LE PETIT ENFANT NOUS EST NÉ ET LE FILS NOUS A ÉTÉ
« DONNÉ. Sa Principauté est sur ses épaules, on l'appel- « lera l'Admirable, le Conseiller, Dieu, le Fort, le Père « du siècle à venir, le Prince de la paix. Son empire « s'étendra de plus en plus, sa paix n'aura point de « borne, il s'assoira sur le trône de David, et sur son « royaume qu'il confirmera et fortifiera, dans l'équité et (( dans la justice, depuis ce temps jusqu'à jamais ^. »
Cette prophétie était célèbre dans tout l'Orient. Les plus anciennes traditions rabbiniques ^ y voyaient le Messie; et l'npplication s'en fait comme d'elle-même, sous la plume de rÉvangéliste, à la naissance de Jésus : « Tout cela advint, dit saint Matiiieu, pour accomplir ce
' Isaïe, cil. VIT, V. H.
« 7/)i(/.,ch. IX, G.
^ Telles f]iie la Paraphrase chnldaïqiie de Jonallian-ben-Uzzel j — la Medrasclnal'bd^ sect. Dcbarim, loi. 2.S7, col. 3; — le livre Ben-Cira, fol. il.verjo, éilit. d'Amslerdain, 1700.
PRÉCONISATION PROPHÉTIQUE DE LA VIERGE. .Sa
« qu'avait dit le Seigneur par le Prophète : La Vierge « concevra et enfantera un Fih, et on le nommera Emma- « nuel, c'est-à-dire Dieu avec nous. »
Que manqne-t-il au prodige de ce témoignage en faveur de la Vierge Marie, soit en grandeur, soit en clarté; et qui est-ce qui est raisonnable et conséquent, de nous, Catholiques, qui, sur la foi d'une telle preuve, lionorons LA Vierge-Mère, ou de ceux qui opposent leur vaine critique à un culte qui a pour hase comme pour objet le Prodige le plus signalé que le Ciel pût donner à la terre?
Examinons rapidement les principaux traits de cette prophétie, et admirons-en tout à la fois la force et la précision.
Dieu veut confondre l'incrédulité de tous les temps ; des Juifs qui devaient renier leur Sauveur dans son apparition mortelle, et des chrétiens plus coupables qui devaient le méconnaître après dix-huit siècles de bienfaits. Il s'y prend 800 ans à l'avance. Il veut faire un prodige et un double prodige : le prodige de l'événement et le prodige de sa prédiction. Il laisse à l'Incrédulité ellemême, représentée par le roi Achaz, le choix de ce prodige, lui disant de le demander ou du fond de la terre ou du plus haut du ciel. Effrayée de cette délégation, l'Incrédulilé se récuse, et alors le Prophète reprend : Dieu luimême vous donnera un prodige, écoutez.
Quel solennel début! et quelle grandeur il donne à ce qu'il annonce ! N'est-il pas permis d'en voir l'impression dans ce proverbe qui avait cours dans l'antiquité : Quand une Vierge enfantera., pour signifier une chose qui ne peut pas arriver? Proverbe, qu'au dire de plusieurs, Rome, dont la fondation est contemporaine de notre prophétie, appliquait à sa destinée, pour en exprimer
la perpétuité ; ne pensant pas qu'elle en signalait le terme.
Mais écoutons la prophétie, et pesons-en chaque mot :
Ecce^ YOici : — Ce premier mot avertit encore de quelque chose de grand et de prophétique; nous le retrouvons dans toutes les grandes prophéties, particulièrement dans celles-ci du Christ et de Marie : Ecce ego vobiscum sum usque ad consummationem sœculi; — EccE beatam me dicent omnes generationes. « Voici : Je suis avec « vous jusqu'à la fin des siècles; — Voici : Toutes les « générations m'appelleront bienheureuse. »
Virgo : nous avons traduit La Vierge^ et non pas une Vierge; parce que c'est là le sens du texte des Septante, il UxpQi'voç, sens que le latin, qui ne connaît pas d'article, ne pouvait exprimer. Qui ne voit la majesté et la portée que cette manière de dire imprime à celte désignation ? La Vierge; c'est-à-dire Tunique, l'incomparable, celle que les prophéties antérieures ont déjà signalée, qui est le sujet et le siège du prodige, le prodige lui-même; et dont le propre a toujours été et sera toujours d'être LA VIERGE.
