‹ La Vierge de Miséricorde; étude d'un thème iconographiqueChapitre 97 sur 158 · Bibl. nat., fr. 6*49, f · texte numérisé non relu

Bibl. nat., fr. 6*49, f

lo8 CHAPITRE X

sa naïveté elle est claire, instructive; elle répond bien au but de l'art religieux du moyen âge. qui est l'enseig-nement, la catéchèse. Elle nous présente, dans un raccourci énergique, douze siècles de christianisme. Ce (( miroir » de l'Eglise nest pas sans grandeur. En tout cas, cette composition est unique, je veux dire qu'elle ne se retrouve dans aucune des autres représentations delà Mater omnium '.

A partir de la deuxième moitié du xv*^ siècle, la Mère de Miséricorde est souvent représentée abritant sous son manteau les membres dune famille. Ce n est i)lus la Mater ojyinium, c'est la protectrice de quelques privilégiés.

En France, au milieu du xv*" siècle, cette variante semble encore inconnue. Jean Cadard et sa femme sont fig-urés par Enguerrand Cbarton en adoration devant la Mater omnium : ils n'accaparent point le manteau protecteur, ils se contentent de vénérer de loin, humblement, la consolante image (pi, XXI. 2). De même Guillaume Le Boulanger et sa femme, sur le relief du cimetière de Saint-Innocent (pi. XXIII, 2). En Allemagne, YEpitaphhild de la famille PegersdorfFer à Nuremberg, celui de la famille Locherer à Fribourg, représentent la Mater omnium ; les familles qui ont offert à la Vierge ces magnifiques ex-voto, n'y sont représentées que par leurs armoiries. Dans les pays du Nord, la première famille qui se soit fait peindre sous le manteau de la Vierge est la famille Meyer, de Bàle, peinte par Holbein en lo2o ; à en croire les historiens dHolbein, le bourgmestre Meyer aurait voulu témoigner ainsi, par opposition à la Réforme naissante, de sa vénération pour la Vierge Marie.

1. J"ai proposé cette explication du tableau du Puy dans le Compte rendu du LXXr Congrès archéologique de France lenu au Puy en 190-i, et je ne vois pas quelle ait été contestée. Il est M-ai que dans le deuxième tome de son Répertoire de peintures p. 535), qui vient de paraître, M. Reinach adopte une autre description que la mienne : dans le groupe des clercs, il reconnaît « le Pape, des patriarches, des moines et un président au Parlement ». Je suppose que les " patriarches » sont l'ermite et le chanoine de Saint-Augustin : la barbe de l'un, laumusse de l'autre auront fait songer M. Heinach au clerus intonsus de l'Orient et aux /.aÀ'.u.aj/.!5c. .l'avais envoyé ma notice à M. Reinach, et il veut bien en citer le titre dans la bibliographie qu'il donne du tableau du Puy. S'il l'a lue, je suis afflige qu'elle ne lait pas convaincu.

LA MATER OM.Xir.V lo9

Les familles patriciennes d'Italie se sont fait représenter sous le manteau de la Vierg-e un peu plus tôt. Par exemple, dès 1480, les Vespucci à Florence ; dès 1473, une famille vénitienne dont je n'ai pu retrouver le nom, à Santa Maria Formosa. En 1496, pour remercier la Madone d'une victoire qu'il n'avait d'ailleurs pas ^ag-née, François de Gonzague se fait représenter seul sous le manteau protecteur. Dès la fin du XIV® siècle, un noble vénitien avait eu la même idée. Me trompé-je en expliquant ces représentations par les sentiments d'org-ueil et d'individualisme qui, comme l'a si bien montré Burckhardt, sont l'un des caractères les plus accusés de la Renaissance italienne ?

Pour ne pas multiplier k l'excès les divisions de notre catalogue, nous n'avons consacré qu'une rubrique aux Mater omnium et aux représentations de la Vierge abritant sous son manteau soit la population d'une ville, soit les membres d'une famille.

GATA LOGUE

Toscane

1. Florence. — Fresque clans le couvent des Bénédictins, à S.Martino a Majano, près Fiesole. Baroni {La parrocchia tli S. Martino a Majano, 1873, p. 2o) en a publié un dessin des plus médiocres, dont M. Grenier m'a fourni le calque. La Vierg^e, sans la couronne, vêtue en bénédictine. Deux anges soulèvent le manteau. A dr., les hommes; d'abord les clercs, le pape, les évêques, les moines, puis les laïques. A g., les femmes: d'abord des nonnes, puis des bourgeoises et femmes du peuple. Baroni rapporte une tradition qui attribuerait cette fresque à Spinello d'Arezzo : entendez Parri di Spinello. Le pape portant, ce semble, la tiaie à couronne unique, je crois devoir dater cette fresque de la deuxième moitié du xiv^ siècle.

2. Tableau de Fra Filippo Lippi, passé en 1821 de la collection Solly au musée de Berlin : c'est tout ce qu'on sait de son histoire. Braun, 19537 ; Hanfstangl, ."iOS. Cf. Cavalcaselle et Crowe, éd. Le Monnier, V, p. 23o ; Jameson, Lecjends of the Madonna, p. 30 ; Supino, Les deux Lippi, p. 87 de la traduction. La Vierge, debout, sans la couronne et sans l'Enfant, prie, les mains jointes. Le manteau, extrêmement large, est tenu levé par deux anges. Il abrite une foule de gens à genoux, religieux de divers Ordres, hommes et femmes du commun.

3. Fresque deDomenico del Ghirlandajo (1449-1494) dans la chapelle Vespucci à Oguissanti. Cette église, d'abord aux HumiliaU, passa en lo61 aux Franciscains. La fresque fut cachée sous un badigeon de plâtre en 1016, quand la cha|)elle des Vespucci fut cédée aux Baldovinetti. Elle fut retrouvée en 1898. Pour les reproductions, cf. l'Illustration, n° du 19 février 1898; VArte, 1898, p. 54; Gaz. des Beaux-Arts, 1898, I, p. 197 ; Rei\ de l'arl chrétien, 1898, p. 312 ; Knackfuss-Zimmermann, Kunstr/eschichte, II, fig. 281; et surtout Brockhaus, /'^or-sc/iu/j'/en ûher florentiner Kunstwerke, p. 8.") et suivantes, où elle a été admirablement publiée; cf. encore Alinari, 4116 a-f ; Brogi, 11481-11407. On s'étonne qu'une œuvre si souvent publiée ait fait l'objet d'une planche dans le dernier volume de la Réunion des sociétés des beaux-arts des départements, 1907, p. 476. Vasari la mentionne comme l'une des premières œuvres du maître : « furono le sue prime pitture in Ognissanti, la caj)pella de' Vespucci, dov'è un Cristo morto ed alcuni Santi, e sopra un arco la Misericordia -> (III, p. 255). Cependant M. Brockhaus n'hésite

CATALOr.LE 101

pas à la dater de 1480 : il la met en relation avec la peste qui désolait alors Florence. En bas, à droite et à gauche, le peintre avait représenté deux grandes figures debout, dans des niches ; celle de droite est délimite ; celle de gauche parait avoir été un ange, sans doute l'ange delà Justice divine ; il devait, je suppose, tenir lépée dans la main droite. Si cette supposition est juste, la figure symétrique aurait représenté l'ange de la Miséricorde cf. p. 113, bannière de Bonfigli, à S. Francesco de Pérouse). Bartoloraeo di ser Vespucci. le donateur de la fresque, mourut en 1480, de la peste. C'était l'un des principaux personnages de la confrérie des Disciplinali délia Misericordia del Sulvadore, fondée en 1.334, dont le siège était chez les Dominicains, à S' Maria Novella. Il est probable que la fresque d'Ognissanti, dont la partie inférieure représente le Sauveur descendu de la croix, et la partie supérieure la Vierge de Miséricorde, s'explique par cette dévotion particulière. On notera que la Vierge de Miséricorde remplace en ([uelque sorte le sommet du gibet d'où l'on vient de descendre le Christ ; et ([ue le geste de ses bras étendus remplace le geste des I^ras étendus du Ciirist en croix: dans l'arrangement de cette double composition, il y a, je crois, une intention mystique.

4. Relief en faïence émaillée, au musée du Bargello (n° 35 , provenant de S'» Maria del Carminé, couvent supprimé en 1868: publié dans Cavalucci et Molinier, Les délia Rohhia, n° 11, p. 217; Alinari, 2738. Le socle porte cette inscription : questa fece fare Agniolo di Bonaiuto di Xic coDo s{er) agliprimediodel anima sua e delà sua c/on/ja annoMDXXVIII

pour l'abréviation signifiant ser, niesser, cf. A. Capelli, Dizzion. di ahhreviature latine ed ilaliane, p. 307). La Vierge, couronnée, couvre de son manteau la famille d'Agniolo; au premier plan, le donateur et sa femme ; au dernier, deux pénitents, la tète voilée par le capuce.

5. Musée des OlTices. Dessin d'Andréa Boscoli (1340-1600 . Muter omnium abritant sous son manteau des gens de tout état, d'un côté les hommes, de l'autre les femmes. Signalé par Krebs, Maria mit dem Schufzmantel, p. 33.

6. Prato. — Musée communal, salle IV, n" 8. Tableau très médiocre, du xvi'^ siècle, représentant la Vierge de Miséricorde abritant des femmes sous son manteau communication de M. Grenier).

7. Pienza. — Retable, mal conservé, de Bartolo di Fredi (1330- 1410. Lombardi, 1447-1449. Mater omnium. Le manteau est soutenu par deux Saintes, un peu moins grandes que la Vierge. A dr. les hommes, à g. les femmes. Parmi les hommes, au premier rang, le Pape, le Roi ; au deuxième, le Cardinal, l'Evèque. Le Pape porte encore la tiare archaïque : c'est un bonnet conique, dont le bas est garni dune couronne en forme de cercle à pointes. La trireçjno apparaît sous le règne de Benoit XII (1334-1342 : cf. Mùntz, La tiare pontificale du VIII" auXVl<= siècle, dans Mémoires de l'Acad. des Inscr., t. XXXVI, i, p. 278. Le bonnet à couronne unique se rencontre dans le Jugement dernier d'Orcagna, à S*" Maria Novella Alinari, 4049). Je n'en connais pas d'exemple aussi tardif que celui du retable de Pienza : c'est une

Peudrizut. — La Vierr/e de Miséricorde. 11

preuve de plus de l'esprit conservateur et traditionnel de la peinture siennoise.

