‹ La vierge immaculée [microforme]Chapitre 54 sur 79 · PR ST PP EC · texte numérisé non relu

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me son père l'état de plâtrier, Le dimanche, à la fanfare de l'Orphéon, il remplit, non sans talent, sa partie de trombonne parmi les instruments de euivre. Il a une voix superbe. Si jamais vous allez dans la ville de Nay, vous l'entendrez sûrement à travers les fenêtres de quelque maison en construction ou en réparation: car, sur ces échafaudages, il a coutume de chanter à plein cœur, depuis l'aurore jusques au soir. Vous pouvez écouter, sans craindre que vos orcilles soient blessées par quelque chanson grossière. Ce sont de gdis et d'innocents couplets, parfois même des cantiques, que module cette voix charmante. Celui qui chante n'a pas oublié que c'est à la sainte Vierge qu'il doit la vie! ;

PIERRE DE RUDDER

Au milieu des plaie, des tumeurs, de toutes les lésions matérielles, nous constatons des résultats qui échappent à toute interprétation scientitique. Ils sont non seulement supérieurs aux forces naturelles, mais contraires à toutes lès lois connues, Leur caractère surnaturel s'impose, Pour les interpréter il n'est besoin ni d'études préalables ni de connaissances spéciales ; ils frappent les foules d'étonnement, et donnent à l'histoire de Lourdes le caractère le plus merveilleux.

Je ne crois pas qu'il soit possible de rencontrer une guérison plus étonnante, plus en désaccord avec toutes les lois connues que celle de Pierre de Rudder

Pierre de Rudder naquit à Jabbeke, dans la Flandre occidentale. Ouvrier chez M. de Bus de Gisiguies, à Jabbeke, il revenait chez lui le 16 février 1867, lorsqu'il rencontre sur son chemin les fils de Jean Kuockaert qui abattaient des arbres, Pierre met le pied sur un de ces arbres étendus sur la route: soudain, un autre tombe sur le premier et écrase la jambe du malheureux ouvrier. L'os était cassé à neuf centimètres en dessous du genou. On le transporta chez lui au milieu d'atroces souffrances.

M. Affenner, médecin à Oudenberg, remit la jambe et appliqua un appareil. Cinq semaines après, une grande plaie se forma au pied, et l'os se corrompit. M. Affenaer, déclarant ses soins impuissants à arrêter le mal, Pierre eut recours à M le D Jacques, de Bruges, et puis, à M. Verriert, médecin aussi à Bruges. Ils ne réussirent Pas mieux que leur confrère. Trois autres médecins de Stabille, de Varsena et de Bruxelles ne furent pas plus heureux. Le pauvre ouvrier, après avoir enduré d'affreuses tortures, fut obli. gé de garder le lit une année entière. Enfin, il put se traîner sur deux béquilles. Celn dura huit ans et deux mois. Pierre était pieux dès son enfance. Sa confiance en la Vierge Marie n'avait pas de bornes. ‘Ayant

entendu le récit des merveilles qu'elle opère à Lourdes — Oostacker (1), il sent sa confiance grandir encore et s'écrie: « Puissé-je faire ce pèlerinage ! j'obtiendrai, j'en ai la confiance, ma guérison de cette bonne Mère!»

Mais comment faire ce voyage? La partie inférieure de la jambe tenait faiblement à la supé-

meure; le pied tournait en tout sens; le talon pouvait être porté à la hauteur du genou; les deux parties de los cassé étaient distantes l'une de l'autre de trois centimètres (2) et se montraient à travers les chairs; une grande et profonde plaie était là en continuelle suppuration.

Pierre met tout son espoir en la Vierge de Lourdes. Il se prépare par des prières ferventes à ce pénible pèlerinage. Le 7 avril 1875, appuyé-sur ses béquilles, aidé de sa femme, il se truine vers la station de Jabbeke, éloignée d’une demi-heure de sa demeure. Il met

trois longues heures à faire ce chemin. Trois hommes

G) Lourdes — Oostaker est un beau Sanctuaire érigé en l'honneur de Notre-Dame de Lourdes, à une heure environ de distance de la ville de Gand, en Beigiqne. Il se trouve dans une magnifique pro priété offerte par Me la Marquise A. de C., à côté de son château de Zourtebourne, + 4r l’extrême limite du territoire d'Oostacker. Ce Sanc tuaire est desservi par les RR. PP, Jésuites, et il est très fréquenté. «Les jours de dix mille pèlerins ne sont pas rares, à Lourdes — Oostac ker, nous dit un témoin oculaire, surtout pendant le mois de Marie et les jours de Fête de la Sainte Vierge. »

(2) Pius d'un pouce!

le hissent dans le wagon, qui le porte à Gand. On le transporte avec peine d'abord dans la voiture du tramway, puis dans l'omnibus de Saint-Amand, qui le dépose sur la voie de Lourdes — Oostacker.