EccE Virgo concipiet et pariet filium, et vocabitur NOMEN EJus... dit la prophétie. Ecce concipies et paries FILIUM, et vocabis nomen ejus... dit l'Ange à la Vierge dans le récit de l'Evangile. Admirable similitude de termes entre la prédiction et l'événement, qui les confond à travers huit siècles de distance, et où l'Ange de l'Annonciation montre visiblement du doigt, — comme dit Grolius, — le passage de la prophétie d'Isaïe qui va s'accomplir M Oserait-on y voir un calcul ou même une
* Apeile salis angélus digilum intendit ad illa Isaïae qiiae ifa se habent : Ecce Yirgo concipiet, etc. — Annotât, ad Lticam , Oper. Theol., tom. II, vol. I,p. 339.
PRÉCOiN'lSATION PROPHÉTIQUE DE LA VIERGE. 87
préocciipalion qu'attesterait le rappel que TÉvangile luimême fait de la prophétie? Un calcul! cette supposition tombe devant ringcnuité évangélique, qui ne songe pas même cà la repousser. Une préoccupation! Mais voici que précisément rÉvangéliste qui rappelle la prophétie d'Isaïe n'est pas le même que celui qui raconte l'Annonciation : le premier est saint Matthieu, et le second est saint Luc. Que faut-il donc voir dans cette similitude littérale entre la prophétie et l'événement, sinon, porté à son comble, le Prodige prophétique sur lequel repose notre foi?
Et vocabitur nomen ejus Emmanuel, poursuit la prophétie; et vocahis nomen ejus Jesum, poursuit l'Evangile. Si l'on avait pu douter de la véracité évangélique, on ne pourrait s'empêcher de la voir éclater dans celte dissemblance sur le nom du Fils de la Vierge dans la prophétie et dans l'événement; dissemblance qui se trouve sous la plume du même Évangéliste, et qui, en faisant ressortir la similitude sur tout le reste, en prouve, s'il était besoin, la sincérité. — Mais alors cette dissemblance ellemême ne fait-elle pas mentir la prophétie? Nullement. Emmanuel, nous dit l'Évangile, veut dire Dieu avec nous, quod est interpretatum Nohiscum Deus; et que veut dire Dieu avec nous sinon notre Sauveu7\ Dieu avec l'homme, unis ensemble dans la personne de ce divin enfant de la Vierge; de la Vierge que l'Ange salue tout d'abord par cette parole, application vivante du nom &' Emmanuel : « Le Seigneur est avec vous, » Dominus tecum?
Enfin la dernière partie de la prophétie : Le petit enfant nous est né, le Fils nous a été donné, il se7-n appelé l'Admirable^ Dieu, le Fort, etc. ; il s'assoira sur le tisane de David et sur son royaume à jamais, — trouve aussi son ap-
plication littérale dans celle parole de l'Ange aux Bergers : Voici que je vous annonce une nouvelle qui sera pour tout le peuple un sujet de joie ; cor il vous est né aujourd'hui UN Sauveur ; et dans celte autre parole de l'Ange à Marie : Il sera grand et s'appellera le Fils du Très-Haut ; et le Seigneur Dieu lui donneim le trône de David son père, il 7'ègnera dans la maison de Jacob éternellement , et son règne n'aura point de fin : prophélie redoublée dont nous voyons l'accomplissement depuis dix-huit siècles, par le règne de la foi chrélienne, qui n'est autre que la foi de David et d'Abraham en Jésus-Christ, leur Fils eL notre Dieu.
Telle est la grande prophélie d'Isaïe, l'une des colonnes de notre foi.
On y a fait des objections. Mais qu'est-ce que cela prouve si elles ne sont pas fondées? Cela prouve, pour les esprits qui veulent tergiverser avec la vérité, qu'elle est contestable. Cela prouve, pour les esprits droits, qu'elle est invincible. Tout ce qui est contesté est-il contestable? Et n'y a-t-il pas des vérités à la fois si obligatoires et si souveraines, que c'est leur gloire et leur démonslralion d'être à la fois toujours attaquées et toujours triomphantes; de voir se reproduire et se heurter éternellement contre elles des objections pareilles à ces pierres que l'Arabe jette en passant contre la grande pyramide du désert, et qui retombent au pied du monument où l'Arabe qui suit les ramasse, pour en faire de nouveau l'instrument d'une aussi vaine insulte?
