‹ La vierge immaculée [microforme]Chapitre 55 sur 79 · MME A. P · texte numérisé non relu

MME A. P

Mieux que tous les raisonnements, l'observation suivante montrera quel caractère peut revêtir, à Lourdes ou dans l'atmosphère morale de Lourdes, la guérison d’un état nerveux compliqué de lésions organi-

ques.

Mme A. P.a toujours été très impressionnable et

a présenté de bonne heure des traces de nervosisme très accusé. À 16 ans, elle perd sa mère. Ce premier chagrin, qui ne laisse d'ordinaire à cet âge qu'une impression fugitive, détermine chez elle des hallucinations et des phénomènes de catalepsie. Elle se marie à 18 ans, et, deux ans après son mariage, à la suite

d'une contrariété, des phénomènes hystériques éclatent dans toute leur intensité. Les hallucinations reparaissent; la léthargie et la catalepsie se succèdent sans interruption. Spontanément, la malade devient étrangère au monde extérieur et reste des heures entières dans un état d'insensibilité complète. Sa main, ses bras, sa tête conservent la position qu'on leur donne, et la rigidité est absolue.

Les fonctions de l'estomac se troublent, et des vomissements, répétés vingt ou trente fois par jour, apportent un trouble profond' dans la nutrition. La famille justement alarmée d’une perturbation aussi grave, dans la santé de cette jeune femme, tient à s'entourer des plus hautes garanties et des conseils les plus autorisés. On conduit la malade au D" Velpeau, en 1858. Celui-ci cherche, dans un traitement local, le remède à tous ces désordres ; il garde la malade à Paris, en observation, et pratique des cautérisations. Ce traitement exaspère les accidents ; la malade rentre chez elle sans amélioration, mais semble pourtant retrouver quelque temps après un calme relatif, On dirait que cette dépense nerveuse a épuisé ses forces, et il se fait une détente momentanée, La période de calme n'est pas de longue durée ; les accidents reparaissent,

La malade revient à Paris et s'adresse à Jobert de Lamballe. Jobert Pratique des cautérisations au fer

rouge, cautérisations profondes, qui ont pour but de détruire tous les tissus malades, Ce traitement est aussi inutile que le premier. Quelques années plus tard, on fait un troisième voyage à Paris, où l'on consulte Nélaton. A cette époque, séduit par les espérances que nc::8 faisait concevoir la méthode de Sims, j'avais conseillé à M A. P. de s'adresser au chirurgien américain, et de chercher, dans une opération nouvelle, un remède plus efficace. Nélaton détourna sagement la famille d'une voie qui pouvait être périlleuse, et qui n'aurait pas eu un résultat utile. La malade revint une troisième fois de Paris, sans guérison, sans amélioration, découragée, désillusionnée. Quelques années se passèrent dans cette triste situation. La famille, désolée, voulut tenter un dernier essai. La réputation de Courty était arrivée jusqu’à nous. De tous les côtés de la France, les malades se dirigeaient sur Montpellier. Mme A. P. part pour cette ville. De nouveaux accidents s'étaient, du reste, développés chez elle. Depuis longtemps, une suppuration continuelle, abondante, indiquait que la lésion constatée dès le début avait évolué et que la métrite avait pris un caractère nouveau, une gravité plus grande. Il y avait quinz ans que la malade était en traitement. Elle arrive à Montpellier en novembre 1873, et reste cinq mois dans une maison de santé, Courty met tout en

œuvre : dilatation avec l'éponge, cautérisation, curage.

248 LA VIERGE IMMACULÉEÉ

Rien ne réussit, la maladie s'aggrave, A la fin, Courty, découragé, reconnait que le mal est au-dessus de ses forces. Il s'excuse des souffrances inutiles qu'il a infligées à la malade, et sa parole, trahiesant sa pensée, il laisse deviner à cette malheureuse femme que son nffection est absolument incurable.

