Retable du Carmel, à Pérouse. Cf. plus haut, p
1. Sur le culte de la Vierji,e de Miséricorde à Marseille, cf. VExplicalion des usages et coutumes des Marseillais, par François Marchetti (Marseille, J»is3), 1. 1. p. 175. 2. so es : c'est-à-dire. 3. a ])anda drecha : du coté
droit. 1. l'eslat de la gleysa : le monde ecclésiastique. 5. col-
Inrs : couleurs.
8. Relief de terre cuite, à Genga (provinced'Ancône). Jeledécrisd'après une photographie non signée, conservée à la Bibliothèque de l'Union centrale des arts décoratifs. La Vierge, debout, tenant l'Enfant sur le bras gauche, distribue des rosaires aux priants agenouillés sous son manteau ; à sa droite, les hommes et les garçons, à sa gauche, les femmes et les fdles. Les costumes des priants indiquent le milieu du xvi« siècle. Le manteau de la Vierge est soutenu par quatre saints, qui sont : à la droite de la Vierge, c'est-à-dire à la place d'honneur, saint Dominique avec le lis et saint Pierre Martyr avec la palme ; à gauche, un saint pape et un saint évèque, ceux-ci sans caractéristiques. Ce relief, de forme cintrée, est encadré dans un rosaire dont les quinze gros grains sont remplacés par autant de grandes roses contenant chacune la représentation dun des quinze mystères douloureux. — PI. XllI, 2.
9. Milan. Une peinture sur toile, de la fin du xvi^ siècle, servant de retable dans la chapelle du Rosaire, à S* Maria délie Grazie, représente la Vierge de Miséricorde abritant sous son manteau le comte Vimercati, sa femme et sa famille. Cf. Diego Sant'Ambrogio, dans la Lega Lombarda, de Milan, n°* du 16 et 21 octobre 1898.
10. Gravureintitulée Imago mirac. B. V. Rosarii Mediol.^ vulgo Gratia- /■um, représentant la Vierge couronnée, debout, au milieu du rosaire; sous son manteau, que soulèvent deux petits anges, sont agenouillés, à droite trois dames, à gauche, trois seigneurs. Au-dessous, cette légende : Anno 1 630,exeunte Julio ad médium usque Augusti, canipanae Ord.Praed.Mediol. noctu et interdiu sua sponte sonuerunt ; algue extunc plurimi peste quae tune ibi saeviebat, oleo lampadis B. V. nullo alio medicamento usi, curati sunt : quod cerlatim hodieque Italia pêne tola expetitur.
11. Frontispice d'un livre sans date imprimé à Milan, intitulé : Délia virtù e del preggio délia divozione del ss'^" Rosario (Guénébault, 1, vol. 736). La Vierge, debout, distribue des deux mains des rosaires aux personnes agenouillées sous son manteau; le sujet est entouré de roses qui sortent d'une tige. Titre : La glor'^ V^ del S™° Bosario délie Grazie, Milano.
LE SPECULUM IIUMAXAE SALVATIONIS
Vogue immense de ce livre à images, du xiv* siècle au xvi'^. — Son influence iconographique. — Son origine Dominicaine. — La Vierge au manteau protecteur lune des illusti-ations traditionnelles du S. //. S, — Le S, H. S. a dû contribuer à la diffusion de ce thème figuré.
M. Krebs a eu raison de croire que les Dominicains ont beaucoup fait pour répandre le thème de la Vierge au manteau protecteur. Mais on peut reprocher aux raisonnements du savant fribourgeois de reposer sur une documentation trop restreinte, et pas toujours probante. Pour établir 1 importance de ce thème dans la mystique Dominicaine, il y avait à alléguer plus et mieux que des visions de nonnes et que les Mater omnium de la cathédrale de Fribourg : car pour les visions rapportées par M. Krebs, elles n'ont certainement pas été connues hors de l'Alémannie, et quant aux Mater omnium de Fribourg-, leurs relations avec la mystique Dominicaine est possible, mais M. Krebs n'en n'a donné aucune preuve.
