‹ La vierge du LibanChapitre 11 sur 41 · Grooms · texte numérisé non relu

Grooms

apporter sa pierre au monument, et que les architectes, en se succédant, ont trouvé le moyen d’éviter l’ennui en même temps que runiformité. La façade, qui sérail trop longue, s’interrompt deux ou trois fois pour laisser passer, comme des sentinelles de pierre, de petits pavillons qui s’y rattachent habilement ; des saillies inattendues brisent tout h coup la perspective, au moment où elle allait devenir fatigante ; des kiosques sveltes, légefs, aériens, se relient les uns aux autres par des portiques élégants, que supportent des gerbes de colonnes s’épanouissant à leur sommet en trèfles et en ogives. A côté d’un bâtiment carré, un peu roide, et dont les pans se coupent à angles droits, une rotonde pousse en avant son ventre obèse. Les toits euxmêmes, ces coiffures des maisons, aussi ridicules chez nous que les coiffures des hommes, sont ici de la plus piquante originalité : les kiosques portent des chapeaux chinois ; les petites pagodes ont des auvents comme nos chalets suisses ; le dôme central se renfle et s’amincit deux fois, tandis que les terrasses à balustrades s’étendent , comme une promenade suspendue, sur les galeries, dont les balcons découpent leur feuillage de fer et leurs grillages à maille étroite, captivant les fenêtres où chantaient jadis les oiseaux amoureux du harem.

C’est tout à la fois une forteresse, un palais et une maison de plaisance.

Ismaïl et Mirane n’avaient pas encore fçanchi le dernier portique, que deux cawas ' armés de pied en cap sortirent d’une salle d’attente et firent un signe à des sais en veste blanche, aux jambes noires et lustrée? comme l’ébène, qui vinrent prendre les chevaux. Un des serviteurs avait reconnu Mirane : il alla prévenir L’émir, qui ordonna de l’introduire immédiatement près de lui. Elle nous fit signe de la suivre, et nous l’accompagnâmes, Ben-Ismaïl et moi. . ,

Nous traversâmes une longue suite d’appartements, où les khatibs*, en robe de soie noire, assis sur leurs talons, écrivaient avec des calaines de roseau, .sur de petites bandes de papier larges d’un pouce et longues d’un pied.

L’émir se tenait dans une dernfère pièce, meublée à l’orientale, c'est-à-dire très-peu meublée. Un divan de soie cramoisie courait tout à l’entour; une natte indienne, tressée de ces pailles brillantes dont les couleurs vives se fondent pourtant dans une harmonie suave, couvrait tout le plancher. Un cône à sept pans, en cuivre ciselé, troué à jour comme un gâteau d’abeilles, ef supporté par deux piliers, pouvait, dans la froide saison, recevoir un brasero.

1. Sorte île gardes à l’usage des personnages officiels en Orient.

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