Les objections jetées ainsi par les Juifs modernes et ramassées par les mauvais chrétiens contre la prophétie d'Isaïe se réduisent à deux : la première consiste ta prétendre que dans le texte hébreu le mol que nous rendons
par la Vierge veut aussi bien dire Va jeune fille, et n'emporte pas nécessairement l'idée d'un enfantement virginal et merveilleux; — la seconde, c'est que, d'après le sens général de la prophétie, il s'agirait, soit de l'épouse d'Achaz, soit de l'épouse du prophète d'Isaïe.
Nous ne perdrons pas notre temps à discuter longuement ces deux objections, et cela n'est pas nécessaire.
Quant à la première, relative au sens du mot hébreu que nous traduisons par Vierge, nous allons d'abord laisser parler une grande autorité, non suspecte, Grotius :
(( Vainement les Juifs nient-ils (jue la signification du « mot aSvn soit une Vierge intacte; caria plus par- « faite origine de cette signification se tire de la racine « aSy, qui signitie abscondere, principalement parce que « chez les Hébreux, non moins que chez les Grecs, il « était de mœurs, que les jeunes tilles vierges furent soi- « gneusement recluses. » A l'appui de ce sentiment, Grotius cite des exemples grammaticaux tirés de toutes les litléralures, latine, grecque, hébraïque, qui ne laissent pas subsister la moindre hésitation \
Mais cette savante autorité est superflue. Une raison péremptoire vient trancher la question. Cette raison est que ce sont les Juifs modernes, plus prévenus et moins
1 Hug. Grotii OperaTfico]., Amwt. in Mutlhxum, p. 1 i.
Nous avons déjà cité, et nous cilerons maintes fois encore Grotius dans fout le cours de fe volume. Par le c.iractère, le jugement et l'éru- (lifion, on ne peut invoquer aucune autorité plus impo.-ante. Son /l»«o- Kilioii des Evangiles est surtout, par l'étendue et la sobriété de la science cjui y est mise à contribution, un des plus solides monun-ienls de l'esprit liumain. Grolius élait prolestant de naissance et catholique de raison, comme Leibnilz.
instruits que les anciens, qui l'ont soulevée. Les anciens Hébreux, et notamment les Septante, docteurs choisis dans toutes les tribus par le roi Ptolémée, plus de deux siècles avant Jésus-Christ, pour traduire en grec les Livres saints, et dont Toeuvre est considérée par les Juifs modernes eux-mêmes comme presque inspirée, ont traduit Vierge, et même la Vierge.
Ajoutons que l'Évangéliste saint Matthieu, qui a écrit en hébreu, n'aurait pas fait aussi simplement application de cette prophétie à Tenfantement virginal de Marie, si le sens hébreu ne s"y fût prêté notoirement.
Ainsi tombe la première objection, qui, du reste, va recevoir encore une réfutation surabondante dans la réponse que nous allons faire à la seconde.
Quant à cette seconde objection, à savoir que, d'après le sens général de la prophétie, il s'agirait, soit de l'épouse d'Achaz, soit de celle du Prophète, une raison péremptoire vient également nous dispenser d'entrer dans un débat qui, en admettant même quil pût être question d'un autre enfantement quelconque (sur lequel on n'est pas d'accord), laisserait subsister et dominer, comme objet final de la prophétie, l'enfantement divin, dont cet autre enfantement ordinaire ne serait que la figure : cette raison péremptoire, c'est qu'un enfantement virginal et divin peut seul justifier la solennité du prélude de la prophétie, qui annonce un prodige inouï, et peut seul soutenir la vérité, remplir toute l'énergie de ces titres accumulés sur la tête de l'Enfant qui nous est né : l'Admirable, le Conseiller, DIEU, le Fort, le Père du
SIÈCLE A VENIR, LE PrINCE DE LA PAIX.
