‹ La vierge du LibanChapitre 26 sur 41 · Jésus-Christ · texte numérisé non relu

Jésus-Christ

« Comme Iça, Mohammed fit le bien ; il a vu la vérité, l’a aimée efl’a fait aimer.

« Mais la dernière et la plus complète manifestation de Dieu, ce fut Hackem, Dieu lui-même, aujourd’hui seigneur des Druses, et demain maître absolu de l’univers !

— Voilà bien, dit le- prêtre, ce que l’on doit croire quand on veut entrer dans l’ordre des Akals. Dis-nous maintenant, combien de fois Hackem est-il apparu aux hommes ? .. . .

Hackagn a fait dix stations sur la terre : les principales furent dans l’Inde, la Perse, l’Yémen, à Tunis et au Kaire. • •. * • ' »

— Quel est le nom céleste de Hackem?

Albàr. .

— Combien a-t-il établi de lois principales ?

— Sept. -

— Fais-les connaître.-

— La sincérité de la langue, le respect de l’amitié, le

renoncement au culte des idoles, la haine du démon, l’adoration de Notre-Seigueur à chaque âge' et dans chaque génération, l’approbation de tous les actes de Dieu, la résignation à toutes ses volontés. $, • - • *

— Quels sont ceux que tu appelles les idolâtres ?

— ‘Ceux qui suivent le Koran ou l’Évangile j ceux qui disent que Dieu n’est pas partout, ou qu’il n’est pas un.

— Quelle idée te fais-tu de Dieu ?

— Dieu est un être sans forme et sans couleur, une pure intelligence, qui ne s’incarne que pour ramener les hôm* mes dans la voie, quand ils s’en écartent.

— Tout crime est-il puni et toute vertu récompensée?

— Sans cela, Dieu ne serait pas Dieu.

— Y a-t-il un paradis et un enfer ? .

— Non ! cette croyance est l’erreur des 'disciples d’Iça.

« Le châtiment et la récompense, l’homme lès trouve

dans les transformations successives et éternelles de son être !»

Quatre days où maîtres de la doctrine, qui se tenaient auprès de la pierre noire servant d’autel, se levèrent alors, et, se tournant Vers le prêtre :

'■ -«Il connaît le dogme, lui dirent-ils.

— G’est bien* répondit eelui-ci y voyons maintenant s’il est prêt à suivre la loi. • ■> .» •

— On a fait une enquête sur ta vie , continua-t-il en s’adressant au néophyte , et on J’a trouvée pure ; tes pas ont marché droit dans le sentier du bien ; tu n’as pas connu le mal, et tuas adoré Dieu unique et grand. Ceci suffit pour un Druse, mais voici à quoi s’oblige un Akal :

« Il doit renoncer aux vanités de la terre, au luxe, à la paresse, ne jamais porter d’or ni de soie, ne pas boire de vin, s’abstenir de toute nourriture dont il ne connaît pas l’origine, refuser l'argent qui.vient d’une sourcd impure. — Ainsi ferai-je ! dit le néophyte d’une voix ferme.

— Es-tu marié ? poursuivit le prêtre*

— Pas encore, répondit Amin en se troublant légèrement. •

— Alors tu feras mieux de ne pas épouser

— Le mariage n’est pas défendu 1 — Sans doute, mais ,^’est une condition inférieure. La femme entrave l’homme ‘ r elle alourdit les ailes de son âme.... »

Un éclair passa dans les yeux du jeune néophyte, qui se fermèrent aussitôt. * . :

« Les hommes n'out plus rien à te demander, reprit le prêtre. Il ne nous repte maintenant qu’à savoir si tu seras agréé par les constellations célestes. Cheikh* îl N’goum, Continua-t-il en s’adressant à celui qui portait la robe noire semée d’étoiles , c’est à toi maintenant à prononcer ! » • .* '

Le cheikh il N’goum se retourna vers nn des ministres du temple, qui lui apporta aussitôt un tambour tatare, tendu d’une peau d’onagre. Gette peau représentait, gravés ou imprimés, dans un ordre assez fantastique, le soleil,

la lime, les étoiles, et les planètes mêlées aux étoiles. Le cheikh il N’goum se mit à genoux, posa le tambour devant lui sur L'autel, se recueillit un instant, et plaça sur le tambour une petite marque d’ivoire, qu’il fit rejaillir en imprimant uue vibration brusque à la peau, frappée par troi coups d’une baguette de santa..

