Suisse, canton d'Argovie
2. Kunstgewerbeblatt, II (18S6 , p. 110, 123, 1 18 : Die Glasgemalde im Kreuzgaiig des ehemaligen Kiosters \^'ettingen.
3. Nuremberg, Musée germanique, Katalog der Genuilde, éd. de 1893. n" 23i. II est remarquable que la Vierge y soit à la droite et le Christ à la gauche du Père.
Perdrizkt. — La Vierge de Miséricorde. 16
flèches de la colère, trois à cha([ue coup. Mais devant lui s'agenouillent le Christ et la Vierge. La Vierge lui montre le sein qui a nourri Jésus ; Jésus, couronné d'épines, lui montre ses plaies; des anges lui ôtent son manteau, et il apparaît comme il fut sur la Croix. Dans les airs, d'autres anges apportent les instruments de la Passion. Par la force magique des prières de la Mère et du Fils, les flèches dévient et se brisent.
Un tableau peint, paraît-il ', en I0O6, par Holbein le \'ieux,. YEpitaphhild d'Ulrich Schwarz, bourgmestre d'Augsbourg, représente Ihonorable magistrat entouré de sa très nombreuse famille-. Tous sont à genoux. Dans le ciel apparaît Dieu le Père, armé d'un glaive énorme -^ Mais Jésus et la Vierge intercèdent pour la famille Schwarz ; Jésus montre la plaie de son flanc, il y enfonce les doigts (^comme fait Thomas dans la scène de Y Incrédulité ou, selon l'expression byzantine, de V Attouchement). La Vierge montre à nu son sein droit. Jésus dit :
^Vatter.sicli. an. niein.
rrunden. rot.
Ililf. den. inenschen.
ans. aller, not.
Dure II . meinen . bittcrn
tod.
La Vierge dit :
Her. thun. ein. dein
schivert.
des. du. hast, erzogen.
Und. sieh. an. die. heist.
die. dein. sun. hatgeso-
gen.
Père, regarde mes blessures rouges.
Aide les hommes à sortir de toute détresse,
par ma mort amère.
Seigneur, rentre ton
épée que tu as dégainée, et regarde le sein que ton fds a sucé.
1. Pour la date. cf. Zaliii dans les Jahrhucher fur Kunslicissenxchaft, IV. p. 127.
2. Publié piiur la premièi-e t'ois dans la Zeilschrifl fur bild. Kunst. XXII (1887;, p. 73. Cf. Janitschek, Ges. der deutschen Malerei, p. 27:>. Photôjîi'aphié par Hiinc, 11° 151 du calalojrue d'Aujîsbour^. I.'ori^^inal à .Vujjsbourg-, dans la collection Fr. von Sietten.
.î. Poiu" le j;laive de la colère divine, cf. Ps. VII, 12 : nisi conversi fiierilis. (fladiuin suain vibnihit. Un Psautier à miniatures, d'orijiine talienne. à la Bibl. Nal., montre un Christ qui tient de la main gauche un arc et des llèches. de la main droite une épée nue (Didron, Mnnnel d'icoiioç/r. chr., p. 111). Cf. encore le tableau de Ilcilsbronn, supra, p. 191.
LA VIERGE HLl MOMKE SUN SEl.N 243
A quoi le Père Eternel répond, en rengainant dun air maussade le glaive de la colère :
Barmherzigkit. ivill. ich. allen. den. erzaigen. die. da. mit. icarer. reu. von. hinnen. schaiden.
J'userai de miséricorde envers tous ceux qui trépasseront avec un vrai repentir.
Un tableau daté de li92, qu'on attribue au maître der heiligen Sippe, représente le donateur, un moine, présenté par un Saint abbé. Dans le ciel apparaît le céleste parvis; Dieu le Père est assis sur son trône. A ses côtés sont agenouillés la Vierge et Jésus; la Vierg-e montre, fort pudiquement, son sein demi-nu ; le Christ montre la plaie de son flanc. A terre devant lui, la colonne et les verges de la flagellation. Des anges apportent les autres instruments de la Passion : non moins que les cinq plaies, les instruments de la Passion témoignent de ce que Jésus a souffert pour les hommes ; ils rendent plus pathétique encore l'intercession du Crucifié. Dieu le Père pardonne et bénit ^
Une mauvaise petite gravure incunable, d'origine allemande"^, représente le Christ et la Vierge intercédant pour les hommes. Le Père, dans le ciel, va lancer les trois flèches. Le Christ et la Vierge, à genoux, lui montrent, l'un ses blessures, l'autre son sein nu. Derrière la Vierge sont des hommes agenouillés, des clercs, semble-t-il. Comme dans les miniatures de beaucoup de manuscrits du Spéculum, le Christ est à genoux sur la croix, et la croix est couchée à terre.
