Sainte-Beuve. Port-lioyal. i. I, p
3. Il convient démettre le lecteur en garde contre une erreur soijrneusement entretenue par les ultramnnLains. << Port-Royal, avec ses filles de saint Bernard, n'était nullement indévot à la \"ierge. comme l'en accusaient ses ennemis » (Sainte-Beuve, Fort-Royal. V. 208 . Saint-Gyran avait écrit une Vie mystique de la ^'ierfre. Nul n'a parlé de Marie d'une façon plus grandiose : pour Saint-Cyran. la A'ierge est " l'Idée >> des prêtres, ipsa sacerdos. car eWe a reçu la première le coips du (Ihrist Sainte-Beuve, I. p. i iS) : <i\'ous désirez, écrit-il à la sœur Marie-Claire, que je vous dise quelque chose sur la fête de l'Incarnation : il faut qu'en ce jour et en tous les autres que l'Église consacre à la sainte Vierge, nous lui rendions ce que nous lui devons. Sa grandeur est terrible. Pour la révérer, il ne fautque savoir qu'elle est le chef de l'Ange [c'est-àdire supérieure aux Anges, et leur reine, regina Angeloruni, : en montant des créatures à Dieu, au-dessus d'elles toutes, vous trouvez la Vierge ; et en descendant de Dieu aux créatures, après le Saint-Esprit, vous la rencontrez. » Sainte- Beuve, auquel j'emprunte cette citation Port-Royal, I, p. 353), a très bien opposé l'idée auguste que les Jansénistes se faisaient de la Deipara à l'idée que le catholicisme s'est formée, depuis le moyen âge. de la Mater Miser icor dix.
4. Angot des Rotours, Saint .Alphonse de Liguori. p. 15o. — <■ Si l'on veut, d'un même coup d'cpil et en même temps qu'on embrasse toute la liauteur et l'étendue de la doctrine de Pascal, se donner le spectacle de la manière de voir, chrétiennement, la plus opposée à la sienne, on n'a qu'à lire la Préface, mise en télé des OE avres complètes du Bienheureux Alphonse de
Aussi, quand au xviii'' siècle, Alphonse de Liguori entreprend de restaurer le catholicisme intégral, c'est contre le Jansénisme et pour Marie qu'il combat '. Au xix*' siècle, chaque progrès de la mariolâtrie a été regardé par les ultramontains comme un triomphe sur le Jansénisme. Le curé Sausseret, qui publia en 1 8^2 deux volumes sur les Apparitions et révélations de la T. S. Vierge, s'exprime ainsi dans sa préface : « Nous n'écrivons point ces pages pour les philosophes sceptiques, pour les disciples de Luther, de Calvin, de Voltaire et de Saint Cyran ~. » Rien de plus instructif à cet égard, que le chapitre consacré au Jansénisme, dans l'ouvrage du jésuite Terrien sur la Mère de Dieu et la Mère des hommes.
A partir du xvii" siècle, la Vierge au manteau protecteur n'est plus guère connue que dans les villes auxquelles une
Liguori, traduites et publiées par les soins des modernes Bénédictins de Solesmes (1834). L'amollissement, le relâchement de la discipline et de la morale chrétienne selon saint Paul et saint Augusliny est érigé en dogme : il paraît, à entendre ces savants et nouveaux interprètes, que le Christ, à mesure que Ton avance vers la fin des temps, confie à son Eglise des secrets tout nouveaux : qu'il se fait de nouvelles effusions de grâce et de tendresse, qui permettent d'adoucir progressivement la sévérité première des préceptes de l'Évangile et d'admettre de plus en plus Findulgence dans la pénitence. « Le « culte de l'Épouse, y est-il dit, est devenu plus tendre à mesure que de nou- « velles amabilités de l'Époux lui ont été révélées. » Les inquiétudes et les craintes du chrétien ont beaucoup moins de raison d'être, depuis que «l'Église « a reçu l'ordre de mettre toute sa confiance et de jeter toute son inquiétude dans « le sein de Marie. » Loin et bien loin l'alTreux Jansénisme avec sa dure morale et ses dogmes repoussants ! Dieu a créé quelque chose de nouveau sur la terre en nous révélant toutes les prérogatives, et notamment la Conception immaculée de cette incomparable Vierge qui est désormais « la médiatrice toutepuissante du genre humain. » La morale facile des Jésuites, dénoncée par Pascal, est devenue toute saine et toute salutaire ; elle est plus qu'amnistiée, elle est préconisée: le Bienheureux Alphonse de Liguori, dans sa Théologie morale, n'a fait autre chose que la remettre en honneur, la replacer dans les voies praticables et la faire circuler authentiquement parmi les Chrétiens : ça été proprement sa vocation ; lui-même, pour un si grand bienfait, mérite d'être salué " un médiateur entre le ciel et la terre ». Toutes ces étrangetés, ces conceptions d'hier ou renouvelées du moyen âge, sont aujourd'hui comme acceptées et légitimées parmi les Catholiques romains (et notez qu'il n'y a plus en France, à l'heure qu'il est, de Gallicans). \'oilà ce qui triomphe, ce que les observateurs, curieux des contrastes, doivent aller chercher et lire en regard de Pascal, en se demandant comment il se peut faire que le même nom de Chrétien s'applique également aux uns et aux autres. A vrai dire, il ne s'y applique point. Il n'y a pas d'élasticité qui aille jusquelà » (Sainte-Beuve, Port-Royal, III, 455).