8- Sienne. — Une miniature sur couverture de livre, datée de 14o8, attribuée par Mary Logan [Gaz. des B.-A., 1904, II, p. 211) à Giovanni di Paolo, représente '< la Madone couvrant de son manteau les fidèles ».

9. En 1400, la Si;/noria de Sienne chargea le Vecchietta de décorer le Palais public. De cette décoration subsiste encore un fragment de fresque dans la salle deW aiulo bilanciere, retrouvé au xix^ s. sous un enduit de plâtre. Dans un tym|jan demi-circulaire, la Vierge de Miséricorde couronnée par deux anges ; d'autres anges soutiennent le manteau, qui est immense, tel qu'il fallait qu'il fût pour couvrir tout le peuple de Sienne ; àdr. les prêtres, moines et moniales ; à g., les laïques, hommes, femmes et enfants. Derrière le manteau apparaissent à mi-corps quelques-uns des Saints protecteurs de Sienne, à dr. saint Savin, évêque, saint Jérôme, saint Pierre martj'r, à g., sainte Catherine, saint Laurent, saint Ansan. La tête et les vêtements de la Vierge sont retouchés. Lombardi, 521-523. Cf. Cavalcaselle et Crowe, Sforia, IX, p. 19-20; Heywood-Olcott, p. 219.

10. Eglise S. Martine, à Sienne. A l'entrée, à dr., est une peinture de Lorenzo Cini, vouée en commémoration de la victoire de Camollia, remportée en 152(i par les Siennois sur les troupes de Clément Vil. Sur le gradin, « Cini peignit une miniature bien supérieure au tableau, sous l'influence d'Antoine Razzi. Elle représentait la Madone couvrant Sienne de son manteau ». Cf. Rio, De l'art chrétien, I, p. 144.

11. A?'ezzo. — Retable de Xeri di Bicci à la Pinacothèque d'Arezzo. Alinari, 9969. M. Reinach, qui en a publié un croquis insuffisant, n'en a pas donné l'explication. Il y voitla représentation de la « Vierge tutélaire, protégeant le peuple d'Arezzo » (Répertoire, t. I, p. 491). En réalité, ce tableau représente la Mater omnium, priant les mains jointes, pour le salut de la chrétienté entière, abritée sous son manteau; à droite, les hommes; parmi eux le Pape, l'Empereur, le Roi; à gauche, les femmes. Deux anges posent d'une main une couronne sur la tête de la Vierge et de l'autre soulèvent les plis du manteau. A droite età gauche, détaille presque égale à celle de la Vierge, saint Michel i patron du donateur), et saint Nicolas. Devant la Vierge, saint Bernardin agenouillé tenant une grande croix. Aux bouts de la prédelle, d'un côté saint Jean-Baptiste, de l'autre, saint Barthélémy. Le reste de la prédelle raconte en trois panneaux une histoire relative à saint Bernardin de Sienne et à l'église Sainte-Marie-des-Grâces, près d'Arezzo. Cf. Vasari, t. II, p. 279; Wadding. Annales Minorum, XXII, année 1405, et surtout la Vie anonyme publiée pour la première fois dans les Analecta Bollnndiana, 1906, pp. 331-334. Bernardin habitait alors Arezzo ; dans un bois non loin de la ville se trouvaient les ruines d'un temple païen, que les Arétins continuaient d'entourer d'un respect superstitieux. Bernardin s'y rendit un matin, avec une grande croix de bois qu'il avait fait confectionner par les frères conventuels de saint François, dans l'église desquels il |)rêchait ;

Perdrizet, La Vierge de' Miséricorde

PI. XXIl

CQ

par la vertu de la croix, il chassa les démons dont ces ruines étaient le repaire, et y éleva un oratoire de la Vierge, qui devint le but d'un pèlerinage. Quelque temps après, on y éleva l'église de Sainte-Marie-des- Gràces, qui, sur les instances de Bernardin, fut enrichie par Eugène IV de nombreuses indulgences. Au-dessous de la prédelle, cette inscription : Hoc opus fecit fieri Michael Angélus Papii magistri Francisci de Aesthereliis de Aretio pro remedio anime sue et suorum anno Dominl MCCCCLVI die VIII mensis niarlii. —PI. XXII, 1.

12. Image miraculeuse deSainte-Marie-des-Gràces, peinte parParrida Spinello, derrière le maitre-autel de l'église de ce nom Alinari, 9976 ;Reymond, La sculplure florentine, t. 111, p. 172'. Cette image célèbre, que Vasari n'a eu garde d'oublier t. 11, p. 280), a été altérée — surtout la tète de la Vierge — par des restaurations. La Mère de Miséricorde, sans l'Enfant, étend son manteau sur les Arétins. La frescjue de Parri a été entourée à la fin du xv^ siècle d'un merveilleux encadrement en terre cuite émaillée, provenant de l'atelier d'Andréa délia Robbia.

13. Coffret-reliquaire, par Maestro Xicola di Giovanni di Giuccio, dans la collection E. von Miller (Leisching, Figurale Holzplastik, Vienne, 1908, f", pi. IV). Le coffret est surmonté d'une statuette de la Vierge au manteau protecteur, comme le coffret de Forzore di Niccolô Spinello cf. supra, p. 81).

14. A S. Francesco, dans la première chapelle à dr. de l'entrée, fresque du xv<' s. dont il ne reste que le haut : on distingue la tète et le buste dune Vierge ; le geste n'est pas douteux, c'était bien une Vierge au manteau (communication de M. Grenier).

15. Grand retable en fa'ience, par Andréa délia Robbia 1437-1528), dans l'église S^ Maria in Gradi. Alinari, 9722 ; Bode, Denkmaler, pi. 263 ; Reymond, La sculpture florentine, t. III, p. 174. La Vierge, ([ui tient dans les bras l'Enfant nu, regarde avec une compassion douce les priants agenouillés autour d'elle ; dans le ciel. Dieu le Père fait un grand geste d'accueil et de pardon ; et la colombe descend du Père vers le Fils. Deux anges, dune main, posent une couronne sur la tète de la Vierge, de l'autre soulèvent les plis du manteau. Les femmes sont à droite, les hommes à gauche. Au pi'emier rang des hommes, reconnaissable à ses gants, un évèque sans la mitre. Priants et priantes sont vêtus de façon conventionnelle, à l'antique. A dr. et à g. de la Vierge, saint Pierre et saint Ililarion. Sur la prédelle. le Dieu de pitié, au milieu. A droite, la Vierge et saint Michel archange avec la balance. A gauche, saint Jean l'Evangéliste et un saint franciscain, saint Bernardin de Sienne, je crois. — PI. XXIII. 1.

16. Cortone. — Vitrail représentant la Mater omnium, dans l'église S. Mariadel Calcinajo ; attribué à Guillaume de Marcillat, ainsi que deux autres vitraux de la même égiise, qui ont dû être voués en même temps ; l'un d'eux représente saint Sébastien : celui-ci, et celui de la Vierge de Miséricorde, ont sans doute été voués à l'occasion d'une

peste. Milanesi, dans son édition de Vasari, IV, p. 427, mentionne d'après Pinucci, Meniorie istoriche délia chiesa del Calcinajo, p. 140, ces trois verrières ; il décrit brièvement celle de la Vierge de Miséricorde, et admet l'attribution à Marcillat : on sait, eu effet, par Vasari, que le célèbre verrier a exécuté divers travaux à Cortone en l;il7. Cf. encore Archivio siorico delVarie, 1890, p. 40. Barbier de Montault (Revue de l'art chrétien, 1892, p. 77 a émis l'hypothèse malheureuse que Marcillat, pour son vitrail de Cortone, s'était « évidemment » inspiré de la Vierge nancéienne de Mansuy Gauvain : c'est que Barbier croyait Marcillat lorrain, sur la foi d'un texte (Gaye, Carlerjfjioinedito, II, p. 449; cf. Milanesi, éd. de Vasari, IV, p. 418) qui le qualifie de priore di S. Tihaldo, di S. Michèle, diocesi di Verduno ; il concluait de ce texte que Mai'cillat était né àSaint-Mihiel : le prieuré de S.Tibaldo serait un prieuré toscan ; mais il est prouvé aujourd'hui que Marcillat était de la Châtre, et que le seul rapport qu'il ait eu avec Saint-Mihiel, c est d'y avoir été prieur réservataire ou désignataire du modeste prieuré de Saint-Thiébaut, où probablement il n"a jamais résidé Léon Germain, Guillaume de Marcillat, prieur de Saint-Thiéhaut de Saint-Mihiel, Xancy, 1877).

17. Lucr/ues. — Grand tableau d'autel peint en lijlo par Fra Bartolommeo, jadis à S. Romano, aujourd'hui à la Pinacothèque. Alinari, 8449; Brogi, 11904. Cf. Vasari, t. IV, p. 191 Mdanesi ; Rosini, IV, p. 243, pi. Lxxviii ; Jameson, Legends of the Madonna, p. 32 ; Grimoiiard de Saint-Laurent, Guide, III, p. 107 ; Gruyer, Fra Bartolommeo, p. 72 ; du même. Les Vierges de Raphaël et V iconographie de la Vierge, I, p. 313 ; Burckhardt, Le Cicérone, p. 650 de la traduction ; Bilderschatz, 3a2 ; Knapp, Fra Bartolonimeo délia 7-*o/'/a i Halle, 1903), p. 119 et 260 ; S. Reinach, Répertoire, I, p. 488. Il est erroné de dire, comme le fait Gruyer, que « la Vierge semble monter à Dieu, tandis que les hommes qui se pressent autour d'elle sont retenus par des liens matériels dont la mort ne les a point affranchis. » La V'ierge, debout sur un « tribunal » à plusieurs marches, implore dans une attitude passionnée la miséricordede son Fils ; d'une main elle lui montre les hommes ; l'autre main fait un geste de joie, car le Christ parait dans le ciel, ouvrant les bras au genre humain : devant lui vole un ange qui porte un cartouche avec ces mots: misereor super turbani (Marc, viii, 2). Le manteau de la Vierge, soulevé par deux petits anges, ne couvre qu'une partie des priants; ils représentent tous les âges de la vie : au premier plan, les petits enfants, avec les mères et les grand'mères. Au deuxième plan, à gauche, le dos tourné au spectateur, le donateur que saint Dominique réconforte en lui montrant la Vierge. C'était un Dominicain nommé Fra Sebastiano Lambardi de' Montecatini : ce qui explique l'inscription du trône de la Vierge : M'\ate)r pietatis et nn{sericordia)e. F{rater) S{ebastianus) 0[rdine) P(raedicatoruin). Madame Jameson a mis celte peinture en rapport avec la peste de 1"J12, non sans vraisemblance.