Pour montrer combien le thème qui nous occupe a été cher à la mystique Dominicaine et pour en expliquer la diffusion, il est nécessaire que nous résumions ici ce que nous avons dit ailleurs d'un ouvrage Dominicain dont la vogue, depuis la première moitié du xiv" siècle jusqu'au milieu du xvi*", a été immense, le Spéculum humanae salvationis.
Cet ouvrage expose, selon la méthode figurative ou typologique, l'histoire de la chute et de la rédemption. L'histoire universelle, jusqu'à la mort du Sauveur, n'aurait été qu'une préfiguration de la vie de Celui qui devait racheter le monde, et aussi de celle de la Vierge Marie, son auxiliaire dans l'œuvre rédemptrice. Il se compose de 4o chapitres, comprenant 100 vers, ou plutôt 100 lignes, car il est écrit, comme le Spéculum ecclesiae d'Honorius d'Autun et comme nombre
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de sermons du xii'' et du xiii'' siècle, en prose divisée en lig-nes de longueur variable, mais rimées par rimes plates — par « doublettes ». comme on disait au moyen âge. Chaque chapitre est divisé en quatre parties, la première consacrée à l'un des principaux faits de l'histoire de la rédemption, les trois autres à trois c types » ou préfigures de ce fait. Dans les exemplaires enluminés, un chapitre occupe deux pages, à raison de deux colonnes de 2o lignes par page, chaque colonne étant surmontée d'une miniature. Les chapitres commencent au verso des feuillets et finissent au recto suivant. Le livre ouvert montre donc toujours un chapitre complet : il offre aux yeux, d'un coup, un des faits de 1 histoire de la rédemption, suivi du cortège de ses préfigures, il met en regard trois « types -> de même sens, a^ec 1' « antitype » correspondant.
Le Spéculum humanae salvationis est un résumé de la doctrine catholique touchant la question de la rédemption. C'est dire que la Vierge Marie n'y tient pas beaucoup moins de place que le Rédempteur même. Particulièrement importants sont à cet égard les chapitres xxxvii-xxxix, qui exposent le rôle de médiatrice, de protectrice et d' « avocate » que joue la 'Vierge dans l'afTaire de notre salut . Je ne parlerai pour l'instant que du xxxviii'' : nous aurons plus loin à revenir sur les deux autres.
Le chapitre xxxviii montre comment Marie nous protège contre la vengeance de J.-C, contre les attaques du Diable, contre les pièges du monde :
Défendit nos a Dei vindicla el ejiis indiqnalione, A diaholi mfestafione, et a njundi tenlafione.
A chacvm de ces trois aspects sous lesquels peut être considérée la miséricordieuse protection de Marie correspond une préfigure: Tarbis, princesse d'rLthiopie. qui sauva la ville de Saba assiégée par Moïse, aurait préfiguré la Vierge en tant qu'elle devait nous protéger contre la vengeance de J.-C. ; la femme de Thèbes, qui cassa la tête d'Abimélech, aurait préfiguré la Vierge en tant qu'elle devait nous protéger contre les attaques du Diable ; Michol, femme de David, qui fit échapper David aux gens venus pour le prendre, aurait préfiguré la Vierge en tant (ju'elle devait nous protéger contre les pièges du monde.
LE SPECULUM HUMANAE SAI.VATIONTS lOo
Le Spéculum n'est pas seulement un livre de piété, c'est aussi un livre à images. Son texte édifiait les gens capables de le lire, son illustration instruisait les illettrés : picturae quasi librilaicorum. Chaque chapitre est]orné de quatre images : la première représente le fait de l'histoire de la rédemption auquel le chapitre est consacré, les trois autres représentent les trois préfigures de ce fait.
Or la première image du ch. xxxviii, pour figurer la protection dont Marie couvre les pêcheurs, représente presque toujours ' la Mère de Miséricorde abritant l'humanité sous son manteau.
