‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 9 sur 158 · II · texte numérisé non relu

II

4. 1, 25 : non cognoscehat eam donec pcperit filium suum primogenilum.

Ainsi, la mariologie de la première époque chrétienne a consisté surtout à conformer le sens des Évangiles à la croyance en la virg-initéde la Mère de Dieu. On n'avait pas encore l'idée, en Occident du moins, de faire jouer à l'humble iille de Joachim im rôle capital dans le drame de la rédemption.

A en croire les érudits catholiques, larchéologie prouverait le contraire. La Mère de Miséricorde aurait été représentée déjà au iv^ siècle, dans une fresque du cimetière Ostrien i, qui nous montre une femme dans l'attitude de Forante, avec un enfant assis sur seso^enoux, et avec le monog-ramme du Christ, à droite et à gauche, sur le fond. Cette fresque serait l'illustration d un mot d'Irénée, 1 irgo Maria advocata : ainsi la croA'ance à la miséricordieuse intercession de la Vierge serait attestée par \m texte du ii*^ siècle et par un monument figuré du iV^.

En réalité, si l'on se reporte au passage du Contra haereses d'où sont extraits ces trois mots Vir<fo Maria advocata, on constate quirénée ne parle point de la Mère de Miséricorde, avocate du genre humain, advocata nostra, comme l'appellent le Salve Regina et les mystiques du moyen âge. La Vierge Marie, dit saint Irénée, a racheté, par son obéissance ' à faire la volonté de Dieu, la désobéissance de la vierge Eve : lancienne Eve avait perdu le monde, la nouvelle l'a sauvé en donnant le jour à Jésus, et elle est, dans le ciel, l'avocate de l'ancienne Eve •', de même c|ue les saints sont, devant le tribunal de Dieu, les avocats des âmes chrétiennes qui se recommandent à eux : ciiiquc, dit une inscription du cimetière de Cyriaque, cuique vitae suae testimonio sancti marfi/rcs apiid Deuin et Christum

1. Wilpert. Pillure délie Catacoinhe Boniane. p. 103. pi. 16.3. 207, 208 ; Marucclii. Eléments d'archéol. chrétienne, t. I, p. 319. C'est, je suppose. an\ peintures des catacombes que sonjreait M. labbé Broussolle, quand il a risqué cette assertion déconcertante : u Liconosrrapliie de N'.-D. de Bon-Secours est des plus riches. On trouve déjà cette Madone dans les plus vieilles peintures de l'État romain » La jeunesse du Pérugin, p. 175 .

2. Luc. I, 3S : Ecce ancilla Domini. fiât mihi secundum verhuni tuum.

3. Irénée, Co/i<ra /laereses. V, 19 Migne. F'. G.. W\. 117,') : Ea inohedielat Deo. h:iec siiasa est obedire Deo, uli iiryinis Evae rirgo Maria fierel advocata. El quemadmodum adslriclum est morli (/enus humanum per vircfinem. salvtilur per rirr/ineni. Cf. Bossuet, -'/' sermon pour IWnnonciation. l" point (Hùiires oratoires, éd. Lcbarcq.t. III. p. 3 : •« Eve croit au serpent et Marie à l'anjre. Eve, séduite j)ar le démon, est contrainte de fuir devant la face de Dieu, et Marie, instruite jiar Tanfre Gabriel, est rendue dijrne de porter Dieu. alîn. dit saint Irénée. (pie la Vierjre Marie fût l'avocate de la Vieru'c Eve ...

LA CROYA.Nf;!-: A LA MISERICORDE DE MARIE \)

erunt advocatiK Une fresque du cimetière de Saint-Hermès ^ représente un trihiinal où siège un ju<^e qui est le Christ ; au pied du tribunal, deux avocats, sans doute les martyrs enterrés dans cette catacombe, saint Prote et saint Hyacinthe, défendent lame d'un fidèle, qui sest recommandé à eux ; cette âme fait les gestes de l'orante ; les deux saints font des gestes d'orateur, qui conviennent à leur rôle d'avocat. Donc la Vierge du cimetière Ostrien nest pas représentée comme advocata, puisqu'elle fait les gestes de l'orante. Et il est aussi abusif de l'interpréter comme une représentation de la Vierge de Miséricorde, que de prétendre démontrer, par une citation tronquée de saint Irénée, la très haute antiquité de la croyance à l'intercession miséricordieuse de Marie '^. Dans les premiers siècles du christianisme, l'idée de miséricorde est exprimée par le type iconographique du Bon Pasteur, et l'idée d'intercession donne naissance au culte des saints. 11 semble que les chrétiens d'Occident, pendant le premier millénaire, aient surtout compté, pour être sauvés, sur la protection des saints dont ils possédaient des reliques : c'est ce qui ressort, pour la période mérovingienne, du De gloria martyrum de Grégoire de Tours et des ouvrages spéciaux deMarignan ^ et de Bernoulli '. Plus tard, les saints tendent à se confiner chacun dans un rôle spécial, l'un guérissant telle maladie, l'autre protégeant telle corporation, faisant réussir telle sorte d'affaires : mais pour l'affaire principale, pour le salut, c'est à la Vierge, désormais, que l'on s'adresse d'abord.

Bossuet, dans sa Lettre au pape Innocent XI sur l'instruction du Daup/iin, écrit tranquillement ceci : « La lecture de l'Evangile nous servoit aussi à lui (au Dauphin) inspirer une dévo-

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