Ombrie

18. Pérouse. — Au musée, fragment, en très mauvais état, d'une grande fres([ue, par Fiorenzo di Lorenzo (contemporain de Bonûgli; ses

premières œuvres sont de 1472; f lo20;. Cette fresque se trouvait jadis à riiôpital S. Egidio (via Longara , fondé en 1322 par Jean XXII pour loger les pèlerins. Il est difficile de décider quels étaient les personnages que la Vierge abrite sous son manteau. Dans le ciel apparaissait Dieu le Père, entouré d'anges; les renseignements qui m'ontété donnés sur cette fresque ne me permettent pas daffirmer que Dieu lançait les flèches de la colère.

*19- A Sant'Açjata, tableau à deux faces, sur l'une desquelles était peinte la Vierge de Bonsecours (mentionné par Mariotti, Letlere pittoriche perugine).

20. Au musée, salle VI, petit tableau de provenance inconnue, vers 1500. Vierge couronnée, abintant sous son manteau à droite des bourgeois, à gauche leurs femmes avec deux enfants.

21. La Rocchiciola, hameau près d'Assise. — Grande fresque sur le mur de Fautel de la chapelle latérale : la Madone abritant sous son manteau des religieuses et des femmes agenouillées avec cette inscription : Queala opéra la fata fare le donii(e)per loro (de votione e voio. Date : 17 avril lo61 (Broussolle, Origines^ p. u24).

22. Cerqueto, village au sud de Pérouse. — « Dans un oratoire hors des murs, une grande Madone des Grâces abritant des femmes et des enfants sous les plis de son manteau. Je crois bien que cette Madone a été repeinte au moins deux fois » (Broussolle, Pèlerinages, p. 259).

23. Spello. — « Chiesa dell" Ospedale, in una caméra dell' economalo. lavola a tempera dipinta da ambo i lati. Nel diritto la Madonna délia Misericordia attorniata da sei serafini e due angioli e che ricopre del suo manto una folla di devoli. Xel rovescio in alto una croce entra nimbo sostenuta da due angioli; nel centro inferiore una torre : in basso due piccole figure che accennano al miracolo : a sinistra la Vergine seduta ed a destra Jesù : bella opéra di scuola folignate del xv secolo,iii parte malconcia. <> Frenfanelli Cibo, A7cco/ô Alunno e la scuola Umhra i Rome, 1872), p. 100.

24. Foligno. — *( Affresco rettangolare riportata in un incannucciato rappresentante la Madonna che accoglie sotto il suo manto varii angeli e devoti. Alla sommità del medesimo, sono efTigiati due angeli che sostengono un arazzo. Opéra del sec. xiv. Distaccato nell' ex chiesa diruta di S. Giovanni degT impiccati in Foligno nel 1869. Misura 2™ 40 X 1 ™ 08. » [^Catalogn délie pit tare ed altri oggetti d'arfe esistenti nella Pinacoteca communale di Foligno, P'oligno, 1893, n° 8).

25. Diruta (environs de Pérouse). — Fresque de Fiorenzo di Lorenzo, à la voûte de la chapelle Saint-Antoine, représentant la Vierge de la Miséricorde, avec les quatre Evangélistes (Berenson, The Central italian painters of the Renaissance, p. 1421. Cavalcaselle et Cx'owe Fattribuaient

à Bonfigli, en remarquant qu'il est difficile de se prononcer sur une peinture qui a pâti autant que celle-là du temps et des hommes (Sloria, t. IX, p. 140).

26. Beltona. — Panneau peint à Thuile par le Pérugin, en 1512, et conservé dans l'église des Frères Mineurs. La Vierge de Miséricorde, assistée de saint Marnés et de saint Jérôme, protège sous son manteau les deux donateurs agenouillés, l'homme et la femme (Cavalcaselle et Crowe, t. IX, p. 261).

Province homaine

*27- Viterhe. — Niccola délia Tuccia dit, dans sa Chronique de Viterbe (cf. Potthast, J5.3/..-E., t. II, p. 846; : Venuto il tempo del lioS, io Xicola di Xicola délia Tuccia scriitore di qiiesta, fui fatto de' priori... E accib che quelli voranno sapere la forma di mia persona, qui presso ne farb menzione. Nel detlo priorato che fu del mese di gennaro in fehraro, facemmo fare una fir/ura délia Nostra Donna nelV altare délia cappella dei magnifici signori priori, in una lavola, nella quale tutti ci fummo dipinti naturale secundo c/ieravamo di funzione. Nella quale sono, sotto il mantello di quella benedetta figura, sette persone per canto... Suit rénumération des priants, avec la description de leur costume. L'un des priants si chiamava Giovanni di Giovanni di Picca, nipote di mastro Valentino pittore di detta tavola. Ce peintre n'est pas autrement connu ; et cette Vierge de Miséricorde semble perdue. Le texte de Niccola délia Tuccia est cité dans une étude de Corrado Ricci sur Lorenzo da Vitorbo {Archivio, 1, 188S, p. 61;; Barbier de Montault, pour avoir lu cette étude trop rapidement, attribue Revue de l'art chrétien, 1892, p. 77) au grand peintre de Viterbe la peinture votive dont parle Niccola.

28. Rome. — Statuette en terre cuite, au-dessus d'un porche, près .S^' Maria Novella. La Vierge abrite sous son manteau trois priants. Une épée est plantée dans son cœur : en ,mème temps que la Mère de Miséricorde, c'est la Mère de Douleur ; aussi cette statuette s'appelle : Immagine di Maria Santissima Addorolata. Grimoûard de Saint- Laurent (III, p. 109) en parle en ces termes : « œuvre toute populaire, qui, malgré l'inlériorité du travail, a été jugée digne du mouvement miraculeux en 1790 » : à ce titre, elle est mentionnée et reproduite dans Marchetti, De prodigi avvenuli in molti sagre immagini, specialmente di Maria santissima, seconda gli autentici processi compilati in Roma (Rome, 1797, 8"), p. 80 (p. 133 de la réédition de 1896; il |y a aussi une édition française, Paris, 1801, 12°).

29. Marino. — Dans l'église S» Maria délie Grazie. une peinture derrière l'autel représente la Vierge au manteau : la partie inférieure est cachée par le tabernacle.

Italie méiudionale

30. \af>les. — Église S. Pietro Martiiv, première cliapelle à droite de

l'entrée. Cette chapelle était autrefois dédiée à S. Maria del Soccorso (article de Cosenza, dans la revue .Yapo/i nohilissinia, août 1000, p. 120, n° 4). Bas-relief en marbre, du xir^ siècle, dans une arcade en tiers-point. La Vierge de Miséricorde tient doux couronnes suspendues sur deux groupes de priants réfugiés sous son manteau. Dans la même chapelle, un tableau du début du xyi*^ siècle, très médiocre, représente le même sujet.

MaUCUES, RoMAGNE, EiMILIE.

31. Macerala. — » La bella Madonnadi Pietro Alamanni che proteg-ge col suo manto tutta una moUitudine di papi, di imperatori, di gentildonne, di cavalieri, divescovi e di prelati...» Diego Augeli, L'esposizione (H Macerata : urte anfica e moderna, dans le Giornale d'Italia, 23 août 1905. Pietro Alamanni est un peintre des Marches, trop dédaigné, disciple de Cnvelli.

32. Urhin. — Dans l'église de S. Maria del Lomo (ou deU'Omo\ fresque d'Ottaviano di Martino di Xello da Gubbio, représentant la Madonna dpi Soccorso qui abrite sous son manteau un gTand nombre de bourgeois d'Urbin. Deux anges couronnent la Vierge. Cette fresque serait de 1428. Alinari, 17590. Cf. Calzini, Urhino e suoi monuinenli (Rocca S. Casciano, 1897), p. 132.

33. Guhbio. — On assure que vers 1410, Ottaviano Nelli peignit à Gubbio, dans l'église Saint-Augustin, une Madone del Soccorso. La peinture en question subsiste encore, mais comme elle a été, en 1600, considérablement retouchée, on n'en peut plus juger le caractère original (Cavalcaselle et Crowe, Storia, t. IX, p. 54).

34. Iinola. — Tableau de Francucci Innocenzo (Innocenzo da Imola, ■1494-1550, élève de Francis;, provenant d'une église des environs d'Imola, aujourd'hui à la Pinacothèque de Bologne Guadagnini, Cafalogo, p. 5i-) : « La Madonna cui due angeli tengono aperto l'ampio manto, sotto il ([uale stanno genuflessi molti fedeli. In alto due Cherubini sostengono una corona sopro il di leicapo. » Burckhardt {Cicérone, t. Il, p. 702 delà traduction) remarque la « naïveté » de ce tableau.

Italie du Nord

35. Parme. — Musée, n° 450. Ex-voto d'une famille qui s'était fait représenter sous le manteau de la Vierge de Miséricorde. Écussons efîacés. Le tableau se trouvait en 1868 chez les capucins de Parme. Fin du xv" siècle ; attribué à l'école de Crémone par C. Ricci, La R. Galleria di Par ma, p. 36.

36. Plaisance. — - « .Dans la cathédrale de Plaisance, peinte sur un pilier, une Madonna délie Grazie, du type de la Vierge de Bonsecours à Nancy » (communication de M. l'abbé Eug. Martin).

