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et même où rÉvangile l'a proposée à la foi du monde, était-elle, au rebouis et au-dessus de toute invenLiou humaine, manifestement divine dans sou annonce, comme elle Fa été dans révéuement! Ce sont là de ces traits de divinité que l'Évangile lance infailliblement dans les âmes, et qui y portent la condamnation et la mort quand Us n'y portent pas la foi et la vie.
« Au même instant, se joignit à l'Ange une grande « troupe de l'Armée céleste, louant Dieu et disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sm* la « terre aux hommes de bonne volonté. »
Qu'il est touchant de voir ainsi la famille supérieure de Dieu se réjouir du bonheur de la famille inférieure; de ce qu'un Sauveui' nous est né, en conformité littérale de la prophétie M
Le Prophète nous avait déjà montré ces mêmes Anges, « les Anges de la paix, pleurant amèrement » sur la misère des hommes et sur leur ruj)ture avec la Bonté céleste : Angeli pacis amare flebant-; et maintenant ils chantent cette paix descendue sur la terre dans celui que le Prophète appelle de ce nom : £t erit Iste Pax.
Mais ilsne chantent pas seulement la paix aux hommes sur la terre; ils chantent aussi la gloire à Dieu au plus haut des cieux : c'est-à-dire, en deux mots, tout le Plan divin, embrassant le ciel et la terre, les Anges et le» hommes. Dieu et toute la création, dans ce merveilleux Enfant sur qui ce chant se fait entendre. Vérités sublimes, que toute la terre ignorait, et que des Anges seuls pouvaient annoncer ainsi aux hommes. Qui savait, dans ce
1 Panulns natcs est vOBrs , dit Isaïe ; nxtcs est vobis liodie Salvator, dit rAntre aux Bergère dans rÉvangile. ^ liiiic. X.XX1I1, 7.
premier moment, qu'avant que Jésus-Christ, prenant notre chair, se fût rendu Fadorateur de son Père, Dieu n' avait pu recevoir une gloire digne de Lui? Qui connaissait même le divorce et l'inimitié qu'il y avait entre le ciel et la terre, avant que le Fils de Dieu fût descendu du ciel en terre pour en être lo lien et la paix? Ces grandes choses, inconnues alors et cachées dans Tobscurilé des prophéties, comprennent tout; et elles sont elles-mêmes comprises dans deux paroles, si claires et si simples qu'il faut être un Ange pour les avoir dites, et bien peu touché du merveilleux pour ne les pas sentir.
Eclairés sans doute au dedans de cette clarté de Dieu qui les enveloppait au dehors, « les Bergers passèrent en' « toute hâte à Bethléhem. Ils trouvèrent 3Iaric et Jo- « seph, et TEnfant couché dans une crèche; et Tayant « vu, ils reconnurent la vérité de ce qui leur avait été' « dit touchant cet Enfant. Et tous ceux qui Tentendi- « rent admirèrent ce qui leur avait été rapporté par les « Bergers. — Or, Marie conservait toutes ces choses en « elle-même, et les repassait dans son cceur. »
Ne cessons d'admirer la véracité du divin récit. Des Anges viennent d'apparaître à des Bergers dans les ehamps pour leur annoncer que le Seigneur vient de naître et les appeler à venir l'adorer. Qui ne s'attendrait à trouver autour du Seigneur lui-même ces mêmes Anges, et en plus grand nombre encore, toute la Cour céleste, rendant, la première, ces adorations auxquelles ont été conviés les Bergers? Comment Celui qui n'apporte pas seulement la paix aux hommes, mais aussi la gloire à Dieu au plus haut des cieux, n'est-il lui-même personnellement honoré d'aucune gloire? Comment des inven-
leurs qui auraient tant fait que d'imaginer à plaisir le merveilleux de l'apparition des Anges n'en auraient-ils pas usé dans l'objet même de cette apparition? Comment quelque lumière extraordinaire ne Lrille-t-elle pas sur rétable? Comment le divin Enfant lui-même n'en est-il pas enveloppé? Comment enfin rien, absolument rien de surnaturel ne vient-il relever une bassesse qui n'avait par elle-même rien que de rebutant et de méprisable? Mais non : « 3Iarie et Joseph, et l'Enfant couché dans « une crèche : » voilà tout. Bien évidemment ce n'est pas ainsi qu'on invente ! Les Évangélistes ont été modestes dans l'exposition de l'objet de noire foi, parce qu'ils étaient sincères. Ils ont cru l'humiliation de la crèche sans en rougir, et l'apparition des Anges sans y ajouter. Ils ont laissé à Jésus-Christ lui-même d'honorer sa crèche par ses abaissements plus qu'ils ne l'eussent honorée par tout le merveilleux de leurs inventions; et, par cette fidélité, ils ont fait ressortir le plus grand de tous les merveilleux : celui, non plus de quelques bergers convoqués par des Anges; mais de l'univers civilisé, convoqué parles Apôtres, adorant un simple enfant dans' la bassesse de ce berceau.
