II
398 CHAPITRE ÏVII.
l'intérêt et la puissance de son divin Fils, comme elle va le faire.
Se tournant vers lui, elle lui dit pour toute requête :
Ils manquent de vin.
Croirait-on qu'il y a des esprits ainsi faits qu'il leur a paru que cette parole n'avait été inspirée à Marie que par un vain sentiment d'ambition maternelle, que pour donner en spectacle la divinité de son Fils et en avoir le reflet?
Cette parolp brille, au contraire, de tout ce qui exclut la vanité, le bruit, l'éclat, la préoccupation personnelle qu'on lui suppose; dans sa sublime brièveté, elle respire la charité, la discrétion, la confiance, la foi, l'abandon, la dignité modeste et patiente, toute l'àme de Marie. Elle ne commande pas, elle ne demande même pas : elle se borne à exposer, ou même à informer la divine Bonté que le vin fait défaut; parce que, à ceux qui sont portés par nature à la bienfaisance, il n'y a pas d'instance à faire, mais seulement l'occasion à proposer.
Et comme ici la bienfaisance de Jésus ne peut se faire jour que par un miracle, et un miracle qui n'a pas eu de précédent, la parole de Marie est d'une foi merveilleuse en la divine puissance de son Fils : elle lui dit : Ils manquent de vin^ comme qui parle à la source créatrice de toutes choses, qui n'a qu'à suivre son penchant de puissance autant que de bonté pour les répandre. Il y a en môme temps dans cette parole une admirable conOance de 3larie dans son crédit auprès de Jésus : mais une coufiance toute de soumission; parce que son ascendant consiste surtout dans le sentiment de sa dépendance. Enfin on y sent une sorte d'intime intelligence entre Marie et Jésus, qui la dispense de longs discours, et dont
elle use au profit de son Imniilité, qui lui fait aimer le silence.
Voilà quelques-uns des grands sentiments qui respirent dans cette simple parole de Marie. Elle n'est que de quatre mots : mais c'est cette brièveté même qui en fait l'étendue.
« Et Jésus lui dit : « Femme, qu'y a-t-il de commun
« ENTRE vous ET MOI ? MON HEURE n'eST PAS ENCORE « VENUE. »
Voilà donc cette réponse de Jésus, si offensante pour la Sainte Vierge, d'après les censeurs de son culte. Étudions-la avec impartialité; la même impartialité qui l'a consignée dons l'Évangile.
Remarquons d'abord à ce sujet que l'Évangéliste qui nous rapporte cette réponse est saint Jean, le fils substitué de la Sainte Vierge, qui fa reçue pour .s2Vnne\avec le dernier soupir de Jésus au Calvaire, et a professé toute sa vie pour cette Mère de Dieu, devenue Mère des hommes, les sentiments de la piété et de la vénération la plus filiale. Ajoutons que c'est très-probablement sur le rapport de la très-Sainte Vierge, et très-certainement de concert avec elle, ([u'il a révélé au monde cette réponse de Jésus, et trouvons déjà, dans celte révélation, un témoignage de parfaite véracité et liumililé, digne du plus religieux respect, et dont nous ne saurions abuser sans injustice.
Dans ces mots : Quij a-t-il de commun entre vous it moi? nous avons suivi les traductions françaises ordinaires. Il nous serait, comme on le verra, fout à fait indilTérenl de nous y tenir; mais la vérité nous oblige à
* Jtan, xiv, 27.
dire que ce ne sont pas là les termes mêmes de TÉvangile, et que le sens en est notablement modifié. Les termes mêmes sont ceux-ci, au rapport de tous les interprètes les moins suspects, notamment de Calvin, de Grotius et de M. de Lamennais depuis sa chute : Que fait cela à moi et à vous^?
Grotius, avec sa judicieuse érudition, fait observer que si on prend ces mots : Qidd mihi et tibi est, dans le sens reçu chez les Latins, ils emportent une acception de mépris et signifient : Quid tibi mecum est ? Mais que dans la locution hébraïque que saint Jean a portée dans son Évangile, ils signifient autre chose, savoir : Cur mihi negotium exhibes? Pourquoi vi entretenir' de cette chose? {Qu est-ce que cela a de commun à moi et à vous?) C'est ce qui apparaît clairement, dit-il, dans plusieurs passages des Livres saints, où cette même locution est employée, tels que II Samuel, xvi, 10. — Paralipomen. , xxxv, 21. — Joël, III, 4. — Et dans l'Évangile même, Matth.^ viii, 29.
Il n'est personne qui ne sente maintenant la grande différence qu'il y a entre cette version : Qu'y a-t-il de commun entre moi et vous? et celle-ci : Qua cela de commun à moi et à vous? Car dans la première il y a une disjonction de moi et de vous, qui ne se trouve pas dans la seconde.
