‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 47 sur 158 · PI. VIII · texte numérisé non relu

PI. VIII

avaient, comme toutes les maisons d'alors, leur enseigne sculptée, placée au-dessus de la porte. Cette enseigne représentait généralement la Mère de Miséricorde : la plupart des reliefs vénitiens qui figurent la Vierge au manteau sont des enseignes de sciiole ; des reliefs analogues existent encore en place sur la porte de l'église de la Miséricorde, à Ancône, et sur la porte de laMiséricorde (aujourd'hui palais de justice) d'Arezzo(pl.IX). Une fresque de ce type avait été peinte, à Arezzo encore, sur la façade de l'église Saint-Laurentin et Saint- Pergentin, qui servait d'oratoire aux confrères de la Miséricorde : « De bons et honorables bourgeois d' Arezzo, écrit ^'asari', qui s'étaient réunis pour rassembler des aumônes au profit des pauvres honteux, acquirent un tel crédit, pendant la grande peste de 1348, en secourant les malades et les pauvres, en ensevelissant les morts et en faisant d'autres œuvres de charité, que leur Confrérie se trouva posséder par donations et testaments le tiers de la fortune d'Arezzo. Même chose advint pendant la peste de 1383. Spinello, qui faisait partie delà Confrérie, risqua sa vie à visiter les pestiférés, à enterrer les morts et à rendre d'autres pieux services habituels aux membres de telles Confréries ; jîuis, pour conserver le souvenir des événements de 1383, il représenta, sur la façade de l'église Saint-Laurentin et Saint-Pergentin, la Vierge abritant sous son manteau le peuple d'Arezzo. On y voit, parmi les Arétins, beaucoup de membres de la Confrérie, munis du maillet de bois avec lequel ils allaient frapper aux portes, et de la besace dans laquelle ils recueillaient les aumônes. »

La fonction la plus fréquemment assumée par les Confréries, aussi bien de ce côté des monts qu'en Italie, était l'ensevelissement des morts. Elles enterraient les pauvres gratuitement ; pour les riches, elles percevaient une taxe, proportionnée, par exemple, au nombre des cierges réclamés pour honorer le convoi "-. Ainsi, grâce aux Confréries, l'Italie

\. Ed. Milanesi, t. I, p. 682 ,Vie de Spinellu). La fresque dont il s"af;it fut détruite au xviii" siècle. La création de la Confrérie arétine de la Miséricorde remonterait, d après Milanesi, à 12f!.3.

2. Cf. L. Rostan. Un élahli.isement du moyen l'ige à Saini-Mariinin : confrérie de X.'D. d'Espérance et de Miséricorde, dite X.-D. des (irands Cierges (Draguignan, 1869, extrait du Bull, de la soc. d'études scient, de Draguignan). Cette Confrérie, qui datait du \iu' s., a duré jusqu'à la Révolution ; au milieu du XIX'- s. encore, on désignait à Draguignan le bureau de bienfaisance sous le nom de Miséricorde . La Confrérie ensevelissait les morts : gratuitement, les

et plusieurs régions de la France ont ignoré, au moyen âge et même depuis, la répugnante profession de croque-mort. A tour de rôle, les confrères, anonymes sous le capuce baissé, accomplissaient leur funèbre tâche : une forte solidarité chrétienne rapprochait, devant la mort, les gens d'une même ville, sans distinction de rang ni de fortune. D'autre part, le spectacle des funérailles, dans le pays où elles étaient confiées aux Confréries, était impressionnant, et bien fait pour inspirer des pensées salutaires. Elles avaient lieu généralement la nuit ; le costume des pénitents, cette grande robe ^ ce capuce percé de trous où brillaient les yeux, les cierges et les torches qui éclairaient la scène, tout était calculé pour émouvoir les assistants : ceux qui ont vu, à la nuit tombée, sur la place déserte du dôme de Pise, les confrères de la Miséricorde porter un mort au Campa Santo, en gardent un souvenir qu'ils n'oublieront point.

Pour remplir leur pieuse besogne de nécrophores, les confrères avaient besoin d'un matériel. Certaines Confréries de Sienne possèdent encore le leur, tel qu'il existait au xv® siècle : la pièce essentielle en est un cercueil de bois, celui dans lequel on portait les morts au cimetière. L'art, spécialement la peinture, à Sienne, au quallrocento, marquait tout de son sceau : une foule d'humljles choses, que nous trouvons naturel de condamner à la banalité et à la laideur, resplendissaient alors d'un rayon de beauté ; les registres des finances, qu'on relierait aujourd'hui en noire basane, étaient,

pauvres ; pour les riches, elle percevait une rétribution proportionnée au nombre des ciergres qui figuraient au convoi. Elle secourait les pauvres, les malades, les visitait, leur donnait des vêtements, de la viande, du pain. A'ers 16S0, elle halîillait de 50 à 60 pauvres par an ; la distribution des vêtements avait lieu le dimanche avant la Noël. La Confrérie faisait elle-même, dans sa maison, le pain des pauvres. Elle dotait les iilles pauvres. Elle s'alimentait par des quêtes, faites principalement à l'époque du battage du blé sur les aires. Elle avait été trouvée si édifiante, que les archevêques d'.\ix l'honoraient d'une approbation particulière. Les marguilliers de cette Confrérie ne furent jamais que des artisans, des cultivateurs aisés: les bourgeois, les notables de la ville ne purent jamais parvenir à mettre la main sur cette association toute plébéienne.

1. Ellcportait le nom biblique de sac, d'oi'i le nom d'e/i.scic/ies qu'on donnaiten certains endroits au.v membres des Confréries. « L'habillement des Pénitents consiste en une robe de toile ou de serge qu'ils appellent sac, serrée d'une ceinture, avec un capuce pointu qui leur couvre tout le visage, n'y ayant que deux petits trous à l'endroit des yeux, afin qu'ils puissent voir et n'être point vus» Ilélyot, op. cil., t. VIII, p. 260!. Pour les ensachés de Nice, cf. Moris, Au P'iys bien Paris, 1900), p. 47 et additions.

Perdrizet, La Vierge de Miséricorde

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