‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 86 sur 158 · Delisle. op. cit.. p · texte numérisé non relu

Delisle. op. cit.. p

4. Les grandes chroniques de France, éd. Paulin Paris, t. V, p. 485.

5. Viard dans Bibl. de l'Ecole des Chartes, t. LXI 1900), p. 335. Cf. Delisle. op. cit., p. 640.

disait-on plus tard en Bourgogne. Le Languedoc, l'Auvergne, la Provence ne furent pas moins maltraités. A Die, le clergé de la cathédrale perdit 7i de ses membres. A Marseille, les Frères Prêcheurs et Mineurs moururent tous. Tous les Frères Mineurs de Carcassonne moururent. L'Ordre Franciscain comptait que dans les quatre années 1347-1350, il avait perdu 124.430 frères (y compris, je suppose, les membres du Tiersordre). La peste noire aurait causé en Europe, à l'estimation deHecker ', 2a millions de décès. « Bien la tierce part du monde mourut », dit Froissart '-. MorUia est ultra quam tertia pars hominum, dit la Chronique de Mayence. Une note manuscrite, relevée par J. V. Le Clerc ^, k la fin d'un codex de Richard de Saint- Victor, est terrible : « Es villes ou la mortalité entroit, mouroit plus des deux pars des gens, et disoit on que le monde fenissoit. »

Après la grande épidémie de 1348, la peste ne disparaît pas de la chrétienté : pendant trois siècles, elle revient presque tous les dix ans, avec une régularité désespérante, faucher les vies. Voici, pour l'Allemagne, jusqu'à la fin du xv*" siècle, les dates de ces funèbres apparitions : 1358, 1365, 1379, 1387, 1406, 1420, 1427, 1437, 1451, 1462, 1473, 1483, 1494. Le nombre des morts prématurées causées par le fléau est incalculable. On ne sait pas grand'chose de précis sur les i^avages que la peste lit dans les bourgs et villages ; mais dans les villes, pour lesquelles on a des renseignements certains, on voit la population diminuer graduellement : Nuremberg, qui avait environ 30.000 habitants en 1350, tombe à 8.000 en 1450. A Strasbourg, en 1457, le glas des morts retentit si souvent que la grosse cloche de la cathédrale fut fendue.

Il n'y a pas moyen de mesurer le contre-coup que devaient avoir sur la sensibilité populaire ces calamités répétées. On peut croire que, depuis la grande peste de 1348, le moyen âge a vécu dans une terreur perpétuelle, dans un continuel ébranlement nerveux. La crainte de la mort dont il a toujours été hanté devient, depuis que la peste s'est mise à ravager périodiquement l'Europe, une angoisse de tous les instants. Peu de gens avaient la tète aussi ferme que Boccace, qui a donné

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