Cette dernière version, outre qu'elle est textuelle, s'accorde d'ailleurs bien mieux avec la suite de la réponse du Sauveur, qui en est le motif : Mon heure n'est pas encore venue. Ce motif n'est pas absolu, il est relatif: il
1 Calvin, Comment, sur saint Jean. — Grotius, Anuot. in quat, Evung, — M. de Lamennais , Noie de sa Iraduclion.
enlève par conséquent à la première partie de sa réponse le caractère absolu de ces paroles : Quy a-t-il de commun entre moi et vous? et s'accorde bien mieux avec celles-ci : Que fait cela à moi et à vous? qui sont relatives à la circonstance. Car, s'il n'y a rien de commun entre Jésus et Marie, cela doit être toujours, et on ne comprend pas mon heure ncst pas encore venue; tandis que l'on comprend très-bien que l'heure ne soit pas encore venue pour Jésus de mettre sa puissance au service de sa miséricorde, et que, sous ce rapport, il n'était pas opportun de l'invoquer.
Telle est la vérité littérale de FÉvangile. Elle résiste matérielleriient à l'abus qu'on en fait lorsque, sans tenir compte d'ailleurs de la conduite de Jésus-Christ, qui vient immédiatement en fixer le sens, on veut donner à sa réponse la signification d'un principe, et, en quelque sorte, d'un dogme exclusif de toute relation de culte entre lui et sa sainte Mère.
Nous ne nous sommes pas proposé autre chose, dans cet éclaircissement préliminaire, que de dégager le texte de l'Évangile de cet abus. Du reste, et ce point expliqué, il est très-vrai que la réponse de Jésus, même ramenée à son texte pur, implique une improbation et une sorte de désaveu humiliant pour Marie. Ce mot Femme, surtout, semble lui enlever le titre de Mère, qui est le fondement de sa confiance et de la nôtre : d'autant que l'Évangéliste, en la désignant, avant et après la réponse de Jésus, sous ce titre de Mère de Jésus, fait ressortir l'intention de cette expression de Femme, par laquelle Jésus semble la confondre avec tout son sexe , et l'anéantir, en quelque sorte, de toute la hauteur et de tout le poids de sa Divinité. Et ce qui rend cette ré-
4«2 CHAPITRE XVri.
ponse plus affligeante pour Marie, c'est qu'elle a lieu au moment où Marie veut faire usage de son crédit de Mère sur Jésus, et qu'elle rabat sa confiance comme téméraire, et pour ainsi dire impie. Nous croyons rendre, •sans la diminuer, l'impression générale de cette parale de Jésus.
Est-ce là cependant la conclusion finale qu'il faut en tirer? Aucun intei^prèle n'a osé le dire, aucun n'a donné à celte réponse de Jésus la portée d'un reproche d'impiété contre Marie : tous ont tempéré la rigueur de cette réponse par le sentiment qu'elle avait une signification moins personnelle et plus générale, qu'en un mot elle offrait un mystère dont l'esprit était autre que la letti'e ; n'en avait pas au moins toute la portée. « La Vierge 0 était si modeste, et craignant Dieu, dit Calvin lui- « même, qu'elle n'avait pas besoin d'une correction si « sévère \ »
Mais ce n'est pas assez : et, dès lors que l'esprit est autre que la lettre, il faut nous en rendre un compte plus précis. Nous allons voir ici en action le dessein -évangélique par nous exposé au comuiencoment de ce volume, sur le traitement de Jésus à l'égard de sa très- Sainte Mère.
La parole de Marie : Ils manquent de vin , dont nous avons déjà admiré la charité, la discrétion, la foi, la confiance et l'humilité, semblait devoir lui attirer une réponse, non-seulement moins sévère, mais toute contraire; la réponse que Jésus a constamment faite dans le cours de sa vie à tous ceux qui venaient lui demander des miracles de guérisoii : Atjez confiance : votre foi noms
1 Calvin, Comment, sur saint Jean.
■a sauvé. — Jen ai jamais rencontré une si grande foi dans Jsraël. — 0 Femmes votre foi est grande; à cause de ce que vous venez de dire, ce que vous souhaitez va s'accomplir, etc. Avoir confiance en Jésus, quelque misérable, quelcpie indigne qu'on fût d'ailleurs de ses grâces, était un moyen infaillible de les obtenir, avec ce considérant, votre foi vous a sauvé, par lequel il se plaisait toujours à louer, à •exalter ce'itp confiance et cette foi, qui avaient tant d'empire sur son cœur, et qui semblaient disposer de sa puissance. Mettez donc la parole de Marie dans une autre bouche, dans la bouche de la Madeleine ou de la Cliananéenne, d'une pécheresse ou d'une étrangère, et, au lieu de ce reproche si humiliant, vous entendrez sortir de la bouche de Jésus une exclamation de louange. C'est donc parce ■que Marie n'est pas pécheresse, n'est pas étrangère, c'est parce qu'elle est sainte, parce qu'elle est mère, et la cligne Mère de Jésus, que ce Jésus lui infligerait le plus humiliant reproche? Le dire serait un blasphème, puisque ce reproclie retomberait sur Jésus comme la plus amère injure à sa sagesse, à sa justice et à sa bonté.
