‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 88 sur 158 · De lart chrétien. 2- éd., Paris, 1861, t. II, p · texte numérisé non relu

De lart chrétien. 2- éd., Paris, 1861, t. II, p

3. Ottaviano Xelli. de Gubbio ("h 1444 . Je ne connais pas de bannière de Nelli. Quant à Rr.phaël, la seule bannière qu'on ait de lui est celle quil peijrnit, très jeune, vers 1300, pour Ic^ilise S. Trinità. à Città di Castello : d'un côté, saint Sébastien et saint Roch intercédant auprès de la Trinité : de l'autre la création d'Eve (Passavant, 7îao/i<ié(. t. II, p. 7; Burckhardt. Le Cicérone, t. II, p. 66Sde la traduction). Rumohr {Forschunffen, t. II, p. 316J a soutenu que la Madone de Saint-Sixte était une ancienne bannière : mais cette hypothèse est repoussée par Passavant (t. II. p. 279).

Murano représente la Vierge au manteau auprès de laquelle sont quatre intercesseurs, deux saints Dominicains, saint ^ incent Ferrier et saint Pierre martyr, et deux saints « antipesteux », saint Sébastien et saint Roch : certainement, ce triptyque, qui provient d'une ég-lise Dominicaine, dut être voué en temps de peste.

M. Schreiber, aidé d'un collectionneur alsacien, M. Paul Heitz, a publié naguère, sous le titre de Pesfhlàtter, une curieuse série d'estampes populaires du xv*^ siècle et du début du XVI'', qui ont servi en leur temps de phylactères contre les épidémies : elles représentent saint Antoine, avec sa clochette et son bâton terminé en forme de tau, saint Sébastien, percé de flèches, saint Roch avec son chien, et, plus souvent encore, la Vierge au manteau, protégeant les humains contre les flèches de la colère divine. On pourrait composer un recueil analogue de Pesttafcl et de Pcsthilder avec les images peintes et sculptées de la Vierge miséricordieuse, qui furent vouées en temps de peste ou en crainte de la peste.

Si les circonstances dans lesquelles ont été vouées les effigies de la Vierge au manteau, étaient chaque fois mieux connues, on constaterait probablement que le plus grand nombre de ces représentations pourraient être classées selon l'ordre chronologique des épidémies qui, Mu milieu du xiv" siècle jusqu'au milieu du xvn'', dévastèrent la chrétienté. La documentation que j ai réunie n'est pas assez complète, tant s'en faut, pour me permettre de tenter une classification de ce genre. Je me contenterai de vérifier l'exactitude de mon assertion par quelques exemples qui m ont paru particulièrement probants.

Nous avons vu, dans un précédent chapitre, que la fresque dont Spinello décora, lors de la peste de 1383, l'oratoire des confrères de la Miséricorde d'Arezzo, représentait la Madone abritant les Chrétiens sous son manteau.

On a retrouvé en 1894 au Castello Sforzesco de Milan, sous la grande arcade qui donne accès de la place d'armes dans la cour ducale, une grande fresque • qui avait dû être badi-

1. Repvoduilc dans II castello di Milano e i suoi musei d'arte Milan, Montaboiie, 1902. 1 vol. 4°), pi. 62; cf. BeRvami. Il castello di Milano durante il dominio dei Visvonti edeyli Sforzi Milan, INOl). p. 703.

geonnée dès 1480, sous la rég-ence de Bone de Savoie i. Cette fresque représente la Vierge couronnée et nimbée abritant sous son manteau, que soutiennent deux ang-es, une foule de ^ensag:enouillés, vêtus de cottes mi-parties, la tête nue, rasée : ce ne sont, semble-t-il, ni des seigneurs ni des soldats 2 : ils ont l'air humble et le costume modeste des artisans. Or on sait qu'en 1451, pendant la construction du Castello, la peste décima les ouvriers qui v travaillaient 3. Il est croyable que la fresque retrouvée en 189i avait été peinte en 1451 pour détourner le fléau des g-ens employés à la construction et à la garde du château.

Une autre fresque du quaftrocento, récemment débarrassée de son linceul de plâtre, la fresque de Ghirlandajo dans la chapelle des Vespucci, à Ognissanti de Florence, qui représente la Vierge de Miséricorde abritant la famille Vespucci sous son ample manteau, fut probablement peinte en 1480, pendant une peste : la contagion emporta le donateur, Bartolomeo di Ser Vespucci.

Deux vitraux d'une église près de Cortone, attribués au verrier français Guillaume de Marcillat, représentent l'un saint Sébastien, l'autre la Mater omnium : il est croyable que ces deux verrières ont été vouées en temps de 23este.

La célèbre Vierge de la Miséricorde par fra Bartolommeo, aujourd'hui à la Pinacothèque de Lucques, a été mise en rapport non sans vraisemblance avec la peste de 1512.

A Waltlingen, près de Stammheim (Suisse) est une chapelle rurale du xv'' siècle, qui a conservé presque entièrement ses fresques anciennes. La chapelle est consacrée à saint Antoine abbé. On venait y demander d'être préservé du mal des ardents et en général de toutes les contagions. Les fresques représentent la légende de saint Antoine et saint Antoine guérissant les ardents ; saint Sébastien criblé de flèches et sa décollation ; enfin, la Vierge de Miséricorde, abritant sous son manteau doublé d'hermine les gens de l'endroit, les hommes à droite, les femmes à gauche.

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