On pourrait citer, dans l'art allemand des deux générations immédiatement antérieures à la Réforme, beaucoup d'autres exemples du sujet qui nous occupe -^ ce qui s'explique sans
1. Nuremberg, Kat. der Gemàlde, n° 30; Scheibler et Aklenhoven, Geschichte der Kolner Malerschule, pi. 72.
2. Schreiber, Manuel, I, p. 212, n- 751 ; Pestblatter, pi. 3. D'après Schreiber, cette grav'ure serait « oberdeutsch » et daterait de 1460 à 1470. En réalité, date et provenance sont incertaines. Cf. encore Schreiber, t. VI, pi. 6, n" 2899 : « Jugement dernier, g:ravure enluminée, vers 1430. Le Juge du monde, assis sur larc-en-ciel, montre ses plaies; la Vierge, pour le fléchir, lui montre son sein nu. »
3. Cf. la gravure sur bois (reproduite par J. Rosenthal. Cal. -27. MSS. à minialures et livres illustrés, p. 104) d'une traduction allemande de Jean Gerson intitulée Von den gnadenreichen Fiirhil vor Gotl dem Vater fiir die armen Siinder.
peine, si Ton se rappelle quel succès le Spéculum eut en Allenia^'ue. Je me bornerai, pour en finir avec Fart allemand, à lui emprunter quelques exemples encore. D'abord, à la galerie royale de Schleissheim, près Munich, un panneau « oberdeutsch », que le Catalogue ', avec une précision peutêtre excessive, date de 1490 environ. Un tableau de la même galerie, que le Catalogue attribue à l'atelier de Martin Schafîner, représente, en haut, dans le ciel. Dieu et les anges qui, à coups de flèches, détruisent l'humanité; en bas, sur la terre, beaucoup de gens sont déjà morts; la Vierge abrite les survivants sous son manteau ; elle regarde le Père d'un air suppliant et lui montre son sein nu"-. T^ne fresque, dans la chapelle de Mundelsheim, représente la Vierge de Miséricorde abritant les hommes sous son manteau ; elle est debout devant son Fils et lui montre le sein qui l'a nourri -^ Dans les fresques de Bruck et d'Obermauern, où la Vierge protège l'humanité contre les flèches de la colère céleste, elle montre au Père sa poitrine qui est, cette fois, soiarneusement couverte ^.
Dans les Grandes Heures d'Antoine Vérard, exécutées sur l'ordre de Charles VIII, au verso du premier feuillet, une gravure représente la Vierge et Jésus intercédant auprès du Père. La Vierge montre ses mamelles, le Christ la plaie de son flanc ^.
A ces exemples empruntés à l'art flamand, allemand, français, ajoutons-en un qui est italien, et de date plus ancienne. C'est la fresque peinte en 14Gi par Benoz/o Gozzoli, dans l'église Saint- Augustin à San Gimignano. après une peste qui avait ravagé cette cité*^. En haut, Dieu le Père et les anges lancent les flèches de la colère sur les gens de San Gimignano ; ceux-ci se réfugient sous le manteau de saint Sébastien, le
1. Édition de 1905. p. 42, n" 160: « Maria in der Mille stehend. zeigt auf ihre mûtlerliche Brusl, Chrislus auf seine Wundmale. Rechts Golt Valer mit Krone und Sccpler. »
2. M., p. 28, il" 102. Le cataloj,'ue intitule celle composition Votivbild zur Ahirendiiiuf von Kriegsç/efahr, alors qu'il s'agit probablement dun ex-voto contre la peste. Il ne dit rien du j,-estc de la Vierjre. Et il ifïnore que M" Jameson a parlé de ce tableau dans ses Leçjenils of Ihe Mndonna, p. 27.