CHAPITRE \,.: ASRIÈME
TOTA !ULOUR L'INCOMPARABLE BEAUTÉ DE LA Vni dE IMMACULÉE D'APHUS LES PUS LT LES SAINTS
« En effet (1) les Pères et les Evian: ecclésiastiques, instruits par les ensiirrnents célestes, n'ont rien eu de plus cher dans les livres élaborés par eux pour expliquer les Ecritures, pour venger les dogmes et instruire les fidèles, que de proclamer à l'envi et de prêcher de la manière la plus variée et la plus admirable la souveraine sainteté de la Vierge, sa dignité, son entière exemption de toute souillure du péché et sa victoire éclatante sur le détestable ennemi du genre humain. C'est pourquoi, lorsqu'ils rapportent les paroles par lesquelles Dicu annonçant, dès le commencement du monde, les remèdes préparés dans sa miséricorde pour régénérer les mortels, confondit l'audace du serpent séducteur et releva ainsi merveilleusement l'espérance de notre race, en disant:
() Bulle Znefubitis,
« J'établirai des inimitiés entre toi et la femme, entre sa race et la tienne; »ces Pères enseignent que ce divin oracle a désigné ouvertement et clairement ce miséricordieux Rédempteur du genre humain, savoir: le Fils unique de Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu'il a désigné également sa bienheureuse Mère, la Vierge Marie, et qu'l a indiqué en même temps les inimitiés elles-mêmes de l'un et de l'autre contre le démon. C'est Pourquoi, de même que le Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, en prenant Ja nature humaine, à effacé l'arrêt de condamnation porté contre nous, en l'attachant vainqueur à la croix, ainsi la très sainte Vierge, unie À lui par le lien le plus étroit et le plus indissoluble, perpétuant avec lui et par lui ses inimitiés éternelles contre l'antique serpent, a, dans son complet triomphe, écrasé de son ied immaculé la tête de ce dragon venimeux.
«C'est cette magnifique, cette singulière victoire de la Vierge, c'est son éminente innocence, sa pureté, sa sainteté très excellente, c'est son exemption de toute tache du péché, c'est l'abondance et la grandeur
ineffable de grâces, de vertus et de privilèges qu’elle possède, que les mêmes Pères ont vues, tantôt dans cette arche de Noé qui, par le dessein de
Dieu, est sortie saine et sauve du commun naufrage de l'univers entier: tantôt dans cette échelle que Jacob vit s'étendre de la terre au ciel, dont les
anges de Dieu montaient et descendaient les degrés et dont le Seigneur lui-même occupait le sommet; tantôt dans ce buisson que Moïse vit tout brûlant dans le lieu saint et qui, au milieu des flammes Pétillantes, ne se Consumait pas et ne soufirait ni dommages, ni diminution, mais verdoyait et fleurissait admirablement ; tantôt dans cette tour inexpugnable placée en face de l'ennemi, de laquelle pendent mille boucliers et toutes les armures des forts ; tantôt dans ce jardin fermé dent l'accès ne peut être violé et que nulle fraude et nulle embûche ne peuvent forcer ; tantôt dans cette splendide cité de Dieu, dont les fondements sont sur les montagnes saintes : tantôt dans ce très auguste temple de Dieu, qui, bril. lant des splendeurs divines, est plein de la gloire du Seigneur; tantôt dans les nombreuses figures du méme genre, par lesquelles la haute dignité de la Mère de Dieu, son innocence immaculée et sa sainteté exempte de toute tache, ont été, selon la tradition des Pères, annoncées d’une manière éclatante,
«Pour décrire cette réunion, ou, pour ainsi dire, cette totalité des dons divins et © ginelle de la Vierge,
la pure colombe, la sainte Jérusalem, le trône élevé de Dieu, la maison et l'arche de sanctification que
l'éternelle Sagesse s'est construite; que comme cette Reine qui, environnée de délices et appuyée sur son bien-aimé, est sorue toute parfaite de la bouche du Très-Haut, toute belle et toute chère à Dieu et jamais souillée de la moindre tache.
«Or, ces mêmes Pères et les Ecrivains ecclésiastiques, réfléchissant dans leur esprit et dans leur cœur que la bienheureuse Vierge, en recevant de l'ange Gabriel l'annonce de la sublime dignité de Mère de Dieu, a été, par l'ordre et au nom de Dieu lui-même, appelée pleine de grâce, ont enseigné que cette singulière et solennelle salntation, jusque-là inouie, signi- . tait que la Mère de Dieu était le siège de toutes les grâces divines, qu'eile était ornée de tous les dons du divin Esprit; bien plus, qu'elle était comme un
trésor inépuisable et comme un abime infini de ces mêmes grâces, tellement que, sourtraite À la inalédiction et participant avec son Fils à la bénédiction perpétuelle, elle a mérité d'entendre Elisabeth, inspirée par l'Esprit-Saint, lui adresser ces paroles : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes et béni est le fruit de vos entrailles. »
«De là est venu ce sentiment non noins clair qu'unanime des mêmes Pères, que cette Vierge très glorieuse, pour laquelle Celui qui est puissant à fait de grandes choses, a brillé d'une abondance de dons célestes, d'une plénitude de grâces et d'une innocence
telle qu'elle à été comme un miracle ineffable de Dieu, où plutôt comme l'apogée de tous les miracles ; qu’elie à été la digne Mère de Dieu, et que, rapprochée de Dieu autant que le comporte une nature créée, elle s'est élevée au-dessus de tous les éloges, tant des hommes que des Anges. C'est pourquoi, pour défendre l'innocence et la justice originelle de la Mère de Dieu, non seulement ils l'ont comparée très souvent à Eve encore vierge, encore innocente, encore pure et non encore trompée par les embûches du frauduleux serpent; mais ils l'ont aussi mise au-dessus d'elle, avec une admirable variété de paroles et de sentiments, En effet, Eve ayant misérablement écouté le serpent, perdit son innocence et devint son esclave, tandis que la très sainte Vierge, augmentant sans cesse le don virginal, loin d'ouvrir jamais ses oreilles au serpent, a ébranlé jusqu'aux fondements sa force et son empire par la puissance qu’elle avait reçue de Dieu.
