‹ La vierge immaculée [microforme]Chapitre 30 sur 79 · LES · texte numérisé non relu

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passion . mauvaise n'avait jamais troublé la limpidité magnifique. C'était l'œil simple dont parle YEvangile. La bouche, merveilleusement expressive, laissait deviner dans l'âme un mouvement habituel de bonté et de Compassion pour toute souffrance. La physionomie, douce et intelligente, plaisait, et tout cet ensemble possédait un attrait extraordinaire, qui se faisait sentir aux côtés les plus élevés de l'âme. Qu'était-ce que cet attrait, j'allais dire cet ascendant et cette autorité secrète, en cette pauvre enfant ignorante et vêtue de haillons? C'était la plus grande et la plus rare chose qui soit en ce monde: la majesté de l'innocence Ù

Nous n'avons point encore dit son nom. Elle avait Pour patron un grand Docteur de l'Eglise, celui dont le génie s'abrita Plus particulièrement sous la protection de la Mère de Dieu, l'auteur du Memorare, « Souvenez-vous, à très pieuse Vierge Marie, » l'admirable saint Bernard. Toutefois, suivant une habitude qui a sa grâce, ce grand nom donné à cette humble Paÿysanne avait pris une tournure enfantine et champêtre. La petite fille portait un joli nom, gracieux comme elle: elle s'appelait BERNADETTE.

Elle suivait sa sœur et sa compagne le long de la prairie du moulin, et cherchait mais inutilement, parmi les herbes, quelques morceaux de bois pour le fover de la maison.

Les trois petites tilles, cheminant de la sorte, étaient arrivées au fond de l'île du Châlet, juste en face de la triple excavation que présentait aux regards cette grotte de Massabielle que nous avons essayé de décrire plus haut. Elles n’en étaient séparées que. par le cours d'eau du moulin, ordinairement très fort, qui baignait le pied des rochers. |

Or, ce jour-là, le moulin de Sâvy étant en réparation, on avait, autant que possible, fermé en amont la prise d’eau ; et le canal était, sinon tout à fait À sec, lu moins très aisé à franchir: il n'y avait guère qu’un filet d’eau. ;

Tombées des divers arbustes qui F°esaient dans les anfractuosités du rocher, des branches de bois mort tapissaient ce lieu désert, que le desséchement accidentel du canal rendait en ce moment plus accessible que dé coutnme,

Joyeuses de cette trouvaille, diligentes et actives comme la Marthe de l'Evangile, Jeanne et Marie ôtèrent bien vite leurs sabots de bois et traversèrent le ruisseau,

— L'eau est bien froide, dirent-lles en arrivant sur l'autre rive et remettant leurs sabots.

On était au mois de février et ces torrents de la Montagne, à peine sortis des neiges éternelles où leur source se forme, sont généralement d'une température glaciale.

Bernadette, moins alerte ou moins empressée, chétive d'ailleurs, était encore en deça du petit cours d'eau. C'était pour elle tout un embarras que de traverser ce faible courant. Elle avait des bas, tandis que Marie et Jeanne étaient nu-pieds dans leurs sabots, et elle avait à se déchausser.

Devant l'exclamation de ses compagnes, elle redouta le froid de l'eau.

— Jetez deux ou trois grosses pierres au milieu du ruisseau, dit-elle, pour que je puisse passer à pied sec

Les deux glaneuses de bois s'occupaient déjà à composer leur‘ petit fagot. Elles ne voulurent pas perdre leur temps à se déranger.

— Fais comme nous, répondit Jeanne : mets-toi nupieds. Bernadette se résigna, et, s'adossant à un fragment de roche qui etait là, elle commença à défaire sa chaussure.

Il était environ midi. L'Angelus devait sonner en ce moment À tous les clochers des villages pyrénéens.

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