Sans doute, dans cet humiliant état, ce divin Enfantj n'était pas sans se révéler dès l'abord aux âmes simples, par des touches de grâce qui devaient les ravir autant etj plus que toutes les apparitions célestes, et l'Évangilej nous le fait connaître en nous disant que, « l'ayant vu, « les bergers reconnurent la vérité de ce qui leur avait! « été dit touchant cet Enfant, » et communiquèrent leur! admiration à ceux auxquels ils le rapportèrent. Mais qu'il y a donc d'ingénuité et de grandeur aux Évangélistes à' nous avoir simplement donné à entendre ce mystère de.
grâce sans le dévoiler, et que cette réserve est sainte et convaincante!
Mesurant sur elle ce qui est dit de la Sainte Vierge, nous trouverons de quoi nous édifier sur la glorieuse part qu'elle a dans ce mystère de l'adoration des Bergers.
Cette part est double : celle qu'elle y apporte, et celle qu'elle y prend. La première résulte de ces paroles : « Ils trouvèrent Marie et l'Enfant; » la seconde de celles-ci : «Or Marie conservait toutes ces choses en elle- « même et les repassait dans son cœur. »
Avant que Jésus-Christ n'entrât dans sa vie active, observe saint Bernard, trois apparitions principales avaient eu lieu de lui : la première, sur le sein de sa Mère, comme Fils de l'homme; la seconde, lorsqu'au baptême de Jean une voix du ciel le proclama Fils de Dieu; et la troisième, aux noces deCana, lorsque, parle premier miracle qu'il y fil, il s'annonça lui-même comme vrai Dieu ayant tout pouvoir sur la nature.
Or, dans la première de ces apparitions, c'est de Marie que Jésus lire son principal témoignage.
Nous avons déjà développé cette vérité en elle-même. Nous devons nous borner à faire remarquer la justification qu'elle reçoit de tous les récits de l'Évangile qui concernent la première partie de la vie du Sauveur. On ne fait en général dater cette vie divine que de son apostolat public, la resserrant ainsi dans ses trois dernières années : comme s'il pouvait y avoir un seul instant dans une telle vie qui eût une moindre portée d'enseignement! Jésus-Christ a voulu nous prêcher par son silence et par son obscurité autant et même plus que par ses oracles et ses merveilles; et pour que nous ne puissions en douter, il a voulu appeler notre attention sur celle première
2^ CHAPITRE Sn.
partie de sa vie par des mystères qui le manifestent d'autant plus qu'il y est passif.
Tel est, après le mystère de sa naissance, celui des preTïiières adorations qu'il reçoit dans son berceau, dans l'état le plus propre à témoigner qu'il est fils de Thomme.
Nous devons attacher à ces mystères nue importance d'autant plus grande, que nous voyons Jésus-Christ pendant tout le resté de sa vie, jusque dans les manifestations les plus éclatantes de sa divinité, et même dans la gloire céleste, retenir, entre toutes les qualifications que ses grandeurs lui permettent, cette qualification de Fils de l'homme qu'il a contractée dans le sein de Marie, m-anifestée dans ses bras.
C'est pour cela qu'il a voulu recevoir les premières adorations du genre humain dans cet état de fih, d'en- /rïnf d'une mère humaine, qu'il a voulu se montrer /««ï de la femme^ comme dit saint Paul; c'est pour cela qu'il écarte de sa crèche tout ce qui pourrait trop faire voir qu'il est Dieu, et qu'il y place Marie et Joseph comme les deux témoins de son humanité, mais surtout Marie.
Marie nous apparaît ainsi comme l'ostensoir de Jésus aux Bergers, et en eux à tous les adorateurs qui viendront ensuite; car les mystères de Jésus-Christ sont perpétuels, et toujours nous trouvons Jésus avec Marie.
