‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 108 sur 158 · Didron, Manuel, p · texte numérisé non relu

Didron, Manuel, p

Perdrizet, La Vierge de Miséricorde

échelle et un phylactère où sont ces mots adressés à la Vierge : Je vous ai vue en songe comme une échelle appuvée sur la terre et allant jusqu'au ciel. » Les mystiques occidentaux ont connu cette allégorie. Elle forme le sujet dun des petits poèmes de la Laus heatao VirçjinisMariae dont les Franciscains ont grossi le recueil des Œuvres de saint Bonaventure'.

La Vierge, sur notre miniature, abrite les Vertus sous son manteau : cela signifie que la pratique des Vertus ne suffit pas pour mériter le Ciel, il faut encore que la Vierge, dans sa miséricorde, intercède en faveur des hommes ; un chrétien ne doit pas penser qu'il puisse être à lui seul l'artisan de son salut. Somme toute, les échelles des vertus et le manteau de miséricorde sont des symboles contradictoires ou, à tout le moins, complémentaires.

11 se pourrait bien que cette miniature signifiât encore autre chose pour les mystiques à qui elle était destinée. Dès saint Clément d'Alexandrie et saint Augustin, la Vierge est la figure de lEglise, Maria est Ecclesiae tijpus '-. Autrement dit, notre miniature signifierait que pour gagner le ciel, il ne suffit pas de gravir les raides échelons des vertus ; il faut encore faire partie de lEglise, avoir vécu à l'ombre de sa protection : car, sans cela, comment participerait-on à la miséricorde nécessaire de la Mère de Dieu ?

IIL — La Viercfe de Miséricorde et les sept Péchés.

A révêché de Teruel (Aragon), se trouve un curieux panneau a tempera., de la deuxième moitié du xv*^ siècle (PL XXVII, 2). J'en dois la photographie à M. Bertaux. La Vierge est couronnée d'un diadème extraordinaire, fait de perles disposées en volutes. Deux anges soutiennent le manteau, sous lequel sont agenouillés, à droite les gens d'église, à gauche les laïques. La Vierge lève d'une façon suppliante la tête et la main droite vers le Christ qui, très loin de la terre, dans les nuées, lance les traits de la colère (un trait dans la main droite, trois traits dans la main gauche). Deux anges sont

1. Bonaventurae opéra, éd. de Lyon, 166S, t. VI, p. 469. Voir encore, dans le même volume, p. 474, le Psalteriiirn minus b. Marisa, où la Vierge est invoquée en ces termes : Are, scala caelum lamfens.

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