DE CES NOUVELLES ETUDES. XXI
que à son ambition, et de voir s'ouvrir devant lui, quand il croyait avoir atteint le terme, une mine plus riche encore que celle qu'il venait d'exploiter.
Sa première pensée, on se le rappelle, était de rechercher dans le saint Évangile la raison des grandeurs de la très-Sainte Vierge et du culte qui lui a toujours été rendu par l'Église. Pour atteindre ce but, il lui a suffi d'écouter la tradition. Tous les saints Pères, et, entre tous, les Pères de l'Église d'Orient, ne parlent de la Mère de Dieu qu'avec une magnificence de langage et une hardiesse d'expression qui étonneraient dans un auteur moderne ; cependant ils ne donnent d'autre raison de leurs louanges et ne reconnaissent d'autre titre de sa gloire que les faits rapportés dans l'Évangile. M. Nicolas se fait l'écho de toute la tradition, lorsqu'il affirme, et c'est là le premier résultat de ses recherches, que la vie de la Vierge Marie, telle que la présente l'Évangile, est complète, et que la sobriété et le silence de cette vie sont précisément la véritable raison de sa grandeur. Il n'y a de grand, en effet, que ce qui est selon l'esprit de l'Évangile, c'est-à-dire de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Or, la Vierge Marie a possédé cet esprit dans sa plénitude. Qu'on joigne à sa qualité de Mère de Dieu cette autre qualité d'être la première des âmes chrétiennes, le modèle accompli, le type de l'âme que le Verbe fait chair s'est rendu conforme, et l'on comprendra pourquoi sur les lèvres, comme dans le cœur des enfants de l'Église, le nom de Marie vient toujours s'ajouter au nom de Jésus.
Mais on ne pouvait arriver à cette conclusion sans une élude attentive, sans une analyse exacte de l'esprit de l'Évangile, c'est-à-dire de cet ensemble de pensées, d'appréciations, de sentiments qui font une âme
XXU APPRÉCIATION
chrétienne. Il fallait saisir et déterminer ce qui fait le caractère essentiel et incommunicable de l'esprit chrétien. C'est la seconde œuvre et le second mérite de ce livre. Il nous rend la pureté du sens chrétien, comme il nous a rendu la pureté des traits de notre Mère. Il avait premièrement dégagé l'image de Marie des ornements empruntés sous lesquels elle perdait chaque jour davantage de sa grandeur et de sa beauté ; il a de même écarté de l'idée chrétienne tout ce qui lui était étranger, tout ce qui lui appartenait peut-être sans être pourtant ellemême, et il a pu dire : Le Christianisme, c'est la réparation par la pénitence, par l'abaissement volontaire ou généreusement accepté, c'est le sacrifice.
Il y a longtemps qu'on n'avait ainsi donné, dans sa formule la plus simple et la plus vraie, ce qui constitue l'esprit du Christianisme. Depuis soixante ans, les nombreux apologistes de la religion se sont tenus presque constamment sur la défensive et sur la réserve. Ils repoussent les attaques, nient les griefs, affirment peu et semblent ne pas vouloir se mettre à découvert. On leur dit : Le Christianisme met des entraves à l'esprit humain, et ils s'attachent à prouver que la raison n'abdique pas en se soumettant à la foi. On accuse le Christianisme d'étouffer la nature, de dessécher les sources de l'inspiration du pcëte et de l'artiste, et ils attestent l'existence d'une poésie chrétienne et d'un art chrétien. On dit encore que la religion catholique se trouve mal à l'aise avec ce rapide mouvement de la pensée, des institutions et des arts que l'on appelle le progrès, et ils s'efforcent d'établir que la religion accepte le progrès et qu'elle en sert même les intérêts.
Une telle méthode a eu sa raison d'être; ce qui le