Ce n'est donc pas l'honneur de Marie, c'est l'honneur de Jésus qui nous oblige à voir dans sa réponse une tout autre intention.
Ce sentiment s'élargit lorsqu'on vient à remarquer que Jésus a toujours parlé à sa Sainte Mère sur ce ton; que c'est là sa manière générale de la traiter, et qui n'a par conséquent aucun fondement particulier dans la circonstance. Ainsi, h la plainte si naturelle et si légitime de Marie, au sujet de sa disparition au temple, nous l'avons déjà entendu lui dire avec le même accent: Pourquoi me chei'chiez-vous? Ne saviez-'vom pas qu'il faut que je sois aux choses qui regardent mon Pèrel Plus tard ,
lorsqu'on viendra lui dire que sa Mère et ses frères cherchent à le voir, il répondra : Ma Mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu. Lorsqu'une voix s'élevant de la foule s'écriera : Bienheureux le sein qui fa porté et les mamelles que tu as sucées! il répondra encore : Plutôt bienheureux ceux qui reçoivent la parole de Dieu et qui toèse?'vent. Enfin, sur la croix même, où cette Mère incomparable lui donne le témoignage de la plus héroïque fidélité, il fera tomber sur elle, de ses lèvres mourantes, ce même mot de Femme qui, dans le récit que nous étudions, caractérise cette sorte de désaveu qui en fait le mystère.
Bien évidemment, Marie n'a pas mérité ces sévérités de Jésus dans toutes ces circonstances; et, comme, ne les ayant pas méritées, Jésus ne saurait avoir voulu systématiquement les lui infliger, il faut conclure, nonseulement du mystère de Cana, mais de toutes ces pages de l'Évangile, que la réponse de Jésus est exempte de cette intention de sévérité qu'on y relève contre Marie.
Ainsi purgée de cet esprit de blâme, la parole de Jésus en laisse voir un autre qui s'accorde aussi merveilleusement avec la raison que le premier y répugne absolument.
Donnons-y toute notre attention.
Cet esprit est d'abord un esprit d'enseignement général, dont vous et moi sommes l'objet, et dont Marie n'est que le texte. Cette explication, que nous avons déjà donnée avec Nicole, au sujet de la réponse de Jésus retrouvé au temple, s'applique à tous ces passages de sévérité apparente envers Marie, que nous avons rappelés. Elle s'applique surtout à celui que nous étudions; tellement, que la force de la vérité a entraîné Calvin à le reconnaître : « Ce que Christ a ainsi parlé, dit-il, n'a
« pas tant été pour le regard d'elle que pour les autres^» Et quel est cet enseignement, qui a été pour le regard des autres? C'est que, comme Sauveur^ Jésus-Christ est à nous tous, sans acception de personne, même de sa Mère : c'est que tout le monde peut être, comme il l'a dit lui-même, sa mere^ ses frères et ses sœurs, moyennant qu'on écoute et qu'on observe sa parole : c'est, même, que les plus égarés et les plus perdus ont des droits plus particuliers à sa tendresse, puisque, pour les poursuivre et les ramener au bercail, il abandonnera les brebis fidèles, et jusqu'à sa Mère : c'est par conséquent que cette Mère, par cela même qu'elle est innocente et pure, et qu'elle s'approche de plus près de sa Sainteté infinie, n'a rien à voir avec lui comme Sauveur, n étant venu que pour les brebis perdues et Israël, comme il le proclame luimême ^ : c'est que, tout à son Père céleste dont il a reçu cette mission de Sauveur, et dont la volonté fait sa nourriture pour V accomplissement de cette œuvre^, sa Mère terrestre disparaît à ses yeux, en comparaison de cette importante affaire, qui est la règle souveraine de toute sa conduite, de tous ses prodiges, et qu'il ne saurait se plier à des considérations privées, étantmoinsleFils de Marie que le Médiateur universel du monde, ou, pour mieux parler, n'étant son Fils que pour êlre notre Médiateur. Ce n'est donc pas, dit saint Ambroise, qu'il se refuse aux pieux égards dus à une si Sainte Mère; mais c'est qu'il doit les subordonner à ce grand ministère dont son Père l'a investi, à ce caractère public de Sauveur qu'il ne saurait
* Calvin, Comment, sur saint Jean.
* Matth., XV, 24.