M°* A. P. rentre chez elle en mars 1874. Bien des années se sont écoulées depuis le début de la maladie. Toutes les célébrités ont été consultées, tous les traitements mis en œuvre, et cependant chaque jour le mal progresse. Elle ne peût plus se tenir debout : elle marche appuyée sur deux bras et toute courbée. Ses douleurs sont continuelles, atroces. L'écoulement, toujours plus abondant, d'une Suppuration verdâtre, a

déterminé des érosions, des brûlures à la peau. Tous les soins, toutes les précautions ne peuvent remédier à ces accidents,

Pendant le séjour de Mr À, P. à Montpellier, une malade, également en traitement chez Courty, l'avait engagée un jour à visiter une chapelle appartenant aux Jésuites, où se trouvait une statue de Notre-Dame de Lourdes. La distance était grande. Malgré sa fatigue, elle avait fait ce pèlerinage avec une grande foi et une grande confiance. Le souvenir de l'impression qu'elle éprouva auprès de la statue de la Sainte Vierge, lui est toujours resté présent. Elle ne peut encore en parler suns émotion. Avant de quitter Montpellier,

elle voulut faire une neuvaine dans cette chapelle et se consacrer spécialement à N

Quelque temps après, rne 42 de naissance, qu’elle affect'ornine + de de l'accompagner à 1:

projet à son mari, mais li.

absolu. C'est une folie, dit élémentaire défend cuir air Utimv pourtant par se rendre. Elle part et arrit+ à, lourdes, le 29 août 1874. Elle sait qu’elle ne doit pas suerir, qu'elle a une maladie incurable, elle n: :: inde Pas la santé. Ce qu'elle demande, c'est la résignation aux souffrances, la force de les supporter, la guérison de sa cousine, la conversion des siens.

Elle croit si peu à sa guérison que, pendant les trois : jours qu'elle reste à Lourdes, elle ne prend pas un seul Lain. Le dernier jour pourtant, sur les instances de ses amies, elle consent à boire un verre d’eau, mais toujours dans la même disposition d'esprit. Elle repart de Lourdes et arrive chez elle horriblement fatiguée, Son mari vient la rejoindre, très préoccupé des suites de ce voyage. Il lui demande de ses nouvelles, elle secoue la tête: « Rien n’est changé dans mon état. — Si la Sainte Vierge t'avait guérie, reprend M. A. P. je l'en aurais remerciée tous les jours de ma vie.» Elle se couche en conservant cette pensée: Mon mal est absolument sans remède,

Le lendemain, elle se lève, marche sans fatigue, va, vient, sans aide et sans appui, visite ses colons et ses fermiers d'un Pas assuré, Ces derniers, accoutumés à la voir, depuis de longues années, avec l'empreinte de la souffrance et de la maladie, courbée. pliée en deux, portée plutôt que soutenue, la regardent avec la plus grande surprise. Les membres de la famille, partagés entre la crainte et l'espérance, n'osent encore s'abandonner à la joie que leùr cause ce changement inespéré ; quant à elle, elle est inconsciente du résultat que tout le monde constate, Cependant il faut se rendre à l'évidence. Non s.ulement ses fonctions ont repris en un instant leur jeu, leur intégrité, mais encore cette suppuration qui depuis des mois et des Années, indiquait qu'une plaie, profonde étendait chaque jour ses ravages, s'était turie du soir au matin. Cette plaie, qui fournissait un écoulement abondant, que trois et quatre serviettes avaient peine à étancher, que tous les traitements n'avaient pu modifier, qui s'aggravait même par les eflorts faits pour en arrêter le développement, cette plaie s'était cicatrisée tout à coup.

La malade, au moment de son coucher, était réduite au dernier degré de l'épuisement et de la faiblesse. Elle se réveillait transformée, animée d'une vie nouvelle. Ainsi en un instant, s'était évanouie une maladie qui durait depuis seize ou dix-huit ans, qui se

compliquait d'accidents matériels, visibles et palpable, qui s'était préparée lentement par un ébranlement de toute l'économie ; en un instant la malade retrouvait tout ce qu'elle avait cru perdu!

