‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 48 sur 158 · PI. IX · texte numérisé non relu

PI. IX

à Sienne, reliés dans des ais de bois, dont les plats étaient décorés de peintures. De même, les Confréries siennoises avaient fait historier de peintures le cercueil commun où elles portaient les morts. Quelle représentation choisirent-elles pour ces teste di barra? La même que l'on voyait au retable de l'autel de la Confrérie et surTenseigne de son local, l'imao-e de la Mère de Miséricorde, abritant la Confrérie sous son manteau. Et cette image était singidièrement touchante, peinte au bout du cercueil commun, où tous les confrères, l'un après l'autre, chacun à son heure, devait être couché (pi. VIII, 1). Mais c'est surtout pour leurs bannières que les Confréries de pénitence et de Miséricorde ont affectionné le type de la Vierge au manteau protecteur. La bannière des Confréries était à la fois un emblème et un phylactère : la croix qui la surmontait, la Vierge qui y était peinte, mettaient en fuite les démons, écartaient des confrères les fléaux, les péchés, les maladies et la mort '. Bouchot croyait que la Vierge de Miséricorde du musée du Puy avait été d'abord une bannière : vu la forme de cette toile, l'hypothèse paraît peu vraisemblable. Mais les documents d'archives ont prouvé qu'au xv'' siècle, dans le Midi de la France, furent peintes des bannières de Confréries au type de la Vierge de Miséricorde. Il est croyable qu'il faille voir là un phénomène d'influence italienne, explicable par la proximité géographique, par les relations commerciales, surtout par les rapports entre Avignon et Rome. La plupart, en etTet. des bannières de Confréries au type de la ^'ierge de Miséricorde qui sont parvenues jusqu'à nous se trouvent en Italie. On a vu plus haut que dès 1264 les Recommandati de Rome avaient fait peindre la Vierge au manteau sur leur fameux gonfalone. Le retable de Simone da Cusighe prouve qu'au xiv'^ siècle les confréries de la Vénétie avaient suivi l'exemple de l'Archiconfrérie romaine.

I.^ Ces croyances superstitieuses sont naïvement formulées dans \a Légende dorée, ch. lxx De letania niajori et minori : criicem deferimus et campanas pulsamus, ut daemones territi fugiant . ..Tempore tempestatis crux de ecclesia extrahitur. ut scilicet daemones vexillum Summi Régis videant et territi

fugiant Criix in processione defertur ut daemones in ipso aëre exislentes

territi fugiant et a nostra infestatione désistant. Cf. saint .\lplionse de Liguori, Les gloires de Marie, II, s- 3: « Le nom de Marie est la terreur des esprits infernaux. A ce nom, dit le bienheureux Alain i .\lain de la Roche, linventeur du Rosaire , Satan fuit et l'enfer tremble. Selon Richard de Saint-Laurent, ce nom est comme une tour très forte, qui garantit les justes des assauts de lenfer. »

Les bannières italiennes de ce type qui nous sont parvenues ont presque toutes été peintes au xV siècle pour des Confréries ombriennes (pi. XVII).

« La bannière, a dit Rio', est un produit spécial de l'art ombrien. » Cette assertion est fort exagérée. Les Confréries, dès leur apparition, durent avoir chacune leur bannière. En 1260, quand les flagellants arrivèrent de Modène à Reg-gio, les Confréries qui s'étaient jointes à eux avaient chacune leur gonfanon-. En I3i9 et sans doute déjà en 1260, les flagellants, comme les Confréries, portaient « gonfanons et grandes bannières de cendal-^ » de taifetas). Les commandes de bannières abondent dans les recueils documentaires publiés par Milanesi pour Sienne, par Blancard pour Marseille, par Requin pour Avignon''. Mais, si l'on en réduit l'exagération, la remarque de Rio devient juste : en aucun pays, les bannières n'ont abondé comme en Ombrie. C'est sans doute qu'en aucun pays il n'y a eu autant de Confréries. Et si les Confréries ont été si nombreuses en Ombrie, c'est que nul pays n'a été aussi profondément imprégné d'influences franciscaines.

La Provence, le Comtat, le Niçois sont particulièrement riches en représentations de la Vierge au manteau protecteur. Le fait s'explique par le grand nombre de Confréries de pénitence qui, de très bonne heure, ont fleuri dans le Midi\ La

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