CHAPITRE XVII. — LES NOCES DE CANA
sans doute, mais d'une foi chancelante. On croit à nouveau, quand on vient à croire fermement. Il n'y a pas d'incrédule si incrédule qui n'ait de la foi plus qu'il n'en laisse paraître, plus qu'il ne le sait lui-même, souvent. Par contre, il n'y a pas de croyant qui ne puisse croire encore el dire à Jésus-Christ, comme ses disciples : Seigneur, augmentez ma foi^. Mais surtout, dernière conclusion de notre récit, il n'y a pas de foi qui ne soit en quelque sorte nulle, en comparaison de celle qu'on obtient par l'entremise de Marie, par les manifestations divines, intérieures ou extérieures, dont elle est l'auguste promotrice. L'expérience en est infaillible et journalière. Disciples de Jésus qui croyez en lui comme si vous n'y croyiez pas; qui manquez de foi comme ils manquaient de !;«■«.• voulezvoïis réellement croire en lui; voulez-vous être enfantés à la foi chrélienne? soyez-le par Marie, par son culte, par son intercession, par sa gracieuse et maternelle influence. Ces miracles de foi et de conversion des hommes à son divin Fils, de conversion d'eau en vin, sont proprement ses miracles, ses victoires.
' Luc, XIII, 5.
Le lecteur qui nous aura suivi avec quelque attention aura dû retrouver dans l'étude précédente, comme nous Ten avons averti, quelques-uns des aperçus généraux par lesquels nous avons ouvert ce volume, pour expliquer la sévérité apparente de Jésus-Christ à l'égard de sa Sainte Mère.
Ces aperçus s'appliquent surtout à la vie publique et évangélique de Jésus.
C'est là surtout que, faisant V Affaire dont son Pire Va chargé, accomplissant l'office de Sauveur du monde, de Précepteur du genre humain, de Médiateur universel des créatures, il doit nous apparaître tout à tous, sans acception de personnes, sans égard à la chair et au sang; et par conséquent sans acception, à ce point de vue, de Celle pour laquelle on pourrait lui supposer le plus de prédilection humaine et terrestre, de sa Mère.
Jésus, pendant sa vie publique, devait donc négliger sa Mère, comme Mère, par cette première raison.
Par une seconde raison, il devait la négliger, non plus comme Mère, mais comme Sainte. Parce que, ainsi que nous l'avons exposé, Jésus venant comme Sauveur, comme Médecin, comme Pasteur, devait avoir une plus grande propension pour les brebis perdues , pour les malades, pour les pécheurs, que pour les justes. Il devait négliger Marie, parce qu'il avait prévenu en elle le
mal dont il venait nous guérir; parce que, même, réminente sainteté de Marie devait lui valoir les délaissements, les rebuts, les humiliations, qui sont les grâces de Dieu pour les justes; comme les recherches, les attraits, les encouragements sont celles qu'il dispense aux pécheurs.
A la lumière de ces deux raisons, toute la conduite de Jésus-Christ à l'égard de Marie s'explique,, de manière non-seulement à ne nous laisser aucui.e impression dou» teuse de ses sentiments pour elle, mais à nous en donner la plus haute idée.
Deux grandes paroles d<e Jésus au sujet de sa Mère, et deux grandes circonstances, où il a voulu qu'elle ne figurât pas, vont servir d'épreuve à cette doctrine.
Ces deux paroles sont : l'une quand « parlant au peuple (( qui était assis autour de lui et quelqu'un venant lui a dire : Vuilà voire mère et vos frères qui ch< relient à vous a parler^ il répondit : Qui est ma mère et qui sont mes « FRÈRES? et étendant la main sur ceux qui étaient au- « tour de lui : Voila ma mère et mes frères: car, qui- « conque fait la volonté de mon père, écoute et observe
« sa parole, CELUI-LA EST MON FRÈRE, ET MA SŒUR ET MA
« MÈRE ^; )) — l'autre parole, lorsque, comme il parlait, « une femme élevant la voix du milieu de la foule, lui (( dit : Hiureux le ventre qui t'a porté et les mamelles que <f tu as sucées ! et Jésus repartit : Plutôt heureux ceux « QUI écoutent la parole de Dieu et qui la gardent ^ » Les deux circonstances où l'effacement de la Sainte Vierge est le plus sensible, sont la transfiguration de
1 Matll'., xii » 4 7, etc.; Marc, m, 34 j Lu«, vm, 21. * Luc, xj, 27.
Jésus sur le Tliabor, et l'institution de FEucharistie à la sainte Cène.
C'est h ces deux paroles et à ces deux circonstances qu'il faut éprouver la vérité de la doctrine que nous professons.
Donnons en premier lieu noire attention aux paroles.
Il n'est pns à négliger d'abord que Jésus-Christ les a prononcées, l'une et l'autre, dans une circonstance des plus publiques de sa prédication, parlant à la foule, dont il était tellement environné que sa mère et ses frères ne pouvaient pénétrer jusqu'' à lui'.
Il faut même remarquer, en ce qui regarde la première de ces paroles, qu'il venait défaire entendre à cette foule, et en elle à la foule humaine de tous les temps et de tous les lieux, cet appel, grand comme la misère universelle qu'il convie à la guérison : « Venez a moi, vous tous qui « ployez sous le faix, et je vous soulagerai - ; » et, en ce qui regarde la seconde parole, qu'il venait de proposer à la multitude la grande parabole de la semence qui, jetée largement dans ce champ qui est le monde, rapporte en raison unique des dispositions de ceux qui la reçoivent, et ne porte tout son fruit de grâce et de gloire que dans ceux qui la conservent dans un ccecr bon et excellent