choses que je juge à propos de donner. Sous ce rapport, votre argent m'a donc fait d'autant plus déplaisir qu'il m'a épargné l'ennui d'en emprunter, quoique je n'eusse pas manqué de gens prêts à m'ouvrir leur bourse. J'aime bien à garder ma liberté avec ces messieurs afin
de pouvoir leur dire ce que je pense? Le croiriez-vous ? Mon crédit est si bien établi qu'on me confie jusqu'à mille et deux mille ducats. Ainsi, malgré toute l'horreur que j'ai pour l'argent et pour les affaires, Notre-Seigneur veut que je ne sois pas occupée d'autre chose. Ce n'est pas là une petite croix. Ce qui me console c'est que cela n'aura qu'un temps. »
Toutefois les affaires les plus graves ne la prennent pas tout entière ; elle s'abaisse encore à de moindres détails, sans les considérer comme indignes d'elle. La lettre suivante le prouve : « Je n'ai point donné à la prieure de Malagon les confitures dont mon frèrie m'a fait présent, de peur qu'avec sa fièvre violente elles ne lui fissent beaucoup de mal. Ainsi ne lui envoyez rien qui puisse l'échauffer, je vous prie, mais plutôt des oranges douces et autres choses de malade, car elle a un extrême dégoût. J'espère maintenant pour elle dans l'eau de Loja; j'aurai
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soin qu'on envoie des gens pour transporter cette eau. » Non seulement elle se préoccupe de certaines prescriptions, mais elle conseille certains remèdes; voici ce qu'elle préconise à Marie de Saint-Joseph contre les insolations : « J'ai eu beaucoup à souffrir de ces coups de soleil. Mon remède était quelques fumigations avec de Fers, de la coriandre, des coquilles d'œufs, avec un peu d'huile, un peu de romarin et un peu de lavande; j'en respirais la vapeur étant au lit, et je vous assure que cela me remettait ^ . » — Elle songe à faire parvenir des douceurs à son frère malade, Laurent de Cépéda : « Nous avons beaucoup prié pour votre santé. Je vous ■envoie quelques coings, afin que votre •domestique les mette en conserve et que vous les mangiez à la fin du repas. Je vous envoie •en outre une boîte de marmelade pour vous et une autre pour la mère sous-prieure de Saint-