3 Meus cibus est ut faciam voluntatem ejus qui misit me, ut perjicium opus ejus. Joan., iv^ 3i.
406 CHlPiTRE XVII.
jamais dépouiller, et qu'il devait par conséquent professer et réserver au moment où il allait déférer à la demande de Marie. Non quod materna refutet pietatis obsequia; scd quia Patris se ministerio amplius, quam matemis affectibm, subesse cognoscat : c'est enfin qu'en cela il a Youlu, non-seulement exciter au plus haut degré notre confiance en son amour et en son dévouement absolu pour nos âmes, mais se donner en exemple de Famour et du dévouement que nous lui devons en retour, en exemple de ces paroles qu'il a fait retentir dans son Évangile : Si quelqunn vient à moi et ne hait point son pèi'e, et sa mère, et sa femme, et ses fih, et ses frères, et ses sœurs, et sa vie, il ne peut être mon disciple^, c'est-à-dire : Qui aime son père et sa mère plus que moi, nest pas digne de moi-. Telle est la mesure de l'amour qu"il nous demande, et que pour cela il nous donne le premier, par cette parole à la plus tendre, à la plus sainte, à la plus admirable des Mères : Femme, mon heure n'est pas encore venue.
Voilà une première explication de cette parole. Mais il faut nous attendre à en trouver d'autres; car la lumière a plus d'un rayon.
Une seconde explication, c'est que Jésus a voulu nous montrer la foi, la constance de Marie à leui' plus haute puissance, en les soumettant à la plus forte épreuve : et qu'en cela il la traite avec la plus grande distinction ; comme il traite les grandes âmes, celles qu'il chérit le plus, par des rebuts, qui ne sont que des stratagèmes de sa tendresse. jN'ous avons déjà l'exemple de cette con-
* Luc, XIV, 2G.
* Jlaltl)., X, 37.
<tluile dans cetle dure parole qu'il adre&sa à la Cbananéenne, qui le suppliait de délivrer sa fille : Il nest pas Juste de pj^ndre le pain des enfants pour le jeter aux chiens; et dans cette exclamation dont il accompagna le miracle qu'il accorda à son humble constance : 0 Femme, votre foi est grande^ à cause de ce que vous venez de dire, allez, que ce que vous souhaitez sacctmiplisse! L'épreuve est infiniment plus forte pour Marie, en raison de sa dignité, de sa sainteté, La plus douce, la plus pure, la plus admirable et la plus éminente des femmes et des mères, la Mère de Dieu, pleine de grâce, bénie enlre toutes les femmes, Tobjet de la vénération, de l'amour, de la confiance de l'univers, exposée à la face de cet univers par l'Évangile, est désavouée par ce Jésus qui est toute sa gloire, est rejetée par lui dans le commun de son sexe, est précipitée, de la hauteur incompaj^al)!* où sa divine Maternité l'a fait asseoir, dans la masse confuse des créatures, et, cruelle blessure pour l'humilité de son cieur! est taxée, ce semble, de présomplion et de témérité par celui qui est la Justice môme, et qui, par cela seul qu'il la reprend, la fait paraître répréheiisible. Quelle épreuve ! et comme elle est à la hauteur de Marie I Elle esl telle que dix-huit siècles de bénédictions n'ont pu retracer, qu'elle suivra partout et'toujours Marie auprès des esprits faibles ; qu'elle deviendra le te^te de l'hérésie, le mérite de la fidélité, et que nous avons besoin enfin de l'expliquer pour l'instruction de ceux qui s'en scandalisent. Quelle foi, donc, que celle que nous allons voir sortir d'une telle épreuve, et qui, par une glorieuse récompense, va faire fléchir à sa considération ce Dieu lui-même sous la rigueur duquel elle n'a pas fléchi !
408 CHAPITRE XVIÏ.
Une troisième explication, c'est que Jésus, allant élever Marie à cette gloire insigne que nous allons voir, l'y prépare par la plus profonde humiliation. C'est une conduite constante, et comme une loi de la Providence, dans son action sur les âmes, de faire de l'humiliation le fondement de la gloire véritable et l'écueil de la fausse gloire. Et la raison en est sensible : c'est que la gloire n'est véritable qu'autant qu'elle relève de Dieu qui en est la source ; que, par conséquent, plus nous relevons de Dieu par notre abaissement devant lui, plus nous sommes en disposition et comme en situation de recevoir sa gloire. Et comme cette 'gloire porte avec elle, durant cette vie d'épreuve, un grand vertige de complaisance en nous-mêmes, et comme un poids d'orgueil qui tend à nous soustraire à son suprême Auteur, il est d'autant plus nécessaire qu'un contre-poids de passagères humiliations nous y assujettisse et nous y retienne. De là ces belles paroles de l'Écriture : « L'humiliation marche « devant la gloire, » Gloriam prœcedit hwnUitas ^ \ « et « elle suit les pas du Superbe. » Superbum seqnitvr humilitas ^. Cette grande loi, si monstrueusement outragée dans tout le monde ancien par la déification de la créature, a été rétablie par le suprême abaissement du Créateur humilié dans le sein de Marie, et par ia glorification de l'humanité qu'il a prise dans ce sein virginal. Le Christ est la personnification de cette loi divine qu'il a lui-même promulguée ainsi: Celui qui s' abaisse sera élevée et celui qui s'élève sera abaissé. Le premier il s'est abaissé, le premier il a été élevé. Exinanivit semetipsum... Pro-
1 Prov., XV, 33.
» Ibid., XXIX, 23.
