‹ La vierge immaculée [microforme]Chapitre 19 sur 79 · UNE PAGE DE L'HISTOIRE DU DOGMF DE L'IMMACULÉE CONCEPTION · texte numérisé non relu

UNE PAGE DE L'HISTOIRE DU DOGMF DE L'IMMACULÉE CONCEPTION

Un jour, dans la Grande-Bretagne, deux Frères Mineurs, ayant rencontré dans les champs, un jeune Pâtre, dont les parents étaient de Pauvres laboureurs, le prièrent de les conduire chez son père pour y recevoir l'hospitalité : l'enfant les accompagna à la maison paternelle où ils prirent un peu de repos, qu'ils sanctitièrent en apprenant au petit pâtre à prier Dieu. Ils ne furent pas peu surpris de voir que cet enfant, qui ignorait même l'Oraison Dominicale, ne l'eut pas plutôt

entendu réciter une fois qu'il la répéta sans hésiter, ainsi que les autres Prières qu'ils se plaisaient à luë enseigner. Charmés de ces heureuses dispositions dans. un enfant jusque-là inculte, ils Proposèrent aux parents d'emmener leur fils avec eux, afin de l’élever dans. leur communauté. La proposition fut acceptée.

Le petit pâtre, devenu Religieux dans l'Ordre des Frunciscains, était reçn docteur à l’âge de dix-neuf ans, et trois ans après, il occupait, avec éclat, la chaire: de Théologie à la célèbre Université d'Oxford.

En 1305, nous le retrouvons à Paris, où le Ministre général de l'Ordre l'avait envoyé pour y occuper üne chaire à la Sorbonne, qui était alors la première Université du monde. A cette époque, la doctrine de: l'Imnaculée Conception était encore librement discutée dans les Ecoles.

Au sein de l'Université de Paris cette grande question était vivement agitée; la doctrine de l'Immaculée- Conception comptait des adversaires nombreux, et surtout redoutables par leurs talents et leur réputation. Emu de ces conflits et voulant y mettre fin, le Papeordonna qu'une discussion publique aurait lieu dans cette Université, en prést ace de ses Légats. Les Frères Mineurs, partisans déclarés du privilège de Marie, désignèrent Duns Scott pour défendre leur thèse; c'était le jeune Docteur d'Oxford. Duns Scott avait une dévoticr spéciale à l'Immaculée Vierge Marie dont ik

avait reçu, étant encore au Noviciat, une insigne fa-

veur.

Au jour fixé pour la controverse, on vit accourir une multitude de docteurs: l'assemblée était des plus ‘imposantes, Duns Scott, l'invincible champion de Marie, se dirige en compagnic de ses frères vers la Sor-

bonne. Plaçant toute sa confiance en Dieu et dans sa glorieuse Mère, dont il allait défendre les prérogatives,

il se prosterna devant une statue de cette Vierge Immaculée et lui adressa cette humble prière: « Dignare me laudare te, Virgo sacrata : da mihi virtutem constra hostes tuos — Vierge sucrée, daignez me permettre

de publier vos louanges ; donnez-moi la force de

triompher de vos ennemis!» Et voilà que la statue . de Marie se pencha doucement vers lui, comme pour l'assurer que sa prière était exaucée. Depuis lors, la statue miraculeuse conserva cette posture, pour redire aux siècles qui suivirent l'amour maternel de Marie pour son fidèle serviteur.

Encouragé par ce gage de la protection céleste, Scott se présenta à l'illustre assemblée: dès qu'il parut en chaire, on s'étonna de sa jeunesse, et plusieurs jugeaient qu'il y avait de la présomption de «a part à vouloir lutter tout seul contre tant de docteurs qui avaient blanchi dans l'étude des sciences sacrées. Scott expose avec une modeste assurance le sujet de la controverse, et demande ensuite ce que

