‹ La Vierge Marie et le plan divin (volume 2)Chapitre 42 sur 46 · ET LA FONT FRUCTIFIER PARLA PATIENCE · texte numérisé non relu

ET LA FONT FRUCTIFIER PARLA PATIENCE

1 Luc, VTU, 19.

2 MaUh., XI, 28.

3 Luc, vjii, 15.

C'est au fort de cet appel à toutes les misères et à toutes les volontés qu'on vient dire au Fils de l'homme que sa mère et ses frères cherchent à lui parler. Qui ne comprend toute l'inopportunité, toute la dissonance de ces mots de mère et de frères, dans un sens privé, avec ce public et universel caractère de la prédication de Jésus? et qui n'admire ce parti sublime qu'il en tire aussitôt pour confirmer sa doctrine et la porter à sa plus haute expression: Qui est ma mère, qui sont mes fi-ères? Voilà ma mère et mes frères. Car quiconque fait la volonté de Dieu, écoute et observe sa parole, celui-là est mon frère, et ma sœur et ma mère. « 0 douces et ravissantes paroles! « s'écrie ici Bossuet : les fidèles sont ses frères, ses « sœurs et sa mère. Notre Sauveur nous aime si fort, « qu'il ne refuse avec nous aucun titre d'affinité, ni au- « cun degré d'alliance ^ »

Pareillement lorsque, dans une même circonstance, Jésus convie la foule au bonheur céleste, à des conditions spirituelles de fidélité à sa parole égales pour tous, et qu'une femme, une mère sans doute, mue d'un sentiment d'envie ou d'admiration terrestre, vient restreindre ce bonheur aux entrailles qui ont porté lêsM?,, aux mamelles qu'il a sucées, qui ne sent tout ce qu'avait d'à-propos et de divin cette repartie de Jésus : Plutôt bienheureux, QUIMMO BEATI, ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent!

Il serait superflu d'insister pour convaincre le lecteur que, par ces paroles, Jésus, n'a désavoué que l'intention humaine, que le sens privé, charnel et terrestre dans lequel on venait lui parler de sa Mère, par opposition au

* I1I« Sermon sur la Nativité

MARIE DURANT LA VIE PUBLIQUE DE JÉSUS. 42o

sens public, spirituel et céleste de son caractère ^t de sa prédication de Dieu Sauveur.

Comme l'observe très-judicieusement Grolius, il ne désavoue pas cette louange de sa Mère, il ne dément pas que par son divin enfantement elle ne mérite d'être appelée Bienheureuse, ce que l'Ange dans sa salutation, ce qu'Elisabeth et Marie elle-même dans la plénitude de l'Esprit-Saint, avaient déjà publié : mais il ajoute quelque chose de plus grand, savoir, que la béatitude éternelle et solide ne consiste pas dans ce fait seul de l'avoir enfanté et, en ce sens, n'est pas propre à Marie. Non negans quod esset dictum [nomine tanti partus felicem esse matrem) quod Angélus quoque et ElisabetJia Spiritu sancto plena dixerat : sed majus aliquidaddens, hentitudinem îcilicet œternam ac solidam neque in hoc esse sitam, neque Mariœ esse propriam'^.

Mais ce qui est à considérer et à admirer, c'est que, en effaçant, en déprimant ainsi Marie, en la faisant disparaître en quelque sorte dans le commun des fidèles, Jésus-Christ, de la même parole la relevait infiniment, faisait d'elle le panégyrique le plus magnifique et le plus sublime : tellement que tout ce qu'on a dit et tout ce qu'on peut dire de la grandeur et de la gloire de 3Iarie n'approclie pas de celte parole de Jésus, et n'est vrai qu'autant qu'il en approche. C'est ici le fondement de toute la doctrine catholique sur le culte de la très-Sainte Vierge; on ne saurait trop y appliquer son attention.

