Bouchot, La peintureen France sous les Valois, pi
io2 CHAPITRE X
le Roi etrÉvêque. Ce tableau semble plutôt du milieu que de la Un du xiv'' siècle, car le Pape y porte encore la tiare à lantique, telle qu elle est fig-urée par Giotto et par Orcag"na : c'est une haute mitre conique, avant à la base un diadème à pointes.
On remarquera que sur le retable de Pienza, les priants sont répartis d'après le sexe : k la droite de la Vierge sont ag-enouillés les hommes, clercs ou laïques ; à la gauche, les femmes, séculières ou nonnains. La répartition des priants est encore la même que dans les représentations plus anciennes, qui montrent sous le manteau protecteur un Ordre religieux ou une Confrérie. Le type de la Mater omnium, tel que l'ont connu le xv*" et le xvi** siècles, n'est pas encore tout à fait constitué. La répartition des priants suivant le sexe caractérise les images anciennes ou archaïsantes de la Mater omnium; par exemple les statues de Fribourg-en-Brisgau ' pi. XXVI), le tableau siennois de Cherbourg pi. III, 2), le retable de Parri Spinello dans l'église Sainte-Marie-des-Grâces, le retable de Neri di Bicci, à Arezzo pi. XXII, 1).
La répartition des priants en deux groupes représentant, l'un le monde ecclésiastique, l'autre le monde laïque, n'apparaît qu'au xv*^ siècle. Le plus ancien exemple que j en connaisse est une peinture française, de 1420 environ, au musée duPuy (pi. XXI, 1).
Dans les représentations de la Mater omnium où les clercs et les laïques forment deux groupes distincts, les clercs ont, naturellement, le pas sur les laïques. Cependant, l'ordre inverse se rencontre quelquefois. Dans les gravures, par exemple dans la xylographie des éditions incunables du Spéculum humanae salvationis parues à Bàle, chez Richel, et à Lyon chez Mathias Huss (pi. XV, 4)', il s'explique par l'inadvertance de l'artiste, qui aura gravé dans le bois ou le cuivre l'image de la Mater omnium sans prendre garde qu'au tirage la position des deux groupes serait inversée. Sur un
1. Un autre exemple est la gravure milanaise de 1G30, qui reproduit limaire niii'aculeusc de N.D. des Grâces.
LA MATER OMXIUM 153
tableau du début du xvi^ siècle, aujourd'hui à Klosterneubourg- (pi. XXVIIl, 2), les ecclésiastiques sont à gauche, les laïques à droite : anomalie à première vue d'autant plus surprenante que ce tableau fut peint pour des religieux Carmes : on les y voit, reconnaissables à leurs vêtements blancs, sous le manteau de la Vierge, derrière le Pape, le Cardinal et l'Evêque. Faut-il croire que les Carmes, par modestie, ont voulu être représentés au dernier rang des protégés de Marie? Ce serait bien invraisemblable de la part d'un Ordre qui est voué au culte de la Vierge et qui s'intitule Orclo beatissimae Virginis Alariae, Ordo fratrum heatae Mariae semper Virginis, Divae Mariae sociefas. L'anomalie s'explique très simplement, par une raison technique. La Vierge est entourée des anges gardiens, qui l'implorent en faveur des hommes. La prière des anges, la réponse de la Vierge sont écrites chacune sur une grande banderole. Ces deux banderoles se déroulent dans le champ, l'une à droite, l'autre à gauche. Nécessairement, la demande des anges devait être écrite sur la banderole de gauche, la réponse de la Vierge sur la banderole de droite ; et la Vierge devait tourner la tête vers la banderole qui porte les paroles qu'elle est censée prononcer : elle tourne donc la tête vers la droite des spectateurs, c'est-à-dire vers les priants agenouillés à sa propre gauche : ce sont ceux-là qui semblent l'intéresser le plus : voilà pourquoi, par exception, le Pape, le Cardinal, l'Evêque et les Carmes ont passé à gauche ; sur le tableau dont il s'agit comme sur les représentations de la Mater omnium où les ecclésiastiques sont à la droite de la Vierge, c'est toujours vers les clercs que regarde la Vierge, c'est à l'Eglise qu'elle s'intéresse d'abord.
Dans les monuments qui montrent, agenouillés sous le manteau protecteur, d'un côté le monde ecclésiastique, de l'autre le monde laïque, le nombre des priants qui représente chacun de ces deux mondes est pareil de part et d'autre. Sur certaines peintures, la Mater omnium abrite une véritable foule ; sur la gravure du Mortilogus, elle n'a sous son manteau que quatre personnages.
Quel que soit le nombre des priants, chacun des deux mondes est représenté par ses personnages caractéristiques. En tète, de part et d'autre.
Ces deux moitiés de Dieu, le Pape et l'Empereur.
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Derrière le Pape, le Cardinal, l'Evêque, les moines et les moniales. Derrière l'Empereur, le Roi, la Reine, les seig-neurs et les dames, les hommes du commun et leurs femmes. La gravure du Mortilogus montre à droite de la Vierg-e le Pape et le Cardinal, à gauche l'Empereur et le Roi.
On s'est parfois trompé sur la signification des Mater omnium qui n'abritent sous leur manteau que quelques personnages caractéristiques. A propos de la Vierge d'Acey, qui abrite à droite le Pape et le Cardinal, l'Evêque et l'Abbé, à gauche l'Empereur et le Roi, le Seigneur et le Juge, feu Gauthier, archiviste du Doubs, écrivait naguère que 'c'était l'image (( si populaire au mo\'en âge, de la Vierge protégeant les hautes classes de la société » '. Cette explication me paraît bien curieuse. La religion catholique s'est, depuis la Révolution, tellement solidarisée avec les (( hautes classes », qu'un érudit a pu s'imaginer qu'il en allait de même au moyen âge. Mais vraiment, c'est faire tort à la religion du moyen âge que de la confondre avec le catholicisme contemporain.
Quels sont les personnages agenouillés sous le manteau de la Vierge? Est-ce tel pape, tel roi, tel empereur? Les artistes, qui ont peint ou sculptédes Mater omnium, ont-ils eu l'intention de faire des portraits ? On s'est souvent mépris sur leurs intentions. Bouchot a écrit, à propos de la. Mater omnium, du Puy : « L'empereur paraît être Charles IV, le roi est probablement Charles VI, la reine, Isabeau de Bavière 2. » D'après Mantz, le roi figuré sur le tableau du Puy serait Charles VIII, à en juger <( par le costume et la physionomie •' ». D'après M. Reinach, on verrait sur la peinture du Puj' « l'Empereur, le roi de France, le duc de Berry, le duc d'Anjou et le duc d'Orléans ^ ». Dans le pape de la Mater omnium d'Atella, on a voulu reconnaître Urbain VI '^, et sous le manteau de la Vierge du Rosaire, à Saint- André de Cologne, on a prétendu voir à