pter quod et Deus exaltavit illum ^. C'est pourquoi, conforme à lui-même, sa grâce procède toujours par l'iiumilialion des âmes qu'elle veut élever : tellement que, comme on peut mesurer la hauteur d'un monument à la profondeur de ses fondations, on peut calculer, approximativement, la gloire que Dieu nous réserve, à la mesure de l'humiliation par laquelle il nous y prépare, quand cette humiliation est réellement une opération de sa grâce, et non le fruit et le juste châtiment du péché. Ames fidèles, âmes humiliées, rendez témoignage à ce que je dis ici, et soyez confirmées vous-mêmes dans cette sainte vérité par le grand témoignage de 3Iarie! Si, en s'abaissant dans son sein, le Verbe l'a élevée à l'incommensurable gloire de Mère de Dieu, c'est qu'iY a regardé la bassesse de sa servante ^ et que l'abîme infini de sa gloire a été attiré par cet abîme inconcevable d'humilité. Par suite de la même conduite, Marie a dû être rabaissée, par son divin Fils, plus qu'aucune autre sur la terre, parce qu'il devait l'élever et la glorifier plus qu'aucune autre dans le ciel. Et comme, dans cet abaissement général où il a dû la tenir ici-bas, il a voulu cependant donner à notre amour et à notre confiance envers elle des gages éclatants de la gloire et de la puissance qu'il lui réservait, il a dû faire, pour chacun de ces gages, ce qu'il a fait pour cette gloire et pour cette puissance mêmes, les faire précéder d'une humiliation particulière qui en fût comme le fondement et le contre-poids. Aussi n'est-ce pas au hasard que les sévérités apparentes de Jésus-Christ pour Marie se rencontrent dans l'Évangile:
* Philip., II, 9.
' Cantique de Marie.
410 CKA.PITBE XVir.
remarqnez-le bien, c'est toujours immédiatement a?aat de lui déceriier une gloire, de rélever à une grandeur. C'est ce que nous avons va dans ces paroles de Jésus : Pourquoi me ckerchiez-vous? Ne savez-vozts pas qu'il faut ■q^te je sois aux affaires de mon Père? après lesquelles, SOUMIS j^ Marie, il descendit à 2sazareth: c'est ce que nous allans voir après celles-ci : Femme^ que fait ceci à moi et à vous ?
Enfin, une quatrième intention de la parole du Sauveur, que nous allons voir manifestée dans sa conduite, c'est de relever la grâce qu'il allait accorder à 3Iai'ie, en montrant cette grâce comme hors de proportion avec ce -qu'on pouvait lui demander. La parole de Jésus n'abaisse Marie qu"en élevant au plus haut point l'objet dfi la demande qu elle lui fait, et en le mettant hors de toute portée. De sorte que, autant il l'abaisse par cette haute difficulté qu'il lui oppose, autant il lui prépare de gloire à en triompher: pour nous faire bien voir, par un grand exemple, qu'il n'est rien qu'elle ne puisse obtenir de sa miséricorde. Sans doute, le miracle qu'elle lui demande ne se recommandait pas en lui-même par un grand intérêt. On doit même observer qu'il se dislingue, à cet égard, de tous les autres miracles du Sauveur dans l'Évangile, qui, tous, avaient un sujet plus grave; ce qui est d'autant plus à remarquer, que c'est par ce miracle que Marie lui demande d'ouvrir la carrière de ses prodiges. Et c'est ce que Jésus semble lui répondre par ces paroles: Qu importe à 7noj ef à roew? C'est-à-dire, comment pour un si mince intérêt faites-vous appel à ma puissance, et lui demandez-vous sa première manifestation? Mais, moins ce miracle se recommandait par luimême, plus il apparaissait comme fait à la consid^iion
^t à la faveur de Marie. C'était là son objet capital, dont Timportance prend dès lors la place que lui laisse tout autre intérêt. Mais cela ne suffisait pas encore à ce grand objet; Jésus le fait ressortir par une difficulté déplus haute nature, et telle qu'elle semble le lier lui-même : Mon heure, dit-il, n'est pas encore venue.
Quelle est cette heure que Jésus appelle son heure ? Il n'est pas absolument nécessaire de le savoir pour apprécier la portée de sa parole au point de vue où nous l'envisageons. Cependant, il résulte de la répétition fréquente de ce mot dans l'Évangile, que V heure de Jésus était celle de sa mort, c'est-à-dire de sa gloire, qui devait éclater par celle mort. C'est ce que lui-même fait entendre lorsque, s'en allant à sa Passion, il dit: « Père, « l'heure est venue, glorifiez votre Fils pour que votre « Fils vous glorifie '. » Par ces mots : Mon heure n'est pas encore venue, on peut donc entendre : l'heure de ma manifestation divine, de ma gloire, que le miracle que vous me demandez ferait éclater avant le temps. Sans doute, Jésus devait faire d'autres miracles avant le grand miracle de sa résurrection; mais ces autres miracles n'étaient que comme les anneaux d'une chaîne dont le miracle de Cana était le premier ^. De sorte que ce premier miracle, rompant l'obscurité humaine de Jésus- €lirist, le faisait entrer, avant le temps, dans cette carrière de prodiges dont l'éclat blessait son humilité et semblait anticiper sa gloire.
