Scène V
FANNY, AMEDEE DE CHARANCE et GASTON
DE CHARANCE
De Charance. — Eh bien, il est parti?
Fanny, très simple, cherchant le ton de voix de la conversation. — Il vient de s'en aller...
De Charance. — Alors T. ..
Fanny. — Eh bien... eh bien, il n'y a rien à faire...
De Charance. — Ah ! C'est votre impression ?...
Gaston. — Que s'est-il passé?... Racontez. Vous avez parlé de noius, vous avez parlé en notre nom?...
Fanny. — Si j'ai parlé de vous? Je crois bien! Je n'ai fait que cela. Il m'a répondu que tout lui était absolument égal... que, d'ailleurs, il ne se battrait pas...
Gaston. — Ah ! ah !
Fanny. — Qu'il était décidé à opposer une fin de non-recevoir à toute provocation, à toute démarche ou agression... Voilà!... Nous avons va ce que nous voulions voir. Il ne nous reste plus qu'à nous en retourner... à Paris, et au plus vite!
De Charance. — A nous en retourner... Vraiment... tel est votre avis?...
Fanny. — Dame! Que voulez-vous que nous fassions de plus ? Nous avons tout épuisé. De quoi avons-nous l'air, à la fin?... D'une noce de vaudeville!... Voyez-vous ce cortège emboîtant le pas derrière cet homme et cette feipme... Mes amis, il n'y a plus qu'à rentrer chacun chez nous, prendre notre parti de l'irrémédiable et faire au moins que nous ne devenions pas risibles.
De Charance. — Je ne crois pas, madame, qu'on puisse se moquer d'un père qui se défend: avec désespoir et qui se défendra avec toute la force de son indignation, je vous le garantis. La résignation vous yient avec • facilité ! Après tout, vous ne dépendez que de vous-même; il y a moins d'affaires engagées, moins de choses en jeu de votre côté que du nôtre...
Gaston. — Mais, madame...
De Charance, lui imposant silence. — Une seconde, Gaston... Madame, vous nous conseillez à chacun la résignation et le renoncement que vous nous distribuez avec un sang-froid que vous n'aviez pas hier encore, et...
Fanny. — Je ne l'avais pas hier, parce que je n'étais. pas peiisuadée encore de l'irréparable, je ne m'étais pas heurtée moi-même à l'impossible comme je viens de le faire...
De Charance. — Justement, madame, voilà où je voulais en venir. Dans mon effondrement, moi, je n'ai plus qu'une idée: que notre honneur s'en sorte avec le moins d'atteinte possible. Je vous propase une solution légale, amiable...
Fanny. — Je ne comprends pas, que voulez-vous dire?...
De Charance. — C'est très simple. Puisque vous abandonnez, dites-vous, complètement la partie et renoncez à tout espoir, mettons-nous, socialement, en règle. Divorcez! Quel que soit notre sentiment de tristesse, je crois que ma femme, comme nous, consentirait à sauver l'honneur de la maison et de sa fille. L'union de ma fille à son séducteur ne serait plus qu'une demi-honte, qu'un demi-désespoii*.
Gaston, — Mon père a raison,
Fanny. — Vous en avez de bonnes, vous I... Tiens, parbleu, je comprends çal Et moi, là dedans?...
Gaston. — Mais, madame, n'est-ce pas vousmême qui, à l'instant, parliez de renoncement.
Fanny. — Renoncer, oui.:, mais, divorcer au bénéfice de, votre fille?... Ah! non, par exemple, non, vous n'y pensez pas ! Ça se lit dans les romans, ees choseslà, cher monsieur. Me voyez-vous... pour le bonheur de celle qui me l'a pris...
De Charance. — Oh! bonheur^.
Fanny. — ...aller jusqu'à cette abnégation. Ça deviendrait de la bêtise. Je n'ai pas ce sublime-là dans mon cœur!... Douleur, résignation, soit! Mais pas ce petit marché!
De Charance. — Nous n'insistons pas... Je lançais d'ailleurs cette proposition comme une dernière bouée de sauvetage... à tout hasard!
Gaston, insistant. — Cependant, père, il ne dépendrait que de nous...
Fanny, agacée. — Tiens, parbleu! Jamais! jamais^ vous entendez, et quand je dis quelque chose... je le tiens, jeune honune!
Gaston, se levant avec rage. — AJors, pas de réparation possible, pas de duel... rien... C'est bon! Je sais ce qu'il me reste à faire...
Fanny. — Hein?
Gaston. — Puisque ce. lâche refuse jusqu'à mes témoins, jusqu'à nos entrevues, fuit comme un pleutre, se dérobe avec- la dernière des bassesses, eh bien, moi, je te jure, père, que nous, aurons la réparation vonhie. Notre honneur sera vengé...
Fanny. — Qu'est-ce que vous venez de "dire, vous? Répétez, répétez...
