LA PRÉSENTATION DE JÉSUS
les YVies d'abaissement et de sacrifice de son Fils, elle rabat toutes ses grandeurs, elle voile toutes ses gloires, pour s'assujettir et l'assujettir aux plus humiliantes prescriptions. Elle, qui naguère simple jeune fille, inconnue à elle-même comme elle Tétait au monde, osait, dans sa jalouse fidélité à la virginité dont elle avait fait vœu, parlementer avec un Ange, et objecter à Thonneurde devenir Mère de Dieu qu'elle ne connaissait point d'homme, maintenant, de la hauteur de cette divine Maternité, et d'une Virginité qu'elle avait mise plus haut encore, elle descend jusqu'à paraître aux yeux des hommes dépouillée de cette double gloire, ou plutôt elle s'élève à lagloire des gloires, à celle de l'humilité.
Les grandeurs de Marie échappent à toute comparaison; elles ne peuvent se mesurer que les unes par les autres, et c'est ce qui fait que nous ne les voyons pas. Ainsi, Marie professe la virginité au point de lui sacrifier l'honneur de devenir la Mère de Dieu, et elle pratique l'humilité au point de lui sacrifier l'honneur de cette virginité même : ce sont des hauteurs sur des hauteurs, dont le sommet dépasse toutes les vertus de la terre et des cieux, passe toute connaissance, la connaissance de Marie elle-même, et n'a pour spectateur que cet œil de Dieu qui contemple l'humilité de sa servante dans les grandeurs qu'il lui a faites. En se dépouillant ellemême de ces grandeurs par celte humilité, elle les justifie, elle les mérite, elle les consomme. Aussi ne saurait-on douter que, de la Purification, dont elle n'avait pas besoin, Marie ne soit cependant sortie plus pure Vierge, plus digne Mère de Dieu, étant sortie plus humble.
Voilà ce que contient le mystère de la Purification,
SOUS une simplicité qui ne laisse rien paraître, et qui eiïace jusqu'à ses traces.
Mais par un merveilleux enchaînement de mérites et de grâces, d'abaissement et de grandeurs en Marie, voici que, au moment même où elle sacrifie aux yeux des hommes la dignité de Vierge Mère de Dieu, elle est investie d'une grandeur nouvelle, de celle qui nous apparaît dans le mystère de la Présentation^ et que nous devons maintenant contempler.
II. — Ce mystère est un des plus sublimes de notre foi. Il réitère le mystère de Tlncarnalion; il anticipe celui de la Rédemption ; et il les unit dans la plus auguste cérémonie.
Bourdaloue nous y dévoile tout le Plan divin avec une majesté de raison qui subjugue et ravit l'intelligence : « Dieu, dit-il, voulait que dans chaque famille le pre- « mier-né lui fût voué pour lui répondre de tous les « autres, et pour être comme un otage de la dépendance « de ceux dont il était le chef. Mais chacun de ces pre- « miers-nés n'était chef que de sa maison, et la loi dont « je parle n'obligeant que les enfants d'Israël, il n'en « pouvait revenir à Dieu qu'un honneur borné et limité. « Que fait Dieu? Il choisit dans la plénitude des temps « un homme, Chef de tous les hommes, dont l'oblation « lui est comme un tribut universel pour toutes les « nations et pour tous les peuples; un homme qui nous « représente tous et qui, faisant à notre égard l'office « d'aîné, répond à Dieu de lui et de nous, à moins que « nous n'ayons l'audace de le désavouer et que nous ne « soyons assez aveugles pour nous détacher de lui; « un homme, dit le grand Apôtre, dans qui tous les