Calvin, non suspect assurément de ferveur pour la virginité de Marie, a, dans son Commentaire sur l'harmonie
des Évangélistes \ une forte et convaincante discussion, où il établit quil ne peut être question dans la prophétie d'aucun autre enfantement, même figuratif, que de celui de la Vierge, Mère du Sauveur, et il termine ainsi : « Le « propos dont il est question montre évidemment et con- (( traint un chacun de professer que le Prophète parle « d'un enfantement miraculeux et non accoutumé. Il « proteste qu'il leur apporte wnSigne de par le Seigneur, « voire un signe qui ne sera point de la façon commune, « mais qui sera excellent et admirable par-dessus tous « autres. S'il disait seulement qu'une femme enfantera, {( n'eût-ce pas été une grande moquerie de faire un « préambule si magnifique? Davantage, on peut tirer du « texte même un argument qui n'est pas de conséquence « Une Vierge sera enceinte. Pourquoi n'est-il pas fait « mention d'homme? Certes, le Prophète veut montrer
« que ce ne sera point une chose accoutumée Par
« quoi, tenons cela pour résolu, que le Prophète corn- « prend sous ces mots un miracle excellent de Dieu : le- « quel tous les fidèles doivent considérer diligemment « et en toute révérence : et lequel les Juifs profanent a vilainement, transférant à la façon commune de con- « cevoir ce qui s'entend de la vertu occulte et secrète du « Saint-Esprit. »
Les raisons de bon sens se réunissent donc h celles de la science et au poids des autorités antiques et modernes, pour repousser les objections judaïijues tentées après coup contre notre pi-ophétie, à raison même de son importance et de son accord avec l'événement.
N'oublions pas, d'ailleurs, que celte prophétie n'est
1 Page 40, Genève, 1603.
pas isolée, qu'elle est, parmi celles qui précèdent et qui suivent, comme un pic plus élevé dans une chaîne de montagnes qui s'appuient les unes sur les autres, et forment une contiguralion solidaire.
Ainsi, dans cette Vierge (pii doit enfanter un Fils, Dieu, le Fort, Dieu avec nous, qui peut méconnaître la Femme dont la Semence doit écraser l'auteur de notre ruine? qui ne voit que c'est la même prophétie plus éclairée?
Pareillement nous allons la reconnaître dans celles qui suivent.
III. —Ainsi le même Isaïe ouvre son chapitre XI, sur le règne futur du Messie, par cette image où les Juifs sont unanimes à reconnaître l'envoyé de Dieu qu'ils attendaient : « Il sortira une Tige de la racine de Jessé, et la « Fleur montera de sa racine. Et l'Espiit du Seigneur se « reposera sur lui; l'Esprit de sagesse el d'intelligence, « l'Esprit de conseil et de foi-ce, etc. »
Voilà encore le Conseiller, le Fort, sortant de la Vierge, comme la fleur de la tige, et par elle de la i-acine de Jessé. c'est-à-dire de l'humanité dans la maison de David. « En ce jour-là, ;> dit Isaïe, plongeant la vue dans une perspective de vingt-cinq siècles, « ce Rejeton de Jessé sera « exposé comme un étendard devant tous les peuples; les na- « lions viendront lui offrir leurs prières^ et son Sépulcre « sei'a glorieux. »
Et comment la Vierge, qui lui a donné si merveilleusement la vie, n'aurait-elle pas été glorieuse plus encore que le sépulci'e on il la reprend?
PRECONISATION PKUFHKTiyUE DE LA VIERGE. !"3
IV. — Mais voici uno autre prophétie non moins frappante et Irop \)on considérée dans le trait qui nous la fait citer. C'est celle qui célèi)re le berceau tlu Sauveur, comme la précédente vient de clorilier son sépulcre :
« Et toi, Bethléliem. dit le prophète Michée. lu espèce tite entre les mille villes de Juda; mais de toi sortira « le Dominateur en Israël, dont f issue est dès le commen- « cernent, dès l'éternité. » — Écoulez la suite, elle est d'une éblouissante clarté : — «Pour cela. Dieu aban- « donnera les siens jusqu'au temps où Celle qii doit en- « FANTER AIT ENFANTÉ, et Ic restc (le ses frères se conver- « tirent aux enlanls d'Israël. Et il sera ferme; et il (( paîtra son troupeau dans la force du Seigneur, dans « la sublimité de la majesté du Seigneur son Dieu; et « ils se convertiront à lui, parce que sa grandeur écla- « tera jusqu'aux extrémités de la terre. Et il en sera la « paix. I)
Que les incrédules sont donc aveugles et malheureux de ne pas considérer des preuves aussi éclatantes ou d'y rester froids! quel autre que Dieu a pu faire une telle prophétie? Quel autre que Dieu a pu la remplir? Qu'y trouve-t-on qui ne soit clair et historiijue, on peut le dire, plutôt que propiiétique? — La ville de Bethléhem, signalée dans son obscurité comme celle d'où doit sortir sur la terre le Dominateur dont la sortie est de l'Éternité ; Vonfant^tnenf de Celle qui doit enfanter, donné comme le signe de cette grande révolution qui doit remplir les antiques promesses faites aux Juifs, convertir à leur foi tout le reste de la race humaine, et ne faire de tous qu'un troupeau que le Pasteur divin régira avec une majesté qui éclatera jusqu'aux extrémités de la terre
dont il sera la paix; Et erit iste Pax : — quelle prophélieM
On n'y remarque généralement pas assez le trait en vue duquel nous l'avons citée -.jusqu'au temps où Gelie QUI DOIT ENFANTER ENFANTERA : c'est ainsi quc Sacy traduit vsque ad hoc tempus Quo parturiens pariet. Il a suivi riiébreu qui, au lieu de parturiens porte pariens, légère différence qui autorise néanmoins sa traduction Celle qui doit enfante?', dont le propre est d'enfanter.