Quelle est donc, à ce grand point de vue, l'importance du miracle que Marie demande à Jésus par ces simples
1 Jean, xvii, 1.
« Ibid.. II, 11.
paroles: Ils manquent de vin; puisqu'on peut dire que tous les autres miracles de sa vie y sont représentés et, en quelque sorte, contenus comme dans leurs prémices, et vont dépendre ainsi du crédit de Marie!
Telle est la quatrième signification de la parole de Jésus. Ces quatre explications sont diverses, mais elles ne sont pas contraires, elles sont pour ainsi dire sœurs, et dès lors elles sont toutes également recevables : leur diversité même est un témoignage de leur vérité ; parce que c'est le propre de la divine parole de rayonner en sens divers, comme le soleil qui en est l'image.
Il en résulte que la réponse de Jésus à Marie présente à notre méditation comme les premiers considérants de la grande décision qu'il va prendre, et dont nous allons voir le dispositif. Il serait absurde de s'arrêter à ces considérants sans tenir compte du dispositif, ce que font cependant les hérétiques. Le dispositif détermine la portée des considérants, autant que ceux-ci éclairent celle du dispositif. Il est contre toute justice et contre toute raison de les séparer, et, si on pouvait le faire, qui ne voit que c'est ie dispositif qui devrait prévaloir, puisque ce n'est pas le dispositif qui est fait pour les considérants, mais les considérants qui le sont pour le dispositif.
De lava donc dépendre leur véritable signification: de la conduite de Jésus, le vrai sens de ses paroles.
Mais, avant, cette signification va dépendre de la parole et de la conduite de Marie.
Que va dire 3Iarie à une telle épreuve, dans une telle humiliation, sous le poids accablant de cette hauteur divine qui semble devoir l'anéantir?
Faites ce qu'il vous dira.
0 foi, ô sublime confiance de Marie! ô prophétique intelligence du cœur de son divin Fils! « La parole de « ce Fils peut paraître dure et sévère, dit saint Berce nard; mais c'est qu'il connaissait celle à qui il par- « lait, et qu elle n'ignorait pas celui qui lui parlait. En « résultat, pour que vous sachiez comment elle a pris sa « réponse et ce qu'elle a présumé de la condescendance « de son Fils pour elle, elle a dit aux serviteurs : Faites « CE qu'il vous dira ^. »
Quelle majesté humble et sublime dans ces deux seules paroles de Marie : Us manquent de vin, pour demander le premier des miracles; et : Faites ce qu'il vous dira, après la réponse si accablante de Jésus! Que de choses Marie aurait eues à dire, ce semble, pour s'excuser ou pour insister, dont elle ne dit aucune! Quelle sainte économie de paroles!
On a observé que Marie n'a parlé que quatre fois dans l'Évangile, elle qui avait enfanté la Parole. C'est pour cela même qu'elle n'avait pas à parler. Elle ne parlait pas au dehors, parce qu'elle s'entretenait au dedans avec cette Parole, ce Verbe, ce Fils qu'elle avait engendré, et qui, sortant de son sein, était resté dans son àme. Dans ce sanctuaire intime, elle était en perpétuel colloque avec Lui. Pendailt qu'il paraissait l'oublier, la désavouer au dehors comme Sauveur, il ne cessait de lui parler, de lui complaire au dedans comme Dieu. Au dehors il lui disait : Femme, que fait ceci à moi et à vous? mon heure nest pas encore venue; mais au dedans il lui disait : Mère, demandez, je ne saurais détourner de vous ma face ^!
* Dominic. I post. oclav. Epiph., Sert», i. 2 III Rois, II, 10.
Évidemment c'est à cette dernière parole intime de Jésus que fait suite celle de Marie : Fuites ce quil vous dira. On entend pour ainsi dire celle-là dans celle-ci. Comment l'expliquer autrement? Comment, au rebours de la réponse extérieure de Jésus, Marie aurait-elle compris qu'il allait accomplir immédiatement ce miracle qu'il paraissait si hautement lui refuser? Comment aurait-elle avei-ti les serviteurs d'avoir à se tenir prêts à Texécuier, si intérieurement l'esprit de Jésus, l'Esprit- Saint ne le lui eût révélé; si, dans cet Esprit de foi, d'amour, et de vérité, elle n'eût été d'intelligence avec Jésus?
