‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 2)Chapitre 35 sur 46 · SAINT JOSEPH · texte numérisé non relu

SAINT JOSEPH

SAINT ;OSEPH.

« Hérode étant mort, l'Ange du Seigneur apparu! à « Joseph pendant son sommeil en Egypte, disant : Lève- « toi, prends l'Enfant et sa Mère, et va dans la terre « d'Israël; car ceux qui cherchaient la vie de l'Enfant « sont morts. Et, se levant, Joseph prit l'Enfant et la « Mère, et vint dans la terre d'Israël; mais apprenant « qu'Archélaiis régnait en Judée à la place d'Hi-roile son « père, il appréhenda d'y aller, et, averti pendant son « sommeil, il se retira en Galilée, et y demeura dans la « ville appelée Nazareth^ »

Ce qui ressort le plus dans ce mystère du retour en Judée, et ce qui a déjà paru dans celui de la fuite en Egypte, c'est la parfaite simplicité de Joseph dans son obéissance à la volonté de Dieu et dans sa fidélité à la Providence, comme gardien et conducteur de Jésus. On lui dit d'aller en Egypte, il y va; on lui dit d'y rester jusqu'à ce qu'on lui reparle, il y reste; on lui dit de revenir en Judée, il y revient; on lui dit de se retirer en Galilée, il s'y retire. Il suit ainsi tous les mouvements de Dieu, comme l'omhre suit le corps, sans opposer jamais le moindre retard, sans demander jamais la moindre explication, quelles que soient les difficultés et les impossibilités apparentes. Et remarquez ce caractère

1 Matth., Il, 13, 21.

de tous les averlissemenis qui lui sont donnés: c'est toujours pendant son sommeil que le Ciel les lui envoie, et cela suffit à sa parfaite obéissance. Il n'attend pas d'être favorisé d'une apparition éclatante, il ne s'arrête pas au doute spécieux de prendre ses propres songes pour des révélations : se levant, il prend l" Enfant et la Mère^ et il va... Vit-on jamais une plus parfaite simplicité! C'est par elle que le Fils de Dieu a voulu être conduit; c'est là le gouverneur du Prince de la Paix, du Roi de gloire..

Remarquez cet autre caractère de Joseph : il n'a jamais rien dit; pas une parole n'est rapportée de lui dans l'Évangile. Bien qu'il soit nommé le premier par les Évangélistes et par Marie elle-même, ce n'est jamais lui qui pai'le;. et 31arie, toute modeste et humble qu'elle est, est obligée en quelque sorte de lui prêter sa voix. Enfin il dispai-aît de la terre sans qu'on saclie quand ni comment : on a dit qu'il était charpentier; on sait qu'il soutenait Jésus et Marie de son travail; il est fait une dernière fois mention de lui dans Ui recherche et dans la rencontre de Jésus au. temple ; et puis après cela on n'eu parle plus.

Nous avons été frappé du caractère de cette figure éminemmenU. simple, tranquille^ silencieuse,, surtout obscure, moins une figure qu'une ombre, et nous nous sommes proposé de l'étudier.

Or, il nous a paru qu'elle était merveilleusement appropriée à sa fonction, qui était de cacher le Fils de Dieu, et en quelque sorte de l'obscurifier.

Représentez-vous toule l'économie du mystère de l'Incarnation comme un grand tableau dans lequel vous verrez dépeints Dieu le Père, son Fils unique, le Saint- Esprit et la Sainte Vierge, et ces quatre personnes cela-

SATOT JOSEPH. Soi

tantes d'autant de lumière qu'elles opèrent de prodiges dans ce mystère. Mais, tandis que dans un tableau matériel Tombre a toujours pour oJjjet de îaàpearessortir les figures en repoussoir ou en relief; ici, au contraire, il faut une ombre pour tempérer et pour éteindre leur ti'op grand éclat, de peur qu'elles n'éWouissenl ou qu'elles n'aveuglent les yeux des mortels; et le seul Joseph a une vertu d'obscurité si étendue, qu'elle suffit pour les voiler toutes, jusqu'au temps où il plaise à Dieu de les manifester.

La très-Sainte Vierge, en effet, est cachée à l'ombre de saint Joseph : sa virginité, sa maternité divine sont enveloppées du voile de son mariage avec lui. Le Saint- Esprit est pareillement caché sous cette même ombre; car ce qui est né de 3Iarie, dit l'Évangile, est l'ouvrage du -Saint-Esprit : c'est là son chef-d'œuvre, sa gloire, dont l'humble époux de Marie éteint en lui les rayons. Que dirai-je de ce chef-d'œuvre lui-même, de l'Homme- Dieu, enseveli dans celte obscurité jusqu'à passer pour jQls du chai-pentier? Enfin, Dieu le Père est tellement dérobé par saint Joseph, qu'il aura besoin, en quelque sorte, de venir revendiquer lui-même son Fils au jour de son baptême, par cette parole céleste : Celui-ci <est mon Hls ùien-aitné, en qui j'ai mis toute mes complaisanccs\