31 . Manlnue. — La Vierge de la Victoire, par Mantegna fmusée du Louvre). Elle l'ut placée à Mantoue dans la petite éfj-lise de la Victoire, le 6 juillet 1490, anniversaire de la Ijataille de Fornoue ;6 juillet 1495), que le marquis François de Gonzague prétendait avoir gagnée sur Charles VIIL Gonzague est seul sous le manteau protecteur, à la droite de la Vierge. Le manteau est soutenu par les saints Archanges, Georges ^avec sa lance brisée^ et Michel. Derrière la Vierge sont les saints protecteurs de Mantoue, André et Longin. Cf. Thode, Mantegna, fig. 97: Jameson, Madonna, p. 97; Lafenestre et Richtenberger, Le Louvre, p. 83 ; et surtout Kristeller, Mantegna, p. .323, où Ton trouvera le reste de la bibliographie.

38. Vérone. — A S» Anasfasia, église des Dominicains (cf. Burckhardt, Le Cicérone p. 63 de la traduction), chapelle Cavalli. Fresque du xiv« siècle, représentant la Vierge abritant sous son manteau la famille Cavalli.

39. Vicence. — Le monte Berico, au pied duquel et>t bâti Vicence, porte une église célèbre, dite délia Madonna del Monte. Cette Madone est une Vierge de Miséricorde. Dans VHistoria délia iniracolosa costruzione del sacro tenipio di S. Maria di Monte di Vicenza (Vicence, 1576!, sur le titre et à la fin du volume, elle est représentée debout, sur le croissant, couronnée par deux anges et couvrant de son manteau quatre pi'iants. Dans YAllas Marianus de Gumppenberg, II, 69, sous le titre imago B. V. miraculosa in monte Berico, est i-eprésentée une Vierge debout, couvrant de son manteau deux priants agenouillés (cf. Guénébault, Dict. iconogr. des Saints, t. I, col. 737, et Rev. de l'art chr., 1885, p. 137).

40. Vi'nise. — Académie, n" 13. Triptyque à fond d'or. Entre les deux saints Jean, la Vierge de Miséricorde ayant sous son manteau des gens agenouillés, tout petits. Devant la poitrine de la Vierge, dans la mandorla, l'Enfant tient le globe du monde. Dans le haut du cadre deux médaillons où est peinte TAnnonciation. Braun, 26774. La signature Jacobello del Fiore et la date 1436 dont on ne s'est pas défié Lafenestre et Richtenberger, Venise, p. 51 ; Ange Conti, Cat. dex galeries roijales de Venise) sont fausses ; ce triptyque est d'un Vénitien anonyme du xiv'" siècle (Paoletti, Cat. délie B. Gallerie di \'enezia, p. 9 .

41. Jadis dans l'église Saint-Pierre-Martyr, à Murano, aujourd'hui à Venise, musée de l'Académie, n° 28. Ancona in tre scomparti ed unn lunetta con fondi d'oro. Xel mezzo stanno S. Vincenzo e S. Bocco. Ai lati S. Sehastiano e S. Pietro Martire. Nella lunetta, la Vergine proieltrice.Nelhasso del quadro centrale la firma opvs .4AD/?A\f Db' MYRAXO (Paoletti, Catalogo, p. 16). Derrière la Vierge, deux anges tiennent une banderole où on lit : mater guati.i..

42. A .S" Maria Formosa, tableau d'autel. La Vierge, sans l'Enfant, abrite sous son manteau une famille patricienne. Au premier rang, à droite, un ecclésiastique portant une chape splendide, sur le dos de laquelle est brodée la Résurrection. Les hommes sont à droite,

r.ATALOGLi: 169

les femmes à gauche ; derrière les femmes, un pénitent ou une pénitente, le capuce relevé. Dans le haut, quatre anges volant, deux qui prient et deux qui couronnent la Vierge. Au bas du tableau, la signature et la date : bartuolomaevs vivarinvs de mvhano pinxit MccccLxxiii. Naja, 1907 ; Alinari, 1()7.j3; Anderson, lV002.Cf. BurckhardI, Le (Cicérone, p. tiOT de la traduction.

43. Aux Frari. Tableau d'autel. Deux anges couronnent la Vierge, deux autres soutiennent les pans de son manteau. Sur la poitrine de la Vierge, formant comme l'agrafe de son manteau, la mandorla avec l'Enfant bénissant. Sous le manteau, de chaque côté, quatre confrères en surplis blanc sur tunique bleu clair. Ils portent sur le cœur un médaillon avec les initiales S. M. V. entrecroisées. Dans le ciel, derrière des feuillages et sur des nuages, des prophètes avec des phylactères, dont David, et Moïse qui tient les tables de la loi. Au bas une inscription retouchée et la date mdxxvi (note de M. Grenier).

44. Galerie Pitli, n° 484. Tableau de Mai-co Vecellio, le neveu du Titien (lo4a-1611). La Vierge étend son manteau protecteur sur une nombreuse assistance : à dr., les hommes ; à g., les femmes et les enfants. i< Coloris puissant, gras et clair, hion que d'une exécution un peu molle» (Burckhardt, p. Le Cicérone, p. 7o.j de la traduction). Cf. Lafenestre et Richtenberger, F/ore/ice, p. 173.

45. Tympan gothique, sur la porte du Ponte del Paradiso. La Vierge, couronnée, sans l'Enfant, abrite sous le manteau de protection un seul priant, agenouillé à sa droite. Alinari, 12997 a. Mentionné par Gabelentz, p. 229.

46. Relief encasti'é au-dessus des fenêtres du premier étage d'un palais sur le Canal Grande, au débouché du Rio délia Maddalena. Vierge couronnée, avec l'Enfant dans la mandorla. Quatre priants sous le manteau.

47. Bellune — Relief u suUa fronte délia chiesa dei Battuti » (Diego Sant' Ambrogio, La colonna vptiva di Canlà, p. 12).

48. Milan. — Musée du Castello Sforzesco, n" 1115. Relief en marbre, du xv« siècle, ayant servi d'enseigne à la Fabrique du Dôme de Milan. La Vierge protège sous son manteau, que deux anges tiennent relevé, l'ancienne église de S» Maria Maggiore, que le Dôme actuel a remplacée et qui a subsisté jusque vers 1650. De part et d'autre de l'église, saint Pierre et saint Roch présentent à la Vierge deux donateurs agenouillés. C'est, je sup[)Ose, le relief qui a été reproduit (d'après vme vieille gravure ?) sur le titre d'un ouvrage paru récomment à Milan chez Hoepli : La scullura nel duoniodi Milano, illusirafa a cura dcir aniniinistrazione dclla fahrica. da V. Nebbia.

49. A la cathédrale, dans la lunette de la porte de la sacristie Sud, relief de Hans von Fernach, en collaboration avec Ilans Brondefer et l'autrichien Pierre de Vienne M 393). Alinari. n» 14198. Cf. A. G. Meyer,

Oberitalienische Friihrenaissance Ban (en and Bildwerke der Lomhardei, I, pi. II ; Schubring, Mailand und die C.ei-tosa di Pavia {Moderner Cicérone, 1904), reproduction à la p. 349 ; Nebbia, op. laud., p. 17. La lunette est divisée en trois parties : en bas, la Mise au tombeau ; au-dessus, la Madone avec l'Enfant, adorés par saint Jean-Baptiste et saint André ; au-dessus, la Vierge de Miséricorde, sans l'Enfant ; des anges la couronnent, d'autres étendent son manteau, sous lequel sont agenouillés les Milanais.

50. Musée du Castello Sforzesco, n° 1494. Relief provenant de la porte du château de Monza. La Vierge couronnée, assise, ayant l'Enfant sur les genoux, abrite sous son manteau, à droite les hommes, à gauche les femmes.

51. Colonne votive à Cantù (entre Côme et Lecco) du début du xv<=siècle. Le chapiteau est orné d'un relief gothique, que M. Diego Sant' Ambrogio {La colonna votiva di Cantù, dans la revue Politecnico, Milan, 1906, p. 4 du tirage à part) décrit ainsi : « La Vierge de Miséricorde étend son manteau sur deux époux agenouillés, l'homme à sa droite, la femme à sa gauche ; à leurs pieds sont treize enfants au maillot, qui ont l'air, eux aussi, d'être agenouillés. » La photolypie publiée par M. Sauf Ambrogio est malheureusement trop mauvaise |jour permettre de vérifier cette description.

52. Petit triptyque à fond d'or, provenant de la Valteline, au musée Poldi-Pezzoli, n" 68o. En bas, la signature Gotardus [de] Scotis de Mello'pinsil s>ïc . Sur le panneau central, la Vierge (couronnée) étend son manteau sur des priants agenouillés, les hommes à dr., au premier rang le curé de la paroisse, les femmes à g. Les panneaux sont divisés en compartiments ; sur ceux du haut, l'Annonciation ; sur ceux du bas, à dr., saint Sébastien et saint Nicolas, celui-ci reconnaissable à son costume dévèque et aux trois boules d'or dans la main g. ; à g., les Rois mages adorant l'Enfant. Cf. Fr. Malaguzzi Valeri, Pittori Lomhardi del quattrocento (Milan, Cogliati, 1902, p. 217 . Gottardo Scotti, dont il existe une autre peinture signée et datée dans la chapelle de Vigevano {Ego Gotardus de Scottis pictor suhscripsi, 1472), n'est pas mentionné dans les documents milanais avant 1457 : aussi n'oserai-je pas, malgré la ressemblance entre la Vierge du triptyque Poldi-Pezzoli et la Vierge de la fresque du Castello (voir supra, p. 144), lui attribuer cette fresque, ([ui, comme nous l'avons vu, doit dater de la peste de 14."î1. — PI. XXII, 2.

53. Bellaç/io sur le lac de Côme). — Dans l'église, fresque ancienne, représentant la Mère de Miséricorde, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre (communication de M. Léon Germain;.

Espagne

54. Gerona (Catalogne). — Musée archéologique de S. Pedro. Relief de marbre, sans indication de provenance. Dans un encadrement gothique, la Vierge, couronnée, sans l'Enfant, assise, étend son manteau sur quatre

clercs agenouillés, qui lèvent vers elle des mains suppliantes. Derrière la Vierge, deux anges soutiennent un pavillon. Première moitié du xv'= s. Photographie communiquée par M. Bertaux.

