‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 37 sur 158 · CARMES · texte numérisé non relu

CARMES

1. Tableau d'un peintre viennois anonyme, du début du xvi*^ siècle, peint pour les Carmes de Vienne, aujourd'hui au musée du couvent bénédictin de Klosterneubourg. Ce tableau singulier sera étudié plus loin, ch. XI. — Pl.XXVlIl, 1.

2. Venise, Musée de l'Académie, n° 321. Anderson, n° 12903. Tableau du Pordenone, peint en 1.j2o, jadis dans l'église de Pescincanna. La Vierge, sans la couronne et sans l'Enfant, apparaît sur des nuages, les bras ouverts d'un large et beau geste. Sous son manteau, ({ue soutiennent de petits anges, les deux saints du Carmel : à dr. le martyr de l'Ordre, saint Ange, qui, comme saint Pierre de Vérone, porte un glaive fiché dans son crâne; à g., saint Simon Stock, Anglais, troisième général de l'Ordre ; il porte un Ij-s, symbole de virginité. Les deux saints montrent à la Vierge la famille Ottoboni agenouillée, à dr. les hommes, à g. les femmes (dont deux Carmélites). Au bas du tableau, cette inscription : Dive Marie Carmeli societas. Crowe et Cavalcaselle [Histonj of paintinçj in north Italia, II, p. 26o) et les récents éditeurs du Cicérone (p. 882 de la 8^ éd. ail.) admirent beaucoup ce tableau ; k dipinto molto sciupato dai lavacri )> (Paoletti, ^'a/a/or/o, p. 102). Cf. encore Jameson, Legends ofthe Madonna, 2''- éd., p. 93.

3. Statue plus grande que nature, en bois, par Gregor Erhart {f 1540), jadis dans un couvent du Carmel près Augsbourg, aujourd'hui au

• musée de Berlin. Cf. le Catalogue de Bode-Tschudi, n*" 357 ; reproduction dans la Kunstchronik, XXII (1887), col. 423. La tête de la Vierge offi-e une grande analogie avec la tête du relief d'Olmutz (cf. infra, ch. x). La tète est refaite. Six personnes sous le manteau, trois moines à dr., ti'ois nonnes à g. L^ Vierge porto l'Enfant. A ses pieds, le croissant de la lune à tête féminine.

4. Gravure éditée à Anvers par Pierre de Jode. La ^'ierge, couronnée, en costume de Carmélite, portant sur le scapulaire les armoiries de l'Ordre (sur ces armoiries, cf. Cahier, Caractéristiques, t. I, p. 83), abrite sous son manteau à dr. les Carmes, à g. les Carmélites. Deux anges, dans les airs, tiennent au-dessus de sa tête une couronne de fleurs. Au-dessous, cette légende : Ordo Beatissimae Virginis Mariae de monte Carmelo .

5. Gravure de C. Galle. La Vierge, couronnée, tenant l'Enfant, distribue des scapulaires à des priants agenouillés sous son manteau. A dr. les

hommes; au premier rang un Carme, puis un seigneur. A g. les femmes; au premier rang, une Carmélite. Le manteau de la Vierge est soutenu par deux petits anges. Les scapulaires portent le chifTre de la Vierge ^RA surmonté d'une couronne. En haut, dans lechamp : DECOR CAR- MELl. Sous la gravure, recipife hoc SANCTVM SCAPVLARE in quo qiiis moriens aeternum non patietur incendium.