Être mère de Jésus, d'une maternité ordinaire et purement charnelle, comme l'entendait cette femme de l'Évangile, dans l'ignorance où elle était du caractère

1 Hug, Grolii Annot. in quat, Evangelia.

virginal et divin de la maternité de Marie, ne devait pas être considéré comme le suprême sujet de louange, au sens chrétien, et Jésus-Christ devait en proposer un plus relevé et dire : Quinimo beati^ « Bien plutôt heureux, etc.» Être mère de Jésus, même avec ce caractère virginal et divin que nous admirons en 3Iarie, n'est point proprement et dans la rigueui' ce qui fait sa gloire et ce qui doit lui valoir les hommages de Tunivers; car c'est absolument et sans réserve que Jésus dit : Quinimo beati, (t Bien plutôt heureux. »

Telle est en elïet la portée de cette divine parole, de mettre par-dessus toute béatitude, toute prérogative, toute grandeur, la fidélité à écouter et à observer la parole de Dieu. C'est là la vocation qui domine tout, qui s'étend à tout, qui comprend tout, et dont la lice, pour ainsi dire, est ouverte à toutes les âmes sans acception de la maternité de Marie, puisque Jésus ajoute, par allusion à cette auguste maternité : Ceux-là sont ma mère^ mes frères et mes sœurs. Et, en elTet, observe Grotius (renversant par celle parole toute la docirine protestante sur l'inutilité des œuvres), « écouler la parole, « audiî-e verbum, c'est concevoir le Christ ; et l'observer, « observare, c'est l'enfanter^. » Ainsi tous les fidèles conçoivent, enfantent le Christ dans leur âme et dans le monde, sont les parents du Christ, et, sous ce rapport essentiel et fondamental, il n'y a pas eu de privilège pour Marie.

1 Aunot. in quat. Evang. ad Liicam. — Pour bien faire ressortir sa pensée, Grolius renvoie à ces passages de saint Panl et de saint Jacques, Rom., H, 13, et Jac, i, 22, où il est dit : « Faites la parole et ne « l'écoutez pas seulement, vous trompant vous-nn'mes; » et lui-même ajoute : Observare, citstodire verbum, idem est FACKRE.

Mais, s'il n'y a pas eu de privilège pour Marie, il n'y a pas eu non plus d'exclusion: elle était bien évidemment comprise dans la réponse générale de Jésus-Christ; et ■elle y était d'autant plus comprise qu'elle en était personnellement le sujet, d'où il résulte manifestement que Jésus-Christ ne désavoue pas la béatitude et la gloire de Marie, mais qu'il lui donne un plus large fondement. « C'est comme s'il disait, observe saint Augustin, ma « Mère que vous appelez heureuse, ne l'est pas parce « que le Verbe de Dieu a pris chair dans son sein, mais ■<( parce qu'il a été gardé dans son âme. Ce qui lui vau- « dra d'être glorifiée par le Seigneur, c'est de l'avoir « glorifié elle-même en faisant la volonté du Père par « son humble obéissance, plus qu'en engendrant le Fils « de sa chair. » Hoc ùi emn magnifîccwit Dominus qidafecit valuntotern Patris. non quia caro carnem genuit.

Et admirez comme viennent se rapporter à cette parole de Jésus toutes les autres paroles de l'Évangile d'où nous tirons les fondements de notre culte pour 3Iarie. Si l'Ange la salue Bénie entre toutes les femmes, ce n'est pas pour avoir engendré le Christ, puisque le mystère de l'Incarnation n'est pas encore accompli, c'est parce qu'elle est pleine de gi^àce ot que h Seigneur est avec elle. — Si Elisabeth se confond de voir la 3Ière de son Seigneur venir la visiter, et si, remplie du Saint-Esprit et élevant la voix, elle la pi'oclame Bienheureuse, ce n'est pas proprement et uniquement parce qu'elle porte le Christ dans son sein, mais parce qu'elle a cru à sa parole: Beata QUiE CREDiDisTi. C'est pour cette foi à la parole du Seigneur que les choses merveilleuses qui lui ont été dites s'accompliront. Beata qu.e credidisti, guoniam perfcientur EA QU.E DICTA SLNT TiBi A DOJMLxo. — Si Marie, rcprenant

aussitôt, est ravie de Joie en Dieu son Sauveur et le glorifie dans une sainte extase, ce n'est pas proprement et en soi parce qu'elle a été remplie de la divinité du Verbe, saluée par l'Ange et par Elisabeth comme Mère de Dieu, comme Reine du ciel et de la terre, mais parce que le Seigneur a été touché de V humilité de sa servante; c'est pour cela et pour cela spécialement, que toutes les générations la diront à jamais Bienheureuse: Quia respexit humilitatem ancillœ suce : Ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes cjeyierationes. — Si enfin, dans les diverses circonstances où la gloire de Jésus-Christ vient illuminer la Maternité de Marie, l'Évangile fait admirer quelque chose en elle, c'est qu'e//e conservait toutes ces choses en elle-même et les

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