l'on avait à CPposer au privilège de Marie. Plus de deux cents docteurs se lèvent tour à tour pour combattre sa thèse ; quand tous ont donné leurs objections, Scott parle À son tour ; il reprend d'abord, en les résumant, les deux cents arguments pré- : sentés par ses adversaires. Avec unc puissance de mémoire vraimeut prodigieuse, il les répète tous, dans l'ordre où ils avaient été exposés ; il les résout ensuite un à un, explique les textes de l'Ecriture, des Conciles et des Pères qu'on lui avait opposés, établit le vrai sens qu'il faut Jeur donner et Prouve qu'ils ne sont point contraires au privilège de Marie. Il n'y eut pas d'équivoque qu'il ne démélât, pas de doute qu'il n'éclaircit, pas de sophisme qu'il ne détruisit, pas de raisons auxquelles il ne répondit victorieusement, Les docteurs, les étudiants, tous les membres de cette auguste assemblée l’écoutaient dans un silence profond, admirant ce vaste savoir pour lequel les sciences sacrées n'avaient pas de secret. Quand il eut réduit à néant tous les arguments de ses adversaires, le Docteur Franciscain exposa les ar- &uments qui militent en faveur de l’Immaculée Conception de Marie. Il, développa sa thèse avec tant de clarté et de profondeur, il la soutint avec des arguments si forts et si Convaincants, que ses adversaires ne purent rien lui répondre. Scott se tut et attendit ; le silence qui régnait sur tous les bancs, proclamait

assez haut la victoire du docteur de‘ Marie et la défaite de ses adversaires. Le combat était terminé, les Légats se levèrent, et une immense acclamation se fit entendre, de tous les points de la salle, en l'honneur de Marie Immaculée, et de Scott, son invincible défensur. L’humble fils de saint François s'enfuit pour se soustraire à ce triomphe et alla s'enfermer dans son Couvent.

Le lendemain, les Docteurs de l'Université s'assemblèrent sous la présidence des Légats. Il fut résolu que la doctrine de Scott sur l’Immaculée Conception serait enseignée daus l'Université de Paris, que la fête en serait célébrée avec grande pompe et que le titre de Docteur subtil serait décerné à Duns Scott, Plus tard, il fut décrété que personne ne serait promu au grade de licencié ou de docteur, s'il ne s'engageait Par serment à enseigner et à défendre le mystère de la Conception Immaculée de la très sainte Vierge. Le Souverain Pontife écrivit au jeune Docteur pour le féliciter de son triomphe et lui confirmer le titre honorifique de Docteur eubtil que l'Université lui avait décerné, pour manifester ce qu'il y avait de pénétrant et de perspicace dans le regard de cet aigle qui faisait sa gloire.

Nous aimons à suivre jusqu'à la fin de sa carrière cet illustre défenseur de l’Immaculée Conception; du reste, elle ne sera pas de bien longue durée,

Duns Scott enseignait à Paris depuis environ trois années, lorsqu'il reçut du Ministre général l'ordre de se rendre à Cologne, Pour occuper une chaire dans l'Université de cette ville. Il se promenait avec se3 disciples, hors les murs de la ville, lorsque la lettre du Général lui fut remise. Après l'avoir lue, il prit congé de ses disciples, sans vouloir même rentrer à Paris, quelques instances qu'ils lui fissent, et se dirigea vers la ville où l'appelait la sainte obéissance. Il fit ce voyage à pied, en demandant l'aumône, et évitant soigneusement de se faire connaitre de ceux qui lui donnaient l'hospitalité : exemple admirable de la plus parfaite obéissance, du détachement le plus profond, en même temps que de la plus haute pauvreté.

Ce prince de la théologie scolastique n'avait pas encore atteint sa trente-quatrième année, qu'il était déjà mûr pour le ciel. La ville de Cologne ne devait donc le posséder que peu de temps, mais elle eut du moins l'honneur de garder son tombeau. C'est le 8 novembre 1308 que s'éteignit cctte grande lumière. De temps immémorial, on lui a décerné le titre de Bienheureux, soit en raison de la sainteté de sa vie, soit en raison des miracles qui lui sont attribués (1).

(1) Auréole Sér., Tome IV.

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