‹ La vierge immaculée [microforme]Chapitre 34 sur 79 · H LA VIERGE IMMACULÉE · texte numérisé non relu

H LA VIERGE IMMACULÉE

fant furent nettes et précises. Elle pouvait être dans l'illusion; mais il suffisait de la voir et de l'entendre pour être certain de sa bonne foi. Sa parfaite simplicité, son âge innocent, l'accent irrésistible de ses paroles, je ne sais, dans tout cet ensemble, quelle autorité étonnante, imposaient la confiance, et, la plupart du temps, déterminaient la conviction. Tous ceux qui la voyaient, sortaient de leur entretien complètement convaincus de sa véracité et persuadés qu'un fait extraordinaire s'était passé aux Roches de Massabielle,

La déclaration d'une petite fille ignorante ne pouvait pourt 1t pas suffire pour établir un événement aussi entièisment en dehors de la marche ordinaire des choses. Il fallait d'autres preuves que la parole d'un enfant.

Qu'était-ce, d'ailleurs, que cette Apparition, en la supposant réelle? était-ce un esprit de lumière ou un ange de l'abîme? n'était-ce point quelque âme en souffrance, errante et demandant des prières ? ou bien telle ou telle personne, morte naguère dans le pays en odeur de sainteté, et se manifestant dans sa gloire ? La foi et la superstition proposaient chacune leurs hypothèses. :

Les cérémonies du Mercredi des Cendres contribuèrent-elles À incliner vers l'une de ces solutions une jeune fille et une dame de Lourdes ? virent-elles dans la blancheur éclatante des vêtements de l’Apparition

quelque idée de linceul ou quelque apparence de fantôme? nous ne savons. La jeune fille se nommait Antoineite Peyret et faisait partie de la Congrégation des Enfants de Marie; l'autre était Mme Millet

C'est sans doute quelque âme du Purgatoire qui implore des Messes, pensèrent-elles. Et elles allèrent trou er Bernadette.

— Demande à cette Dame qui elle est et ce qu'elle veut, lui dirent-elles. Qu'elle encore, comme tu pourrais ‘qu'elle te le mette par écrit.

Bernadette, qui se sentait, Par un mouvement inté. rieur, vivement portée à retourner à la Grotte, obtint de ses parents une nouvelle permission; et le lendemain matin, jeudi 18 février, vers six heure., à la naissance de l'aube, après avoir entendu à l'église la Messe , de cinq heures et demie, elle prit, avec Antoinette Peyret et Mw Millet, la direction de la Grotte.

La réparation du moulin de M. de Laffitte était terminée et le canal qui le faisait mouvoir avait été rendu à son Libre cours; de sorte qu'il était impossible de Passer comme auparavant par l'île de Châlet pour se rendre au but du voyage. Il fallait monter sur le

flanc des Espélugues, en Prenant un chemin fort malaisé qui conduisait à Ja forêt de Lourdes, redescendre ensuite par des casse-cou Jusqu'à la Grotte, au milieu des roches et du tertre rapide et sablonneux de Massabielle

te l'explique ; ou mieux ne pas bien comprendre,

Devant ces difficultés inattendues, les deux compagnes de Bernadette furent un peu effrayées. Celle-ci, au contraire, parvenue en cet endroit, éprouva comme un frémissement, comme une hâte d'arriver. Il lui semblait que quelqu'un d’invisible Ja soulevait ct lui prêtait une énergie inaccoutumée. Elle d'ordinaire si frêle, se sentait forte en cet instant. Son pas devint si rapide à la montée de la côte, qu’Antoinette et M” Millet, toutes deux dans la force de l'âge, avaient peine à la suivre. Son asthme, qui lui interdisait toute course précipitée, paraissait avoir momentanément disparu. Arrivée: au sommet, elle n'était ni haletante ni fatiguée. Tandis que ses deux com- Pagnes ruisselaient de sueur, son visage était calme et reposé. Elle descendit les rochers, qu’elle franchissait pourtart pour la première fois, avec la même aisance et la même agilité, ayant toujours conscience d'un invisible appui qui la guiduit et qui la soutenait. Sur ces pentes à peu près à pic, au milieu de ces pierres roulantes, au-dessus de l'abime, son pas était aussi ferme et aussi assuré que si elle eût marché sur le sol large et plan d'une grande route. M°* Millet et Antoinette. n'essayèrent pas de la suivre dans cette impossible allure. Elles descendirent a: ec la lenteur et les précautions nécessitées par une voie si périlleuse,

Bernadette arriva par conséquent à la Grotte quel-

ques minutes avant elles. Elle se prosterna, commença la récitation du chapelet, en regardant la niche, encore vide, tapissaient les branches de l'églantier.

Tout à coup elle Pousse un cri. La clarté bien connue de l'auréole raÿonne dans le fond de l'excavation; une Voix se fait entendre et l'appelle. La merveilleuse Apparition se trouvait encore une fois debout à quelques Pas au-dessus d'elle, La Vierge admirable

sérénité éternelle ; et, d'un geste de sa main, elle lui faisait signe d'approcher.

En ce moment arrivaient, après mille efforts pénibles, les deux Compagnes de Bernadette, Antoinette

et M® Millet, Elles aperçoivent les traits de l'enfant transfigurés par l'extase, Ceile-ci Jes entend et les voit.