6. Anvei^s. Musée Plantin, salle II, n° 69. Dix-huit dessins par Corn. Jos. d'Heur (1707-1762) pour un bi'éviairein-1 6, Z^reri'ar/unj //-a /rw»i fi. T'..Var/ae de Monte Carmeli. Le frontispice représente une vigne florissante, symbole de l'Ordre du Carmel, au pied de laquelle sont deux Carmes (sansie scapulaire, on verra plus loin pourquoi). Celui de droite sappuie d'une main sur la bêche avec laquelle il vient de travailler la terre au pied de cette vigne; dans l'autre main, il tient une épée llamboyante : cet attribut le fait x'econnaitre pour le prophète Elie, que les Carmes assuraient avoir été le fondateur de leur Ordre (Cahier, Caractéristiques, t. I, p. 111 et 363) : l'épée flamboyante rappelait que «la parole d'Élie brûlait comme la flamme » [Ecclésiastique, xi.vjii,l) et qu'il « était enflammé de zèle pour le Dieu des armées » (III Rois, xix, 10, 14i. Le Carme qui arrose la vigne est le disciple d'Elie, Elisée, reconnaissableà sa cruche (Cahier, t. I, p. 301). L'Ordre des Carmes, qui fut fondé vers 1156 par un croisé calabrais sur le mont Carmel en Palestine, a toujours gardé de son origine orientale un faible très prononcé pour le merveilleux. « Les Carmes semblent représenter assez bien ce qu'on pourrait appeler la mythologie de l'histoire monastique : leur prétendue descendance des anciens solitaires qui, dès les premiers âges du monde, peuplaient, dit-on, le mont Carmel ; les noms de quelques-uns de leurs chefs, parmi lesquels ils se plaisent à compter le philosophe Pythagore, et dont ils auraient persisté à donner une liste antérieure au déluge, si l'on ne leur avait objecté que l'Écriture ne dit point qu'il y eût des Carmes dans l'arche de Noé ; leurs nombreux et inconcevables ouvrages pour soutenir toutes ces fables, défendues le plus souvent par des injures grossières ou par des menaces non moins ridicules que les injures; tout cela n'a servi qu'à les faire descendre fort au-dessous de la puissante congrégation de saint Dominique, ou des illustres disciples de saint Benoit^. » On sait à quelle polémique donnèrent lieu, à la fin du XVII*' siècle, entre le Bollandiste Papebroch et les Carmes, les traditions de ceux-ci touchant l'antiquité fabuleuse de leur Ordi'e -. Le dessin du musée Plantin montre que les Carmes, au xvin^ siècle, n'avaient rien ral)altu de leurs prétentions. Aujourd'hui, les Carmes d'esprit avancé pensent que le prophète Elie doit être considéré comme le père de leur Ordre, parce qu'il aurait apparu à saint Berthold, leur premier général,

1. J. V. Le Clerc, dans l'F/s/. litt. de la Fr.. t. XX. p. 511. Cf. Rev. des Bibliothèques, 1905. p. 322.

2. Ces traditions expliquent la curiosité iconographique relcAee par Sauvai (Hist. et recherches des antiquités de Paris, appendice du t. III, p. 35) : " depuis peu, aux Billettes, dans la chapelle de la A^ierge. le P. Mathias de Saint-Jean, provincial des Carmes Mitigés, a fait représenter Agabus, lun des prétendants de la A'ierge, rompant sa baguette et prenant l'habit du Carme [cà-d. du Carmel], de dépit de voir la Vierge mariée à Joseph. ■>

et lui aurait commandé de réunir sur le mont Carmel les religieux qui devaient former le noyau de l'Ordre nouveau (Anal. BolL, 1906, p. 195).

Au pied de la vigne resplendit dans une gloire le chiffre de Marie surmonté de la couronne i-oyale, ce qui signifie que le Carmel est consacré uniquement à la dévotion de la Reine du ciel — tandis que l'apparition qu'on voit au-dessus de la vigne prouve que la dévotion du Carmel pour Marie trouve au ciel sa récompense : Marie apparaît, portant l'Enfant Jésus, et abritant sous son vaste manteau soutenu par des anges, à droite les Carmes, à gauche les Carmélites ; au premier rang, à gauche, sainte Thérèse tenant un crucifix, à droite saint Simon Stock, auxquels Marie remet le scapulaire des religieux sur l'apparition delà Vierge à saint Simon Stock, voir la fameuse dissertalion de Jean de Launoy). Pour les deux sortes de scapulaires, celui des religieux et celui des laïques, cf. Cahier, Caractéristiques, s. v. scapulaire; celui des religieux Carmes ou Dominicains est une longue bande d'étoffe, qui tombe jusqu'aux pieds et qui est de la même couleur que la tunique, blanche pour les Dominicains, brune pour les Carmes. Si Élie et Elisée n'ont pas le scapulaire, c'est que, quand ils furent sur la terre, la Vierge ne l'avait pas encore octroyé aux Carmes.

7. Avila, dans la sacristie de l'église des capucins (cette église est bâtie sur l'emplacement de la maison natale de sainte Thérèse). Enorme tableau peuplé de centaines de personnages, qui représente les gloires du Carmel. Toile en largeur. Vers 1600 'renseignements communiqués par M. Bertauxj.

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