Les Apôtres et tous les autres Saints, les Docteurs, les Pasteurs, les Confesseurs, les Martyrs, ont eu tous pour mission de prêcher Jésus-Christ à toute créature, de répandre au loin la bonne odeur de son nom, de le faire relenfir devant les puissances, et d'en porter le son jus-

1 Luc, III, 22.

qu'aux extrémités de la terre. Mais Joseph est un saint tout singulier, prédestiné pour un ministère tout contraire, pour cacher la gloire de Jésus-Christ jusqu'au temps de sa manifestation, pour en assourdir les reflets, pour en favoriser les retards et les surprises.

L'Homme-Dieu, pour bien des raisons que nous avons déjà admirées, ayant voulu réserver à sa mort et h sa croix le miséricordieux prodige d'attirer à soi toutes choses et de triompher hautement des puissances du siècle, si les mystères de sa conception divine et de sa naissance d'une Vierge eussent été divulgués avant ce temps, ces puissances, gui ne l'eussent pas crucifié, dit saint Paul, si elles eussent connu en lui le Roi de gloire^^ auraient cédé prématurément et trop ouvertement à sa divinité. Mais, dans l'idée qu'il est né d'un mariage ordinaire, elles prennent le Dieu pour un enfant. Il vient à petit bruit exécuter ses grands desseins en les cachant à l'ombre de Joseph qu'on prend pour son père, et qui écarte ou déconcerte les soupçons, jusqu'au jour où faisant tout à coup éclater sa force et sa gloire dans la faiblesse et dans l'ignominie de sa mort, on reconnaîtra les divins stratagèmes de ce puissant Réparateur de l'homme, qui se sera servi d'un Joseph pour les cacher, comme d'une croix pour les faire h jamais triompher dans le monde.

Tel est le rôle unique de Joseph : rôle obscur, mais d'autant plus sublime. Comme c'est un plus grand prodige de voir la gloire de Dieu anéantie que de la voir éclatante de majesté, la Toute-Puissance de Dieu s'est montrée plus miraculeuse en un sens dans le seul Joseph

' I Corinth., ii, 8.

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dont elle s'est servi comme d'un voile pour cacher sa gloire, que dans tout le reste des Saints qu'elle a employés pour la manifester; et Ton doit regarder et vénérer ce grand Saint comme ces augutes ténèbres dont parle l'Écriture, sous lesquelles la Majesté de Dieu a voulu se retirera

Mais, comme ces nuages, dont le soleil n'éclaire que la partie que nous ne voyons pas, et qui sont d'autant plus lumineux du côté du ciel qu'ils sont plus obscurs à la terre, la gloire de Joseph éclate aux yeux de Dieu et des Anges en raison de son obscurité aux regards des hommes.

Essayons de la pénétrer en considérant ce grand Patron des âmes cachées et suréminentes, soit comme époux de Marie, soit comme père^ comme nourricier, comme gouverneur de Jésus.

I. — Époux de Marie, il est le fidèle dépositaire de sa virginité, le gardien de sa réputation, et le chaste ami de cette Vierge Sainte. Non qu'il ne soit son véritable époux : il l'est, comme nous l'avons dit ailleurs, dès lors que Marie et Joseph se sont donné l'un à l'autre leur virginité par un vrai mariage. Mais, dans la fin même de ce mariage, ils se la sont donnée à garder, en vue d'avoir Jésus-Christ, qui est le fruit merveilleux de cette Virginité conservée, et en qui ils s'aiment d'un amour conjugal dont la chaste ardeur les unit et les confond dans ce qui les sépare.

Nous lisons dans l'Exode que, sur l'arche d'Alliance, étaient deux Chérubins, étendant leurs ailes pour cou-

1 Posuit lenebras latibulum suum. Ps. xvii, 12.

3o4 CHAPITRE -XV.

Yrir, chacun de son côté, le propitiatoire, partie supérieure de TArche, où Dieu se plaisait à rendre ses oracles et à se montrer propice ans sprières qu'on 'lui présentait. L'un des Ohérubins avait la figure d'une jeune fille e.t l'autre d'un homme, selon la remarque du savant auteur des Antiquités judaïques^ \ et tous deux, placés à l'opposïte l'un -de l'autre, tenaient. leur face penchée et leurs yeux arrêtés sur le propitiatoire, fait d'une grande plaque d'or très-fin, et dans lequel ils se voyaient toujours l'un l'autre comme dans un miroir. Le vrai Propitiatoire, dont l'ancien n'était que la figure, est Jésus-Christ, qui nous a réellement rendu Dieu propice, et par qui seul nos prières sont exaucées; et alors Marie et Joseph, liés ensemble -par le nœud d'un sacré mariage, sont les deux Chérubins qui couvrent le propitiatoire de leurs ailes. L'un et l'autre lendaient.les bras et se donnaient les mains pour la protection, le soutien, la garde et le service de Jésus. L'un et l'autre n'avaient des yeux que pour le voir, des cœurs que pour l'aimer, et, sans se regarder directement l'un l'autre, ils se voyaient toujours en Lui comme dans le miroir de la Divinité, dans lequel Dieu le Père se contemple éternellement, et tous les bienheureux se connaissent et s'aiment parfaitement. C'était dans ce miroir ardent de la Charité divine que Joseph et Marie se voyaient et s'aimaient d'un céleste amour, et contemplaient la Majesté de Dieu anéantie pour l'amour des hommes.