Comment ne pas voir, dans ce trait du tableau, la Maternité de Marie? Remarquez comme tous les autres traits concourent à lui donner celte signification : d'abord Bethléhem signalé comme le lieu d'où sortira Celui q ni doit régner dans Israël, premier trait qui, en marquant le lieu de la naissance, approche de la naissance même. — Ensuite la naissance éternelle vivement caractérisée par ce second trait : Dont la génération est dès le cojnmenccmcnt, dès l'éternité. — Puis la naissance temporelle immédiatement après : Dieu laissera les siens jvsquau temps ou Celle qui doit enfanter ait enfanté. — Enfin cet enfantement posé comme le point d'intersection des temps anciens et des temps nouveaux, de ce ressouvenir des antiques miséricordes pour les siens, recordatus misericordiœ suce, que Marie chante dans son cantique, et de la vocation des Gentils dont elle voit les prémices apportés par les Mages aux pieds de la crèche de Bethléhem. — Que peut-on voir de plus indiqué que le rapport de tous ces irai'.s, et par conséquent de plus justifié que l'application que nous faisons à Marie
^ C'est assurément à celle prophétie et à cc'le d'isaïe que remontent ces oracles sibyllins dont Virgile a si poétiqupment fait résonner le souflîe dans son églogue : Pacatumqiie reget patriis virlutibus orbem.
PRÉCONISATION PROPHETIQUE DE LA VIERGE. flo
de celui ci : Jusqu'au temps oh Celle qui doit enfanter ait enfanté?
Enfin le rapport tout particulier de cette prophétie avec la grande prophétie d'Isaïe : Ecce Virgo concipiet, vient mettre le comhle à la certitude de cette conclusion. Pour apprécier toute la force de ce rapport, il faut savoir que Michée est Fabréviateur d'Isaïe, comme saint Marc l'est de saint Matthieu; qu'il marche sur ses traces jusqu'à le répéter mot à mot, comme on le voit dans tout le chapitre qui précède cette prophétie; et dès lors, dans ces paroles : Jusqu'à ce que Celle qui doit enfanter ait enfanté, il n"est pas possible de ne pas voir une allusion à celles-ci : Voici : la Vierge concevra et enfantera; allusion complétée par les qualifications extraordinaires et synonymiques données de part et d'autre au fruit merveilleux de cet enfantement, appelé Dieu avec nous dans Isaïe; Issu de l'étomilé et notice frère, dans Michée.
Tel est au surplus le sentiment des plus grands maîtres dans la science de l'interprétation biblique, notamment de saint Jérôme et dTusèbe.
Nous avons dû insister sur cette prophétie de Michée, parce que généralement on ne l'invoque que pour son Irait le plus éclatant, la désignation de Bethlékem , négligeant trop ce qui vient après et qui n'est pas moins remarquable : et puis parce que, indépendamment de sa valeur propre, elle donne à la prophétie d'Isaïe, autant qu'elle en reçoit, une force de confirmation irrésistible.
C'est surtout ce rapport, cet enchaînement des prophéties entre elles qui, en les complé'ant et les confirmant les unes par les autres, en fait un ensemble puis-
sant à l'éprouve de toutes les arguties qu'on pourrait tenter contre chacune d'elles en particulier.
V. — Voici une cinquième prophétie, qui, par le rapport manifeste qu elle a avec celles que nous avons vues jusqu'ici, vient accroître cette force d'ensemble et en profiler.
