DE CES NOUVELLES ÉTUDES. XIII
deux partis à prendre : ou Ton dira que le récit évangélique a laissé des vides, et ces vides, on se mettra en devoir de les combler; — ou bien on reconnaîtra que l'Évangile a tout dit, que la vie de la Sainte Vierge a été de tous points telle qu'il nous la présente, et l'on expliquera la singularité de sa vie par la singularité môme de ses destinées. La plupart des historiens modernes ont suivi la première de ces deux voies. Les uns ont groupé toutes les traditions de l'Orient et tous les détails de mœurs privées qui peuvent nous apprendre quelle était la vie des jeunes filles et des femmes juives au temps de Notre-Seigneur, et, à l'aide de ces indications, ils reproduisent la vie extérieure de Marie. D'autres, laissant de côté la physionomie extérieure , veulent retrouver le drame intimé de la vie de la Sainte Vierge; ses joies et ses douleurs sont pour eux comme des données sur lesquelles ils travaillent; ils font l'histoire du cœur de Marie en lui prêtant des paroles, des attitudes, des actions. Enfin, il en est d'autres qui écrivent la vie de la Sainte Vierge comme s'ils avaient été ses contemporains; on nous décrit ses traits, son costume, on compte toutes ses démarches, on lui donne une place, on lui crée un rôle d^ns tous les actes importants, dans toutes les grandes scènes de la vie de Notre-Seigneur.
Tous, nous avons lu quelques-unes des études sur la Sainte Vierge qui ont été poursuivies d'après cette méthode, et elles ont reçu de nous un accueil respectueux et bienveillant. Car, indépendamment du charme qu'offre la forme dramatique du récit, nous subissions volontiers l'ascendant de la vertu et de la piété de leurs auteurs, et le portrait d'une mère est toujours accepté avec un joyeux empressement quand il a été dessiné par une
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main amie et vénérée. Mais, après un regard plus attentif, ce portrait, l'avons-nous trouvé ressemblant? Sont-ce bien là les traits de notre mère? n'est-il pas vrai que tous nous avons éprouvé quelque malaise après avoir lu ces sortes de supplément du saint Évangile? S'il ne nous restait d'une personne chère qu'une image qui, reproduisant ses traits, ne ferait pas revivre cependant la physionomie propre de son visage, nous éviterions de considérer cette image, nous aurions la crainte qu'elle ne se substituât dans notre cœur au souvenir de l'expression vraie et vivante de ce visage aimé. Une impression toute semblable nous détache, ce me semble, des méditations diverses sur la vie de la Sainte Vierge; tous ces livres nous font regretter l'Évangile; ils nous offrent, s'il se peut dire, une autre vierge que la Vierge des vierges, une autre mère que la Mère de Dieu. Nous sommes donc revenus souvent et avec bonheur à la simplicité du récit évangélique; nous sentions qu'il nous montrait la Mère de Jésus plus grande, plus sainte, plus aimable. A cette impression venait se joindre chez un grand nombre une sorte de pressentiment des véritables raisons qui font du silence même des Évangiles un des plus beaux titres de la gloire de Marie. Ces raisons, M. Nicolas les a mises en lumière; de notre pressentiment il a fait une conviction, et c'est en cela qu'il aura personnellement obligé un grand nombre de ceux qui liront son nouvel ouvrage.
La Vierge Marie a été créée pour une destinée singulière, unique, exceptionnelle; ne doit-on pas penser que sa vie a été singulière, unique, exceptionnelle? et lorsque l'Évangile nous offre une vie vraiment singulière par son effacement, exceptionnelle par le défaut de proportion entre la base et le couronnement, unique par la