Tabac de Latakié
servateur pour reconnaître en eux deux hommes de nature opposée : en se rencontrant, ils devaient être ennemis. Le Druse n’avait pas la culture élégante du maronite; l’éducation ne l’avait ni perfectionné ni gâté. .. Il était ce que la nature l’avait fait : violent et sincère, généreux et emporté; dévoué jusqu’au fanatisme, vindicatif jusqu’à la cruauté. Ame de feu dans un corps de fer, aucune entreprise ne l’effrayait, et il ne se laissait abattre par aucun revers. Une seule vertu, et dans la balance du grand juge elle aurait pesé pour le rachat de bien des crimes, absorbait en lui toutes les autres : il poussait l’amour de son pays jusqu’à l’idolâtrie.
On pouvait du reste reconnaître tous les signes de la volonté sur son front obstiné dans la même pensée ; l’âge n’avait pas éteint l’ardeur de ses yeux, étincelants du feu de la jeunesse , et rien qu’à voir sa main violente tourmenter le manche de son poignard ou la crosse de ses pistolets , on pouvait deviner la sauvage impatience de son courage.
« Eh bien! demanda-t-il à Mirane, comment as-tu trouvé l’émir?
— Douteux.
— Au fait ! pouvais-tu espérer quelque chose d’un chrétien? » .
Et le Druse, en prononçant ces mots, eut un geste de dédain superbe.
« Prends garde, dit Mirane, tu ne sais pas qui tu offenses! Ma mère était chrétienne.
— Oui, mais tu es la fille de ton père, et que Hackem le bénisse! il était Druse! Mais que fait-on du côté de Beyrouth?
— Bien ! On a vu les léopards 1 et les trois couleurs * dans la baie ; le pacha de Saint-Jean-d’Acre a reçu des