LA VIERGE OUI >IONTRE SON SEIN
Le Christ et Marie agenouillés devant Dieu le Père et lui montrant pour désarmer sa justice et apitoyer sa miséricorde, lui les blessures de la Passion, elle le sein virginal qui a nourri riiomme-Dieu, quel étonnant dialogue, et comme il devait émouvoir l'àme impressionnable et pieusement ingénue du moyen âge! Le geste d'Hécube n'est pas plus grandiose que celui de Marie. On voudrait savoir quel est l'inventeur de ce thème si pathétique. A lire Guichard,le seul érudit qui se soit occupé des sources du Spéculum, l'auteur anonyme de ce livre mystique aurait inventé les « antitypes ))de son chapitre xxxix. Il n'en est rien. Ni Guichard, ni aucun des érudits qui, après lui, ont parlé du Spéculum n'ont pris la peine d'étudier dans les manuscrits les rubriques placées en havit ou en bas des pages, qui donnent en abrégé les sources auxquelles a puisé l'auteur. Ces indications sont parfois erronées, elles ne sont pas tout à fait les mêmes dans les différents manuscrits, mais pourtant, elles ne doivent pas être négligées.
D'après les rubriques du Spéculum, les deux thèmes de la Vierge suppliant Jésus, et de Jésus et la Vierge suppliant le Père, seraient empruntés à saint Bernard. Je reproduis quelques-unes de ces rubriques :
I. Jhesus Christ moustre a son père ses playes et le prie pour nous, povres pécheurs '.
Bibl. Nat. lat. 9385 : visio quaedam quam heatus Bernhardusponit; — 9386 : Bernhardisancti ; — fr. 6273 : comme dit saint Bernard; — ChaniiWx : Sanctus Bernardus.
II, La benoite Vierge Marie moustre à son fds ses mamelles dont elle le a allaittie.
Bibl. Nat. lat. 9383 : Bernardus super Cantica ; — 9386 : Bernard; — fr. 6273 : comme dit saint Bernard ; — Chantilly: Sanctus Bernardus.
Même attribution dans \e Spéculum heatae Mariae Virginis, qui est, comme on l'a vu plus haut -, une sorte de mosaïque
1. Cette rubrique française est empruntée au nis. fr. 6275 de la Bibl. Nationale (Le miroir deVhumaine salvation, version de Jean Miélot).