On doit tenir compte de cela pour expliquer la diffusion du thème qui nous occupe. Le Spéculum humanae salvationis a eu dans les pays du Nord, en France, aux Pays- Bas, en Allemagne un succès prodigieux : il subsiste du texte latin plus de 220 manuscrits, auxquels il faut ajouter les manuscrits des traductions en langue allemande, française, hollandaise, anglaise, tchèque, et les éditions incunables — une trentaine environ — du texte latin ou des traductions. Cette vogue est attestée encore par le nombre des œuvres d'art inspirées par l'illustration traditionnelle du Spéculum-: dès le milieu du xi\^ siècle, les vitraux de l'église Saint- Etienne à Mulhouse sont copiés jusque dans le plus menu détail sur les miniatures de ce répertoire de l'art symbolique ; un demi-siècle plus tard, à Brixen en Tyrol, le cloître de la cathédrale est décoré de fresques qui reproduisent l'illustration du Spéculum, et le texte du livre est peint à côté sur le mur.
Le Spéculum fut écrit pendant la captivité de Babylone (1309-1377), et plus précisément, s'il faut en croire deux manuscrits de Paris, en 1324. On admettra facilement qu'un ouvrage qui, pendant deux siècles, a été aussi répandu, dont l'illustration a exercé une aussi grande influence sur l'iconographie, et dont l'une des images traditionnelles représentait le type de la Vierge au manteau, a bien pu contribuera la diffusion de ce type .
1 . Les exceptions sont très rares. La traduction de Miclot, à la Bibliothèque Nationale, en oITre un exemple.
2. Cf. Mâle, dans la Revue de l'arl ancien et moderne, sept. 1905 ; Perdrizet, L'art symbolique du moyen ùçfe, ;i propos des rerrières de l'église Saint- Etienne à Mulhouse, dans le Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, mai 1007 et à part (Leipzig-, Ch. Beck .
Ce qui rend 1 hypothèse encore plus vraisemblable, si l'on se rappelle combien les Dominicains ont affectionné le thème de la Vierg^e au manteau protecteur, c'est que le Spéculum, dont Fauteur, par humilité. n*a pas voulu se faire connaître — nomen auctoris humilifafe silefur — a été écrit par un Dominicain. Pour la démonstration de ce dernier point, je renvoie au deuxième chapitre de mon Etude sur le Spéculum humanae salvationis. Je me contente de reproduire ci-contre quelques Vierg-es de miséricorde empruntées à des exemplaires du Spéculum. Lune (pi. XV, 1) se trouve dans le manuscrit de Munich (clm 23i33j, auquel devait certainement [beaucoup ressemljler le manuscrit dont les miniatures ont servi de modèle pour les verrières de Mulhouse. Une autre (pi. X^', 3) est extraite d'un manuscrit de la Bibliothèque Nationale de Paris ' : elle représente la Vierg-e abritant sous son manteau une famille monastique. Une troisième (pi. XV, i) est extraite d'un incunable, le Miroir de la rédemption, publié à Lyon à plusieurs reprises, et dont les bois sont ceux de l'édition antérieurement publiée à Bàle. en 147. A titre de comparaison, j'ai rapproché de ces reproductions celle de la ^'ie^ge de Miséricorde, telle quelle a été figurée, d'après une miniature du manuscrit de Munich dont je parlais tantôt, sur l'une des verrières de Mulhouse (pi. XV, 2). On verra plus loin fpl. XIX, 1) la reproduction d'une Vierg^e de Miséricorde contenue dans un Spiegel der menschlichen Behaltniss qui paraît avoir été copié vers 1400, par un Dominicain du couvent de Saint-Biaise, à Ratisbonne. D autres Vierges de Miséricorde empruntées à divers manuscrits du Spéculum, ont été publiées dans notre édition de cet ouvrage mystique-, dans un catalog-ue de vente ^ et dans la Béunion des Sociétés des beaux-arts, 1907^.