Le pauvre estropié se trouvait sur la route bordée d'arbres que les pèierins parcourent le chapelet à la nain. Epuisé de fatigue et de souffrances, il se traine sur ses béquilles, et avec le secours de sa femme, vers la Grotte désirée. Enfin il est arrivé, et, n’en pouvant plus, il se laisse tomber sur un banc. La soif le presse; il demande de l'eau de la fontaine; il en boit et se sent un peu remis. Les autres pèlerins font trois fuis, selon l'usage, le tour de la petite montagne. Pierre veut se joindre à eux; il prend ses béquilles; et, se trainant péniblement, il fait le tiers de ce pèlerinage, arrive ainsi devant la statue miraculeuse et s'assied sur un second banc en face de la Vierge Immaculée.

Alors de son cœur ému montent des prières ardentes. Il demande à Dieu pardon de tous les péchés de

sa vie. Puis levant vers l'image de la Vierge un regard de confiance et d'amour, il la supplie de lui ren-

dre la santé atin qu'il puisse, par son travail, gagner le pain de ses enfants et de leur mère,

Tandis qu'il prie ainsi de toute son âme, Pierre sent tout son être saisi par un trouble étrange. Hors de lui-même, il se lève sans béquilles, passe entre les bancs <t va se jeter à genoux devant l'image de sa Mère...

Après quelques minutes de saisissement et de prière, l'ouvrier revient à lui, et s'aperçoit avec étonnement qu'il n'a pas ses béquilles et qu’il est à genoux, x Mon Dieu, s'écrie-t-il, où suis-je donc?» Puis levant vers la Vierge un regard plein de reconnaissance et d'amour : « O Marie, me voici devant votre image chérie, +. Merci!... Merci!... » Apercevant ses béquilles, il se lève et les dépose contre le rocher de la Grotte...

Sa femme faillit s'évanouir, les assistants pleuraient. Pierre n'entendait, ne voyait rien autour de lui; tout entier à la prière et à la reconnaissance, il achève les trois tours du pèlerinage.

On l'arrache enfin à la Grotte et on le conduit au château de Courtetourne, où l'on constate que la jambe est parfaitement guérie, Les deux parties disjointes se sont rapprochées, les plaies ont instantanément disparu; à peine une légère marque bleue indique la place de la fracture.

Revenu à Jabbeke, Pierre se rend d'abord à l'église pour remercier Dieu, auteur de tout bien. Il rentre ensuite dans sa pauvre chaumière où l'a précédé la nouvelle de sa guérison. Sa fille Silvie l'embrasse en

sanglotant. La pieuse enfant avait de grand matin allumé des cierges devant l'image de Marie. Le petit Auguste ne reconnaît plus son père qu'il n'avait ja-

mais vu marcher sans béquilles !

M. le D' Affenaer, examinant la jambe de Pierre,

laissa tomber de grosses larmes de ses yeux et s’écria: « Vous êtes radicalement guéri; votre jambe est comme celle d'un enfant qui vient de naître. Tous les remèdes humains étaient impuissants ; mais ce que ne peuvent les médecins, Marie le peut ! »

Chaque semaine, le pieux ouvrier revient à la Grotte bénie, où il passe des heures à remercier la sainte Vierge, et il aime à dire à tous la puissance et la bonté de sa Bienfaitrice. Pierre de Rudder est venu en pèlerinage, à Lourdes aux Roches Massabielle, le 9 mai 1879.— C'est un Flamand de pure et sainte race, son interprète a raconté les merveilleuses suites que ce prodige eut À Jabbeke, la patrie de Pierre de Rudder. On célébra en actions de grâces, dans l'église paroissiale, une neuvaine de messes chantées. L'église était pleine chaque jour; on y compta souvent 1500 assistants sur une population de 2000 âmes. Ces neuf jours furent chômés Presque comme le dimanche. Il y avait, à Jabbeke d'assez graves désordres, des danses, et beaucoup de citoyens à principes dangereux ; il n'y a plus de danses, ni de mauvais principes; les compatriotes de Pierre sont devenus bons chrétiens et bons catholiques. (

Le bruit de cette guérison merveilleuse s'est répandu au loin. La science s'en est émue: vingt-deux médecins, dont un de Paris, sont venus visiter Pierre de Rudder. On a aussi compté, parmi la foule des

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visiteurs, trois cents prêtres et quatre Evêques, dont deux étrangers.

Pierre fait presque toutes les semaines, un pèlerinage à la Grotte d'Oostacker. Quand on veut obtenir une grâce, on se recommande aux prières de ce pauvre paysan et on lui demande de faire un pèlerinage à la Grotte. Il y est allé cent dix-sept fois!

Cet homme simple et grand dans sa foi, invincible dans son amour et son dévouement, nous apparait comme le type de la catholique Belgique! (Docteur Boissarie...)

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