De Charance. — Voyons, Gaston, du calme. Nous n'avons plus rien à faire ici. Viens marcher dehors, mets ton chapeau et allons-nous-en...
Fahny, — Oh! mais ne croyez pas que je vous lasserai partir comme ça! Vous venez de laisser échapper. une parole imprudente... vous allez m'e:i donner l'espHcation.
De Charance, ironique. — Vous le défendez, maintenant, avec une ardeur!...
Gaston. — Je n'ai pas dit, madame, quelles étaient mes intentions...
Pannï. — Vous ne l'avez pas dit... non, vous l'avez hurlé I Et puis, je voua connais, vous êtes un cerveau brûlé, un brouillon... Vous êtes capable de tout. Quand voua éles monté, vous perdez la têle. Voyons, monsienr, dites comme moi,., voulez-vous exhortei' votre fils au calmet Dites que vous l'empêcherez de faire un éclat, des bêtises, est-ce que je sais, moi!... Vous avez déjà eu des histoires avec lui... oui, cette histoire du Jockey-Club, quand on lui a arraché des mains un joueur qu'il avait à moitié éborgné, dans sa rage...
Gaston. — Mais, madame, vous ne savez pas ce que vous dites! Il s'agissait aussi d'une sanction... bieu moins grave, d'ailleurs! Ici, il ne s'agit plus mSme d'une sanction, mais d'un châtimeut.
De Charance. — Mou fib a, comme son père, les sentiments de l'honneur très profondément ancrés
1 lui.,.
Fanny. -
Oh! r
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inouï à la fin!.., Votr
faute! Son crime! Il
mon mari. Hilais, votre
un petit peu... II serait temps
là, affalés, à pleurer, autour di
comme s'"
'est que je com- '.'.... par-dessus la têle! C'est honneur, votre honneur! Sa 'est jamais question que de }ur. à la fin, si on en parlait les tons ■Rinilé perdi
s'agissait d'un deuil national !... Si mineure qu'elle soit, on ne viole pas une femme sans son consentement...
De Chahance. — Madame, ce ton de votre part est inadmissible...
Gaston. — Ma sfenr était la plus respectable et la plus respectée des jeunes filles...
Pannï. — Allons, allons, des choses qu'on dit!... Cela n'empêche pas que je l'aie vue, de mes propres yeuï vue, à Dinard, à Paris, frotter ses jupes après lui.. C'était scandaleux!...
De Charance, — Madame, encore une fois, je ne tolérerai pas ce langage.
Fanny, — Oh! tolérez ou ne tolérez pas, je dirai ce que j'ai sur le ctcur, à la fin... J'éclate! Rappelezvous les jolies lettres de cette petite. Une inno-
cente!... Elle est bien bonne!... Mais c'est elle qui courait après lui et qni sait si, dans toute cette histoire, ce n'est pas mon marï qui a été le naïff C'est d'elle que vient notre malheur à tous, et il faudrait encore peut-être que je divorce pour lui faire plaisir!...
De Charance. — Je ne voua ai rien demandé, madame, vous détournez le sens de mes paroles, et, en tout cas, je ne vous permets pas de porter sur ma famille les jugements que...
Fanny. — Votre famille!... Plût à Dieu que je ne l'eusse jamais rencontrée... Nous serions heureux, à cette heure!... Votre famille exécrée!...
De CHAnANCf:. — La colère vous emporte, vous ne savez plus ce que vous dites... Je pensais, madame, <|ue nouîi étions veiias en amis tous les trois...
Fanny. — Ça aussi! Parlons-en de cette jolie amitié !... J'ai encore votre ton insultant dans l'oreille quand vous m'avez annoncé avec cette brutalité mon désastre, qui valait bien le vôtre... Jusque dans le voyage, vous m'avez humiliée, vous avez fait saigner mon cœur et mon orgueil. Et mùntenant que mon bonheur est ruiné, vous voulez vous acharner
Db Chabance. — Viens, Gaston, nous n'avons plus rien à faire ici...
Gaston. — Oui, père. Je sais ce qu'il me reste à
Fannt. — Eh bien, partez. Allez, toute la famille!... Allez donc' Mais n'ajez pas le malheur, vous, mon garçon, en tendez- vous, n'ayez pas le malheur de toucher a un seul de ses cheveu:, ou c'est à moi que vous aurez affaire
Gaston. — Je ne dépends que de moi-même!
De Charance, renitiinam. — Viens, Gaston, yiens !
Fanny, — Essayez!
Gaston, — Je n'ai d'ordres à recevoir de per-
Fannt, à la poric. ■ — A un seul de ses cheveux... Essayez ! Essayez !... (De la porte, dan» rafto1«ineni,
oui haut au témoin absent.) Marcel, Marcel, si tl n'entendais, si tu entendais ce que je viens d lire là!...
Vierge folle (M'i' Mou
L' 1 LLUSTRATl ON THEATRALE