Telle est la part qu-e Marie prête à ce mystère.
La part qu'elle y prend n'est pas moins grande.
€'est nous en donner une bien haute idée, dans iin rêeit aussi sobre et aussi succînet quecehiideKadoration des Bergers, que de consacrer à Marie la seule réflexion qui y soit faite sur ce qui se passait au dedans des cœurs; d'aut-ant que cette réflexion ne se présentait pas d^elle-
môme dans le courant du récil, et qu'il a fallu s'y détourner comme par une intention expresse. Les Bergers Tiennent adorer TEnfant-Dieu : ils le trouvent avec Marie et Joseph, reconnaissent ce qui leur avait été dit de lui, et s'en retournent émerveillés : voilà, ce semble, tout le mystère. Mais non. L'Évangéliste tient à nous faire connaître qu'un cœur entre tous les cœurs a été pénétré de toutes ces divines choses, les a gardées et pesées à toute leur valeur. Or Marie conservait toutes ces choses et les repassait dans son cœur. C'est-à-dire que Marie,, et Marie seule de tous les assistants, était à la hauteur de ces mystères par sa fidélité à n'en rien perdre, et par son application à les méditer, à s'en nourrir, à en conférer tous les enseignements les uns avec les autres, à en thésauriser les lumières et les grâces dans son cœur. Voilà ce que veulent dire ces paroles si simples et si communes, mais qui contiennent l'éloge de la plus éminente vertu qui fût jamais. Elles nous entr'ouvrent ce grand cœur, ce saint cœur de Marie, et nous en donnent la plus vaste idée, en nous faisant connaître qu'ayant reçu des lumières et des grâces avec une plénitude singulière, elle les a conservées toutes, conscrvabat omnia, et non-seulement conservées, mais cultivées, fécondées, accrues parce travail intérieur de sa ficlélité, et portées jusqu'à la plus suhlimc perfection. Qu'on ne nous demande donc plus ce qu'a fait la très-Sainte Vierge : ces paroles nous l'apprennent plus exactement que toutes les histoires qu'on nous donne des actions des autres saints ne peuvent nous les faire connaître. Il n'était pas nécessaire qu'on fît de même un détail de celles de la très-Sainte Vierge. Sa vie a été toute égale et toute uniforme. Elle n'a fait qu'une seule chose; mais la grande, l'unique chose : elle a con-
sei'vé les actions et les paroles de la Sagesse éternelle en les repassant dans son cœur.
Ce trait termine dignement le récit du mystère de l'adoration des Bergers, dans TÉvangile ; il en est comme la moralité; et il semble aussi nous dire, comme nous l'avons jugé ailleurs, qu'en conservant ainsi toutes ces choses dans son cœur pour elle-même, Marie les conservait pour nous, pour l'Église et pour le monde, comme la digne dépositaire de ces mystères dont elle devait être plus tard la révélatrice, et pour ainsi dire l'Évangéliste.
Enfin, le troisième mystère de l'adoration des Mages vient compléter, avec celui des Bergers, le grand mystère de la naissance du Fils de Dieu.
L'enseignement qu'il nous apporte fait double emploi, ce semble, avec celui que nous venons de recueillir. C'est encore Jésus enfant adoré dans les bras de Marie. Mais cette représentation du même mystère, par un autre Évangéliste que celui qui nous a tracé le récit des Bergers, est une preuve sensible de l'importance que Dieu a voulu nous y faire attacher. On dirait que Jésus-Christ ne saurait trop, à son gré, se montrer enfant sur le sein de sa Mère. C'est dans cet état qu'il veut faire voir toute sa faiblesse; c'est sur ce trône qu'il veut faire adorer toute sa grandeur. Dans aucun temps de sa vie il n'a paru si homme, ni été reconnu si Dieu. Et comme c'est de Marie qu'il veut tirer le plus sensible témoignage de sa faiblesse humaine, c'est sur Marie qu'il reflète le plus vif éclat de sa Divinité.
C'est ponr(|iioi ce n'était pas assez de radoralion des Bergers, il fallait encore Tadoralion des Rois; ce n'était pas assez de l'adoration des Juifs, il fallait radoralion des Gentils; ce n'était pas assez de la nature angélique, il fallait encore la nature physique pour proclamer ce grand enseignement.