55. Biirgos. — « Nous avons l'encontré plusieurs images de la Vierge au manteau protecteur dans diflërentes provinces de l'Espagne, notamment dans des bas-reliefs funéraires à Burgos,qui nous ont paru dater du xv" siècle » (L. Germain, dans Rev. de Vart chrétien, 1883, p. 137).

56. Majorque. — Retable dans l'église des Trinitaires. Je ne connais ce monument que par la gravure pul:)liée dans les Acta Sanctorum, juin V, p. 638. Dans la partiecentrale, la Trinité; au-dessous l'Homme de douleurs prie, entouré d'anges, pour le salut des hommes; au-dessus, la Vierge de Miséricorde, en prière elle aussi; sous son manteau, que soutiennent des anges, est agenouillée l'humanité. Sur la partie droite, saint Antoine, et au-dessus, l'ange de l'Annonciation. Sur la partie gauche, Raymond LuUe, et au-dessus, la Vierge Marie à son prie-Dieu. La prédelle est à cinq compartiments; dans celui du milieu, le Christ sortant du tombeau ; dans les quatre autres, des histoires de la vie de Raymond Lulle.

57. Contrat de commande d'un retable, passé entre dame Isabelle Martorella et le peintre catalan Johan Luys. Le milieu du retable devait représenter la Vierge de Miséricorde, appelée Vierge de Grâce : en la principal tailla del mi</ lo ditmestre ohrarà e pintarà Ymatiede la Verge Maria de Gracia, aconipanyada de gents, ah son mantell stès, axi com es de cosiuni (Sanpere y Miqnel, Loscuairoccntislas Catalanes, Barcelone, 1906, t. 11, pp. Lxix,' 197 et 282).

58. Retable d'art catalan, de la fin (Ui xv" siècle, conservé dans l'église des Escaldas, en Cerdagne (Les Escaldas, hameau de la commune de Villeneuve-des-Escaldas, canton de Saillagouse, arr. de Prades, Pyrénées- Orientales : sur cette localité, voir le N^oiiv. Dict. de géogr. iiniv. de Vivien de Saint-Martin, s. v.). Pour le retable des Escaldas, cf. Bull, de la Soc. de géographie de Toulouse, 1882, p. 422, et Perdrizet, dans le Compte-rendu du LXXIII^ Congrès de la Société française d'archéologie tenu en 1900, à Carcassonne et à Perpignan (Caen, Delesques, 1907), pp. 552-570. Pour l'école de peinture à laquelle se rattache cet ouvrage, cf. Sanpere y Miquel, Los cuatrocentistas Catalanes (Barcelone, 1906, 2 vol. 8"). Panneau de bois encadré de contreforts à pinacles; au sommet un arc en accolade orné de redents fleuronnés. Sur le fond d'or sont imprimés des rinceaux en relief; les nimbes, les broderies et les bijoux des personnages sont aussi en relief et dorés. Debout, tête nue, nimbée, vêtue d'une robe de brocart et du manteau royal, la Vierge étend les bras d'un grand geste d'amour, sur l'humanité agenouillée à ses pieds. Deux anges tiennent le manteau. A la droite de la Vierge sont agenouillés les ecclésiastiques, au premier rang le Pape, puis le Cardinal et l'Évèque, derrière eux les chanoines et les moines ; à gauche sont les laïques, hommes et femmes. D'après la complainte locale, Goigs de Nostrn Scngoria de Gracia, que m'avait

communiquée feu B. Palustre, les personnages réfugiés sous le manteau de la Vierge, représenteraient les malades qui viennent ou devraient venir cheiTher aux eaux des Escaldas, la guérison de leurs maux :

Ah vosire manto ahrigau A tots los (lesamparnts Y ah rjran arnor ahrassau Malalto de renie >/ privais ; Per ço lots vos rlonan gracias Oferinl al y un trésor :

Sou de gracia Iota plena Vida y llum del peccador.

c'est-à-dire : « Sous votre manteau, vous abritez — tous les malheureux ; — vous embrassez avec grand amour — les malades incurables '. — Pour cela, tous vous rendent grâces — et vous offrent des trésors. — Vous êtes de grâce toute pleine, — vous êtes la lumière du pécheur. )■

Une prédelle à triple arcature montre, au milieu, le cadavre du Christ debout dans le sépulcre ; à droite du Christ , saint Laurent; à gauche, un saint Dominicain (Thomas d'Aquin, probablement .

59. Contrat en langue catalane, pulilié parZarcos del ^'alle, dans Documentos ineditos jtaru la historia de Espa/la, t. LV, p. 289-291, d'après un ms. rédigé en 1802 par le P. Agustin de Arques Joves, maître et plusieurs fois définiteur de Tordre de la Merci dans la province de Valence communication de M. Bertaux'i. C'est la commande, datée du 28 mai 1456, d'un retable au peintre valençais Johan Reixats: Item que la dilMeslre Johaii Reixals pinte a figure lo dit retavle delesystories: primo en la taula del mig faza la figura è ymatge del glorios arcangel Sant Miguel ah spasa en la ma è animes en cascuna pega una, è ange l g diable, segons es acostumats . E desus la dila figura altra casa ah la gstoria de la Verge Maria de Misericordia con Jehu-Christ volia destruhir le mon figurât ah ires lances, è la Maria ah lo mantell è hrazos stesos ah molta gent davall. è Sent Francès è San Domingo agenollat. Sur le panneau central, saint Michel pesant lésâmes; au-dessus de saint Michel, dans un compartiment à part, la Vierge de Miséricorde protégeant, à la prière de saint François et de saint Dominique, contre le Christ armé des trois lances, l'humanité réfuçfiée sous son manteau.

FiiANCE nu Midi

60. Avignon. — Contrat de commande d'un retable, passé en 1441 entre Jean de Quiqueran, noble d'Arles, et Pierre delà Barre, peintre avignonnais. Publié par Requin, Documents inédits sur les peintres, peintresverriers et enlumineurs h Avignon au XV'' s., dans la Réunion desSociétés des Beaux-Arts des départements, iH>i9, p. 175; unum rrtahulum alias

1. D'après l'article du Bull, de la Soc. Je géogr. de Toulouse, la Vierge des Escaldas serait appelée dans le pays « la Vierge des abandonnés».

CATALOniK 173

retaule longUudinis iiniuft canne et altifiidinis sive latitudinis sex palmorum, honuni et sufficiens, miinitiini aura hatiito in suis ?iecessitatihus, in quo sont depicle yinagines sequentes : videlicel ymago Nostre Domine de Consolacionis cuni suis parvis fiyuris et ymaginibus necessariis et debitis, videlicet in medio; et in parte dextra, ymago heati Johannis Baptiste representans ymaginem ipsius domini Johannis existentis in sua cota armorum, ut moris est; item a parte sinisti-a, ymago heate Marie Magdalene ymaginem uxoris dicti domini Johannis representans in forma. La canne, mesure de longueur usitée dans le Midi, valait 8 palmes (Du Gange et Godefroy, s. v.).

61. Retable de forme allongée, au musée Condé, à Chantilly (anciennement dans la collection Reiset). Braun, l'iôSS; Bouchot, La peinture en France sous les Valois, pi. XLllI; Reinach, Rép. de peintures, II, H^i. Il a passé longtemps pour italien selon les uns, pour flamand selon les autres; ce n'est qu'en 1904 que M.Camille Benoit en a deviné la provenance avignonnaise [Monuments I*iot, X, p. 263 ; Revue de Paris, 1<^'" mai 1904, p. 196), et que les érudits ont reconnu qu'il devait être identifié avec le retable commandé en 1452 par Pierre Cadard, seigneur du Tlîor, aux peintres avignonnais Enguerrand Quarton (ou Charton, Charonton), du diocèse de Laon, et Pieri-e Vihite, du diocèse de Limoges. Cette identification est due à feu Bouchot (Gaz. des Beaux-Arts, 1904, I, p. 441) et à M. Durrieu {Gaz. des Beaux-Arts, 1904, II, p. 5). Le conti-at a été publié par M. Requin, Documents inédits, pp. 132 et 176 : in medio, ymaginem gloriose Virginis Marie cum mantello coloris lazulipuri de Acre sufficientis et fidelis, que ymago communiter appellatur Xostra Domina de Misericordia ; et in latere dextro sanctum Johannem Baptistam tenentem sive presentantem figuram domini Johannis Cadardi, patris ipsius domini de Thoro;et a latere sinistro, sanctum Johannem Evangelistam presentantem matrem ipsius domini de Thoro. « Lazuli puri de Acre » : il s'agit de l'azur de saint Jean d'Acre, ou bleu d'outremer, par opposition à l'ci azur d'Alamaigne » : cf. Requin, p. 179. — PI. XXI, 2.

62. Marseille. — « Le 2 mai 1516, Delphine Daumas,abbesse du couvent de Saint-Sauveur-de-Marseille, autorise la dame Rigone, veuve de Jean Durand, corroyeur, adresser un autel contre le pilier de l'église des Accoules, oîi se trouvent l'autel de Sainte-Marie-des Plâtriers et le bénitier de Saint-Crépin, avec obligation d'y placer dans le coui-ant de l'année un retable dédié à N.-D. de Consolation. Douze jours après, Rigone Durand donne ce retable au prix fait de 160 florins à Jean Cordonier, de Troyes, peintre d'Aix. L'acte qui le constate, écrit sur une feuille volante, donne comme il suit la composition du tableau, d'après des indications qui durent èti-e dictées au notaire par l'artiste. » Nous reproduisons le fac-similé publié par M. Barthélémy [Documents inédits sur les peintres et les peintres-verriers de Marseille de 1 300 à t ooO, dans le Bull. arch. du Comité, 1885, p. 393).

