‹ La vierge du LibanChapitre 7 sur 41 · Les dames turques · texte numérisé non relu

Les dames turques

Nous n’avionS échangé ni une parole ni un salut; d’un geste muet elle me permit de reprendre mon siège. Les autres hommes ne s’étaient pas levés, et Amin s’était rejeté dans l’ombre. Elle-même s’assit sur une pile de carreau k, le pied replié sous la jambe, la tête appuyée au lambris de cèdre du sélamik , en abaissant ses longs' cils comme une frange de soie sur ses yèux. Le long voyage avait laissé sa trace de fatigue sur sa joue et autour de ses paupières, cerclées d’uu bistre bleuâtre. Elle appuya son coude sur ses genoux , son menton dans sa main , et renversa en arrière sa belle tête pâle. Deux tresses, blondes comme l’or des blés murs, se déroulèrent sur sa poitrine.

Achmet lisait toujours.

Quand il eut achevé, il remit tranquillement sa lettre à la princesse, sans ajouter une parole.

« Eh bien, lit-elle en avançant la main, que dis-tu?

—r Rien.

— C’est là tà réponse ?■ *

— Srtout cela était certain ! ' .

— 1 C’est certain, puisque je le dis ! » reprit la jeune fille.

Un sourire imperceptible glissa sur la lèvre d’ Achmet, qui jeta de mon côté un coup d’œil expressif.

« Le pacha d’Égypte a engagé sa parole à mon oncle l’émir desDruses, reprit la princesse Mirane, et mon frère sert maintenant dans sa garde. • • , .

— C’est un tort! • •-

— Non ! une nécessité. >

— L’Égyptien t’a donc demandé Saphir?

— Demandé ? non 1 il a trouvé plus simple de le prendre 1 »

Le cheikh mordit sa moustache grise.

« Et Comment cela? demanda-t-il.

. — Ibrahim a convié tpus les cheikhs du sud à une grande conférence dans la plaine de Saint-Jean d’Acre....

— Y sont-ils allés?

— Presque tous!

— Par la barbe de Hackem, fils de Dieu, Dieu luimême, çe sont des fous! Et qu’a fait le pacha? Vv

— Il les a traités comme des princes. Il a offert des costumes et des abahyas 1 aux plus vieux, et des sabres d’honneur aux jeunes hommes. On a mangé et fumé teute la nuit, et le lendemain....

— Achève donc ! . .

— Le lendemain le pacha d’Egypte a déclaré que pour donner une marque de confiance aux cheikhs du Liban, il incorporait dans sa garde un fils de chaque famille.

— Et qu’ont-ils répondu?

— Quelques-uûs ont voulu, résister.; mais Ibrahim a prié à la façon des maitres qui ne veulent point qu’on les refuse. G’est ainsi que Saphir est resté près de lui.

— Et où sont maintenant les Égyptiens?.

— Dans la plaine de Bekaa.

— Où vont-ils? ‘ •

— A Constantinople, par Damas.

— G’est Je chemin le plus long. '

— G’est celui des conquérants.

— Et tu penses que le plau de l’émir et du pacha peut

réussir? . . *

— Oui, si les Maronites le secondent.

— Le voudront-ils ? . . '

— Je vais demain chez leur prince.

— Va, et que Dieu te conduise ! mais- je doute-,...

— Tu doutes toujours, reprit la jeune fille avec un sourire hautain. Et pourtant ! reprit-elle en s’animant un peu, Druses et Maronites, tous fils du Liban, que ne pourrionsnous point si nous étions unis? Sur un signe des émirs, nos armées se lèvent : tu sais si elles sont braves.... Dans nos montagnes, sur ce sol cher et sacré de la patrie, elles seraient invincibles. Debout! et chassons les Turks! Pour

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