‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 38 sur 158 · CHARTREUX · texte numérisé non relu

CHARTREUX

1. Sceau du xiv» siècle, provenant de la Chartreuse du Val-Profond (archidiocèse de Sens). Dans une arche gothique, la Vierge nimbée, debout, de face, abritant sous son manteau deux Chartreux agenouillés, qui tiennent un phylactère sur lequel on lit cette phrase de VAve maris Stella : MONSTRA {te) ESSE MA /rem). Le manteau de la Vierge est tenu par deux saints qui seraient saint Christophe portant l'Enfant Jésus sur les épaules, et saint Jacques de Compostelle. Cf. Vallier : Sigillographie de l'Ordre des Chartreux et numismatique de saint Bruno (Montreuil-sur-Mer, 1891, 8° , pi. XIV, n» 4.

2. Le plus intéressant des monuments (jui représentent la Vierge de Miséricorde abritant les Chartreux sous son manteau, est une fresque de la deuxième moitié du x\^ siècle, qui se trouve à l'ancienne Chartreuse du Pesio, dans l'Apennin ligure, non loin du col de Tende. Elle a été publiée par M. de Laigue dans le Bulletin archéologique du Comité (1905, p. 166-167, pi. XIII). J'ai montré ailleurs {Bull, des antiquaires de France, 1906, p. 136-139; que M. de Laigue s'est étrangement mépris en voyant dans cette fresque l'œuvre d'un primitif français, dont il a cru pouvoir dire le nom, et montrer le portrait parmi les moines agenouillés sous le manteau de la Vierge. Cette fresque n'est pas un travail soigné ; c'est un barbouillage fait à la diable, dans une niche en plein vent, à

l'entrée d'un pont par où l'on accède au couvent. La Vierge est debout sur un piédestal, où, probablement, avait été peinte une brève prière, effacée aujourd'hui. Derrière la Vierge, une tenture en hauteur forme un fond soml)i-e; cette tenture se relrouve derrière beaucoup de Vierges italiennes de la fin du w" siècle, surtout dans la peinture ombrienne et vénitienne. La Vierge est coiffée d'un bonnet cylindrique, un peu évasé du liaut, analogue à celui de la Vierge de Miséricorde peinte en 1445 par Piero délia Francesca pour Ihùpital de Borgo San Sepolcro ; ce bonnet est entouré, en bas, d'une couronne où les perles alternent avec les fleurions : tel celui qu'on voit au duc Federigo d'Urbin, sur le portrait du musée des Offices peint par le même Piero délia Francesca en 1469. Le manteau de la Vierge est soutenu à gauche par saint Bruno, à droite par saint Jean-Baptiste, reconnaissable à l'Agneau mystique qu'il tient sur la main gauche. Pourquoi saint Jean-Baptiste ? Parce que les fils de saint Bruno l'honorent d'un culte particulier, comme en témoigne la formule de leurs vœux : « Moi, N., promets stabilité, ol)éissance et conversion de mes mœurs, devant Dieu et ses saints et les reliques de cet ermitage, qui est bâti en l'honneur de Dieu, de la bienheureuse Vierge Marie et de saint Jean-Baptiste. » Hélyot (édition Migne, Dict. des Ordres religieux, t. I, col. 868), à qui j'emprunte cette formule, ne dit pas pourquoi les Chartreux honorent spécialement le Précurseur, mais la raison s'en voit assez : il est leur modèle, parce qu'il a vécu par avance de leur vie ascétique et solitaire : » En ce temps-là parut Jean-Baptiste dans le désert de Judée... 11 se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage ; il avait un cilice de poil de chameau, une ceinture de cuir autour des reins » (Matth., m, 1-4). De là le luinhar, cette ceinture de corde que les Chartreux portent continuellement sur la peau nue. De là vient encore que les Chartreuses sont fréquemment placées sous l'invocation de saint Jean-Baptiste et que l'image du Précurseur figure souvent sur les sceaux des Chartreux : cf. Vallier, Sigillographie de VOrdre des Chartreux, passim.

3. Cologne. Wallraf-Bichartz Muséum n" 1.57 [Verzeichnis, p. 131 ; Aldenhoven, Geschichte der Kôlner Malerschule, p. 263). Tableau de la fin du xve siècle, provenant delà Chartreuse de Cologne. La Vierge, avec l'Enfant sur le bras, est debout sous un baldaquin gothique. Sous son manteau sont agenouillés dix Chartreux. 11 est tenu levé par saint Hugues, évêque de Lincoln [f 1200) et par saint Hugues, évêque de Grenoble, fondateur présumé de la Grande-Chartreuse ("l- 1132; cf. Cahier, Caractéristiques, t. I, p. 37 et 249).

4. Au musée de rhospice de Villeneuve-lès- Avignon, dans l'escalier, mauvaise peinture du xvi« siècle : la Vierge abritant les Chartreux sous son manteau. Ce tableau provient, je suppose, de la Chartreuse du Valde-bénédiction, fondée en 1356 par Innocent VI.

5. Tableau de Zurbaran,au musée provincial de Séville, provenant delà Chartreuse de las Cuevas. Sous le manteau que soutiennent deux angelots, sont agenouillés des Chartreux. La Vierge pose les mains sur la tête des deux premiei's. Au-dessus d'elle, l'Esprit Saint, sous la forme

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cFuno colombe, entouré de chéiubins. Photographie Laurent-Lacoste, n° 1088. Reproduction dans V. Mavnard, La Sainte TiVr^re (Paris, 1894), p. 493,

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