‹ La vierge du LibanChapitre 18 sur 41 · Gulislan (terre des roses) est le nom arabe (le la Syrie · texte numérisé non relu

Gulislan (terre des roses) est le nom arabe (le la Syrie

il en est qui s’entr 'ouvrent en calices, et dont les bords déchiquetés se contournent en volutes impossibles ; d’autres jettent çà et là leurs pattes maigres et crochues, comme des araignées gigantesques. Tantôt vous croiriez voir un papillon qui dort immobile sur le sein d’une rose, étendant ses ailes diaprées ; tantôt un boutou d’or qui tremble au bout d’un (il imperceptible ; quelquefois encore c’est une tête de serpent se dressant au bout d’un grand corps annelé qui semble ramper dans l’air avec mille replis tortueux. Aussi diverses sont les couleurs : l’une est cou* verte de cendre comme une tête en deuil; celle-ci est tachetée comme un boa oonstrictor, celle-là zébrée comme un tigre, et cette autre mouchetée comme une panthère. Il en est dont la nuance fait involontairement rêver poison.

Tout un peuple d’oiseaux s’ébattait dans cette atmosphère de parfums qui nous enivraient ; et, trompés par le charme de leur prison, ils chantaient comme s’ils eussent été libres encore : c’était le bull-bull, rossignol de l’Orient ; les loris et les pigeons bleus, dont la gorge chatoie au soleil ; la grive des pagodes, doût le chant joyeux fêle le matin; les tourterelles au pxanteau de safran, au collier de velours noir; les sultanes au plumage d’azur, au bec et aux pattes de pourpre ; près d'eux gazouillaient et sautillaient, vies turbulentes, les sucriers, les colibris et les oiseaux-mouches, flammes ailées, étincelles animées, escarboucles mélodieuses, émeraudes et rubis, qui s’échappent en voltigeant du splendide écrin de la nature !

Toutes ces recherches et toutes ces richesses ne vous semblent-elles point comme le cadre du bonheur? Ël si là-bas, dans la plaine, ou là-haut, sur la montagne, le laboureur qui trouve la journée pesante, ou le berger pour qui les heures sont longues, eût éprouvé dans son âme un involontaire sentiment d’envie en jetant les yeux sur les grands murs dont l’enceinte enfermait ces merveilles. ... qui donc eût osé le blâmer ?

Combien pourtant se serait-il trompé ?

A l’exception peut-être des deux filles de l’émir, qui n’avaient point encore donné de nom à leurs rêves, chacun de nous- n’avait-il point sa peine secrète? L’émir voyait son pouvoir menacé ; Mirane, par moments, sentait déjà qu’elle avait entrepris une tâche plus grande peut-être que ses forces; sa beauté ravivait le souvenir de mes premières douleurs d’amour et troublait ma paix renaissante; un .orage grondait dans le sein d’Ismaïl. -, *

Mirane, qui se promenait entre Ha’hel et moi, rencontra le jeune Drnse au détour d’une allée '. il était sombre et silencieux: ' ' •

« J’ai à te parler, » lui dit-elle en posant une main sur , son bras.

■ Isiuaïl tressaillit à ce contact.

« Entendre, c’est obéir ! répondit-il en -s’inclinant devant élle. - -

— Il ne s-emble point ! » reprit la jeune fille.

Et elle fit quelques, pas rapides, emmeéant ou plutôt traînant à sa suite Isinail , comme un enfant pris en faute.

a Je voudrais bien savoir, lui dit-elle quand ils se furent suffisamment éloignés, si Éblis 1 t’a tourné la cervelle; niais; en vérité, je ne te reconnais plus.

— Je ne m ; en,éu>mie.pas, car je ne me reconnais plus moi -même, reprit l’impétaeux jeune homme.

— D’où viennent eescdlères, ces brusqueries, ces airs hautains et menaçants, ces attitudes de maître, de despote.... ou de mari ? »

Ce dernier mot fut prononcé par Mirane avec une sorte de dédain.

« Il me semble, continua-t-elle eu jouant avec le manche de jaspe d’un petit poignard, queje ne suis ni ta femme ni ton esclave....

— Mon esclave 1 Mirane, tu ne- le seras jamais....

— Ni ta femme ! Isnïaîl, tu le sais. »

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