Comme Isaïe, Jérémie annonce à la terre que Dieu lui prépare un Signe, un Prodige inouï, plus encore : « Le ((Seigneur, dit-il, a Crée une Nouveauté sur la terre. » Creovit Domimis novum super terrum...
Avant de poui'suivre, remarquons la pi'ofonde énergie de ces expressions. Dieu, qui a créé le ciel et la terre, peut y faire des prodiges en suspendant les lois de la création; mais ce qu'annonce le prophète est plus que cela, c'est une création même, creavit. Ce mot Créer^ qui, à la différence de celui de faire, emporte avec lui l'idée, non pas d'une opération seulement, mais d'un pi'incipe à part, et qui n'apparaît que trois fois dans la Genèse : i° lorsque Dieu crée la matière première, d'où il tire ensuite Tunivers: 2" lorsqu'il y ajoute le sentiment en créant les animaux; 3° lorsqu'il y inspire l'intelligence en créant l'homme à son image; ce grand mot donc qui emporte toujours avec lui l'idée d'un ordre nouveau, reparaît ici pour exprimer sans doute quelque chose de supérieur à la création première. C'est ce que contlrment les expressions qui suivent : Xovlm super TERRAM, « une Nouveauté sur la terre : » non pas un miracle, suspension passagère des lois de la nature qui reprend ensuite son cours; mais une création nouvelle et permanente sur la ferre, comme celles qui ont précédé,
et qui doit leur ôlre supérieure, par cela môme qu'elle est nouvelle.
Or, quelle est cette nouvelle création?
La voici : Femina ciucumdabit yirum, « une Femme (( enceindra un homme^ »
Disons tout d'abord que les plus anciens et les plus vénérés interprètes juifs, tel que le rabbin Haccados, que les Juifs appelaient notre saint Maître, et d'autres, ont confessé qu'il s'agissait là du Messie, V Homme par excellence, l'HoMME-DiEu, fait de la Femme, dans la plénitude des temps ^ comme la femme a été faite de l'homme h leur origine; non par une génération ordinaire, mais par un acte créateur, où Dieu seul emploie sa toutepuissance, sans le secours d'aucune créature : Creavit Do mi nus.
Deux caractères, dans l'événement annoncé, justifient cette grande expression de Création qui lui est appliquée : le premier, c'est que c'est un enfantement virginal, la Femme seule étant montrée comme le sujet de l'action, Femina circumdabit : le second, c'est que c'est un enfantement divin, l'objet de cet enfantement n'étant pas un enfant, mais un homme, et un homme dans sa force [vir et non homo), un enfant-homme; ce qui s'explique si c'est un Enfant-Dieu. — C'est là cette grande Nouveauté créée de Dieu sur la terre : Novum siiper terram.
Et maintenant, comment ne pas reconnaître dans cette femme qui doit enceindre l'homme nouveau, la Femme dont il a été dit au commencement, que, dans
1 Ji5réniie, x\xi, 22.
'■'■ Galal., i, iv.
sa Semence, elle écraserait la tête du serpent; — la Vierge qui doit concevoir celui qu'Isaïe appelle le Fort; — Celle qui doit enfanter^ selon Michée, le Dominateur? Création incomparable, qui précède toutes les autres dans réternité du divin conseil, et que pour cela le Prophète considère comme déjà faite, crmvii; mais qui n'apparaîtra que dans l'avenir, circumdo.Bn; conformément à celte autre parole d'un Prophète : « Seigneur, « c'est là votre Œuvre, vous le ferez paraître au milieu « des ans^. »
VI. — Enchaînement merveilleux de nos prophéties! voici qu'un autre Prophète vient, par une prophétie nouvelle, confirmer, en lui donnant un nouveau tour, cette signification delà prophétie de Jérémie, et nous montrer cet Homme que la Femme seule, la Femme vierge doit enceindre et enfanter.
« Le Seigneur des armées a parlé, dit Zacharie, et il « a dit : Voila l'homme, Ecce VIR. Germe est son nom; « IL SOURDRA DE LUI-MÊME... Il sera courouué de gloire, il « s'assiéra sur son trône, et il dominera^. » Le même Prophète vient de dire, dans un chapitre précédent : (I Écoute, grand-prétre, toi et tes amis, car ce sont des (( hommes qui regardent les prodiges de loin. Voici, en