‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 28 sur 158 · Géraud de Frachet. 1,6, S 5 (éd. lleichcrt, p · texte numérisé non relu

Géraud de Frachet. 1,6, S 5 (éd. lleichcrt, p

LA YIERGi: AL iJANTEAU ET LES ORDRES RELIGIEUX 39

nuit qu'il était en prière, o il fut ravi en esprit, et vit le Seigneur assis sur son trône, et la mère de Dieu assise à sa droite, vêtue d'un manteau bleu comme le saphir. Devant le Très-Haut, dans la lumière de gloire, se ^Ji'essaient les Pères spirituels, les fondateurs d'Ordres, qui ont enfanté au Christ des fils et des lîlles selon 1 esprit. Dominique, ne voyant nulle part ses fils à lui. fut saisi d'une grande douleur et se mit à pleurer. Elfrayé par l'éclat de la majesté divine, il n'osait approcher du Dieu de gloire et de la Vierge. Celle-ci lui fait de la main signe de venir à elle. Dominique était si tremblant qu'il n'osa s'approcher que lorsque le Dieu de majesté lui eut de même fait signe de venir. Il s'approche donc, tout craintif, et pleurant amèrement ; il se prosterne aux pieds du Fils et de Marie. Et le Consolateur des affligés, le Dieu de gloire lui dit : « Lève-toi 1 Pourquoi pleures-tu si amèrement ? « — « Parce que, Seigneur, je vois devant votre face des religieux de tous les Ordres, sauf du mien. » Le Seigneur lui dit : (( Tu veux voir ton Ordre ? » Alors touchant de la main le manteau de la Vierge : (( J'ai confié ton Ordre à ma mère », déclara le Seigneur. Et comme Dominique persistait dans son pieux désir et qu'il souhaitait voir où étaient ceux de son Ordre, le Seigneur lui demanda de nouveau : « Veux-tu vraiment voir ton Ordre? » — « Je le désire de toutes les forces de mon âme, Seigneur. » Et voici, la Vierge Mère, parce que cela plaisait à son Fils, ouvrit largement le manteau dont elle était parée ; et ce manteau était si ample, si vaste qu'il renfermait aisément toute la patrie céleste. Sous ce siir abri, au giron de la piété, Dominique, contemplateur des secrets sublimes, voyant des choses de Dieu, découvrit la foule innombrable des Frères de son Ordre ^ . »

1. Rapliis est in spiritu aille Deiim, et vidil Dominum sedenlem, el Matrem ipsiiis, qiiae sedebat ad dextram ejiis, Virginein (jloriosain, amiclavicappa coloris sapphirini. Aspiciens aalein in circuitu, vidit ex omni natione spiritualium patî-uin, qui ex sacris Belicjionibiis Christo filios et filias spirilaales genuerunt. multitudmes innnnierasin conapeclu AUissinii gloriantes ; et cnm nullum illic suorum conspicerel filiornni, eriihescens et contpunctiis ex inliniis. amarissinie flere cœpil. Eiterritus ergo a gloria majestatis Doniini, stetil a longe, nec audebat vultui gloriae et Virginis excellentiae prnpinqiiare. Innuit aiilein ei manu Domina, ut ad se veniret. Al ille Iremens ac pavens non praesumpsil accedere, quousque euni siniililer vocavit Dominus majestalis. Accessit itaciue homo compunctus el tinmili spiritu et conlrilo corde, amarissimis tolus perfusus lacrimis, Filii et Matris propitiis pedihus devolissime et humillime se prostravit : ac consolator flebilium, Dominus gloriae dixil ei :

iO f:iIA PITRE III

Dans cette narration traînante do Thierry, dans les répétitions de ce dialogue entre le Christ et Dominique, on sent les redites de la parole orale: certainement, la vision de saint Dominique avait été plus dune fois racontée en chaire par les Prècheiu's, avant d'être écrite, vers la lin du xni'' siècle, par Thierry dApolda. C'est à Thierry cjue les hagiographes ultérieurs ont emprunté ce récit, Galuagni de la Flamma au xiv'' siècle', saint Antonin de Florence-, Joannes Garzo de Bologne 3 au xv*". pour ne citer que les plus importants et les plus anciens.

Les Cisterciens ne durent pas se laisser dépouiller sans protestation. Ils objectaient aux Dominicains qu'en 1218, année où Dominique aurait eu sa vision, 1 Ordre des Prêcheurs n était fondé cjue depuis peu, qu il ne comptait encore que deux Frères décédés, et qu'à cette date, par con.séc|uent, la Vierge ne pouvait pas encore abriter sous son manteau les âmes d une multitude de Dominicains. A quoi les Dominicains'* répondaient que la vision de leur fondateur avait été une vision prophéticjue. Le Bollandiste Cuper, dans ses

Surçfe. Qui cum slaret coram Domino, interrogavit eum dicens : Ciir sic amarissime ploras ? Qui ail : Quia in conspeclu (/loriae oninis lieliiiionis honiines inlueor : de mei vero Ordinis filiis hic, proh dolor, nullnin conspicio. Gui Doininiis : Vis videre Ordinem luum ? Al ille : Hoc desidero. Domine Deus. TuncFilius Dei manum suani supra scapulam Virginis ponens. dixil adillum: Ordinem luum Malri meae commisi. El cum adhuc pio adhaererel aff'eclu, Ordinem suum videre desiderans. Doniinus ilerum di.rit ei : Omnino vis eum videre '.' Respondit : IIoc affeclo. mi Domine. El ecce Maler Virgo. dum placuit Filio. cappam. gua decorala cernebalur. evidenter palefaciens aperuil, expandens coram Incrimoso Dominico servo suo : eralque hoc tanlae cai)acilalis el immensitatis veslimentum. quod lolam caeleslem palriam amplerando dulciler conlinebat. Su!) hoc securitalis legumento. in hoc pietatis gremio vidit ille conlemplator suhlimium et ])rospeclor secrelorum Dei Dominicus Fratrum sui Ordinis innumeram mulliludinem singularis proleclionis custodia el hrachiis amoris pecularis complexam. Thierry d'Apolda. dans ActaSS.. août, I, p. 583. Cf. Galuajrni de la Flamma, Chron. 0. P.. p. 16 Reichert. Pour les ha^iogrraphes plus récents, qui ont reproduit le récit de Thierry, cf. Acla SS., août, I, p. 467 : Marrachi, Annales 0. P., t. I, p. 256; Balmc et Collomb. Cartulaire de saint Dominique. III. p. 42. Les ouvrajres de piété ont souvent raconté cette vision : cf. le P. Bridoul. Le triomphe annuel de A'.-D. (Lille, 1640), t. II. p. 110: Lacordaire. Vie de saint Doni/'n/V/iie. ch. 12: Maynard, La sainte Vierge (Paris, 187'), p. 402 : le P. Terrien. S. .1.. La Mère de Dieu et la Mère des hommes, t. IV, p. 118; etc.

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