La marque s’arrêta sur un signe que le cheikh il N’goum examina avec une attention particulière.

L’épreuye fut recommencé trois fois. .. trois fois elle lut jugée favorable, et le cheikh il N’gaum déclara que les ministres de Haekero, Gébraïl , Mikaïl; Israfil , Azarel et Métàtrpn, qui symbolisent l’Intelligence, l’Ame, la Parole, le Précédant' et le Suivant, ne s’opposaient point à » l’admission du néophyte.

« A genolix ! » dit le grand prêtre. '

Amin s’agenouilla près de l’autel, le prêtre leva le bras et enfonça le couteau dans la gorge de ht brebis noire ; puis*il trempa sa main dans le sang chaud et fit une marque cabalistique sur le front de l’initié.

« Maintenant, dit-il, te voilà ruffick : les days te proclament compagnon des-Akals.... Ta avais déjà le blanc turban des Druses, tu le porteras toujours ; qu’il soit pour toi à jamais un emblème de sincérité, de -pureté-, de dévouement à tes frères.- Sois sage, continent et fort : Haekem fera le reste !... » . •

Le nouvel élu baisa la robe des days ses maîtres, puis il échangea l’accolade fraternelle avec les rufficks ses égaux. *■ . • „

La cérémonie était maintenant terminée ; les portes du khaloué furent ouvertes ; tous sortirent et se dispersèrent, chacun tirant de son côté. <,

« Où est la princesse? demandai -je-, en rentrant chez le cheikh, à deux enfants qui jouaient aux osselets devant la porte.

— La princesse ? élle est partie, me dit une petite fille espiègle, en se cachant, pour mieux me regarder, du coin

de son œil noir, derrière le tronc d’un caroubier plus gros quelle ; êUe est partie, la princesse !

— Tu mens ! » Suléma, lui dit son frère. Et se retournant vers moi : « La "princesse est dans le jardin, ■Svdi *.

— Et Ismaïl ? - * • •*

— «Non! Ismaïl n’est jias avec elle ; c’est un autre ! »

Le jardin du cheikh, ou plutôt ce que l’on décorait de Ce

nom-pompeux, n’était autre chose qu’un vaste enclos, s’étendant de sa maison jusqu’au pied de la montagne, planté d’arbres de toutes Sortes. J’en poussai la porte, et je m’aventurai à travers des massifs entrecoupés de sillons de dourah et de pelouses de gazon.

Au milieu de ces accidents do terrain, ménagés par la nature avec, une fantaisie <jue l’art eût enviée* je marchai longtemps sans rien voir, revenant sur me 9 pas sans m’en douter, et plus d’une fois m’égarant dans ce labyrinthe dont je n’avais pas le fil. '

Tout à coup, au détour d’une allées j’aperçus Mirane. Elle était assise sur une pierre couverte de mousse, appuyée contre le tronc d’un grand noyer, qui versait sur elle son ombre murmurante. Elle ne me voyait point, quoique son visage fût tourné vers moi ; mais je pouvais lire sur ses beaux traits l'expression d’une joie sans mélange.

Elle n’était pas seule.

, Un jeune homme était assis ( de loin on eût dit à gpnoux) sur la mousse, h ses pieds. 11 tenait dans ses mains une des mains de Mirane, qui appuyait l’autre sur son front coiffé d’qn turban bleu, et doucement l’éloignait d’elle, comme pour le mieux voir.

Unfrisson passa sur moi.... un de ces frissons nerveux, que le peuple; en Orient comme chez nous, appelle si poétiquement la petite mort, tant ils nous apportent avec eux de poignante angoisse. Je m’appuyai contre un arbre :

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