Depuis lors, quatorze ans se sont écoulés. L'épreuve du temps est décisive ; nous n'avons pas eu une seule rechute. Mme A. P. n’a eu besoin ni de traitements ni de sins; elle a été rendue à la vie commune, ne conservant que le souvenir de ses souffrances passées, Si je n'étais pas médecin, je ferais ressortir tout ce qu'il y avait de généreux et de grand dans cette âme brisée par la souffrance, qui, dans un élan sublime, s'oubliait elle-même pour ne demander que la résignation et prier pour les autres, pour la conversion de ceux qu'elle aimait. Si je n'écrivais que pour des médecins, j'aurais pu donner bien des détails techniques, bien des indications précises, qui caractériseraient suffisamment les lésions matérielles dont j'ai fait mention. Rappelons-nous que déjà, en 1858, Velpeau croyait trouver dans la lésion d'un organe, l'explication de cet ébranlement général, qui se traduisait par des troubles nerveux de tout genre. Après Velpeau, les D" Jobert, Nélaton et Courty, c'est-à-dire les hommes les plus considérables Ce la médecine contemporaine, ont suivi pas à pas l'évolution de cette métrite qui avait fini par altérer les fibres de l'organe, et se compliquait,

du côté de la muqueuse, de plaies, d'ulcérations, ete...

Avec des homm:s d'une autorité aussi considérable, le diagnostic ne peut être un instant mis en doute. Je n'ai pas à l'établir ; je ne dois pas insister davantage sur la nature des lésions.

M®° A. P. est la fille d'un ancien député, la sœur d'un membre du Sénat. Dans le milieu élevé où elle a vécu, milieu aussi attentif qu'éclairé, tous les détails de cette longue maladie ont été notés, relevés avec soin. Dans le récit que je viens de faire, j'ai pu laisser dans l'ombre des points secondaires ; mais je n'ai pu altérer la physionomie générale de cette observation, qui a laissé dans mon esprit une empreinte ineffnçable. Dn reste, dans la famille, dans l'entourage de M® À. P l'évidence de sa guérison s'est imposée nvec une telle clarté, que personne n'a eu un moment de doute. Quand on a vu, pendant des années, une personne aimée plier sous le poids de la douleur, et que soudain elle retrouve sous vos yeux, force, santé, jeunesse; quand on est témoin de ces transformations subites, complètes, l'esprit n'hésite pas, il s'iucline devant la réalité des faits. — «D' Boissarie. . .)

CÉLESTE MÉRIEL

Mnis à côté de ces grands états morbides dans

lesquels tous les éléments de dissolution se trouvent

réuuis, nous rencontrons des guérisons de maladies

nerveuses sans aucun mélange de lésions organiques,

Ces guérisons ont servi de thème à toutes les objections de nos adversaires, On n'a plus voulu voir autour de la Grotte que des hystériques et des troubles fonctionnels.

On a fait des miracles dans les hôpitaux (1). La célèbre Etcheverry, une pensionnaire de la Salpitrière, a reçu l'ordre de guérir d’une paralysie nerveuse, au moment d’une cérémonie du mois de Marie

La paralysi: a disparu à l'heure voulue.

On a fuit des miracles! s'il n'y en avait pas d'autres à Lourdes, je n'aurais pas pris la plume pour écrire le récit de ces guérisons.

Toutes ces paralysies hystériques, qui s'effacent avec l'hypnotisme ou la suggestion, semblent marquer le dernier degré de la puissance de la nature ou de l'art,

Nous les observons aussi : nous voyons ces paralysies s'effacer sous nos yeux; mais. nous ne tenons pas compte de ces résultats,

Là où s'arrête l'action de l'homme, commence à peine l'action surnaturelle, On arrive, dans les hôpitaux, à la limite des forces physiques ; on ne les dépasse pas.

La guérison de Céleste Mériel est plus remarquable

(1) Le démon restera jusqu'à la fin le singe de la Divinité. C’est vieux de plusieurs milliers de siècles. Le pieux Lecteur peut, à cette occasion, rappeler à son souvenir ce que firent les devins devant Moisæ, lors des dix plaies d'Eypte !

que celle d’Etcheverry. Le miracle expérimental n’est qu'un jeu à côté de ce fait étrange, et cependant ce fait nous nc le citons que pour mémoire.

Pour nous, il n'autorise aucune conclusion.

