LA VIERGE QUI MONTRE SON SEIN
plus grand des saints antipesteux. Le saint, debout sur un piédestal, prie avec ferveur pour son peuple. Mais si ses prières sont efficaces, si les traits de la colère divine se brisent sur le manteau protecteur, c'est qu'à l'intercession de saint Sébastien se sont jointes celles de Jésus et de sa mère. A genoux devant le Père, Jésus montre la plaie de son flanc, la Vierge met à nu les mamelles qui ont nourri l'Homme-Dieu. La fresque de San Gimignano est dans l'art italien le seul exemple que je connaisse du thème qui nous occupe. Les artistes italiens, moins naïfs que ceux du Nord, plus pudibonds, n'ont pas souvent — sauf les Milanais ^ — montré à découvert le sein de la Madone. Une Vierge comme celle de Fouquet, au musée de Berlin, aurait été un scandale en Italie. Au Campo-Santo de Pise, l'auteur de la fresque du Jugement dernier a représenté Marie trônant à côté du Fils, et le suppliant pour les hommes : joignant le geste à la prière, elle montre de la main sa poitrine, mais elle n'entrouvre pas sa robe, son corps virginal reste chastement voilé.
Plus ancienne que la fresque de Gozzoli, est une miniature donnée au Louvre par M. Maciet, et qui provient d'un des manuscrits du duc de Berry, les Très Belles Heures dites de Turin-. Dieu le Père est assis sur son trône; devant lui sont agenouillés, suppliants, le Christ qui montre ses plaies, et la Vierge qui montre son sein nu .
Il est inutile d'allonger cette liste. Il est temps de nous demander pourquoi les artistes, depuis le xv® siècle jusqu'au début du xvii*^, ont représenté de cette façon l'intercession de la Vierge et de de son Fils. De quels textes se sont-ils inspirés ?
Si nous regardons de plus près la miniature des Heures de Turin, nous j voyons, au-dessous du groupe que nous avons décrit, dans ane lettre-ornée, un personnage qui se dépouille de ses vêtements devant un prince; sa peau est marquée de balafres rouges. Ce serait, d'après Curmer, N. S. envoyé à la