Quein genuit adoravit

Lo coronameni Lo Irespas Camp d'or

Lo coronament

Lo camp d'or La corona de dessus la testa amhe dos angels de dessa Sanct Jolian et délia. Nostra Dama Evangelisia de (Consolation, son mantel et Sancta d'or, forât d'asur, et sa roha Barba de dessubs de hrocat d'or,

3/'' Jo. Durant et lo Papa,Rey,Emperador, a ginous Reyna, et tous autres

personnages al plus richamment que si porra faijre seyon leur estât

Una

companhia

d'an gels

Sant Jacques

S^ Catharina

D. Rigona

a ginous

Quant

Joachim

fou refusât

al temple

La porta daurada.

Quant Vangel s'apj)areguet a Joachim

La nafivitat

Xostra-

Dama.

La porta

daurada.

La présentation Lanativitat

Camp d'or

La Xunciada

La

nativitat N. Seignor

La Xunciada

La j)i'édelle et le fronton racontaient la Vie de la Vierge et de Jésus. Il fallait les regarder en commentant, selon lusage, par le bas et par la gauche. Les indications, telles que les a transcrites le notaire, sont assez confuses. Pour retrouver l'ordre véritable, il faut, dans le troisième compartiment delà prédelle, intervertir les deux indications, mettre en haut La porta daurada, et en bas La nativitat Xostra Dama. On devait voir, sur la prédelle : 1° l'offrande de Joachim refusée, 2° l'annonciation à Joachim, 3° la rencontre à la Porte Dorée, 4" la naissance de Marie, o" la présentation de la Vierge au Temple, G" l'annonciation à Marie, 7° la naissance de J.-C; — sur le fronton: 1" l'adoration de l'Enfant Jésus par sa mère, 2" la mort de la Vierge, 3° le couronnement de la Viercre.

63- Riof (village des Alpes-Maritimes, arr. de Grasse, cani. d'Anlibes). — Dans l'église, retable qui, d'après le procès-vei'bal de la visite que Mgr de Bernage fit en 1669, ornait le maitre-autel et qui est maintenant relégué à g. de l'entrée. Au milieu, la Mater om/u'u»i, dont deux anges soulèvent le manteau ; elle tient l'Enfant sur le bras g.; l'autre main tend le chapelet (non [)as le rosaire) aux priants agenouillés sous son manteau. Dun côté, saint Jean-Baptiste, un saint moine tenant un livre et une palme, saint Pierre. De l'autre côté, sainte

Marie-Madeleine (patronne de léglise'encore en 1638, mais non plus de nos jours\ saint Julien (l'égalise de Briot possède des reliques du martyr de Brioude), saint Paul. — J'emprunte cette description à une note qu'a bien voulu me fournir M. G. Doublet. Cf. Moris, Au Pays Bleu, p. !07. Ce retable a figuré à l'Exposition universelle de Paris en 1900.

64. Saint-Etienne-sur-Tinée (chef-lieu de canton, arr. de Puget-Théniers, Alpes-Maritiuiesi. — Dans une chapelle. Fresque représentant la Vierge de Miséricorde ^renseignement communiqué par M. G. Doublet i.

65- Bpzaudens (canton de Coursegoules, arrondissement do Grasse, Alpes-Maritimes). — Chapelle de N.-D. du Peuple. Triptycjue en bois, de la fin du xv^' ou du début du xvi<' siècle (renseignement dû à M. Moris, archiviste des Alpes-Maritimes i.

66. Draguifjnan. — Eglise X.-D. du Peuple, triptyque en bois, des environs de IbOO i renseignement dû à M. Moris).

France du centre, Paris, Cuampagne

67. Peintui-e française archaïque au musée du Puy (Vibert, Musée du Puy, catalogue de la section des heaux-arts. n° 13!. — PI. XXI, 2. Cf. Perdrizet, La Mater omnium du musée du Puy, dans le Compte rendu du LXXP Congrès archéologique de France, tenu au Puy en 1904, p. 570-384, avec une photographie; autre reproduction dans la Gaz. des Beaux-Arts, lOOo, pi. Il, pl.àla p. 402; une meilleure dans Bouchot, Lapeinlure en France sous les Valois, pi. XXII. J'ai déjà signalé plus haut (p. 158] la fâcheuse description de M. Reinach {Bépertoire, II, o33j. C'est à cette peinture que pensait M. Huysmans quand il écrivait, dans Les Foules de Lourdes, p. 133 : « Le manteau de la Vierge couvre tout, ainsi qu'en ces très vieux tableaux de Madones protectrices où Marie, très grande, et debout, étend un large manteau d'hermine, soutenu par deux saintes femmes, au-dessus de minuscules personnages de toutes classes, de tous pays, de tous rangs, qui prient à sa gauche et à sa di'oite et ne forment, en somme, qu'un unique troupeau, abrité sous une seule et même tente. )>

De cette peinture, on ne sait ni l'auteur, ni la date, ni oii, par qui, ni pourquoi elle fut dédiée. Elle a été donnée au musée du Puy en 1830 par le conseil de fabrique de l'église Saint-Pierre-des-Carmes. Les Carmes l'avaient, dit-on, reçue dans la première moitié du xix" siècle, d'une dame qui l'avait probablement sauvée pendant la Révolution (cf. Ulysse Ronchon, Un primitif français au musée du Puy, dans le journal La Haute-Loire, 29 juillet 1903). Du fait que le manteau de la Vierge est soutenu par deux saintes, en costume de religieuses, on est en droit d'inférer que la peinture provient de la chapelle d'un couvent de femmes. Bouchot {op. ci'/., notice de la pi. XXIII; a supposé qu'elle a dû d'abord servir comme bannière. Elle est en effet peinte sur toile; au commencement du xv^ siècle, on ne peignait pas sur toile, mais sur bois — ou plus exactement sur bois recouvert de plâtre — les tableaux d'autel. D'auti'e part, la Vierge au manteau a été l'un des types les

ITG CATALUCIUE

plus souvent reproduits sur les bannières. Remarquons seulement qu'une bannière est beaucoup plus haute que large, tandis que la toile du Puy est sensiblement plus large que haute. Peut-être était-elle fixée à une hampe, et formait-elle drapeau. On voit d'ailleurs par des miniatures Bibl. Nat., lat. 8886, missel et pontiflcal d'Etienne de Loyl>eau, ff. 46 r°, 318 v" qu'au commencement du xv« siècle les bannières étaient parfois très larges.

Ce nest quen 1883 que la Mater omnium du musée du Puy a été signalée à l'attention, et son origine française reconnue. L'honneur de cette découverte appartient à Paul Mantz. s'il est bien, comme je crois, lauleur de larlicle anonyme paru dans le Temps du l*^"" février ls8.3 (à propos du don Bancel au musée du Louvre) : « Nous connaissons, disait cet article, un tableau qui pourrait fort bien être une œuvre de Jean Perréal et que nous signalons aux érudits qui se préoccupent de

I Ecole française de ce temps. 11 est au Puy, au musée archéologique, perdu et ignoré dans un coin obscur. La composition représente la Vierge debout, tenant l'enfant Jésus dans ses bras et enveloppant dans son manteau d hermine l'humanité représentée par plus de cent [sic) personnages de tous rangs et de toutes conditions, divisés en deux catégories. A droite sont les empereurs, les rois, les princes, les évèques et les religieux de tous ordres; à gauche, les seigneurs, les bourgeois et les manants. Au premier rang figure un personnage que le costume et la physionomie désignent comme pouvant être Charles VIII. »

II n'est plus nécessaire de montrer que le tableau du Puy ne peut être de Jean Perréal. Il lui est très antérieur. De combien de dizaines d'années? C est un point sur lequel les critiques qui en ont parlé, quand il était exposé au Pavillon de Marsan, ne sont pas tombés d'accord : '< Toutes les écoles, écrivait M. Lafenestre (L'exposition des Primitifs français, p. 36), se mêlent étrangement à partir du milieu dn xv* siècle. S'il est déjà difficile dès lors de déterminer ce qui est bourguignon et ce qui ne lest point, il devient aussi fort ardu d'assigner une origine aux peintures éparses dans les autres régions... Heureusement, ce qui est beaucoup moins difficile, c'est d'y reconnaître le caractère français. Tel est le cas, par exemple, de cette belle Vierge protectrice, entourée de clercs et de laïques, venue du couvent des Carmes, au Puy. Pauvre toile, bien usée, bien fatiguée, presque en poussière. Mais quelle harmonie, sûre et délicate, dans l'assortiment des colorations légères! Quelle sincérité touchante, grave et douce, dans toutes les physionomies des adorants, hommes et femmes, d'un dessin si juste et si pur ! Certes, l'artiste qui a peint celte bannière ou tenture, a vu des miniatures parisiennes et des retables toscans, car on a toujours vu quelque chose avant d'être un maitre; mais avec quelle finesse, à si grande distance d'illustres contemporains qu'il ne connaissait pas sans doute, Vittore Pisano et Fra Angelico, il a modelé légèrement, dans le mêirue esprit, toutes ces têtes ferventes et ty[)iquesl M. Bouchot a très justement signalé les rapports de cet art avec l'art d'Enguerrand Charonton. » D'un style moins simple, M. Gillet Les primitifs français, dans les Cahiers de la quinzaine, VI, 7, p. 41) répète les mêmes assertions : « La bannière du Puy fut peinte vraisemblablement par quelque artiste de passage, peut-être un émigrant[?\ Les figures sont vivement écrites et

CATALOGUÉ l77

comme d\in seul trait, d'une main expéditive mais si sûre qu'elle est presque infaillible et dans l'extrême hàle, dit en somme ce qu'elle veut dire. Beaucoup de ces têtes sont jolies, faites, ce qui semble étrange dans ces conditions, avec moins d'esprit que de sentiment. Et c'est une préface toute trouvée et fort honorable au Couronnement de la Vierge d'Enguen-and Charonton. » Mais avec Charonton, nous sommes au milieu du xv<' siècle, plutôt après 14")0 qu'avant (T'jer^e des Cadard, 1452 ; Couronnement de la Vierge, 14;j3); et le tableau du Puv, indépendamment de toute considération esthétique, présente des particularités de costume qui, à un juge compétent comme feu Bouchot, paraissaient indiquer les environs de 1420 [La peinture en France sous les Va/ois, notice de la pi. XXII; le même, dans Les Primitifs français au palais du Louvre, p. 189 : « La Vierge du Puy serait de l'année 1420 par certains détails très écrits »), voire même de 1415 [Les Primitifs français, p. 12). Le chapeau à plumes du grand seigneur placé derrière la reine se retrouve sur le frontispice des Très riches heures de Chantilly. Les miniatures des manuscrits du duc de Berry, par exemple celles du Jioccace à la Bibhothèque Nationale (fr. 598 : pour le manteau du roi, cf. fî. XV v", XVIII r»; pour la coiffure de la dame qui est au bout de la rangée supérieure, cf. f° xxiiir"), prêteraient à des rapprochements analogues. L'énorme chapeau fourré, en forme de tronc de cône évasé, garni sur le devant d'une médaille pieuse cerclée de perles, que porte le prince qui est au-dessus de l'empereur, est celui-là même qu'on voit au frère du duc de Berry, Philippe le Hardi (Thévet, Portraits et vies des hommes illustres, Lyon, 1584, p. 267). Au total, je tiens pour assuré que la Vierge du Puy est antérieure à Charonton d'une génération.