« Aussi, n'ont-ils cessé d'appeler la Mère de Dieu soit-un lis parmi les épines, soit une terre intacte vierge, sans tache, sans souillure, toujours bénie et affranchie de toute contagion du péché terre dont a été formé le nouvel Adam; ou bien un paradis irréprochable, rempli de lumière et de tous les agréments de l'innocence et de l'immortalité, Paradis de délices établi par Dieu lui-même, à l'abri de toutes les embâûches
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du serpent venimeux ; ou bien un bois incorruptible que le péché n'a pu altérer, ou une fontaine toujours limpide et scellée par la vertu de l’Esprit-Saint; ou un temple divin, un trésor d'immortalité; ou l'unique et seule fille non de la mort mais de la vie; un rejeton non de la colère mais de la grâce, lequel, par une providence spéciale de Dieu, est sorti d'une racine corrompue et infectée, sans jamais perdre sa verdure, et en dehors des lois établies et communes, Mais, comme si ces images, bien que de la plus grande magnificence, ne disaient point encore assez, ils ont prononcé, par des propositions expresses et non équivoques, que, lorsqu'il s'agit de péché, il ne pouvait être question de la sainte Vierge Marie, à qui une grâce plus grande a
été donnée pour triompher plus complètement du péché; ils ont ensuite déclaré que la très glorieuse Vierge avait été la réparatrice de la faute des premiers parents, une source de vie pour leurs descendants, choisie de toute éternité et préparée par le Très-Haut; que Dieu l'avait prédite lorsqu'il dit au
serpent: «Je mettrai des inimitiés entre toi et la femme, » et que, sans nul doute, elle écrasa la tête venimeuse du même serpent, C'est pourquoi ils ont affirmé que la même bienheureuse Vierge avait été, par une grâce spéciale, exempte de toute tache de péché, à l'abri de toute souillure du corps, de l'âme
et de l'esprit, et que, toujours vivant avec Dieu, unie à lui Par une éternelle alliance, jamais elle ne s’est trouvée dans les ténèbres, mais constamment dans la lumière, et qu’en conséquence elle a été pour le Christ un tabernacle digne de lui, non pas à cause de la condition de son Corps, mais en raison de la grâce originelle,
« Joignons-y les expressions si belles dont ils se sont servis en parlant de la Conception de la sainte Vierge, lorsqu'ils ont dit que « la nature s'était arrêtée toute: tremblante devant la grâce et n'avait Pas osé poursuivre sa marche, car il devait arriver que la Vierge, Mère de Dieu, ne fût Pas conçue par Anne avant que la grâce eût produit son fruit.» En effet, elle devait être la Première-née par la Conception, elle qui devait concevoir le Premier-né d'entre toutes les créatures, Ils ont attesté que la chair de Marie, provenant d'Adam, n'a Pas contracté les taches d'Adam, et que c’est Pour cela que li bienheureuse Vierge Murie est le tabernacle créé par Dieu lui-même, formé par le Saint- Esprit, tabernacle de Pourpre que ce nouveau Bésélée] a orné et enrichi d'or, et que cette même Vierge est et doit être considérée comme Celle qui fut le premier ouvrage propre de Dieu, qui échappa aux traits enflammés de l'Esprit malin, et que, toute belle par sa nature absolument exempte de souillure, elle brilla aux regards du monde, dans sa Conception Immaculée,
comme une aurore d'une étincelante pureté. Car il ne convenait pas que ce vase d'élection fût soumis. à la corruption commune, parce que, bien différente des autres créatures, Marie n'eut de commun avec \dam que la nature et non la faute. Bien plus, il convenait que le Fils unique, qui a au ciel un Père que les Séruphins proclament trois fois saint, eût sur la terre une Mère qui n'eût jamais été privée de l'éclat de la sainteté, Et cette doctrine fut si fort à cœur aux anciens que par une merveilleuse et singulière forme de langage qui eut chez eux comme une force de loi, ils appelèrent souvent la Mère de Dieu immaculée et absolument immaculée, innocente et très innocente, exempte de tache et de toute tache, sainte et sans souillure du péché, toute pure, complètement intacte, le type et le modèle même de la pureté et de l'innocence, plus belle que la beauté, plus gracieuse que ia grâce, plus sainte que la sainteté, seule sainte, très pure d'âme et de corps, surpassant de beaucoup toute intégrité et toute virginité, seule devenue tout entière le domicile de toutes les grâces du Saint-Esprit et qui, à l'exception de Dieu seul, est supérieure à toute créature, l'emporte en beauté, en grâce et en sainteté sur les Chérubins et les Séraphins eux-mêmes et sur toute l'armée des Anges, celle enfin dont toutes les voix du ciel et de la terre ne sauraient proclamer dignement les louanges
Personne n'ignore que ce langage a passé comme de lui-même dans les monuments de la sainte Liturgie et dans les offices de l'Eglise, qu'il s'y rencontre très fréquemment et qu'il y figure avec éclat, puisque la Mère de Dieu y est appelée et invoquée comme une colombe toute belle et sans tache, comme une rose toujours fleurie, absolument pure, toujours immaculée et toujours sainte, et qu'elle y est célébrée comme l'innocence qui n'a jamais été blessée, comme une autre Eve qui a donné le jour à l’Emmanuel. »