Et combien d'autres enseignements particuliers s'y trouvent contenus! Ne négligeons pas de les signaler; parce que, bien que nous nous proposions spécialement, dans l'étude de ce mystère, la gloire de Marie, tout ce qui concourt à nous le faire connaîlre prollte à la part qu'elle y prend.
Sans vouloir diminuer le prodige céleste qui attira les Mages de l'Orient à Betliléhem, il faut rappeler cette grande circonstance historique au sein de laquelle il s'est produit et qui en était comme la préparation, que c était une opinion invétérée et accréditée dans tout l'Orient, sur le fondement ctanciens oracles^ que de la Judée devait, en ce temps-là, surgir une Puissanceclominatrice de Vunivers. Tacite, Suétone et Josèphe rapportent ce bruit dans des termes tellement identiques qu'on voit bien qu'ils n'en sont que les échos. Cicéron et Virgile, le premier dans son traité de la Divination, le second dans sa quatrième Églogue, témoignent aussi que c'était là la grande préoccupation de leur temps. Vespasicn et Hérode cherclièrent à l'exploiter au profit de leur ambition. Toute la Judée enfin, d"où ce grand événement était attendu, en avait fait tellement son idée fixe, que, comme nous le voyons dans l'histoire de Josèphe, non moins que dans l'Évangile, ce n'était pas une question de savoir si le Messie allait venir, mais qui était le Messie entre tous les prétendants à celte grande destinée. « Si quelqu'un
2SG CHAPITRE Xir.
(c yons dît : Lo Christ est ici, on il est là; ne le croyez « point, car il s'élèvera de faux christs qui feront des « choses étonnantes pour séduire s'il était possible les « élus mêmes\ » Tel était l'état des esprits dans la Judée et dans l'Orient; et c'est là une des preuves les plus considérables de notre foi.
Ajoutons que, parmi les anciens oracles où ce grand témoignage prophétique de la venue de notre Dieu prenait sa source, Josèphe cite celui qui se lit au livre des Nombres : « '[JÉtoile se lèvera de Jacob et la Verge se « dressera d'Israël, » et c'est cet oracle qui fit la fortune du faux Messie Barkochebas,dont le nom signifie Fils de T Etoile.
C'est dans cette situation que, « du temps du roi Hé- « rode, des Mages vinrenî de l'Orient à Jérusalem et ils « demandèrent : Où est le Roi des Juifs qui vient de K naître; car nous avons vu son étoile en Orient, et nous (T sommes venus l'adorer. »
On tient généralement que ces Mages venaient de l'Arabie^ comme l'indique la ntiture de leurs présents. C'étaient des personnages considérables,- des espèces d'Émirs, en qui s'alliait le triple caractère de la Science, de la Religion et de la Souveraineté. Ils professaient le Sabéisme ou le culte des astres, et représentaient ainsi, dans une de ses phases, et même dans sa phase originelle, l'erreur universelle dans laquelle était plongée la Gentilité. El il est visible que la Providence, en les attirant aux pieds du berceau de Jésus-Christ, a voulu faire d'eux comme les députés de l'avenir, comme les prémices de la conversion du monde païen au Christianisme.
1 MaWi., XX4V, 24-.
ADORAIIOX DES MAGES. 287
Ce dessein est rendu plus manifeste, quand on le rapproche de l'adoration des Bergers. Ceux-ci représentaient les Juifs. Et comme la foi du Messie devait réunir les deux peuples, le Juif et le Gentil, son berceau en reçoit les adorations. Seulement le Juif est l'enfant de la première Alliance, dont le Gentil a fui le joug : c'est pour cela que les Bergers sont appelés de fort près et du voisinage de Bethléliem, comme les domestiques de la foi; et que les Mages sont appelés de fort loin et du fond de l'Arabie, comme plongés dans les ténèbres de TinHdélité.
Par la même raison, les Juifs, accoutumés à un saint commerce avec Dieu et aux apparitions des Esprits célesles, sont avertis par les Anges, comme par leurs frères et par leurs égaux. Mais les Gentils n'ont que le spectacle de la nature, la lumière extérieure du soleil et des étoiles : ils en ont fait leurs dieux; c'est pourquoi la Providence se sert de ce sujet de leur égarement pour en faire l'instrument de leur retour. C'est une étoile qui les attire et qui les guide à Bethléhem; mais une étoile miraculeuse, une étoile inlelligenle, ou plutôt une Intelligence étoilée. C'est ce (ju'ils donnent eux-mêmes à entendre en disant ; Aous avons vu son Étoile; l'Étoile de Jésus : cette merveilleuse Étoile qui ne faisait que poindre et que scintiller, paraissant et disparaissant aux yeux des Mages; mais qui grandissant ensuite, est devenue cet éclatant et permanent Soleil de la foi chrétienne qui illumine toutes les nations.