Eu ce temps-là, vers 1420, Le Puy jouait un rôle dans l'histoire de France. Le Velay était au roi. Le dauphin Charles passe au Puy une partie des années 1420 et 1422 ; le 21 octobre 1422, il y est proclamé roi de France lOdon de Gissey, Discours hisforicjues sur la très ancienne dévotion de N.-D. du Puy, Lyon, 1620, p. 549 et 556). Très dévot, comme plus tard Louis XI, à la fameuse Vierge adorée au Puy, il n'a pas fait moins de cinq séjours dans la capitale de Velay (sur le séjourdu dauphin Charles au Puy en 1420 et sur sa dévotion à N.-D. du Puy, cf. Siméon Luce, Jeanne dWrc à Domrémy, p. ccxcv). La tentation est grande de mettre en rapport la peinture votive qui nous occupe, d'une part avec les séjours du dauphin Charles au Puy, — la robe de la Vierge est ornée de fleurons qui ressemblent bien à des fleurs de lis — d'autre part avec la vogue de la Virgo Aniciensis : sur la vogue de cette dévotion, et sur les jubilés qu'on célébrait au Puy quand le Vendredi saint tombait le 25 mars, anniversaire de l'Annonciation, ce qui arriva en 1407, 1418, 1429, cf. S. Luce, op. cit., p. ccxcii-ccxcvii.

Derrière le manteau de la Vierge du Puy, beaucoup moins grand que les deux saints qui le tiennent soulevé, apparaissent à mi-corps des saints et une sainte, en tout six personnages. Le peintre les a groupés par paires, une paire à la droite de la Vierge, deux paires de l'autre côté. Le premier, à gauche, paraît être saint Pierre. Le dernier, à droite est certainement saint Boch; à côté de saint Boch, un jeune saint qui pourrait bien être saint Sébastien. De la sainte à côté de saint Pierre et

PEnoRi/iiT. — La Vierge de Miséricorde. 12

des deux derniers saints à gauclie, je ne saurais rien dire, faute de caractéristiques.

68- Paris. — «Tombeau de pierre sous les charniers de Saint-Innocent, à la 4* arcade du côté de la rue de la Lingerie. » Ce monument, qui n'existe plus, est connu par un dessin à la plume, en deux exemplaires, dans la collection Gaignières, au (Cabinet des Estam|)es CoZZ. Gaif/nières, Paris, rglises diverses, f"* 40 et 41 ; cf. Bouchot, Inventaire des dessins exécutés pour Roger de Gaiijnières, t. II, p. 9.')). C'était un grand relief cintré qui, par sa forme, sa composition, rappelle les grands reliefs florentins des délia Robbia ; la ressemblance, par exemple, avec le relief de l'église S. Maria in Gradi. d'Arezzo. est telle qu'il semble bien que le relief des Innocents fût une œuvre italienne ion sait (jue Girolamo, l'un des fds d'Andréa délia Robbia. fut attiré en France par François I"""; cf. Molinier et Cavallucci, Les délia Robbia) ; à tout le moins était-ce le travail d'un italianisant. En haut, l'Ancien des jours, avec la tiare à triple couronne et la boule du monde; il bénit ; deux anges l'adorent. Au-dessous, dans un fond semé de chérubins, une longue I:)anderole se déroule, portant ces mots du Psaume XXX, v. 2 : In te, Domine, spcravi. IVon confundar in wternum. Amen. Au-dessous, la Mater omnium, sans l'Enfant, la tête auréolée de rayons. Deux anges la couronnent, deux autres laident à soulever les plis de son immense manteau. A droite sont agenouillés les clercs; à gauche les laïques. Ni pape, ni empereur : nous sommes en France. A la tète des laïques, le Roi ; à la tètedes clercs, le Cardinal : se rappeler que le premier ministre de Louis XII fut un cardinal, Georges d'Amboise (-{- 1510). Les dames agenouillées derrière le roi ont la coiffure et le costume de Claude de France. On peut croire que le relief a été sculpté en 1516, après le plus récent décès mentionné dans l'épitaphe. De chaque côté de ce relief, deux reliefs plus petits, eux aussi de style italien (arc en plein cintre surmonté d'un fronton triangulaire) : ils représentent, l'un, Jean le Boulanger, l'autre son fds Michel, adorant à genoux la Vierge au manteau. — PI. XXIII, 2.

Voici, d'après la copie de Gaignières, les épitaphes de ce tombeau ; celle de gauche a été conservée aussi par Sauvai, //is/otre et recherche des antiquités de la ville de Paris, t.I, p. 727.

A gauche :

Cy dessoubz yist noble homme et saige messire Jehan le Boulenger, en son vivant chevalier, conseiller du Roy nostre sire, et premier président en la court de parlement, seigneur de Jacquille en Gastinois, de Illes et de Montigny en Brie, qui tresj>assa le xxi. Jour de febvrier lan mil cccc iiii-^-r et a ; Aussy gisl noble dame Phelippe de Colhereau en son vivant femme dudit chevalier, qui trespassa le iii. iour de novembre lan mil iHJcc Ixxiii.

A droite :

Cy dessoubs gisent nobles personnes Messire Michel le Boulenger, en son vivant conseiller du roy nostre sire en sa court de parlement, filz aisné dudit deffunct président qui trespassa le iiii^ jour de septembre lan mil vc et dix ; et damoiselle Catherine Chambellan sa première femme qui trespassa le dernierjour de juillet lan mil iiii'' iiii-':-'' xiiii, et damoiselle

Perdrizet, La Vierge de Miséricorde

PI. XXIIl

CQ

Martine de Valloiys sa ii /'einnie qui aussi Irespassa le viii Jour du mois darril lan mil v<^ etxvi après pasques. Priez dieu pour leurs a?nes.

69. Ervy (Aubei. — ■ Rue du Guérillon, dans le poteau d'angled'une maison, est sculptée une Vierge qui enveloppe de son manteau toute une famille suppliante; cette famille est assistée de saint Claude, sans doute le pati'on de son chef; au premier plan l'enfant ressuscité, qui caractérise le saint franc-comtois. Cf. Fichot, Statistique monumentale de CAube, II, p. 81 ; Morel, JSiouveau guide de l'étranger dans Troyes et dans l'Aube (Troyes, 1905), p. 134.

70. Mater omnium, statue en pierre, polychrome, des envii-onsde Tan 1500, dans l'église de Fontaine-en-Duesmois |Côte-d"Or, arr. de Chàtillon, canton de Baigneux). Une médiocre photographie dans L'art sacré n° du 5 oct. 1904, p. 7.

71. M(arsauxV Les ornements religieux à l'Exposition de Reims, dans le Bulletin monumental, 1895, p. 175 : u Statuette de la Vierge, abritant sous son manteau les divers membres de l'Église, agenouillés ; elle rappelle la statuette \sic) de N.-D. de Bon-Secours de Nancy, xvi'" siècle. Appartient à M. Perseval, de Reims. »

72. En 1G73 fut installé le nouveau séminaire d'Angers, n Les prêtres du séminaire ayant eu de grandes affaires en différentes occasions dont ils ont toujours eu bon succès par la toute-puissante protection de Marie, M. Maillaid, leur supérieur, fit placer une de ces figures en relief sur l'autel de la chapelle, avec ces mots en lettres d'or : N.-D. de la Victoire, et Ri îa'ive un devant d'autel où sont peints plusieurs ecclésiastiques à genoux aux pieds de N.-D. qui les couvre de son manteau, avec ces paroles autour : Nemo rapiet eas de manu mea [Ev. Joan., X, 28] » (Grandet, N.-D. Angevine, p. 435, cité par Barbier de Montaull, Rev. de l'art chrétien, 1889, p. 25).

Bourgogne

73. Ancienne église de la fameuse abbaye cistercienne de Pontigny fYonne, arr. d'Auxerre, canton de Ligny-le-Chàtel) statue de pierre; début du xvi« siècle. Marie debout, sans voile, cheveux flottants sur les épaules et la couronne en tète ; longue robe à petits plis serrée à la taille par une ceinture agrafée au moyen d'une boucle ovale assez forte. Manteau de protection moins ample qu'à l'ordinaire et relevé parla Vierge. Sur le socle, six personnages placés, non pas sous le manteau, mais plutôt en avant de la statue principale, et formant en quelque sorte le demi-cercle autour d'elle ; à droite: évècjue, religieuse, franciscain; à gauche : cistercien, clerc et laïque. Tous sont agenouillés, les mains jointes, le regard dirigé vers Marie. Sur la bordure du manteau, ou lit l'inscription suivante, divisée en deux parties :

Mater consolatur fili[os) Suos suspirantes ad te.

180 CATALOOLt;

Sur le socle, les premiers vers de la quatrième strophe de V Ave maris Stella : Monstra te esse inatrem. — Je dois cette description à M. Paul Denis.