Mais ce qui est admirable, entre tant de choses admirables, c'est la relation qu'il y a entre la parole extérieure et la parole intérieure de Jésus à Marie. Ces deux paroles, qui paraissent se contredire, sont dans le plus harmonieux accord. Comment cela? Parce que la parole extérieure de Jésus étant, comme nous l'avons montré, une pai'ole (ïépreuve pour la foi de Marie, d'abaissement et d'humiliation pour son cœur, la merveilleuse disposition avec laquelle elle l'avait reçue l'avait rendue aussitôt digne de la parole intérieure, digne du miracle qu'elle demandait, avait fait déjà pour ainsi dire ce miracle, en changeant la sévérité de Jésus en condescendance, comme il allait changer l'eau en vin.
C'est ce qui respire encore dans la parole de Marie : Faites ce gu il vous dira, dans laquelle on retrouve, et le pouvoir et la soumission, et la majesté et l'humilité de Marie : Fuites, parole de commandement et de confiance : ce quil vous dira, pai'ole de soumission et d'humilité.
Cette parole : Faites ce quil vous dira^ et la première : Us manquent de vin, expriment parfaitement, toutes les
deux, le caractère de rinlercession de Marie el du culte que nous lui rendons : caractère de médiatrice auprès du médiateur , ad mcdiaiorem mediairix. Par la première, Ils manquent de vin, elle expose nos besoins avec un intérêt et un crédit maternels, étant à la fois notre mère et celle de Jésus; et par la seconde, Faites ce qu'il vous dira, elle nous soumet à Jésus pour la satisfaction qu'elle en obtient : elle ne commande que pour nous porter à lui obéir, et nous en donne elle-même le premier exemple.
Voilà l'Évangile en esprit et en vérité.
La conduite de Jésus, dans l'opération du miracle obtenu par la foi et l'humilité de Marie, est maintenant aussi complaisante pour l'exaucer qu'elle avait ét-é décourageante pour l'éprouver, et nous fait voir la vérité de cette belle parole de l'Écriture : Voluntatem timcntium se faciet. «Dieu fera la volonté de ceux qui le craignent-^. » Marie vient de dire aux serviteurs: Faites ce qui l vous dira; et, avouant, exécutant, si j'ose ainsi dire, celle parole, Jésus leur dit : Emplissez d'eau les urnes; et, les urnes remplies, Jésus leur dit : Puisez maintenant, et pwtez au maître dliôtel, etc., etc.
Voilà le dénoùment de tout ce mystère, par lequel on doit en juger les implications.
En somme, qu'y voyons-nous? Marie demande el Marie obtient le miracle de Jésus. Entre la demande et la satisfaction, il y a, il est vrai, un réponse sévère de Jésus. Mais qui ne voit que la véritable réponse de Jésus €stle/'aj7 et non la parole, et que, comme dit saint Justin, il ne peut avoir voulu blesser par la parole cette mère
» Psai. cxnv, 19,
qu'il honorait tellement par le fait : Non verbo matrem objurgavit qui fucto lionoruvit? Qui ne voit que la parole était pour nous, et le fait pour Marie? Qui ne voit plus? qui ne voit que la parole grandit le fait, grandit Marie de toute la sévérité qu'elle ne lui oppose d'abord que pour la faire mériter, que pour la glorifier davantage, que pour mettre le miracle à la hauteur de sa sainteté, et pour nous montrer sa sainteté à la hauteur du miracle?
"Supprimez la réponse de Jésus, ne laissez subsister que la demande de Marie et son accomplissement immédiat, et vous aurez diminué le témoignage de ce miracle en faveur de 3Iarie. Il ne nous apparaîtra que comme un miracle ordinaire, auquel Jésus était enclin par sa bonté pour ses hôtes, et dont Marie n'aura proposé que roccasion. Tandis que si vous rétablissez la réponse de Jésus, vous ôtez toute explication extérieure à ce miracle, vous l'élevez au-dessus de la circonstance, au-dessus de Marie, au-dessus, ce semble, de Jésus, dont r heure n'est pas encore venue; vous faites éclater, par suite, dans cette sublime parole : Faites ce quil vous dira, la foi, la constance, Thumililé, la charité de^Marie; et vous faites enfin de ce miracle le prodige de son crédit.
C'est ce qu'achève de démontrer cette conclusion du récit évangélique : Ce fut là le premier des miracles de Jésus qui fut fait à Cana, en Galilée, et il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.
