Histoire générale des Carmes^ t. II, Ht. III, ch. xix
une fermeté sublime : « Oh ! je ne suis pas encore traité comme je le mérite. » Il fut ensuite conduit à Tolède, tandis que le P. Germain était emmené à Saint-Paul de la Maraléja. Quant aux PP. Gratien, Mariano et Antoine de Jésus, ils ne furent pas mieux traités. Après avoir fait leur soumission à renvoyé du nonce, ils crurent devoir se présenter devant Mgr Sega ; à peine arrivés à Madrid, on les interna au couvent des Mitigés. — Telles étaient les violences et les injustices commises envers le Carmel; la Réforme allaitelle sombrer sous les coups de cette tourmente?
Sainte Térèse, toujours vaillante, intéressa à ses infortunes le P. Paul Hernandez qui exposa au nonce le but de la Réforme, lui faisant aussi un portrait de la sainte dont il méconnaissait le caractère et les vertus; ce plaidoyer pourtant ne le convainquit pas. En effet, après le second chapitre tenu à Almadovar par les Carmes Déchaussés, le nonce,
irrité des décisions prises, excommunia les Pères capitulaires et fit enfermer les PP. Gratien, Antoine et Mariano. Sainte Térèse fut condamnée à ne pas sortir de Tolède, et tous ceux qui combattaient avec elle durent vivre sous le joug des Mitigés. La douleur de la sainte fut si vive qu'eUe resta frappée de découragement toute une journée. Enfin, vers le soir, retrouvant des forces dans la prière, elle eut un réveil d'espoir et d'énergie . Elle envoya aussitôt des courriers dans toutes les directions, sollicitant l'intervention du roi, des grands et en particulier du comte de Tendiglia dont la ténacité fit triompher sa cause. — Le roi prouva que la Réforme avait son agrément en faisant désigner des arbitres qui allaient juger de ces différends. L'affaire fut ensuite portée à Rome et instruite par le Consistoire, a afin que revêtu d'une telle autorité, l'arrêt définitif assurât la paix aux deux parties et leur interdît aucun recours à un autre tribunal ! » Les événements tournèrent à la gloire du
Carmel. « A la tête du Consistoire, Grégoire XIII rendit pleine justice aux Carmes et aux Carmélites de la Réforme : il ordonna que leurs monastères formassent à Tavenir une province séparée, gouvernée par un provincial de leur règle et élu par leurs voix ^ » — Le bref fut expédié le 27 juin de Tan 1580. Ce fut dans un chapitre tenu à Alcala de Hénarès que sainte Térèse eut la joie d'entendre lire cette bulle. — Ces années de lutte et de martyre étaient donc couronnées de succès.
« Depuis plus de vingt-cinq ans, écrit-elle, ma vie n'avait été qu'un enchaînement de peines, de persécutions, de douleurs endurées pour la cause de l'Ordre... Mon adorable Maître seul les connaît 3. »
Elle fut déûnitive cette Réforme, puisque, depuis trois siècles passés, nulle modification ne lui fut apportée, nulle protestation ne s'est