IL — Parfait époux de Marie, Joseph n'est pas moins père de Jésus. Sans doute il ne l'a pas engendré 'de -«a

i Arias Montanus.

SAINT J0SEPH. 3SS

substance : en ce sens, il n'est pas proprement le père de celui qui est sa-ws pèi^e'^ ûan?, sonliumanitéiicoTOme il «est sans mère ^ en sa divinité. L'Horanïe-Dieu n'a qu'un Père et qu'une Mère qui sont 'Dieu 'et Marie; et Joseph, en ce sens, est l'ombre de Dieu le Père, dont il prend la figure et suit les mouvementsavec une mervéiHeuse'fidôlité, dans toute sa conduite envers Jésus; gloire déjà bien grande, puisque autant l'ombre est unie au corps, le reproduit et en participe, autant, par sa fidélité et sa simplicité incomparaibles, Joseph participe du Père éternel de Jésus. Mais admirez tout ce qu'il y a de gloire cachée dans ce 'grand Saint ! Il n'a pas été seulement l'ombre passive du Père céleste, il en a été Tombre animée :. « Il a été, dit a 31. Olicr, comme un sacrement du Père éternel, sous ce lequel Dieu a porté, engendré son Verbe incarné dans « Mairie. » A cet effet, dit Bossuet, d'après saint Jean Chrysostome, Dieu a donné à Joseph tout ce qui peut appartenir à un père sans blesser la virginité ; et cela même, de ne pas blesser la virginité, loin de diminuer cette auguste Paternité, la consacre, puisque Jésus est le fruit de cette intégrité qui est le bien de Marie, mais qui est aussi le dépôt et le bien de Joseph, et qui a été gardé par leur fidélité commune. De telle sorte qu'on peut dire que ce n'est que pour mieux accomplir les fins du mariage qu'ils n'en usent pas, puisque c'est pour avoir rEnfant- Dieu. C'est pourquoi Joseph avait pour ce divin Enfant un vrai cœur de père, un cœur d'autant plus parfait dans ces sentiments, que Dieu, au défaut de la nature corrompue, qui ne le donne pas toujours comme lil convient, lui avait fait un cœur exprès, et à Ja dimension, si je

1 Hebr., vu, 3.

2 Ibid.

peux ainsi parler, de son divin objet, en y versant le propre amour dont il aime son Fils unique. « Car, dit a encore excellemment M. Olier, le Père, en lui-même, « aime son Fils comme son Verbe éternel, et, dans saint « Joseph, il aime ce même Fils comme Verbe incarné. « Il résidait dans Tàme de ce grand Saint et la rendait « participante non-seulement de ses vertus, mais encore « de sa vie et de son amour de Père. » — « C'est pour- « quoi, observe supérieurement Bossuet, c'est pourquoi « Jésus obéit, et Joseph ne craint pas de lui commander. « Et d'où lui vient cette hardiesse de commander à son « Créateur? C'est que le vrai Père de Jésus-Christ, ce « Dieu qui r(ingendre dans l'éternité, ayant choisi le « divin Joseph pour servir de père au milieu des temps « à son Fils unique, a fait en quelque sorte couler en « son sein quelque rayon de cet amour infini qu'il a « pour son Fils : c'est ce qui lui élève le cœur; c'est ce « qui lui donne un amour de père, si bien que le juste « Joseph, qui sent en lui-même un cœur paternel, formé « tout exprès par la main de Dieu, sent aussi que Dieu « lui ordonne d'user d'une autorité paternelle; et il « ose bien commander à celui qu'il reconnaît pour son « maître ^ »

C'est ce qui fait que, dans l'Évangile, Joseph est constamment appelé sans réserve et sans réticence le père de Jésus, qu'il en exerce tous les droits comme il en a tous les sentiments; que Marie non-seulement n'hésite pas à les partager avec lui, mais à l'en reconnaître le chef, et que Jésus enfin s'y soumet lui-même. Ce n'est donc pas une pieuse imagination qui nous représente Jésus

* Panégyrique de saint Joseph,

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