11 .y a tout lieu de croire que cette Étoile, outre l'altrait intérieur que Jésus exerçait sur le cœur des Mages, trouvait un concours puissant dans cette préoccupation générale qui tournait alors tous les yeux de l'Orient et de
rOccident vers la Judée, comme vers le pôle de Taccomplissement de Tantique Prophétie : L'Etoile se lèvera de Jacob, de Jacob sortira le Dominateur'^. C'est ce qui se fait voir dans la suite du divin récit : « Ce que le roi Hérode ayant appris, il en fut troublé, « et toute la ville de Jérusalem avec lui. Et ayant as- « semblé tous les Princes des prêtres el les Scribes du « peuple, il s'enquit d'eux où devait nailre le Ciirist. « Et ceux-ci lui lépondiient : En Belliléhem de Juda, « selon qu'il a été écrit par le Prophète : Et tui, Beth- « léhcm, terre de Juda, ta n'es pas la moindre d'tntre les « principales villes de Juda; car c'est de toi que sortira « le Chef qui conduira mon peuple. Alors Hérode, ayant (( fait venir les Mages en particulier, s'enquil d'eux, avec « grand soin, du temps que lÉtoile leur était apparue; « et les envoyant àBethléhem, il leur dit : Allez, infor- « mez vous de cet enfant; el lorsque vous l'aurez trouvé, « rapporlez-m'en la nouvelle, alîn que j'aille, moi aussi, (( l'adorer.))
Ce n'est pas un récit : c'est l'action même qui se passe sous nos yeux; et une action tellement publitiue el historique, que saint Maliliieu la rapiiorlant au sein du pays, el dans sa langue, en est évidemmenl le narrateur naïf el fidèle. Ce trouble d'Hérode el de toute la ville de Jérusalem avec lui, à la venue et à la question des 3îages, est tout à fait conforme à celte préoccuppalion générale des esprits concernant la venue du Messie, dont l'Evangéliste ne nous parle pas, mais qui, nous étant atleslée par toute l'histoire profane, confirme d'aulanl plus son récit. Hérode, en parliculier. qui était un des plus ambi-
' Nomb., XXIV, 17.
tieux compétiteurs de la royauté du Messie, et qui parvint à recruter, comme tant d'autres, une secte de fanatiques sous le nom (ïHérodiens, dut surtout être troublé; et Jérusalem, dont la destinée politique et religieuse était suspendue à ce grand événement, dut l'être avec lui. C'est pourquoi les conseils publics sont convoqués : l'un, celui des Princes des prêtres, qui était comme un sénat ecclésiastique; Tautre, celui des Scribes du peuple, qui était sans doute une magistrature civile.
La réponse qu'ils font est nette et prompte. Il n'est personne qui ne l'eût faite aussi bien qu'eux, tant elle était clairemement dictée, depuis trois cents ans, par le Prophète Michée. Cette prophétie du lieu précis, quoique obscur, où devait naiire le Dominateui- que toute la terre attendait, et que toute la terre adore, est une de ces mille preuves éblouissantes de la vérité de noire foi, qui font de l'incrédulité un mystère plus grand que ceux qu'elle refuse de croire.
Mais ce qu'il nous faut considérer, c'est le sort de cette incrédulité dans les Juifs, et le dessein de Dieu tel qu'il avait été annoncé et qu'il s'est accompli dans ce peuple infidèle, ressortant déjà de la circonstance que nous éludions.
Le Juif, comme dit saint Paul, est la tige primitive de notre foi, l'olivier franc. Le Gentil est l'olivier sauvage, qui doit être enté sur l'olivier franc, y être inséré comme un sauvageon, et en recevoir la sève et la fécondité divines. Pour cette raison, il faut que les Mages viennent à Jérusalem, qu'ils interrogent les Juifs, qu'ils reçoivent d'eux les prophéties et les saintes Écritures; que la perfection de la révélation particulière qu'ils ont reçue II. 17
290 CHAPITBE XII.
vienne d'Israël, et que ce soit par sa conformité avec les prophéties qu'elle soil jugée digne et infaillible : c'est pour cela que l'Étoile miraculeuse qui les avait conduits de si loin ne les dispense pas de ce recours, s'efface pour les y obliger, et ne reparaît qu'après qu'ils ont reçu le titre en quelque sorte de leur destin nation.
