‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 82 sur 158 · Phot. Brogi, n · texte numérisé non relu

Phot. Brogi, n

3. La vision, rapportée par Cahier (Caractéristiques, t. II, p. 500), de la bienheureuse Marguerite de Savoie, Prêcheresse ( -{- 27 nov. 1467), est une bonne preuve de l'importance que le thème des trois lances a eue dans la mystique Dominicaine. Un jour. X.-S. lui apparut portant trois lances ; sur lune était écrit calomnie, sur l'autre maladie, sur la troisième persécution. << Choisis, lui dit-il, et tu seras inscrite au livre de vie. » La sainte prit les trois lancés, et il ne lui manqua aucune de ces tribulations. Sur un tableau du couvent des Dominicains de Poissy, elle était représentée, dit Cahier, serrant les trois lances contre son cœur.

Pourquoi le Dieu de vengeance arme-t-il son bras de trois lances ou de /ro/s javelots, pourquoi décoche-t-il trois flèches sur le monde ? Le Spéculum répond très précisément à cette question :

Ubiqiie jam cari tas et veritas periclitantur ;

Superhia, ararifia et liixiiria dominanliir...

Quolidie irritatur Doininiis contra mundurn par fiaec tria*.

Chaque jour. Dieu est irrité contre le monde, k cause de ces trois péchés principaux, Orgueil, Avarice et Luxure, les trois £7:iGuij.(a'. de l'épître de Jean -, les trois concupiscences de la théologie ^ : Stahaf, dit Thierry d'Apolda, Christus in aethere aspectu terribilis, et contra mundum in maligno posituni lanceas très vihrahat : unani, qua superhorum cervices erectas transfiffcret ; alteram^ qua cupidorumviscera effunderet ' tertiani, c/ua concupiscentiis carnis deditos perforaret'^.

L'esprit subtil des théologiens du moyen âge a eu la passion de la symétrie et de l'antithèse. Puisque l'homme irritait Dieu par trois concupiscences, trois fléaux devaient les lui faire expier. Ces trois fléaux, que symbolisaient les trois lances, les trois javelots, les trois flèches, en quoi consistaient-ils au juste ? Quels en étaient les noms ? La réponse nous est donnée par une gravure incunable (pi. XIV, 1), faite en Allemagne pour les Dominicains 5. C'est une pauvre image de piété, violemment coloriée, comme on en vendait vers 1300 dans les foires, et comme les petites gens en clouaient au mur de leur chambre, au chevet de leur lit. Elle mérite qu'on s'y arrête, parce que c'est un document caractéristique des croyances populaires, et aussi parce que le commentaire qu'en a donné M. Schreiber n'est pas sans reproche.

1. Ch. xx.wii, 1. 7, 33. Une g^ravure de piété, signée d'Andréa Vaccario et datée de Rome, 1604, représente la vision rapportée par Géraud de Frachet et Thierry d'Apolda : dans le fond, sur la terre, saint Dominique et saint François s'en allant de compag:nie: dans le ciel, le Christ armé des trois lances, et la Vierg-e qui l'implore à genoux en lui montrant ses deux serviteurs : oh tria inundi scelera, dit la légende, minans Christus tribus lanceis voluit populum punir e.

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