la Perse et la Syrie
main : c’était lê corps de ballet de la montagne, qui ne se recrute jamais parmi les femmes, comme au Kaire ou à Damas. • •' V ' • __ -
ïfs s’avancèrent lentement , avec un mouvement doux et rhythmé, précédés de leur coryphée et deux par deux. Ils dénièrent ainsi devant la fiancée en la saluant profondément.
Bientôt la musique préluda par quatre petites flûtes jouant h l’unisson, arec un accompagnement de tarbouka pour mieux marquer la mesure. C’était une mélodie tout à la fois douce et bizarre , qui vous saisissait peu à peu, et finissait par vous pénétrer d’un charme étrange.
D’abord les danseurs écoutent, immobiles au milieu de l’enCeinte ; puis l’un d’eux ouvre ses bras, les étend horizontalement, et commence à tourner sur lui-même, lentement et déplaçant peu à peu et sans bruit ses pieds nus; puis le mouvement s’accélère, la valse se précipite ; l’homme devient tourbillon. Toute la bande suit 1 C’était un curieux spectacle de voir tous ces hommes vêtus de blanc, les bras étendus ën croix, la tête penchée sur une épaule, les yeux h demi fermés, la bouche entr’ouverte par le sourire vague de l’extase, et tournant toujours." Le mouvement de cette valse avait je ne sais quoi de souple, d’ondùleux et de doux, qui vous emportait dans le vertige de sa rotation.
Le chef se promenait à travers les groupes, frappant dans ses mains, pressant ou ralentissant le rhythme.
Après un temps d’ârrêt et une seconde procession, couple par couple, la valse recommença, plug ardente cette fois , plus entraînante et plus éperdue. Il m’eùt été impossible de compter le nombre de tours accomplis dans une minute. Légèrement et comme des ailes d’oiseaux, les bras s’élevaient et s’abaissaient ; une écume légère venait de temps en temps tremper et blanchir la lèvre rougp : tantôt la tête se renversait en arrière, la paupière battait des ailes, la prunelle retournée se perdait dans l’infini, et l'on ne voyait plus que la nacre vitreuse et troublée du cristallin;
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tantôt,- au contraire, elle retombait sur la poitrine, comme accablée du poids d’une volupté surhumaine..
Quand l’épuisement, survenant au milieu de ce rêve éveillé, les eut tour à tour . jetés dans une. prostration invincible, le coryphée s’avança dans l’espace laissé libre au milieu du divan. L’attention redoubla; tous les yeux étaient lixés sur lui. Ceux qui n’avaient pu trouver place dans la salle s’entassaient aux portes ou escaladaient les fenêtres.
Lui, cependant, après avoir, tourné vers le ciel un regard noyé dans cette langueur molle qui semble la lumière même et comme Je regard de l’œil oriental, il cambra ses reins, releva gracieusement ses bras eoimne l’anse d’une coupe antique, dénoua le long Jkouffieh rouge et noir roulé en turban autour de son tarbouch, et donna aux musiciens, qui s’étaient arrêtés, le signal de l’attaque.
Ses premiers pas furent calmes et lents, mesurés avec une merveilleuse justesse sur le rhyfhme de la musique; mais bientôt l’orchestre s’anima et précipita ses accorjls, emportant le danseur dans son mouvement rapide. Lui, cependant, toujours maître de son ardeur et dominant sa fougue même, il commença d’écrire en strophes de poses tout un poème de grâce, de passion et d’amour. Vive poursuite, fuite éperdue, impétueuse attaque, résistance courageuse, humble prière, aveu timide, effusion des joies partagées, tout fut rendu avec une justesse d’accent, un bonheur de geste et une science de mimique vraiment dignes d’un artiste. Mais bientôt sa respiration s’embrasa, une sueur froide commença de perler en gouttelettes d’ar gent à la pointe de ses cheveux, dans sa barbe et au bord de ses cils; une palpitation plus fréquente soulevait sa poitrine, ses muscles tremblaient, comme agités d’un frisson convulsif, et les globes bruns de sa prunelle qui se retournaient ne laissèrent plus voir que le blanc de ses yeux ; bientôt un orage de notes furieuses l’emporta, comme une feuille roulée dans un tourbillon. Enfin, épuisé, haletant, il réunit ce qui lui restait de forces pour faire à l’assistance
LA YIEftGE DU LIBAN.
un sclam 1 dans les règles, et il s’affaissa dans un coin du harem, où ses compagnons le couvrirent d’un vaste manteau.
Ainsi, la soirée se passa en festins, en danses et en chansons. La joie était partout, et l’on ne s’amusait pas moins au dehors, dans les cours, que dans l'intérieur même du divan. Les hommes chantaient sans accompagnement , ou dansaient entre eux, avec un orchestre de tambours; les plus jeunes s’essayaient dans des jeux deforoe et d’adresse, comme des lutteurs antiques, déploy nt la puissance et la souplesse, de leurs muscles pour mériter la louange des beautés du village, qui, groupées sur la terrasse de la maison, leur envoyaient des applaudissements bruyants et qui partaient de haut.