ilc<a SS, août I, p
5. Schreiber, Manuel de la gravure au XV" siècle, t. I, p. 297, n" 2012 b ; reproduite dans Pestbliitter, pi. VI. Possesseur actuel: M. Paul Heitz, à Strasboure;.
Au milieu d'un rosaire dont les cinq gros grains sont remplacés par des écussons portant la représentation des cinq plaies, la Vierge implore le Juge du monde pour l'humanité agenouillée devant elle, et représentée par le pape, l'empereur, le roi (dont on ne voit que la couronne) et par un quatrième personnage. Le nom de la A'ierge est écrit dans le nimbe : Sancta Virr/o Mater Dei. M. Schreiber lit: Sancfa Virgo Ajazia, ce qui lui permet de doter l'Italie d'une ville d'Ajazia, qui n'a jamais existé, et de faire de cette gravure la copie d'un modèle italien. Et cette appréciation imprévue m'inspire, je l'avoue, quelque défiance quant au jugement artistique de M. Schreiber : car s'il y a une gravure incunable indubitablement germanique, c'est bien cette pitoyable estampe.
La Vierge montre au Juge saint Dominique et saint François agenouillés derrière elle ; les deux saints sont en prière, le rosaire en main, comme le pape. Aux quatre coins de la gravure, quatre saints à mi-corps dans les nuages, chacun tenant le rosaire. Leur nom est dans le limbe. A gauche, en haut, saint Vincent Ferrier(6'. Vincenfius), avec une branche de lis, sym= bole de chasteté virginale. A droite, en haut, sainte Catherine ('S''^ Katherina de Senis), avec un cœur d'où jaillit un crucifix. Entre sainte Catherine et saint Vincent, dans une gloire en forme d'amande, le Christ, les bras levés, comme il apparaîtra au monde, au jour du Jugement '. Saint Vincent Ferrier, l'un des plus fameux prédicateurs de l'Ordre dominicain, maxinius posf apostolos Divini Verbi praeco, avait pour sujet ordinaire de ses prédications le Jugement dernier : c'est pourquoi la gravure dont nous parlons le représente montrant du doigt le Juge du monde qui ajDparait dans la gloire. En bas, à gauche, saint Pierre martyr (S, Peter von Mei/lant), reconnaissable à l'entaille dans sa tonsure, et au coutelas qu'il tient à la main. En bas, à droite, saint Thomas d'Aquin, recoiinaissable à la colombe, image du Saint-Esprit, qui lui parle à l'oreille. Entre saint Pierre et saint Thomas, la sainte Face.
Ce qui fait le principal intérêt de cette image populaire, c'est qu'elle nous donne la signification des trois flèches de la colère divine. Le Juge apparait dans les nuées, tirant trois flèches d'un coup : à côté de chacune est inscrit son nom : la