Célste Mériel, âgée de 84 ans, vient de l'hôpital de la Salpétrière, Elle porte un certificat du D' Falret, daté du 18 juin 1888, qui déclare « qu'elle est atteinte de surdi-mutité, et que son état ne l'empêche pas de se déplacer.» Le certificat est un modèle en son genre, il respecte absolument le secret professionnel. Il n’est besoin ni dé titre ni de diplôme pour constater qu'une malade est sourde, qu'elle ne parle pas, et pourtant qu'elle peut monter en Wagon sans danger pour sa vie.

Les guérisons de Lourdes inspirent un tel effroi, qu'à ce seul nom, la plume, la main et la pensée hésitent chez les plus vaillants. Mais qu'avait donc Céleste Mériel ? Veut-on nous tendre un piège ou veut-on éviter un rapprochement entre une maladie organique bien constatée et une guérison impossible à récuser ? Il ne dépendra pas de nous de soulever le voile qui nous cathe l'impression de nos confrères. Depuis 8 ans, ils donnent des soins à cette femme, et depuis 8 ans, ils doivent avoir une idée bien arrétée sur sa maladie,

Céleste Mériel nous dit qu'elle s'est mariée en 1878. Deux ans après, elle fut trouvée le matin dans son lit

AG ASTIOGUE AG 47

AHIVSON

ONDIA JHHLNA

sans Connaissance, dans un état comateux, le côté gauche paralysé, la bouche fortement déviée. Il n'y a pas chez elle de signes prédominants d'hystérie, mais son histoire est celle de beaucoup de ménages parisiens. À peine mariée, les épreuves, la gêne deviennent les hôtes habituels du foyer; son mari la délaisse, sa santé subit une atteinte profonde et une première attaque amène une paralysie qui paraît sans remède, Il faut frapper à la porte de l'hôpital. Elle est soignée deux ans à l'hôpital Necker, dans le service du D' Rigal. Tous’ les remèdes restent sans résultat ; elle est placée comme incurable à la Sulpêtrière, dans le service du D* Charcot, au mois d'octobre 1882, Une nouvelle attaque, survenue deux ans plus tard, lui fait perdre la parole. Son économie, ébranlée par ces secousses successives, se détériore chaque jour. Une double otite, accompagnée d’un écoulement abondant, indique l'usure organique qui va en s’accentuant. Cet otite amène une double perforation du tympan et une surdité très prononcée. C'est dans ces conditions que la malade arrive à Lourdes, paralysée du côté gauche; n'entendant pas et ne parlant 1as. A l'hôpital où on la recueille, on la prend pour une idiote. De fait, elle est étrangère à tout ce qui

se passe autour d'elle, elle ne peut se mouvoir; son œil vague et sans intelligence ne trahit ancune impression. On la porte à la Grotte et à la piscine.

Après un premier bain, elle se redresse sur ses jambes, pose ses béquilles et marche sans appui; elle rentre dans la salle des malades et ne peut manifester que par signes la joie que lui cause cette première guérison. Cette guérison pourtant ne soulève autour d'elle aucun enthousiasme, tant elle est restée jusque-là étrangère à la vie, au mouvement général de la salle,

On la reconduit à la piscine une seconde fois, et la parole lui est rendue. Elle vient nous rendre compte, dans le Bureau des constatations, de l'heureux changement observé sur elle,

Elle commence, dans un monologue interrompu, le récit de ses souffrances. Il nous eët absolument impossible de l'interroger, sa surdité est absolue. Nous ne pouvons communiquer avec elle que par écrit, en lui faisant lire quelques mots. Dans ces conditions, il est impossible de reconstituer son observation, surtout avec le certificat en deux lignes qui lui à été délivré.

Nous renonçons done à poursuivre une enquête impossible et lui donnons rendez-vous au lendemain, sans espoir pourtant de pouvoir arriver à asscoir un jugement sur .ces données, Le lendemain, elle revient, marchant librement, s'exprimant parfaitement bien et entendaut d'une façon normale, Du mardi au jeudi, une vraie résurrection s'est opérée en elle: et la der-

nière infirmité guérie a laissé une preuve irrécusable,

une marque ineffaçable de sa nature et de sa cause.

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