Chambre des femmes
core jour chez les cadines 1 paresseuses. Une d’elles cependant vient de frapper sur un timbre de cuivre : les esclaves accourent ; on ouvre au soleil. Gulnare élire ses bras oisifs; je crois qu’Haydée a bâillé, et l’on présente à Médorah le narghileh de Perse chargé de tombaki, dont la fumée emporte les heures pesantes, et prolonge à travers le jour les rêves voluptueux de la nuit. Après le narghileh on servira les conserves parfumées, des sorbets h la neige et des coupes de roses liquides.- Ainsi commence, ainsi s’achèvera la journée. Jamais un livre : Médorah ne sait pas lire; jamais une aiguille : la favorite ne travaille pas! (Juant à la maison, elle va comme elle peut, livrée aux esclaves qui la pillent. A quoi bon s’occuper de la fortune du maître, dont la répudiation sans appel peut à chaque instant vous éloigner? Les enfants h demi nus (de beaux enfants vraiment, si on les soignait un peu) s’ébattent pêle-mêle sur les nattes d’Égypte et se roulent sur les tapis de Lahore. La mère n’a rien à leur apprendre : elle ne sait rien ! Une amie est venue en visite ; on n’a guère causé : l’Orient cause peu, cela fatigue ! mais on a fait déplier les soies de Brousse, les gazes d’Alger et les châles de l’Inde; on a ouvert les écrins étincelants, essayé des colliers, étalé des perles d’Ophir et des diamants de Golconde ; l’amie a été jalouse : cela fait passer une heure ou deux!... Puis, par la porte dérobée, on introduit les aimées, savantes en l’art d’émouvoir, qui chantent des chansons lascives et dansent des pas provoquants. Le soir arrive, le maître vient ou ne vient pas. Demain sera comme aujourd’hui, comme hier, comme toujours !
Telle est la vie des riches ! Celle des pauvres n’est pas meilleure ; elle a de moins le vernis d’éléganco dont la fortune décore ses vices; elle a de plus l’affreuse misère, qui punit toujours la paresse du pauvre.
Le mari est absent : il vit peu chez lui ; on le trouve au