74. Dans l'église de labbaye cistercienne d'Acey (sur la rive g-auche de rOgnon, dép. du Jura), retable polychrome, du commencement du xvi« siècle, voué par un cellerier de l'abbaye. Ce i-etable, que je crois inédit, m'est connu par la description insuffisante qu'en a donné l'archiviste J. Gauthier dans les Mémoires de l'Académie de Besançon, 1895, p. 281. Les pans du manteau sont tenus levés par saint Benoît et saint Bernard, les deux saints auxquels était anciennement dédiée la chapelle où se trouve le retable. A droite, le pape, le cai-dinal, l'évêque et l'abbé ; à gauche, l'empereur, et trois autres personnages la'iques.

75. La(/nieu en .Bugey, ville du dép. de l'Ain, canton de Bellay, Retable dans la chapelle du cimetière chapelle Saint-Sébastien, ou de la Croix. Mater omnium ; sous le manteau delà Vierge, que deux anges tiennent levé, à droite les clercs et le donateur, à gauche les laïques et la femme du donateur. Sur la base, la dédicace: hanc tahulam fecit fieri Joannes Favier de Laniaco, ducati Sahoidiae) secretarius, quiobiit anno mille CCCCLXXI et die XVII novemb. Deux statues de Saints, à droite et à gauche de ce groupe princij)al, complétaient le retable : à droite, saint Maurice, protecteur de la maison de Savoie ; à gauche, saint Bernardin de Sienne, reconnaissable aux trois mitres épiscopales placées à terre, devant lui; dans la main gauche, il semble tenir un livre ouvert : en réalité, il tenait jadis son attribut ordinaire, le tableau carré avec le trigramme sacré : le retable a été restauré et repeint, un restaurateur ignorant a transformé le tableau en livre, et sur le livre il a peint ces mots : « A la gloire de Dieu ». Décrit dans la Réunion des sociétés des Beaux-Arts, 1907, p. 471 ; décrit et reproduit dans la Revue de rilistoire de Lyon, 1907, p. 83. Les auteurs de ces descriptions ne se sont pas avisés que les deux statues, à droite et à gauche du groupe central, représentaient des Saints. D'après la notice de la Réunion des soc. des Beaux-Arts, le monument en question se trouverait « près de Lagnieu, dans la chapelle du cimetière de Jujurieux » ; il aurait été voué par Jean Favier, <> qui vivait vers l'an 1482 >>. Or, la chapelle où se trouve le monument est bien celle du cimetière de Lagnieu même ; Jujurieux est un village à 20 kilomètres au nord de Lagnieu. Quant à Favier, la dédicace même du retable de Lagnieu dit qu'il mourut en 1471. — PI. XXXI (cliché prêté par la Revue de l'Histoire de Lyon, avec l'autorisation de M. Perroud).

76- Jasseron, villagedel'Ain, arr. de Bourg, cantonde Ceyzériat.Dans l'église, bas-relief de pierre, qui semble dater de la fln du xv» siècle. Mater omnium, couronnée, sans le nimbe et sans l'Enfant. A droite et à gauche, au dernier rang des priants, des jongleurs i?j jouent de la flûte : cf. supra, p. 88, le retable des Pfeiffers, à Vieux-Thann. Exécution grossière (Perroud, dansla /Jcrue de l'Histoire de Lyon, 1907, p. 86).

CATALOCrE 1 8 1

77. Brienne, villag'e de Saone-et-Loiro, canton de Cuisery, arr. de Louhans. Dans l'église, statue de pierre, de la fin du xv^ siècle. La Mater omnium, couronnée, écarte des deux mains son large manteau sous lequel sont agenouillés des g-ens de tout état, à droite les ecclésiastiques, à gauche les laïques. Reproduction dans la Réunion des sociétés des Beaux-Arts, 1007, pi. LXXVII, p. 40o.

78. Statue jadis au-dessus du grand autel de l'église des Minimes de Consolation (commune des Maisonnettes, canton de Pierrefontaine, arr. de Baume-les-Dames, Doubs). Je ne la connais que par une description anonyme, conservée à la Bibliothèque Nationale, ms. fr. 32547, f" 147-152 : « On m'a demandé au mois de juin 1728 ce que je pensais d'une statue de Notre-Dame qui est au-dessus du grand autel de l'église des Minimes de Consolation, sous le manteau de laquelle on voit du costé droit vn pape, vn evesque, vn cardinal, vn jacobin et deux abbesses, et au costé gauche cinq personnages habillés en comtes et en chevaliers, le tout sans datte ny inscription. » Suit une longue dissertation historique, où l'auteur s'efTorce de prouver que les onze priants représentent diverses personnes de la famille de la Palu, qui possédait au xv'^ et au xvi<^ siècle la seigneurie de Chàteauneuf-de-Vennes, sur laquelle s'élevait la chapelle de Consolation.

79. Retable de pierre, dans l'église de Pirej^ village du Doubs, canton d'Audeux, arr. de Besançon. La Mater omnium, debout, couronnée, l'Enfant nu sur le bras gauche, le sceptre dans la dextre. Le manteau est tenu levé par deux anges. Quatorze priants agenouillés, les clercs à droite, les laïques à gauche. Première moitié duxvi*" siècle. Reproduction dans la. Réunion des sociétés des Beaux-Arts, 1907, pi. 78.

80. Retable de pierre, encastré dans une maison de Gy (Haute-Saône). Le bourg comtois de Gy, fameux jadis par son vignoble, était la résidence rurale des archevêques de Besançon; il possède encore leur château, c'est un élégant édifice de la fin du xv^ siècle. Mais l'église du moyen âge a été démolie au xviu" siècle, et remplacée par une pompeuse construction, dont le plan serait, paraît-il, de Soufflot. Le relief dont il s'agit doit provenir de l'église ancienne. Il est divisé en trois arcades de style italianisant (niches à coquille, pilastres, frise ornée de rinceaux, chapiteaux d'où sortent des putti). Dans l'arcade du milieu, qui est plus haute que les autres, la Mater omnium couronnée, les bras étendus, comme pour bénir les gens agenouillés à ses pieds. A droite, l'Annonciation : la Vierge est à son prie-dieu; à terre, devant elle, un vase d'où sortait un grand lis; l'ange, en costume de diacre, tient le bâton des hérauts ; une banderole s'y enroule, sur laquelle devaient être peints les premiers mots de la Salutation angélique. A gauche, la Visitation. La fresque bavaroise de Feldmoching (f'n/'ra, p. 192) devait l'eprésenter de même la Mater omnium entre l'Annonciation et la Visitation. Ces deux épisodes étant consécutifs dans la légende, il est naturel que les arts figurés les aient souvent rapprochés : ainsi, sur le volet droit du retable peint en 1.398 par Melchior Brœderlam (musée de Dijon; cf. Wauters, La peinture flamande, fig. 4 , la Visitation est à côté de

l'Annonciation. Si l'ornementation du retable de Gy est déjà italienne, le type des figures, la tête de la Mater omnium et la tète de l'ange, rajjpellent l'art bourguignon-tlamand ; et le groupe de la Visitation est évidemment inspiré du groupe fameux de l'église Saint-Jean à Troyes. Le groupe de Troyes, que l'on date de 1;)20 (Koechlin et Marquet de Vasselot, La sculpture à Troyes et dans la Champagne méridionale, p. 140), paraît avoir été en son temps très admiré, et a suscité diverses imitations : un groupe dans l'église de Virey-sous-Bar, une verrière de l'église de Saint-Étienne-Nozay près d'Arcis-sur-Aube, un des reliefs du jubé de Villemaur (Aulje), exécuté en 1321 parles maitres huchiers Tbomas et Jacques Guyon (Koechlin et Vasselot, op. cit., p. 142 . Un retable de pierre, dans l'église de Saint-André près Troyes le travée du bas-côté X.), représentant la Crucifixion, rappelle beaucoup, par l'ornementation, le relief de Gy. Celui-ci doit être l'œuvre d'un sculpteur champenois, travaillant vers 1525, ou d'un franc-comtois ayant vécu à Troyes. — PI. XXIV, 1.

81. Saint-Loup fJura). — - Statuette en bois, d'un mètre de haut. La Vierge couronnée, porte l'Enfant, couronné lui aussi, et tenant une colombe par les ailes. Sons le manteau six personnages agenouillés : à droite, le pape, à gauche, le roi. Cette statuette aurait été apportée d'Autun après la Révolution. Je dois ces renseignements à M. Grand, cui'é de Saint- Loup.

82. Dôle. — Au musée, petite Vierge de Miséricorde, médiocre travail du xvii^ s. (communication de M. René Jean).

Lorraine.

83. Statue de Mansuy Gauvain dans l'église de N.-D. de Bonsecours. Reproductions photographiques dans Jérôme, L'église N.-D. de Bonsecours à Nancy ;Nancy, 1898 , p. 209; Pfister, Histoire de Nancy, t. I, p. 570; Lorraine artiste, 1905, p. 113. — PI. I.

Par lettres patentes du 28 octobre 1484, René II, sept années après la bataille de Nancy, accorde à frère Jean Villey de Scesse la permission d'élever une chapelle sur la fosse où gisaient les corps des 4000 Bourguignons morts dans la journée du 5 janvier 1477; les lettres patentes spécifient (jue la chapelle sera dédiée à N.-D. de Bonsecours, « en recordation et perpétuelle mémoire de la victoire que, moyennant la grâce de Dieu et laide et intercession de la glorieuse Vierge Marie sa mère, avons obtenue en cedit lieu » (le texte complet publié par Lepage, La chapelle de Bonsecours ou des Bourguignons, p. 4 du tirage à part de l'Annuaire de la Meurlhe, 1852). Il semble résulter d'un passage de la Nancéide de Pierre de Blarru (éd. Schiitz, t. II, p. 258) que la première image de la Vierge, qui ait été placée dans la chapelle du Bonsecours, la représentait allaitant l'Enfant [struclum non grande sacellum Virginis, aima Deo çupp prsebuit uLera nato). En 1505, René II commande à un artisan lorrain, Mansuy Gauvain. le futur auteur de la Porterie du palais ducal, une image de la Mater omnium, destinée à la chapelle des Bourguignons : Payé à Mansuy, menuisier, pour avoir taillé ung yniaige de N.-D. affublée d'un manteau ouvert et laillié gens de tous estas... viii francs r gros

Perdrizet, La' Vierge de Miséricorde

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