L’ancienne Sidon
protégés comme -des amis, brisant tout ben, infidèles à la reconnaissance, trahissant les traités, espions des Turks aujourd’hui, demain leurs auxiliaires, fournirent à nos éternels ennemis le moyen de recommencer la lutte.
— C’est vrai, dit Amin, qui connaissait toutes les traditions du Liban; mais un seul jour vit quatre batailles sur la terre des Druses. Rappelez- vous Damaor, Abei, Adgmet et Aïn-Dara ! Ils étaient bravés, ceux qui firent mordre la poussière aux Turks ce jour-là. Les Turks avaient pour eux le nombre ; maisjaous qvions le courage et le bon droit : nous fûmes vainqueurs ! Tout le territoire qui s’étend de Tripoli à Saïda fut partagé entre les chefs de tribu, et la paix.de Dieu descendit sur la montagne ! .
— Ce furent les beaux jours du Liban, reprit Yousouf en joignant les mains !
— Ce qui est beau ne dure point! dit Achmet avec la
voix grave et sentencieuse d’un. juge qui prononce un arrêt. . * • ' : . ,
— Tuas raison, répondit ZebdanL... nous savions vaincre, mais les Turks savaient profiter de nos victoires. Us cessèrent de combattre et. commencèrent à négocier. Ce fut notre perte. Ou vit des Druses qui ne rougirent pas de recevoir des Turks la pelisse d’honneur. Dans l’espérance de commander à la nation entière, les premiers d’entre nous se laissèrent investir d’unë sorte de vice-royauté ottomane, comme si le premier des esclaves d’un padishah n’était pas au-«lessous du dernier des hommes libres. Fakerdeen, de sinistre mémoire, Fakerdeen le premier nous ponssa dan§ cette voix fatale, et la nation frémissante, indignée, subit, sans l’accepter, la suzeraineté des Turks. Une fois enlacés dans les liens de cette vassalité que nous ne sûmes pas dénouer, et qu’on resserra de plus en plus autour de nous, ce fut fait de l’indépendance des Druses. Nos vaincus devinrent nos maîtres; ils nous divisèrent pour mieux nous asservir. Tout fut mis à l’œuvre pour nous réduire à une obéissance passive.
— La tâche était plus forte qu’eux ; tu sais bien qu’ils n’y réussirent pas; dit Acbmet avec un mouvement d’impatience. • • •
— J’en côhviens ! répondit Zebdani , mais ils continuent ! Donne-leur du temps, et tu verras. Nos émirs eux-mêmes ne se sont-ils pas essayés aux moeurs des pachas ? Leurs dissensions et leurs querelles ne nous ont-elles pas affaiblis tout autant que la guerre? Le sultan n’a -pii pas voulu faire de Saïda' un pachalick, destiné à surveiller, à comprimer, à dompter le Liban?
' — C’est vrai ! c’est vrai ! dirent tout d’une voix Amin et
Yousouf. .
— Et, malgré tout cela, continua Zebdani, malgré leurs forces dix fois supérieures aux nôtres K nous n’avons pas été anéantis par eux. Ils nousmnt opprimés sans nous soumettre.... Nous saignons , mais nous vivons ! Que de fois leur main a tremblé en pesant notre or ! Par combien de révoltes avons-nous tenté- de nous reconquérir ! Il y a cent ans à peine ceux qui habitaient la plaine de Bekaa’ se levèrent et se comptèrent, et les Turks furent refoulés jusque sur les sables du rivage. Mais ils revinrent plus nombreux que jamais, et ainsi ni la victoire ni la défaite ne furent suivies d’une paix durable. Le passé nous instruit.... Il n’y aura point de repos pour le Liban tant que les Turks dormiront à son ombre..,-.
— Est-ce toi qui les chasseras? dit Achmet en haussant les épaules.
— Moi avec d’autres ! Vouloir c’est pouvoir ! Ne dit-on point déjà que l’Egyptien nous vient en aide ? les Maronites ont peut-être encore de la poudre.
— Oui , dit Yousouf et nous la ferons parler. Notre peuple est petit, et, en écoutant ton histoire, j’ai pensé que nous n’avions point d’aussi fières destinées. Qtiand nous vînmes dans ces montagnes', fuyant le sabre et la persécu-