Mais, dans les desseins (Je Dieu, les Gentils profiteront mieux des Écritures que les Juifs. Aveugles archivistes du Christianisme, ceux-ci les leur donneront sans les avoir altérées. Ils y laisseront tout ce qui regarde le Messie, ils conserveront religieusement les prédictions de sa naissance et de sa mort; mais il n'en feront aucune application à Jésus-Christ : les Gentils n'y verront que lui, mais les Juifs y verront tout autre chose. Il faut pour cela que les Juifs répondent bien sur le Messie en général, mais qu'ils ne tirent aucune conséquence pour Jésus-Christ de leur propre réponse; et il faut, au contraire, que les3Iages déterminent la réponse générale des Juifs à la personne de Jésus-Christ, et qu'ils profitent seuls des Écritures que les Juifs consultent pour eux.
Quel dessein secret, quel plan suivi renferment ces mystères de l'Évangile dont le récit superficiel nous arrête si peu! Ainsi les œuvres de la nature cachent un art profond sous un jeu facile.
« Ayant ouï ces paroles du roi, ils partirent. Et, en « même temps, l'Étoile qu'ils avaient vue en Orient, « allait devant eux, jusqu'à ce qu'étant arrivée sur le « lieu où était l'Enfant, elle s'y arrêta. Lorsqu'ils virent « l'Étoile, ils furent transportés de joie ; et, entrant dans « la maison. Us trouvèrent l'i^nfant avec 3Iarie sa Mère,
« et, se prosternant, ils l'adorèrent. Puis, ouvrant leurs « trésors, ils lui offrirent pour présents de Tor, de Ten- « cens et de la myrrhe, u
Il n'a fallu dire aux Bergers qu'un mot du Messie, et aussitôt ils l'entendent, ils se mettent en chemin pour l'adorer, sans avoir besoin de guide. La simplicité de leur âme et la familiarité des choses de Dieu le leur fait aisément trouver. Mais tout est nouveau peur les 3Iages. Il leur faut un guide dans une route nouvelle et inconnue; ils sont déconcertés dès qu'ils le perdent de vue, et transportés de joie de le retrouver et de le voir s'arrêter sur le point précis de leur recherche. Juste signification de la dilTicullé qu'ont les sages du monde, les rois de la science et de l'esprit, les mages de la philosophie de discerner les choses de la foi, et de la nécessité où ils sont de subordonner leurs lumières naturelles , si vastes qu'elles soient, à la lumière surnaturelle de l'enseignement divin, si petite qu'elle leur paraisse. C'est là le plan de la Révélation chrétienne qui, dès le berceau de Jésus- Christ, nous fait voir en action cette vérité qui sortira un jour de sa bouche divine : « Je vous rends grâce, ô '.< mon Père, Dieu du ciel et de la terre, de ce que vous « avez caché ces choses aux sages et aux prudents, « et de ce que vous les avez révélées aux petits. » Admirable économie qui met la plus grande soumission du C(Mé où doit se trouver le plus grand orguetl, et le plus facile accès du côté de la plus grande ignorance I
Fidèles et soumis au céleste enseignement, les Mages entrèrent dans la demeure; ils trouvèrent l'Enfant avec Marie sa Mère, et, se prosternant, ils l'adorèrent. (Quelle merveilleuse leçon ! Voici les Mages qui n'entrent pas
dans la foi à d'autres fins ni à d'autres conditions que les Bergers. Ce n'est pas Jésus glorieux, ni même Jésus docteur qu'il leur est donné de trouver d'abord, c'est Jésus enfant. « Que faites-vous, ô Mages ? s'écrie saint « Bernard, que faites-vous? Vous adorez un enfant à la (S mamelle, sous un toit de chaume, dans des langes « misérables? Est-ce que c'est là Dieu ? Dieu, assuréce ment, est dans son temple : le Seigneur est au ciel, « seule demeure digne de lui; et vous, vous le cherchez « dans une vile étable, dans le sein de sa mère\ Com- « ment ces sages personnages sont-ils ainsi devenus « fous?... Ils se sont faits fous pour devenir sages. L'Es- « prit de Dieu les a instruits à l'avance de ce que plus « tard l'Âpôlre devait prêcher au monde, que celui qui « veuf être sage doit se faire fou pour devenir sage. Parce « que, dans sa fausse sagesse, le monde ne pouvant arriver « à connaître Dieu par la sagesse, il a plu à Dieu que ce soit « par la folie de sa prédication que ceux qui croiront seront « sauvés. Celui-là même qui a conduit les Mages les a « ainsi instruits ^ »
Et il nous instruit en eux de cette grande vérité que c'est l'Enfant Jésus que nous devons spécialement chercher et adorer, et que, par conséquent, nous ne pouvons le trouver (\\xavec Marie sa Mère.
