‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 92 sur 158 · CHAPITRE X LA MATER OMNIUM · texte numérisé non relu

CHAPITRE X LA MATER OMNIUM

Le type de la Mater omn/um conséquence de la Grande Peste. — Dans les exemples les plus anciens, les hommes sont à droite delà Vierge, les femmes à gauche ; au xv^ s., les clercs sont à droite, les laïques à gauche. — Les deux mondes, ecclésiastique et laïque, représentés toujours par des personnages conventionnels. — La Mater omnium du musée du Puv. — La Vierge de Miséricorde sur les monuments des familles.

Nous avons vu dans les chapitres précédents qu'au xif siècle, il n'y avait encore que des moines et des nonnes sous le manteau de la Vierge ; et qu'à partir du milieu du xiii'' siècle, on y trouve des Confréries de pénitence. A quelle époque le thème s'est-il élargi au point d'admettre, sous le manteau delà Vierge, la chrétienté entière ? A quelle date apparaît le type iconographique de la Mater omnium • ?

D'après ce que nous avons dit des conséquences religieuses de la Grande Peste, ce serait dans la deuxième moitié du xvi" siècle que la chrétienté tout entière aurait cherché un refuge sous le manteau protecteur. Cette hypothèse est confirmée par l'étude chronologique des représentations de la Mater omnium.

Le type en question ne devait pas être encore inventé quand fut peinte la fresque du Bigallo où l'on a voulu voir une image de la Madonna délia Misericordia -, et qui porte la date mensongère de 1342. Le Bigallo date de 1352 3 ; \^ fresque doit être de la même année ; il faut donc la mettre en

1. L'expression Mater omnium a été empruntée par l'archéologie aux mystiquesdu moyen âge : Albert le Grand dans ses Quaesliones super missus. § 145, se demande s'il convient d'appeler la Merge Mater omnium.

2. Alinari, n" 4776. Elle se trouve dans l'ancienne salle du Commissaire de la Confrérie du Bigallo. Cf. Poggi-Supino-Ricci. // Bigallo iFlorence 1903^, p. 21.

3. Il Bigallo. p. S : cf. Alinari. Eglises et couvents de Florence, p. 87.

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rapport avec la Grande Peste qui venait de ravager terriblement Florence. La figure principale est coiffée d'une tiare papale k diadème unique ', l'art est celui des Giottesques du milieu du freccnto^ Giottino, Orcagna.

Que représente cette fresque, au juste? On a voulu y voir une image de la Vierge de Miséricorde : à lort, car l'artiste a écrit le nom même de la figure principale sur le diadème dont il l'a coiffée : Misericordia Doniini; et il lui a mis sur la poitrine cette inscription qui explique l'autre : Misericordiae Dei plena est ferra (Ps. XXXII, o). Les Florentins qui avaient survécu à l'épidémie, remerciaient la Miséricorde divine qui les avait épargnés. Pour traduire aux yeux la métaphore biblique, le peintre a imaginé de représenter, au-dessus de la civitas Florentiae -, une femme immense, dont la robe, évasée en cloche, couvre la ville ; à ses pieds, hors des remparts, sont agenouillés, à droite les hommes, à gauche les femmes.

G'est déjà la même idée que celle qui inspirera les bannières de Bonfigli, les tableaux de Mariotto et de Pecori, et en France le Couronnement d'Enguerrand Gharton ^ : la Vierge gigantesque, sa tête touchant au ciel, sa robe descendant jusqu'à la terre, abrite toute une cité sous son vaste manteau. C'est la même idée, avec cette différence que la fresque de Bigallo ne représente pas la Vierge de Miséricorde, mais une abstraction, la Miséricorde de Dieu. Autrement dit, je crois que lorsque cette fresque fut peinte, le type de la Mater omnium n'était pas encore inventé, ou du moins qu il n'était pas encore répandu.

Le plus ancien exemple de Mater omnium qui me soit connu est un retable ruiné, du peintre siennois Bartolo di Fredi (1330-1410), conservé à Pienza, en Toscane. Dans ce tableau, le manteau de la Vierge est soutenu, comme dans le tableau du Puy dont nous parlerons tantôt, par deux grandes Saintes ; à droite sont agenouillés les hommes, à gauche les femmes; parmi les femmes, plusieurs religieuses ; au premier rang des hommes, le Pape et le Gardinal ; derrière ceux-ci,

1. Sur les variations de la tiare pontificale, voir le travail de Miintz, dans les Mém. de lAcad. des inscr., t. XXX\'I, 1, p. 278.

2. La partie inférieure de la fresque, où se trouve la vue de Florence, a été reproduite dans un article de Raymond sur le dôme de Florence (.4 rie, 1905, p. 177j.

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