L'Évangéliste ne nous laisse pas remarquer que ce miracle a été le premier des miracles de Jésus : il nous le fait remarquer lui-même : ce qui nous autorise, nous oblige même à y voir une intention, qui ne peut être que le rapport de ce miracle avec tous les autres. L'Évangile
ne dit pas le premier miracle^ considérant ce miracle en soi; mais le premier des miracles, ou, plus littéralement, le commencement, Voiœerture des miracles, initium signo- RUM. C'est-à-dire que l'Évangile, considérant tous les miracles de Jésus dans un seul cours de miracles, les rapporte au miracle de Cana comme à leur premier écoulement : de même que le cours des grâces spirituelles que Jésus-Christ devait répandre dans les âmes a eu son premier écoulement dans celle qu'il apporta là Jean-Baptisle dans le mystère de la Visitation. Or, dans ce mystère de la Visitation, c'est par l'entremise, c'est à la voix de Marie que cette première des grâces de sanctification a été communiquée par Jésus à son Précurseur. Pareillement, dans le mystère de Cana, c'est par l'entremise, c'est à la voix de Marie que Jésus entreprend le cours de ses miracles. Marie nous est donc intentionnellement recommandée par l'Évangile comme l'instrument, le canal et, pour ainsi dire, l'orifice, tant des grâces temporelles que des grâces spirituelles de Jésus, dans leur dispensation générale : ce qui est toute la doctrine catholique. Cette doctrine résultait déjà du mystère de l'Incarnation, où nous voyons Dieu donner au monde toutes ses grâces par Marie, dans Jésus, leur Auteur : d'où saint Augustin et Bossuet tirent si justement cette conséquence, que « Dieu ayant une fois voulu nous donner « Jésus-Christ par la Sainte Vierge, cet ordre ne se « change plus, et que, comme Marie a contribué à notre « salut dans l'Incarnation, qui est le principe universel « de la grâce, elle y contribuera éternellement dans « toutes les autres opérations, qui n'en .'^ont que les « dépendances.» Mais ce n'est là qu'une déduction théologique, tandis que c'est un fait évangclique. L'Évan-
gile vient donner raison à la doctrine. Il nous fait voir Jésus, non-seulement se donnant au monde une première fois par Marie; mais, après ce don de sa personne, donnant encore par Marie ses grâces, tant spirituelles que temporelles, dans leur premier écoulement^ et par conséquent dans leur cours. C'est là, dis je, un fait évangélique : le fait de la première des sanctifications, le fait du premier des miracles de Jésus également opérés par l'entremise de Marie, comme témoignage de son influence dans toutes les grâces particulières et subséquentes dont celles-là sontla signification. Que les protestants, que les opposants au culte de la très-Sainte Vierge veuillent bien y réfléchir, l'Évangile, dans lequel ils se retranchent, s'élève contre eux.
L'Évangile ajoute : et il bianifesta sa gloire. Ce mot confirme l'explication que nous avons donnée de cette parole de Jésus : Mon heure nest pas encore venue, en venant se rapporter à celle-ci d'où nous avons tiré cette explication : Père, C heure est venue; glorifiez votre Fils pour que votre Fils vous glorifie. Il démontre que par ces mots : 3Jon heure, etc., c'est bien de sa manifestation glorieuse que Jésus entendait parler, laquelle, ne devant 'iWî?>qu'à sa mort, paraît ainsi anticipée parle miracle de Cana, et par conséquent à la considération de Marie. Quelle plus exiraordinaire idée, quel témoignage plus considérable Jésus-Christ pouvait-il nous donner de ïa puissance qu'il a dévolue à la supplication de sa divine Mère, que d'avancer pour elle l'heure de sa gloire, et de la manifester avant le temps? Non que Dieu ait changé de dessein, et refait son plan; mais c'est que, dans ce dessein et dans ce plan, il a fait entrer la supplication de Marie comme moyen déterminant de son économie.
qui, sans ce moyen, n'aurait pas été ce qu'elle est. Selon cette économie, l'heure de la manifestation de Jésus- Christ ne serait pas venue sans l'entremise de Marie : comme la grâce de Jésus-Christ ne serait pas venue à Jean-Baptiste sans sa Visitation : comme Jésus-Christ lui-même ne serait pas venu sans son consentement virginal. Ainsi, chose admirahle, et qui nous ramène encore au Plan divin, Marie influe sur toute l'économie de ce Plan: dans Tordre de la Nature, dans l'ordre de la Grâce, et dans l'ordre de la Gloire. Dans l'ordre de la Nature, elle met Jésus-Christ au monde et donne ainsi au monde la cause finale de sa création : dans l'ordre de la Grâce, elle porte Jésus-Christ dans nos âmes et nous donne à manger de ce fruit de l'arbre de vie dont la première elle a goûté : dans l'ordre de la Gloire, elle manifeste Jésus-Christ, elle détermine sa glorification, gage de la nôtre; elle la fait éclater. C'est ce qui nous apparaît dans les trois mystères évangéliqurs de l'Annonciation, de la Visitation, et du miracle do Cana. Ce qui a lieu dans ces circonstances solennelles de TÉvangile ne nous y est montré avec une si visible intention, que comme signification de ce qui doit avoir lieu toujours dans le monde. Ce ne sont pas de simples faits historiques, ne cessons de le faire observer : ce sont des Mystères; c'est-à-dire des monitions, des dogmes de ce qui se passe constamment : constamment Jésus-Christ vient au monde par Marie ; constamment Marie le porte dans nos âmes par sa Visitation; constamment elle mafeste sa gloire par les prodiges qu'elle obtient de sa ricorde.
SES DISCIPLES CRURENT EN LUI. ('ommeut uc croyaiontilb >cnlui,puisqu'ilsétaientsesc//sc//j/es;'' Ilsy croyaient
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