Comme Jésus Enfant ne peut se passer de sa Mère, nous ne pouvons nous passer de l'adorer dans ses bras, d'honorer par conséquent cette Mère du plus grand honneur qui puisse être décerné après celui de l'adoration, puisqu'il doit en approcher dans la proportion de l'union,
1 In Epiph., Serm. i.
' Ibid., Serm. n.
de la consanguinité et de raffînilé qui unit l'enfant à sa mère, et l'Enfant Dieu à sa Mère Vierge.
Et cela, pour un grand et touchant dessein, pour témoigner le Mystère des mystères, le Mystère de Tlncarnation, le Mystère de Dieu fait homme et Fils de l'homme. C'est là tout le Christianisme, qui est proprement le culte du Fils de l'homme et de la Mère de Dieu. Deux cultes qui s'appellent, qui s'embrassent, qui s'étreignent aussi étroitement que YEnfant et la Mère.
C'est pour donner au monde ce grand enseignement, que Dieu a fait venir les Mages de l'Orient aux pieds de l'Enfant-Dieu, comme il avait fait venir les Bergers, et que l'Évangile nous a tracé ce double récit. C'est pour cela qu'il a voulu que le culte incontestablement le plus fervent et le plus solennel d'adoration que le Fils de Dieu ait jamais reçu durant sa vie mortelle lui ait été décerné en cet état, et lui ait été décerné par les Mages plus encore que par les Bergers.
Car l'Évangile nous donne simplement à entendre, mais il ne nous dit en aucune sorte que les Bergers adorèrent l'Enfant-Dieu : tandis que pour les Mages il tient, ce semble, à nous les montrer prosternés dans la poussière, à raison môme de leur sagesse, de leur richesse et de leur grandeur, dont ils font à Jésus la symbolique offrande. Ils déclarent hautement à Hérode qu'ils sont venna de t Orient ;;oî<r l'adorer ; et à peine furent-ils entrés et virent-ils l'Enfant avec Marie sa 31ère, que, se prosternant en terre., ils l'adorèrent. Puis, ouvrant leurs trésors, il lui offrirent pour présent de Vor^ de l'encens et de la ï.iyrrhe.
0 quelle foi ! quelle humilité! quelle fidélité ! quelle
simplicité! quel exemple de tous les sentiments que nous devons apporter au pied des autels de Jésus et de- Marie nous olïre ici l'Évangile dans la conduite des Mages? « A qui comparerai-je ces hommes-là? dit encore (f saint Bernard : si je considère la foi du bon larron, la « confession du centenier, ils l'emportent de beaucoup, « en ce que, du temps de ceux-ci, Jésus avait déjà fait « de nombreux miracles, avait été préconisé par nombre « de voix, avait reçu maintes adorations... En tout cela « je vous prie de considérer et de remarquer combien la « foi, qu'on dit aveugle, est clairvoyante, combien elle « a des yeux de lynx, elle qui découvre le Fils de Dieu « dans un enfant à la mamelle, dans un supplicié, dans « un mourant. »
Les Mages découvraient ainsi dans cet enfant Celui qu'après eux toute la terre devait adorer. Et maintenant que cette adoration universelle de dix-buit siècles, que toutes les merveilles et que tous les bienfaits cjui la justifient si prodigieusement sont venus nous manifester le Dieu et la Mère de Dieu, qui est sage, qui est clairvoyant et vraiment éclairé, de ceux qui ne voient pas encore, qui ne savent pas encore trouver C Enfant avec la Mère^ ou de ceux qui, se prosternant avec les Mages, lui offrent tous les trésors de leur cœur?