Scène VI
Les mêmes, GASTON DE CHARANCE
Gaston. — Bonjour, philippine... (On ne répond pas.) Eh bien, quoi?... vous avez Pair aliuris comme si j'annonçais quelque cliose d'extraordinaire, (il s'avance vers Diane en riant.) J'ai jrnjrné ma philippine... tu ne te rappelles donc pas... hier au déjeuner? Reviens à toi, Dianette, et paye.
Il lui tend la joue.
DiANB. — Ah! ouï... Je n'y pensais plus...
Gaston. — Je serais bien monté ce matin dans ta chambre, te faire la blague, mais on m'a dit que tu étais malade. Qu'est-ce qu'elle a eu, notre .tros/?o nationale? Ce n'ast pas sérieux?
La Duchesse. — Non, non, des maux de tête, une migraine.
Gaston. — Pauv' tit bichon! Je te trouve mauvaise mine d'ailleurs... (il contemple leur gêne.) Dites donc, ce n'est pas une farce?... C'est que vous avez tous les trois un air de circonstance, si j'ose m'exprimer ainsi!... Un beau ])arti?
Le Duc. — Tu divagues ! Noils sommes simplement ennuyés de la santé de ta sœur.
Gaston. — C'est votre faute aussi!... Qnand on voit, à trois heures de l'après-midi, une jeune fille flanquée de ses parents... et les yeux rouges encore, voyons, ce sont les suppositions les pins élémentaires? (Riant avec tact.) Du reste, ça ne me renarde pas; mettez que je n'ai rien dit. Au fait, pai)a, vous savez que je préside, demain soir, le dîner de la jeunesse royaliste. Je suis chargé de vous inviter: du moins, si vous voulez leur faire l'honneur de venir fumer un cigare après dîner, ils vous en auront une reconnaissance sans borne.
Le Duc. — Je venai.
Gaston. — Le dîner a sa raison d'être: il s'agit d'une fusion en l'A. G. R. et la S.
Le Duc, interrompant. — Attendez... Est-ce qu'on n'a pas sonné?...
Il va à la porte du fond et l'cntr'ouvre pendant que les autres parlent.
Gaston. — Alors, tu souffres sérieusement?
Diane. — Vn peu, en tout cas.
Gaston. — Tâche d'être remise avant dimanche, car tu sais que tu as l'honneur de conduire le mail jusqu'à Chantilly. D'Artigny, le jeune d'AplincouH... tes deux prétendants... en bavent d'avance... Ne leur fais pas cette désillusion. Pas de surmenage!... Ditesmoi, maman, est-ce qu'elle a la semaine très chargée? Tu dînes chez les d'Ecleville, demain, n'est-ce pas?
Diane. — Je ne sais pas si nous irons.
Gaston. — En tout cas, après demain, il y a la matinée des Bellines. Et, le soir, lui pennettrez-voiis de venir aux Français, maman; je crois que c'est un peu risqué pour elle... Je ne vous conseille guère de I V mener...
La Duchesse. — Je ne penâe pas qu'elle soit d'ailleurs remise d'ici là.
Le Duc, pariant au domestique. — Qui est-CcT (Le
domestique explique à voix basse.) Faites entrer dans le petit salon. (li descend en hâte.) Laissez-uous, votre mère et moi, s'il vous plaît... une visite à recevoir.
(A Diane.) Toi, monte dans ta chambre, (Se reprenant.)
enfin... conMne tu es souffrante, je veux dire, monte
te reposer. (Il prend à part la duchesse.) C'ast elle.
La Duchesse. — Déjà?... (Haut.) Allez, mes enfants. Gaston, laisse ta sœur se reposer là-haut.
Gaston. — Mais je n'ai aucune intention de l'embêter. Je dois moi-même ressortir dans quelques instants.
Le Duc, bas à Diane. — Va, nous reprendrons cette convereation tout à Tlieure.
Diane. — Bien, papa.
*Elle sort.
Gaston, sur le seuil. — Séneasement, vous n'êtes pas inquiets? Elle n'est pas malade? Il n'y a rien enfin?
Le Duo. — Rien du tout, je t'affirme... nous n'avons pas la moindre inquiétude à son é^rd... deux cachets d'antipyrine et il n'y paraîtra plus.
Gaston. — N'oublies i)a.s de me donner une réponse pour le dîner.
Le Duc. — Ce soir... ce soir... (Gaston sort. I,e duc rt la duchesse seuls. Mouvement de la duchesse.) Je VOUS
en prie, je sais ce que j'ai à faire...
La Duchesse. — Mais si, par hasard, elle ne se doute de rien, ne soyez pas trop brutal!
Le Duc. — Allons donc, ma chère, ces frens-là ont depuis lonsflemps approfondi leur propre moralité! Et si cette femme ne connaît pas la faute entière de son mari, du moins elle n'ii?nore pas qu'il en était capable. Ne soyons pas plits lonp:temps des imbéciles! Nous avons été cambriolés purement et simplement par des gens douteux avec lesquels non*:, n'aurions jamais dû noiLs commettre. En les exécutant, d'ailleui^, je ne me livrerai à aucun écart. N'ayons qu'un but désonnais: .sauver Dianette. Il faut que j'agisse en chii-urgien. Restez ou ne restez pas, comme vous le voudrez, mais ne vous interposez pas.
La Duchesse. — Je ne ferai que vous assister.
Le duc sonne.
Le Duc, serrant les dents. — ...Ce u'cst pas lui, mais c'est déjà un peu comme si c'était lui!... Ça fait du
bien ! (il ouvre vigoureusement la porte du petit salon.)
Entrez, madame.
Entre M Armaury, elle s'avance, souriante, la main tendue, et va directement ù la duchesse.