— Elle est là, dit-elle. Elle me fait signe d'avancer. — Demande-lui si Elle est fâchée que nous soyons ici avec toi. En ce Cas, nous nous retirerions. Bernadette regurda la Vierge, invisible pour tout autre qu'elle, écouta un instant et se retourna vers ses Compagnes. « Vous Pouvez rester, répondit-elle. » Les deux femmes s'agenouillèrent À côté de l'enfant et allumèrent un cierge bénit qu'elles avaient apporté, C'était sans doute Ja Première fois, depuis la Création du monde, qu'une telle lueur brillait en ce lieu sau-

vage. Cet acte si simple, qui semblait inaugurer un Sanctuaire, avait en lui-même une mystérieuse solennité.

Tandis que ces rustiques mains, sans doute inconscientes d’elles-mêmes, l’allumaient ainsi en toute simplicité et pour la première fois dans cette Grotte inconnue où priait une enfant, l'aube, blanchissante d'abord, avait successivement pris la teinte de l'or et celle de la pourpre ; et le soleil, qui devait bientôt, à travers et malgré les nuages, inonder la terre de s8 lumière, commençait à poindre derrière la cime des monts. à

Bernudette, ravie en extase, contemplait la Beauté sans tache,

Ses compagnes l'interpellèrent de nouveau :

— Avauce vers Elle, puisqu'Elle t'appelle et te fait signe. Approche-toi. Demande-lui qui Elle est, pourquoi Elle vient iei?... Est-ce une âme du Purgatoire qui implore des prières, qui souhaite qu'on dise des Messes pour elle ?... Prie-la d'écrire sur ce papier ce qu'elle désire. Nous sommes disposées à faire tout ce qu'elle veut, tout ce qui est nécessaire pour son repos. -

L'enfant prit le papier, l'encre et la plume qu'on lui tendait, et s'avança vers l'Apparition, dont le regard maternel l'encouragea en la voyant s'approcher.

Pourtant à chaque pas que faisait l'enfant, l'Appa-

rition reculait Peu à peu dans l'intérieur de l'excavation. Bernadette la perdit de vue un instant et pénétra sous la voûte de Ja grotte d'en bas. Là, toujours au-dessus d'elle, muis beaucoup plus près, dans l'ouverture de la aiche,, elle revit la Vierge rayonnante.

Bernadette, ayant en main les objets qu'on venait de lui donner, dressa sur ses pieds pour atteindre, avec ses petits bras et sa modeste taille, à la hauteur où se tenait debout l'Etre surnaturel

Ses deux Compagnes s'avancèrent aussi pour tâcher d'entendre l'entretien qui allait s'engager. Mais Bernadette, sans se retourner, et comme obéissant ellemême à un geste de l'Apparition, leur fit signe de la main de ne point approcher. Toutes confuses, elles se retirèrent un peu à l'écart.

— Ma Dame, dit l'enfant, si vous avez quelque chose à me Communiquer, voulez-vous avoir la bonté d'écrire qui vous êtes etce que vous désirez ?

La divine Vierge sourit à cette demande naïve. Ses lèvres s'ouvrirent et elle parla :

— Ce que j'ai à vous dire, répondit-elle, je n'ai point besoin de l'écrire. Faites-moi seulement la grâce de venir ici pendant quinze jours.

— Je vous le Promets, dit Bernadette.

La Vierge sourit de nouveau et fit un signe de satisfaction, montrant ainsi sa pleine confiance en la

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parole de cette pauvre paysanne de quatorze ans,

Elle savait que la petite bergère de Bartrès était comme ces enfants très purs dont Jésus aimait à caresser les têtes blondes, en disant : « Le royaume des cieux est pour ceux-là qui leur ressemblent. »

A la parole de Bernadette, Elle répondit, elle aussi, par un engagement solennel :

— Et Moi, dit-elle, je vous promets de vous rendre heureuse, non point dans ce monde, mais dans l'autre. i

À l'enfant qui lui accordait quelques jours, Elle assurait, en compensation, l'étemnité !

Bernadette, sans perdre de vue l'Apparition, retourna vers ses compagnes,

Elle remarqua que tout en la suivant elle-même des yeux, la Vierge reposa un long moment et avec bienveillance son regard sur Antoinette Peyret, celle des deux qui n'était point mariée et qui faisait partie de la Congrégation des enfants de Marie.

Elle leur répéta ce qui venait de se passer.

— Elle te regarde en ce moment, dit la Voyante à Antoinette.

Celle-ci fut toute saisie, de cette parole ; et, depuis cette époque, elle vit de ce souvenir.

— Demande-lui, dirent-elles, si cela la contrarierait que, durant cette Quinzaine, nous vinssions t'accompagner ici tous les jours.

Bernadette s'adressa à l’Apparition.

— Elles Peuvent revenir avec vous, répondit la Vierge, elles et d'autres encore. Je désire y voir du onde.

En prononçant ces mots, Elle disparut, laissant après elle cette clarté lumineuse dont Elle était environnée et qui s'évanouit elle-même peu à peu.

Cette fois-là, comme les autres, l'enfant remarqua un détail qui semblait comme la loi de cette auréole dont la Vierge était constamment entourée.

— Quand la Vision à lieu, disait-elle en son langage, je vois la Lumière tout d'abord ct ensuite la « Dame »; quand la Vision cesse, c'est la « Dame » qui disparaît la première et la Lumière en second dieu.

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